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    Publié le mercredi 31 janvier 2001 par Marin Dacos

    Résumé

    Second colloque international sur l’histoire des risques naturels Les pouvoirs publics face aux risques naturels dans l’histoire Maison des Sciences de l’Homme – Alpes Grenoble, 22-24 mars 2001

    Annonce


    Second colloque international sur l’histoire des risques naturels
    Les pouvoirs publics face aux risques naturels dans l’histoire

    Maison des Sciences de l’Homme – Alpes
    Grenoble, 22-24 mars 2001

    Sous la présidence de Monsieur Emmanuel LE ROY LADURIE
    Professeur au Collège de France


    Jeudi 22 mars 2001


    13 heures 30 : Accueil des participants
    14 heures : Ouverture du colloque

    14 heures 30 : La catastrophe et la conscience du risque
    Vital CHOMEL, Directeur honoraire des Archives départementales de l’Isère, « L’inondation de 1219 et les rapports entre évêques et dauphins à Grenoble »
    Joseph GOY, Directeur de recherches à l’EHESS, « Autour de la catastrophe des Bains de Saint-Gervais-les-Bains en 1892 : de l’imprévision des pouvoirs publics à la prise de conscience »
    Henri ROUGIER, Professeur de géographie, Université Jean Moulin Lyon 3, « Les inondations de juillet 1996 en vallée de Chamonix : causes et enseignements pour l’aménagement du territoire »
    Pause
    16 heures 30 : L’organisation administrative des réponses publiques
    René FAVIER, Professeur d’histoire moderne, Université Pierre Mendès France/Grenoble 2, « La monarchie d’Ancien Régime et l’indemnisation des catastrophes naturelles à la fin du XVIIIe siècle : l’exemple du Dauphiné »
    Denis CŒUR, Doctorant Université Pierre Mendès France/Grenoble 2, « Des associations de propriétaires pour lutter contre l’inondation : les syndicats de riverains dans la plaine de Grenoble (vers 1750-vers 1930 ».
    Emanuela GUIDOBONI, SGA Storia Geofisica Ambiente, Université de Bologne, « Tremblements de terre et politique d’intervention en Italie : une synthèse des stratégies adoptées au cours des quatre derniers siècles »
    Michel BARRUE, Professeur d’architecture, UMR 694 Toulouse, « Le risque vécu et construit en pays montagnard pyrénéen : le cas des villages des hautes vallées du Lavedan dans les Hautes-Pyrénées. L’interprétation du risque avalancheux dans les modes de vie et d’architecture »


    Vendredi 23 mars 2001


    9 heures : Les politiques d’aménagement : enjeux et choix
    Philippe LEVEAU, Professeur d’archéologie, Université de Provence, « Les villes antiques et le risque fluvial. L'exemple des villes du Rhône »
    Emmanuel GARNIER, Docteur en histoire, « La politique forestière de la monarchie et les catastrophes naturelles dans les Vosges aux XVIIIe et XIXe siècles »
    Christian PFISTER, Professor of Economic, Social and Environmental History, Dep. of History, University of Bern, « Inondations catastrophiques et mesures préventives en Suisse au XIXe siècle »
    Pause
    Gérard BRUGNOT, Délégué aux risques naturels, CEMAGREF, et Yves CASSAYRE, Délégué national des RTM, « La restauration des terrains de montagne. Histoire d’une politique »
    Luca BONARDI, Istituto di Geografia Umana, Università degli Studi di Milano, « Des pratiques d’administration publique du territoire dans les Alpes italiennes face aux risques naturels »
    Mircea VOICULESCU, West University of Timisoara, Department of Geography, « Les implications sociales des phénomènes géographiques de risque en Roumanie. Les tremblements de terre et les inondations »
    Repas
    14 heures 30 : Politique et recherche
    Luigi ZANZI, Professeur, Università degli Studi di Pavia, Dipartimento di Storia Moderna e Contemporanea, « Stati alpini e stati extra-alpini a fronte dei rischi di catastrofi naturali nel mondo alpino »
    François GILLET, Directeur du Pôle Grenoblois d’Etudes et de recherche pour la prévention des risques naturels, « Les pouvoirs publics et la recherche sur les risques naturels »
    Denis LAMARRE, Professeur de géographie, Université de Bourgogne, « Le “modèle” français de gestion des risques liés au climat : un point de vue critique »
    Claude GILBERT, Directeur de recherche au CNRS, « Mémoire(s » des risques : quelques attentes à l’égard des historiens »


    Conclusion du colloque par Emmanuel LE ROY LADURIE




    Samedi 24 mars 2001


    9 heures : Les pouvoirs publics et les risques naturels à la lumière de l'histoire


    Table ronde animée par Pierre OSTIAN (FR 3 Alpes) :


    Autour des conclusions du colloque, la Table ronde réunira :
    - des élus
    - des représentants des autorités administratives régionales
    - des représentants des directions des différents ministères concernés : DPPR, D4E, Eau, Forêts, Sécurité civile, Recherche, Urbanisme
    - des représentants de la Mission « Risques Naturels » des compagnies d’assurances



    Grenoble et ses coseigneurs après l’inondation (1219-1242)
    Vital CHOMEL, Directeur honoraire des Archives départementales de l’Isère


    Si, au cœur des Alpes, entre les massifs de Belledonne, de la Chartreuse et du Vercors, la rencontre des vallées de l’Isère et du Drac a, par la faveur d’une plaine alluviale, celle d’un unique carrefour de routes transalpines, donné chances exceptionnelles au site sur lequel s’édifia Grenoble, la catastrophe qui dévasta la ville pendant la nuit du 14 au 15 septembre 1219 témoigne de la vulnérabilité de la cité face aux risques des inondations d’origine montagnarde.
    Rompant son barrage, le lac qui s’était formé en Oisans vers 1191, ensuite d’éboulements de roches tombées de Vaudaine en face de l’Infernet, barrant ainsi le cours de la Romanche, dévala par cette rivière, puis le Drac, avant d’envahir Grenoble, bloquant d’autre part le cours de l’Isère. Un mandement de l’évêque de Grenoble, Jean de Sassenage, permet de mesurer l’ampleur de la catastrophe, décrivant la panique des habitants, l’effondrement du pont et lançant appel pour la reconstruction.
    Un nouvel examen des rapports entre coseigneurs de la ville, évêque et dauphin, et la population sinistrée peut être tenté en dépit de la rareté des sources, tous hommages rendus aux travaux de M. Vaillant.





    Autour de la catastrophe de l’établissement thermal de Saint-Gervais-les-Bains en 1892 : de l’imprévision des pouvoirs publics à la prise de conscience
    Joseph GOY, Directeur de recherches à l’EHESS (Paris)


    Le 12 juillet 1892 l’établissement thermal de Saint-Gervais les Bains, situé au Fayet, en Haute-Savoie, est détruit par un flot de boues, de glace et de rochers issus d’une poche sous-glaciaire du glacier de Tête Rousse, situé à 3 130 m au dessus du glacier de Bionnassay. Cette catastrophe était-elle prévisible ? Depuis le 13e siècle le torrent du Bon Nant, issu du glacier de Bionnassay, a connu des crues exceptionnelles, y compris une rupture, au moins, de poche d’eau sous glaciaire au 18e siècle. La documentation disponible n’indique pas qu’il y ait eu au 18e ou au 19e siècle de dispositions prises par les autorités locales ou régionales pour surveiller les glaciers concernés. On sait cependant que l’Intendant général du Faucigny, au 18e siècle, était très préoccupé par les crues haut-savoyardes, mais il faut attendre les années 1820-1840 pour que les communes concernées envisagent d’endiguer le Bon Nant, ce qui ne fut jamais réalisé avant l’arrivée du chemin de fer en 1898. Par contre, après la catastrophe, son mécanisme fut analysé avec beaucoup de précision et des mesures de précaution et de surveillance furent mises en place par les service des Eaux et Forêts.




    Les inondations de juillet 1996 en vallée de Chamonix : causes et enseignements pour l’aménagement du territoire
    Henri ROUGIER, Professeur de géographie, Centre d’Etudes Alpines, Université Jean Moulin/Lyon 3







    La monarchie d’Ancien Régime et l’indemnisation des catastrophes naturelles à la fin du XVIIIe siècle : l’exemple du Dauphiné
    René FAVIER, Professeur d’histoire moderne, HESOP, Université Pierre Mendès France


    C’est par le biais du dégrèvement fiscal que la monarchie d’Ancien régime est ordinairement intervenue pour indemniser les habitants victimes de catastrophes naturelles. Sur la bases des procès-verbaux de dégâts, attestés par les autorités royales, les habitants pouvaient obtenir une diminution de leur charge fiscale. Cette procédure était cependant plus ou moins régulière et différemment formalisée selon les provinces.
    Depuis le début du XVIIe siècle, les communautés dauphinoises ont bénéficié régulièrement de tels dégrèvements en indemnisation des « accidens de grêle, tempête, gelée, débordemens de torrens ou rivières, ravines, pertes de terrains, incendies, passage de gens de guerre ou quelqu’autre cause que ce puisse être ». A compter du début du XVIIIe siècle, un fonds extraordinaire dont le montant variait chaque année vint même s’ajouter à la somme ordinaire fixée par les arrêts royaux depuis 1639.
    L’analyse des procès-verbaux de répartition de ces dégrèvements permet tout à la fois une géographie et une typologie des aides accordées, en même temps que qu’une approche des dérives et abus auxquels celles-ci ont pu donner lieu. Mais elle témoigne également de ce que, au fil du temps, ces sommes ne servirent pas uniquement à l’indemnisation des victimes, mais aussi à soutenir des actions de préventions face à différents risques : incendies, inondations, mais aussi les menaces plus spécifiques que les loups représentaient partout dans la province.




    Des associations de propriétaires pour lutter contre l’inondation : les syndicats de riverains dans la plaine de Grenoble (vers 1750-vers 1930)
    Denis COEUR, Doctorant à l’Université Pierre Mendès


    Parmi les collectivités publiques en charge de la défense contre les inondations, Grenoble est sans doute l’une des rares agglomérations françaises à compter aujourd’hui des associations syndicales de propriétaires riverains en exercice. Loin d’être une curiosité administrative, elles ont assuré par le passé, et assurent encore, un rôle essentiel en matière de réalisation et d’entretien des ouvrages d’endiguement le long de l’Isère et du Drac. Beaucoup aujourd’hui voudrait les voir disparaître au profit de structures plus adaptées à la « gouvernance » locale. A y regarder de plus près, leur longue histoire nous apprend que loin d’être un simple groupement d’intérêts particuliers, elles ont, dès l’origine, et souvent sur initiative de l’Etat, assurer une mission d’intérêt général au service de la collectivité toute entière. En Dauphiné, et plus particulièrement dans la plaine de Grenoble, il faut en rechercher les origines au moins au milieu du XVIIIe siècle, au moment où le pouvoir royal s’investit plus fortement dans la lutte contre les inondations.
    Dans le domaine de l’aménagement et des travaux publics, l’affirmation de l’Etat offre à l’époque un paysage contrasté car, sur le terrain, les enjeux sont nombreux et souvent contradictoires. On sait à la fois les avancées et les limites de son action dans ce domaine, notamment sous l’Ancien Régime. Faute de véritables moyens (financiers, techniques, etc.), il s’appuie sur les ressources locales même si, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, son administration s’étoffent grâce notamment à la mise en place de budgets plus cohérents dans le temps (cf. personnel provincial des Ponts et Chaussées). Sur le plan juridique, l’enracinement local de l’Etat se traduit par une remise en cause plus ou moins directe des anciens règlements et usages. Le long du Drac la maîtrise foncière passe ainsi par la création de servitudes ex nihilo dès la fin du XVIIe siècle et donne lieu à une vive opposition des communautés, seigneurs et riverains. Néanmoins, on assiste peu à peu autour de l’Etat, à une redistribution des rôles entre les différents acteurs de l’espace fluvial, affirmation de certains (propriétaires privés) effacement d’autres (communautés). Par touches successives, se dessinent alors les linéaments d’un droit administratif sur les cours d’eau que consacrent, en Dauphiné, les lettres patentes du 8 juillet 1768.
    La reconnaissance des associations syndicales de riverains au titre de collectivité publique est sans doute l’un des éléments les plus originaux du dispositif. Pour ne pas régler à ses dépends la difficile question de la domanialité des cours d’eau, l’Etat reconnaît à ces groupements le droit de représenter et défendre leurs intérêts collectifs au même titre que les communautés en corps. Le premier syndicat de ce type est créé sur St-Egrève en 1779. La Révolution et l’Empire reprendront et mettront à jour ces cadres tout en prenant grand soin néanmoins d’en effacer les véritables origines (cf. loi 1807). L’Etat s’impose. La création du Ministère des Travaux Publics en 1830 relance le développement des associations syndicales le long de l’Isère sans régler pour autant la délicate question de l’échelle spatiale de traitement, ni d’ailleurs le statut juridique des espaces fluviaux. L’inefficacité de l’endiguement, liée notamment à l’éclatement des initiatives locales, donne lieu alors à de vifs débats. Les événements catastrophiques des années 1850 accélèrent la réforme. En 1862, les nombreuses associations de riverains sont regroupés en six grands syndicats à l’amont et l’aval de Grenoble. Ils assureront (autofinancement & subventions) la majorité des travaux d’endiguement de la seconde moitié du XIXe siècle. Les nouveaux enjeux industriels et urbains relancent le débat dès avant la Première Guerre mondiale et aboutissent, au début des années 1930, à la mise en place de l’Association Départementale Isère-Drac-Romanche.



    Tremblements de terre et politiques d’intervention en Italie:
    une synthèse des stratégies adoptées au cours des quatre siècles derniers
    Emanuela GUIDOBONI, Professeur, SGA Storia Geofisica Ambiente, Université de Bologne


    Les tremblements de terre représentent pour l’Italie, du centre et du sud en particulier, l’un des principaux facteurs d’impact économique et social, moteur de nouveaux projets, d’interventions et dans de nombreux cas, cause de variations dans l’aménagement de l’habitat au niveau régional. Plus de 48% de la population italienne (23 millions de personnes environ) vit dans une zone sismique. Les communes considérées sismiques sont au nombre de 2950 (35%) mais celles ayant subi au moins un séisme destructeur sont plus de 4000 (40%). Les nouvelles normes para-sismiques seront plus restrictives que les précédentes grâce aux ultimes données mises à disposition par la recherche ces dix dernières années. Au cours du XXe siècle les séismes ont provoqué en Italie 200.000 victimes. Quant aux coûts soutenus par les contribuables, si l’on ne considère que la période qui va de 1968 à 1998, ils s’élèvent à 180 mille milliards de lires italiennes. Ces éléments nous donnent une idée de la dimension du problème italien: les séismes ne dépendant pas des activités anthropiques (tout au plus, leurs effets), il est intéressant d’observer la façon dont les administrations ont affronté ce problème au cours du temps. Les données qui sont à la base de la synthèse ici présentée, concernent 18 années de recherches pour le nouveau Catalogo dei Forti Terremoti in Italia dal 461 a.C. al 1997, ING-SGA 2000 (3a edition; 1995, 1997).
    Les recherches historiques définissent les désastres sismiques dans leur complexité: il y a désastre lorsqu’une secousse d’énergie élevée dépasse la capacité du système humain de l’absorber ou de la mitiger. Les destructions et les reconstructions font donc partie du rapport existant entre les aspects donnés par la nature géologique du site et la réponse humaine. Le rôle des institutions, les choix des gouvernements, les critères adoptés dans l’évaluations des dommages, les mesures envisagées pour la reconstruction et la mitigation des séismes futurs sont autant de points fondamentaux pour la réalisation de la réponse humaine.
    Dans les quatre derniers siècles il y a eu en Italie 150 tremblements de terre destructifs : répartis sur la superficie nationale actuelle cela veut dire une reconstruction sismique en moyenne chaque trois ou quatre ans. Sur l’actuel territoire italien il y a eu dans l’historie différentes manières institutionnelles d’intervenir après un tremblement de terre destructif : elles sont dues aux différentes pratiques administratives et aux choix des gouvernements centraux. Ces pratiques ont formé avec le temps une sorte de culture du tremblement de terre, elle agit comme un “ fossile-guide ” dans les diverses zones du Pays tant au niveau de la population que de l’administration. Cette relation présentera une synthèse historique des stratégies gouvernementales par rapport à l’état de l’Eglise, au Grand Duché de Toscane, à l’Etat des Bourbons, au royaume d’Italie et à l’actuelle République italienne.







    Le risque vécu et construit en pays montagnard pyrénéen : le cas des villages des hautes vallées du Lavedan dans les Hautes-Pyrénées. L’interprétation du risque avalancheux dans les modes de vie et d’architecture »
    Michel BARRUE, Professeur d’architecture, UMR 694, Toulouse











    Les villes romaines de la vallée du Rhône et le risque fluvial
    Philippe LEVEAU, Professeur d’archéologie, Université de Provence


    A l’époque romaine, la perception du risque encouru par les sites urbains était assez forte pour être prise en compte par la législation. Le cas de la ville de Rome est documenté par un corpus de textes d’une ampleur exceptionnelle qui a fait l’objet de thèse de La Gall sur « Le Tibre romain ». Ces textes établissent de manière certaine que l’aléa, fluvial était prix en compte et que le risque naturel faisait l’objet d’une gestion. Cette législation a depuis longtemps attiré l’attention des naturalistes qui y ont reconnu une source documentaire pour la connaissance de l’hydrologie d’un fleuve, soit au-delà, des caprices du climat méditerranéen.
    Le cas de la ville de Rome reste exceptionnel. Il n’existe pas de séries documentaires comparables dans la cas des villes provinciales. Compte-tenu de la nature de notre documentation, une étude abordant la manière dont le risque fluvial a été géré par les autorités urbaines doit s’appuyer sur l’archéologie des sites urbains.
    Entre son confluent avec la Saône et son embouchure, le Rhône arrose les villes de Lyon, Vienne, Avignon, Arles qui, à l’époque romaine, sont d’importants chefs-lieux de cités. La relation entre ces villes et le Rhône vient de faire l’objet d’une série d’études réunies dans un dernier dossier consacré par la revue Gallia au Rhône romain. Elles s’inscrivent dans une recherche conduite avec des géomorphologues. L’un des objectifs était de mettre en évidence les données archéologiques permettant de caractériser le « style » du chenal fluvial du Rhône à l’époque romaine. Ces études ont permis de réaliser des bilans sur les sites urbains énumérés et de mettre en évidence un certain nombre de faits qui devront être pris en compte pour des études futures. Nous en choisirons deux :
     Les grands travaux dont les villes font l’objet à l’époque d’Auguste correspondent à un mouvement qui concerne l’ensemble de l’Empire et ne sont pas l’expression d’une mise en défense des villes par rapport au fleuve qui entrerait alors en crise
     Des espaces libres situés en zone inondable ont été occupés par des monuments publics. C’est par exemple le cas du cirque romain d’Arles. La pratique est attestée pour la Rome impériale. A la fin de l’Antiquité, ce cirque fait l’objet d’occupations qui montrent que le risque fluvial était assumé ou n’était pas mémorisé.
    Il convient de se dégager du raisonnement circulaire consistant à utiliser des données archéologiques en fonction de schémas simples. A aucune époque de l’histoire, il n’a existé d’homo archeologicus hydrophobe dont les établissements éviteraient naturellement les sites inondables, permettant ainsi de suivre l’aléa fluvial. S’agissant des périodes historiques, des politiques urbaines ont été mises en œuvre. Une étude du risque fluvial dans les sociétés antiques doit donc être conduite en pluridisciplinarité avec les naturalistes et avec les autres sciences sociales.



    Politiques forestières et risques naturels dans la montagne vosgienne (XVIIIe-XXe siècles)
    Emmanuel GARNIER, Docteur en histoire, Laboratoire des Sciences historiques de l’Université de Besançon


    Au cours de la période étudiée, les écosystèmes forestiers vosgiens ont connu de profonds bouleversements dans leurs modes de gestion impliquant des dynamiques spatiales contradictoires de la sapinière. Ces mouvements de flux et de reflux du domaine de l'arbre, fruit de l'action anthropique, ont eu un impact très fort sur les milieux naturels montagnards. Cette approche, conduite à partir du dépouillement d'archives étatiques (intendance, administration des Eaux et Forêts) et communales ainsi que de l'observation de documents cartographiques anciens (cartes militaires de 1780), doit permettre de mieux comprendre les mécanismes ayant présidé à l'émergence progressive d'une prise en compte du risque naturel, à la fois par les pouvoirs publics et les populations locales.
    A compter du XVIIIe siècle, le pouvoir royal impose dans les Vosges une sylviculture « officielle » totalement inadaptée aux peuplements résineux. Conjuguée aux défrichements d'origine villageoise engendrés par une pression démographique exceptionnelle, la forêt est désormais placée sur la défensive. Un peu partout dans le massif vosgien se multiplient alors des phénomènes d'érosion, des inondations, des avalanches ou encore de terribles coups de chablis. L'Etat royal puis républicain, pressé par les enjeux économiques et stratégiques, maintient pourtant ses orientations sylvicoles qui répondent à des objectifs à court terme. Quant aux populations locales, elles analysent précocement (dès 1750) les causes réelles de ces catastrophes et revendiquent une autre sylviculture, ancestrale celle-ci, mais plus respectueuse du milieu. Les communautés se tournent tout naturellement vers l'Etat pour obtenir réparation de désastres qu'elles ne jugent que partiellement naturels.
    Le XIXe siècle s'inscrit en rupture avec la période antérieure mais , paradoxalement, les premières mesures visant à lutter contre les effets pervers de la déforestation relèvent de l'initiative des autorités communales qui s'engagent, seules, dans une politique de reboisements. Le retour en force de l'Etat, désormais libéré des impératifs militaires (guerres révolutionnaires et impériales), ne s'opère qu'au tournant des années 1820. Dotée d'une arme juridique, le Code forestier de 1827, l'administration des Eaux et Forêts se donne enfin les moyens de sa politique. L'offensive étatique, qui se veut aussi préventive, se propose de lutter contre les inondations et l'érosion par une restauration du domaine de l'arbre. Mais les reboisements, sous la forme d'enrésinements massifs, menacent directement l'agro-pastoralisme vosgien puisqu'ils impliquent la disparition de bon nombre de pâturages d'estive (chaumes ou Wasen). Le montagnard n' accepte pas ces nouvelles dispositions visant surtout à protéger l'habitant de la plaine et le citadin de la vallée du Rhin. En Alsace, les autorités prussiennes feront ainsi l'amère expérience de l'absence de solidarité entre la montagne et la plaine durant l'annexion de 1871-1914.
    Mais cette réflexion demeurerait incomplète si le présent exposé ne tentait pas de mesurer aussi l'impact des choix sylvicoles opérés au XIXe siècle sur la forêt vosgienne actuelle, un an après ce que les médias ont appelé la « tempête du siècle ».










    Inondations catastrophiques et mesures préventives en Suisse au XIXème siècle
    Christian PFISTER, Professor of Economic, Social and Environmental History, University of Bern


    Il est souvent admis que le déboisement dans les régions de montagne augmente la fréquence et la sévérité des inondations dans les plaines adjacentes. Cependant, des recherches récemment effectuées au Bangladesh démontrent que « le paradigme de déboisement » n'est pas compatible avec les faits empiriques. Ce problème mériterait à être étudié et discuté dans un cadre comparatif à l’échelle alpine sinon mondiale.
    Ma contribution regarde la « carrière » du paradigme (Luhmann) en Suisse: c’est à dire tout d’abord sa propagation dans la communauté scientifique, puis ensuite sa discussion en public et finalement son transfert dans la scène politique par la mise en oeuvre d’une législation « pré-environnementale » permettant des mesures de reboisement.
    Les rapports entre déboisement et inondations furent étudiés en France et en Angleterre à partir du XVIIIe siècle. Les résultats des recherches françaises furent connus dans les milieux scientifiques Suisses vers 1830. La discussion publique sur l’origine des inondations fut lancée dans les années 1830 après une série d’inondations catastrophiques dans les Alpes françaises, suisses et italiennes (1834,1839) et dans les Préalpes suisses (1837). Cette période coïncidait avec un rythme plus rapide des déboisements et de croissance démographique dans les régions de montagne. Par conséquent les milieux forestiers ont établi un lien causal entre les deux tendances. La mise en œuvre d’une politique préventive en faveur d’un reboisement selon le modèle français (1860) fut amorcée par une série d’inondations dans les plaines (1846-1855) et dans les Alpes (à partir de 1868). La loi forestière fédérale de 1876 autorisait la Confédération à intervenir dans la gestion des forêts dans les zones montagneuses qui avait été un privilège des cantons et des communes. Ces interventions étaient faites dans la perspective d’éliminer les usages traditionnels par l’introduction d’une gestion scientifique des forêts. Finalement il est proposé que la fréquence accrue des inondations dans les Alpes entre 1830 et 1880 est liée à une variation climatique.






    De la politique de restauration des terrains de montagne à la prévention des risques naturels
    Gérard BRUGNOT, Délégué aux Risques Naturels, CEMAGREF
    Yves CASSAYRE, Délégué National aux Actions de Restauration des Terrains de Montagne


    La politique de lutte contre les fléaux naturels de la montagne est très ancienne et les acteurs en sont nombreux, que ce soit en France ou dans les pays montagneux limitrophes. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, l'Etat français a lancé un certain nombre d'actions auxquelles on ne peut pas dénier une certaine continuité, puisqu'une de ces dispositions a été la création d'un service de Restauration des Terrains de Montagne qui existe encore, même si ses missions ont évolué au fil du temps. C'est précisément les évolutions et les ruptures de cette politique que nous nous proposons d'analyser.
    La loi fondatrice de la politique de restauration des terrains de montagne est la loi sur le reboisement des montagnes du 22 juillet 1860. Complétée par un certain nombre d'autres dispositions, cette loi pose le principe que l'Etat est responsable du reboisement de tout terrain dont l'état du sol est source de danger pour les terrains dominés. La date suit une décennie de très grandes crues ayant affecté un certain nombre de grands bassins de plaine, notamment la Loire. La première motivation de cette politique était clairement d' « aménager » la montagne dans le but d'assurer une meilleure protection aux régions de plaine. Sur le plan technique, cette intention traduit une prise de conscience de l'échelle des grands phénomènes hydrologiques. Sur le plan politique est instituée une solidarité à sens unique, car imposant sans contrepartie des contraintes à des populations de montagnes nombreuses et économiquement fragiles.
    Très rapidement, cette politique a été amendée dans le sens d'une certaine solidarité. Même si les objectifs de protection des régions de plaine restent présents, la loi du 4 avril 1882 instaure un dispositif plus gradué, prenant en compte la nature des phénomènes et instituant un système de subventions. On est passé de la mise en défens de la montagne à l'aménagement des territoires montagnards. Un élément important de cette loi est la création des périmètres RTM d'Etat. La mise en place de ces périmètres, vécus souvent au début comme une forme d'expropriation, s'est avérée être une lourde charge pour l'Etat. L'exode des populations de montagne, qui va marquer la seconde moitié du XIXème siècle et le début du siècle suivant, a bien facilité la mise en œuvre de cette politique.
    On peut considérer la période 1882-1970 comme marquée par une série de « réglages » de cette politique de solidarité plaine-montagne et 1970, avec les accidents de Val d'Isère et de Passy, comme l'année d'une totale remise en question d'une politique qui semblait avoir atteint un certain niveau d'accomplissement. Ce que ces accidents montraient clairement, au-delà des circonstances particulières de leur déroulement, c'était que la plaine, sous forme de « hordes » touristiques était partie à l'assaut de la montagne. Au développement des loisirs et à son exploitation par le « plan neige », on n'avait pas fait correspondre un « plan sécurité », qu'il a fallu improviser.
    Les dispositions mises en place pour les avalanches aboutissent rapidement à une cartographie et à des plans de prévention (CLPA, PZEA), qui serviront de modèles à la politique mise en œuvre pour l'ensemble du territoire à partir de 1982 : cette fois, c'est la montagne qui est « descendue » vers la plaine, aboutissement (provisoire) d'un aller et retour incessant.






    Des pratiques de l’administration publique du territoire dans les Alpes centrales italiennes face aux risques naturels
    Luca BONARDI, Istituto di Geografia Umana, Università degli Studi di Milano


    L’attention portée risques naturels par les sociétés traditionnelles fait partie de la catégorie des précautions envers le milieu naturel et semi-naturel dont ces sociétés tiraient aussi leurs possibilités de survie. Une attention particulière était portée à l’identification des limites aréels, temporelles et en général des systèmes entre lesquels réaliser l’exploitation des ressources naturelles. La conservation sur la longue période d’un équilibre entre présence humaine et environnement déterminait aussi les relations parmi les hommes. Bien davantage qu’on ne peut le croire, ces dernières apparaissaient subordonnées à la survie de la collectivité plutôt qu’aux exigences individuelles.
    Dans ses aspects généraux, cette sensibilité semble représenter un des éléments constitutifs de l’histoire des populations des Alpes. Dans ce cas, la relation « homme-environnement » paraît spécialement fondamentale en raison de la « fragilité » environnementale qui rend aléatoire même la présence humaine. Il est presque inutile de rappeler que lorsque l'on monte en altitude, les espaces de l’établissement humain traditionnel (permanent et temporaire) se réduisent progressivement à la suite des étroites limites climatiques supportées par les cultures agricoles. De plus, aux altitudes les plus élevées et dans certains endroits particuliers, l’habitat humain est conditionné par les effets parfois destructifs des événements naturels (changements climatiques, événements climatiques extrêmes etc.).
    Même en l’absence d’un esprit manifestement moderne, les conduites collectives face à ces risques renvoient au concept, tout à fait contemporain, de développement durable ou, si l'on peut dire, de maintien durable, cette à dire de la conservation des conditions et de niveau de vie existants.
    L’histoire du village de Livigno (situé à 1816 mètres dans les Alpes italiennes, mais appartenant au bassin hydrographique de l’Inn) paraît dominé de manière séculaire par les facteurs précédents. Par-delà son caractère exceptionnel, son histoire renvoie à celle des autres communes alpines où les contraintes environnementales ont joué un rôle déterminant. A Livigno, la population a été toujours soumise aux risques naturels les plus graves : avalanches, éboulements et inondations. Face à ces risques, les administrations publiques ont exercé leur pouvoir en portant par exemple une particulière protection de la richesse en forêts (surtout de certains endroits) et en renouvelant chaque année l’obligation de l’entretien des cours d’eau : la première action était menée contre les risques des avalanches et des éboulements, la deuxième contre les effets les plus désastreux des inondations.
    L’analyse prend appui sur une grande diversité des sources documentaires qui nous informent sur les typologies et les formes des relations existantes parmi les hommes, et entre les hommes et le milieu ambiant dans la société de Livigno. Sous ces aspects, il s’agit d’une relation entretenue dans les termes expliqués avec constance et précision pendant plusieurs siècles jusqu’au début du XXème siècle. A notre avis, il faut enfin souligner comme les actes administratifs des pouvoir publics répondent, dans cette société, aux tendances de la conscience collective.
    [Sources documentaires tirées par: Archives Communaux de Livigno, Archives Communaux de Bormio, Archives d’Etat de Sondrio; Sources bibliographiques: AA.VV., Storia di Livigno, dal Medioevo al 1797, vol. I, 1 et 2, Sondrio, 1995; AA.VV., Storia di Livigno, dal 1797, (titre provisoire, ouvrage sous presse)]



    Les implications sociales des phénomènes géographiques de risque en Roumanie. Etude de cas. Les tremblements de terre et les inondations
    Mircea VOICULESCU, Department of Geography, West University of Timisoara


    La notion « phénomènes géographiques de risque » est très utilisée aujourd'hui en Roumanie et constitue un objet d'étude dans les facultés de géographie. Les phénomènes géographiques de risque groupent d'un part les phénomènes naturels et d'autre part les phénomènes d'origine anthropique. Nos préoccupations actuelles sont orientées vers la méthodologie, les classifications, les typologies, les éléments d'analyse, l'impact social sur l'individu, les communautés humaines, la gestion de ces phénomènes et la protection d'environnement. De toutes façons, leur étude est d'autant plus importante qu'on enregistre une ample recrudescence de leur manifestation dans le temps et dans l'espace.
    Dans ce contexte et dans le nouveau cadre politique et social du pays d'après 1989, je vais présenter quelques aspects sur deux phénomènes géographiques de risque d'importance majeure pour la Roumanie : les tremblements de terre et les inondations, concernant leurs implications sociales dans perspective historique et l'attitude des pouvoirs publics. Dans le premier cas, les tremblements de terre représentent une réalité incontestable dont la manifestation est presque cyclique. La région la plus affectée est par exemple celle de la capitale, Bucarest, où les préjudices sont importants surtout sur les immeubles du centre de la ville ou des anciens quartiers. L'impact social est pourtant exceptionnel aujourd'hui dans les conditions de la loi de rétrocession des immeubles vers les anciens propriétaires d'une part. D'autre part les actuels locataires et les diverses firmes commerciales qui ont leurs sièges dans ces immeubles essaient les vendre maintenant, mais sans succès. Il faut remarquer le fait que la majorité des immeubles construits pendant la période des deux guerres mondiales ont été évalués par le Ministère des Travaux Publiques et présentent un risque d'écroulement.
    Dans le deuxième cas les inondations surprennent chaque année et à n'importe quelle saison les communautés humaines de certaines régions, par excellence rurales, par leur ampleur, leur rythme et leur intensité. Malheureusement, les effets dépassent la capacité locale de subventionner le redressement et la protection d'environnement au sens large. Le phénomène a un impact très fort sur les nouvelles propriétés privées des hommes, récupérées ou construites dans les dix dernières années (maisons, terres cultivées, diverses autres constructions) et sur les hommes aussi.
    Il semble que la société perçoive ces phénomènes plutôt au niveau des effets immédiats (victimes humaines et dégâts matériels) qu'au niveau des causes. Cette considération est caractéristique pour la Roumanie aussi. Au fil du temps, dans le cadre de deux périodes historiques (la période communiste jusqu'à 1989 et la période démocratique d'aujourd'hui), on remarque certaines mesures de décisions politiques, économiques et sociales d'aménagement et de protection, qui sont très difficiles en ce qui concerne leur applicabilité et efficience à cause de l'inexistence d'une infrastructure solide, le manque d'argent du budget local et la non-concordance des décisions entre les autorités centrales et les pouvoirs locaux.








    Stati alpini e stati extra-alpini a fronte dei rischi di catastrofi naturali nel mondo alpino
    Luigi ZANZI, Professeur d’histoire, Dipartimento di Storia Moderna et Contemparanea, Università degli Studi di Pavia




    Les pouvoirs publics et la recherche sur les risques naturels en France
    François GILLET, Directeur du Pôle Grenoblois d’Etudes et de Recherches pour la Prévention des Risques Naturels



    Plusieurs programmes nationaux et régionaux de recherche concernent, en tout ou partie, les risques naturels. Quels en sont les objectifs principaux, les modalités de fonctionnement, les moyens d'actions? Est-il possible, notamment pour les programmes existant depuis plusieurs années, de procéder à une analyse des résultats obtenus et d'en tirer quelques premières conclusions?

    Ces programmes ont été initiés et mis en oeuvre dans des cadres variés

    • Ministère de la Recherche : ACI "Prévention des Catastrophes Naturelles
    Lancée en 2000, elle soutient, pour l'essentiel, des projets visant à une meilleure compréhension des processus naturels susceptibles de provoquer des catastrophes dans le domaine de la Terre solide et de l'eau. Les projets (en nombre limité) doivent permettre des avancées significatives sur quelques thèmes prioritaires, pour lesquels une sollicitation directe des laboratoires est faite par le Comité scientifique.

    • Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement
    1. Programme "Evaluation et prise en compte des risques naturels et technologiques" (EPR). Lancé en 1999 (pour 5 ans), il vise à analyser les méthodes et moyens susceptibles d'être mis en oeuvre pour permettre une meilleure gestion des risques, dans le cadre d'une démocratie moderne.
    Les axes de recherche principaux portent sur :
    -la mesure des risques (notamment sous l'angle économique)
    -les conditions et les moyens d'appropriation des risques par les différents acteurs concernés
    -l'organisation de la décision (hiérarchisation, négociation, évaluation des risques)

    2. Programme "Risque inondation". Lancé en 1998, il a pour but d'améliorer les connaissances et de fournir des résultats utiles pour la gestion de ce risque. Les principaux thèmes abordés concernent :
    -hydrologie, hydraulique : analyse de la réalité d'une évolution récente du régime des hautes eaux
    -influence des facteurs anthropiques dans la genèse des crues et la propagation des inondations
    -amélioration des analyses économiques relatives à la prévention et aux impacts des inondations
    -gestion du risque et aide à la décision

    Ces programmes se placent à la charnière, voire à l'aval des programmes de recherche initiés par ailleurs, en ayant l'ambition de valoriser les connaissances pour qu'elles contribuent à la définition d'outils quasiment opérationnels. Ils sont l'un et l'autre conduits par un Comité d'Orientation assisté d'un Comité Scientifique.

    •Organismes de recherche

    1 CNRS - Programme "Risques collectifs et situations de crise"
    Lancé en 1994, ce programme est terminé depuis juin 2000. Il s'est transformé en GIS associant CNRS, INRA, INSERM, IPSN et trois Ministères (MATE, Equipement, Emploi, solidarité). L'objectif est de produire des idées en s'appuyant sur divers programmes existant et en organisant des séminaires, ateliers... Ce programme a mobilisé diverses équipes de recherche, qu'il est maintenant nécessaire de structurer. Les risques naturels y sont peu présents.

    2. PNRN (Programme National de Recherche sur les Risques Naturels)
    Initié par le CNRS, ce programme est aujourd'hui soutenu par : CNRS/INSU, BRGM, CEA/DASE, Cemagref, CNES, IRD. Il prend en charge les aléas suivant :
    - aléa sismique
    - aléa volcanique
    - aléa gravitaire
    Depuis 1998, l'aléa hydrologique est du ressort du Programme National de Recherche en Hydrologie (PNRH).
    Ce programme est principalement orienté vers l'obtention de modèles physiques et de données quantitatives devant permettre une meileure prévention.

    3. PNRH (Programme National de Recherche en Hydrologie)

    Ce programme qui concerne le cycle continental de l'eau et la circulation atmosphérique, consacre environ 20 % de son budget aux aléas hydrométéorologiques.
    Il est soutenu par plusieurs organismes : CNRS/INSU, BRGM, Cemagref, INRA, Météo-France, IRD, LCPC, CIRAD

    • Région Rhône-Alpes
    Après avoir participé au programme Risques Naturels du Contrat de Plan Etat-Région Rhône-Alpes (terminé fin 1999), la Région a lancé un programme sur 10 thématiques prioritaires pour les années 2000 à 2OO2. La thématique développement durable comprend un sous programme risques naturels.

    • Conseil Général de l'Isère
    Depuis 1989, le Conseil Général de l'Isère soutient un programme annuel de recherche mis en oeuvre par le Pôle Grenoblois de recherche sur les risques naturels. Outre la structuration des équipes régionales de recherche travaillant sur ce sujet, ce programme présente (grâce à sa souplesse) l'intérêt d'initier un certain nombre de recherche nouvelles et originales. Il concerne les avalanches, séismes, inondations, mouvements de terrain et risques torrentiels dans leurs aspects sciences de la terre, ingéniérie et sciences humaines et sociales.

    Note : Les programmes internes à divers organismes (Cemagref, CEA, BRGM...) ne sont pas pris en compte.


    Le « modèle » français de gestion des risques liés au climat : un point de vue critique
    Denis LAMARRE, Professeur de géographie, Université de Bourgogne


    1° Face aux risques naturels, il existe, en France, une solidarité nationale. Le système est fondé essentiellement sur une surprime imposée à tous les contrats d’assurance incendie. Mais la fréquence de l’indemnisation de dégâts d’inondation (les ¾ des dépenses totales pour les catastrophes naturelles) dans certaines communes indique clairement que la solidarité ne favorise pas les actions de prévention sur le territoire et même qu’elle entraîne des effets d’aubaine.
    Les deux tempêtes qui ont balayé la France fin décembre 1999 ont entraîné pour la première fois depuis la mise en place du système CAT NAT, un montant total des dommages indemnisables très supérieur à la somme des surtaxes récoltées. Ne pouvant plus faire face, le « modèle » est donc remis en cause. Plus largement les réassureurs invoquent le changement climatique global pour justifier une augmentation des primes.
    2° Potentiel climatique : les climats de la France sont-ils bien tempérés ?
    Le potentiel climatique correspond à l’ensemble des moyens qu’utilise une société humaine pour tirer parti des phénomènes climatiques, et se prémunir de leurs dangers. En France, les exigences en matière de garantie des personnes et des biens s’accroissent rapidement. A mesure que les besoins augmentent ; les accidents climatiques sont donc de plus en plus mal tolérés.
    L’évolution (lente) du climat ne saurait être comparée à la dynamique socio-économique autrement plus rapide. Dans une France toujours « tempérée » tout n’est pas permis à une société riche de moyens, dans la gestion des risques liés au climat. L’aménagement du territoire, dans la zone dite à risque, doit être poursuivi et apparaître, non comme une contrainte, mais comme la mise en œuvre du potentiel climatique. Voilà une des conditions nécessaires au maintien de la solidarité nationale face aux risques dits naturels.









    Mémoire(s) des risques : quelques attentes à l’égard des historiens
    Claude GILBERT, Directeur de recherches au CNRS, Directeur du GIS Risques Collectifs et Situations de Crise


    Il est probable que les historiens ont été parmi les premiers, dans le champ des sciences humaines et sociales, à s'intéresser à la question des risques collectifs. Les différentes « calamités » - épidémies, catastrophes naturelles, etc. - figurent parmi les objets normalement pris en compte par l'histoire, ce qui est encore loin d'être le cas des autres disciplines malgré l'engagement de différents programmes de recherche dans ce sens. Mais, assez curieusement, il ne semble pas que les chercheurs qui investissent actuellement le plus activement la question des risques collectifs et qui, pour la plupart, relèvent de la sociologie, de la science politique, etc. tirent véritablement parti des acquis des travaux historiques. Or certains apports, mais aussi, certains questionnements critiques par rapport à telle ou telle démarche pourraient utilement alimenter la réflexion actuelle.
    Un des points sur lesquels des attentes fortes peuvent exister à l'égard des historiens concerne la « mémoire des risques », une des interrogations les plus fréquentes étant de savoir comment s'organise cette mémoire, notamment par rapport aux risques naturels. Ainsi, le plus souvent, il est espéré des historiens qu'ils fournissent des éléments d'analyse sur la façon dont fonctionne la « mémoire collective », sur les raisons pour lesquelles certains événements sont conservés en mémoire et d'autres non avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la connaissance des phénomènes, leur prévention, etc. Or il semble qu'assez spontanément, aussi bien du côté des demandeurs d'analyse que de la part de ceux qui les produisent, les modes de conservation de la mémoire des risques soient plutôt reliées aux représentations de communautés saisies un peu globalement. Comme si, c'était avant tout ces « représentations », telles qu'elles évoluent avec le changement des « mentalités » qui décidaient de la mémorisation sélective des différentes calamités naturelles.
    Il conviendrait bien sûr de vérifier si cette impression, qui est celle d'un politologue, est partagée par les historiens réunis lors de ce colloque. Mais si c'était le cas, un rapprochement pourrait alors être effectué avec un problème similaire que rencontrent d'autres chercheurs, notamment les sociologues, lorsqu'il leur est demandé de produire des analyses sur la « perception des risques », l'implicite étant que c'est essentiellement en fonction de ces perceptions que sont collectivement définis, hiérarchisés les risques contemporains. Si une partie des sociologues répondent à ces demandes, d'autres s'y refusent en soulignant que la définition des risques, leur « mise sur agenda » résultent plus du jeu des acteurs et des organisations intervenant dans les secteurs scientifiques, administratifs, politiques, économiques, médiatiques, etc., des différents outils et procédures utilisés pour qualifier, construire ces risques etc., que de l'effet des seules « représentations ». En rapportant cette orientation à la question de la mémoire des risques, cela signifierait que l'attention devrait se focaliser non seulement sur les représentations, l'évolution des mentalités, mais aussi, et peut-être surtout, sur la façon dont différents acteurs, dont différentes organisations ont, à travers des collectes de données, l'élaboration et la transmission de savoir-faire, la réalisation d'ouvrages, la production de normes, de codes, la « routinisation » de procédures, etc. diversement inscrit la mémoire des risques.
    Il ne fait aucun doute qu'un tel questionnement renvoie à des débats déjà engagés par les historiens. Aussi serait-il particulièrement intéressant qu'il puisse être repris lors de ce colloque pour, d'une part, savoir comment se positionnent aujourd'hui les historiens répondant aux demandes d'analyse en matière de mémoire des risques et pour, d'autre part, rapprocher ces interrogations de celles qui se font jour dans d'autres disciplines.


    Lieux

    • Grenoble, France

    Dates

    • jeudi 22 mars 2001

    Pour citer cette annonce

    « Risques naturel dans l'histoire (programme) », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 31 janvier 2001, http://calenda.org/186108