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Mémoire et identité rurales

Première journée d'études "Histoire et archivistique"

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Publié le mardi 26 juin 2001 par Natalie Petiteau

Résumé

Des Journaux privés exhumés par les historiens à la constitution volontaire d’une mémoire villageoise Angers, mars 2002 Organisateurs et contacts : FOLLAIN, Antoine (Maître de Conférences d’Histoire moderne à l’Université d’Angers, Préside

Annonce



Des Journaux privés exhumés par les historiens
à la constitution volontaire d’une mémoire villageoise


Angers, mars 2002


Organisateurs et contacts :

FOLLAIN, Antoine (Maître de Conférences d’Histoire moderne à l’Université d’Angers, Président de l’Association d’Histoire du Village) antoine.follain@laposte.net
POINSOTTE, Valérie (Conservateur en chef du patrimoine, Maître de Conférences d’Archivistique à l’Université d’Angers) valerie.poinsotte@univ-angers.fr et les étudiants du DESS Histoire et Métiers des Archives 2001-2002 de l'Université d'Angers
TRASSARD, Jean-Loup (écrivain, Président de l’Association Mémoire rurale au Pays de l’Ernée)

Enquêtes orales : contacter de préférence valerie.poinsotte@univ-angers.fr

Livres de raison, littérature rustique, monographies villageoises (en tant que genre) écrivains-paysans, etc. : contacter de préférence antoine.follain@laposte.net



Cette rencontre pluridisciplinaire et diachronique entre historiens, archivistes, ethnologues, sociologues, écrivains-paysans, etc. découle de la convergence d’intérêts et d’interrogations entre les organisateurs, ainsi que d’une demande d’amplification de son action, formulée par l’association Mémoire rurale au Pays de l’Ernée, implantée en Mayenne et Pays de la Loire, aux confins de la Bretagne et de la Basse Normandie. D’où une double réflexion sur la Mémoire rurale ainsi que sur l’Identité rurale, affirmée par l’ensemble des productions et collectes : mémoire privée du XVIIIe siècle, appropriée par les historiens, mémoire imprimée, donnée au public par divers auteurs et témoins de la vie rurale des XIXe et XXe siècles, mémoire sollicitée lors d’enquêtes orales, immédiatement exploitée et aussi conservée et archivée comme "source historique". Les supports qui peuvent être rapprochés les uns des autres sont donc d’une extrême variété, puisqu’ils vont des gravures et tableaux d’hier aux photographies d’aujourd’hui et des manuscrits du XVIIIe siècle jusqu’à la littérature grise des bulletins communaux, que nous voyons, sous nos yeux, remplacés sur internet par des "sites" municipaux et associatifs.
Celui de Mémoire rurale au Pays de l’Ernée ( http://memoire.rurale.free.fr/ ) est un exemple significatif puisqu’il fait la synthèse de l’enquête orale et de la publication en ligne, contredisant toute idée d’archaïsme rural mais posant tout à la fois les questions de la motivation de la collecte, de l’exploitation des enregistrements, du devenir du "site" et par conséquent de la conservation de cette Mémoire rurale qui constitue à la fois la mémoire d’hier et une histoire immédiate qui se veut passerelle entre les générations — les jeunes derrière le micro, les aînés devant — entre milieux socioculturels et aussi entre ruraux et néo-ruraux, ruraux et urbains. Ces enregistrements seront aussi les matériaux d’une histoire qui sera écrite demain. Mais, dès aujourd’hui, le rassemblement et l’inscription des savoirs pratiques ou des coutumes permet de constituer l’image de la civilisation rurale particulière ou non de la région d’enquête afin de réveiller — devant l’ignorance des jeunes, l’oubli des anciens, voire le mépris des citadins — le sentiment, et peut-être la fierté, d’une appartenance, donc d’une identité. C’est-à-dire une valeur sur quoi s’appuyer pour recevoir avec sérénité les changements actuels.
L’entreprise menée à bien par Mémoire rurale au Pays de l’Ernée est loin d’être unique. De nombreuses initiatives ont été prises à la base et les répertorier ne sera pas le moindre des apports de la Journée d’études car les actions associatives sont moins visibles que les actions institutionnelles engagées par les Archives départementales, les Chambres d’Agriculture, les Archives de France, l’Inra, le Comité pour l’Histoire Economique et Financière de la France, etc. Certaines de ces actions s’insèrent aussi dans un mouvement souhaité d’en haut, notamment par l’Inspection générale de l’Agriculture dans le cadre de l’opération Patrimoine 2000. Beaucoup d’opérations sous-entendent qu’il y a urgence — pourquoi ? — et semblent se faire dans une certaine précipitation, soit parce que les principaux témoins sont âgés, soit parce que l’on veut saisir immédiatement et en concurrence avec les journalistes, la "souffrance paysanne" liée à la modernisation agricole ou à la succession des catastrophes, de la vache folle à la fièvre aphteuse.
Or de multiples questions se posent et intéressent le DESS Histoire et Archives de l’Université d’Angers, dans une double perspective scientifique et pédagogique. Les témoignages ne sont jamais recueillis au hasard, même si le choix individuel des témoins est souvent le fruit de rencontres. La détermination de l’échantillon des personnes interrogées, les thèmes abordés, la façon même de mener l’interview, nous instruisent autant sur le questionneur que sur le questionné. En cela, ces témoignages sont bien des archives, et leur caractère organique les différencie de constructions littéraires ou artistiques. De plus, au delà du but immédiat de la collecte, se pose la question de la pérennité et de la conservation de ces archives. En effet toute conservation trouve sa justification dans l’exploitation et donc dans la communication. Cet aspect, souvent oublié dans les enthousiasmes des opérations collectives de collecte, impose de faire subir aux témoignages un traitement archivistique approprié, non pour les dénaturer mais pour permettre leur exploitation future par les promoteurs des opérations de recueil et / ou par d’autres personnes. Ce souci de pérennité implique de bâtir une méthodologie de traitement intellectuel — inventaires, grilles d’analyse — et physique — minutages, conditionnement, migrations de support. Il devrait aussi amener à réfléchir aux problèmes éthiques et juridiques posés par la diffusion de ces témoignages, notamment en matière de protection de la vie privée et de respect de la propriété intellectuelle.
La Journée Mémoire et Identité Rurales sera aussi l’occasion de revenir sur la pratique des historiens, sur la notion de "sources" et sur les spécificités de chacune des strates de la mémoire rurale. Les historiens — sans toujours l’avouer — sont à la recherche de traces sensibles des paysans qu’ils étudient ordinairement comme producteurs-agriculteurs n’ayant laissé que leur nom dans des baux uniformes, comme "resséants" pourvus de leur rubrique dans le papier terrier d’une seigneurie, comme acteurs de la vie politique locale n’ayant laissé qu’un paraphe ou qu’une marque au bas d’une délibération ou encore, comme titulaires des fiches de dépouillement démographique tirées des registres paroissiaux, où leur existence se résume à quelques dates et à la "production de leur descendance". Où puiser de quoi restituer la mémoire paysanne ? Certaines "tranches de vie" apparaissent dans les dépositions et interrogatoires judiciaires. Mais tout cela ne permet d’aborder qu’un moment ou qu’une situation dans la vie d’une personne. Les livres de raison et journaux paysans ne témoignent vraiment que sur le XVIIIe siècle. Ils sont rares. Ils sont parfois suspects, sans atteindre les excès de certains imprimés, comme La Vie de mon père… de Nicolas Restif de la Bretonne (1778) aussi peu "vrai" que la peinture édifiante d’un Greuze… telle que son Accordée de village (1761) que nous rejetons au premier regard, parce que l’image nous rend immédiatement sensible le fait que ces "paysans" nous en disent davantage sur la société urbaine des Lumières, applaudissant aux naïvetés rousseauistes, que sur la vie rurale. La "valeur" de la Chronologiette de Pierre Prion sur le village d’Aubais, en Bas-Languedoc (1744 à 1759), celle des mémoires de Louis Simon, étaminier, 1741-1820, dans son village du haut Maine, Fontaine-Saint-Martin, ou celle du Journal de Pierre Bordier (1748-1767), paraissent moins discutables. Les historiens-éditeurs successifs de ce dernier journal sont tous bien d’accord entre eux pour considérer qu’un Pierre Bordier est représentatif du "monde paysan français tout entier […] Il en exprime les cheminements culturels et les savoirs, il en révèle les façons de penser le monde et le temps". Et pourtant, Bordier est un singulier paysan, un demi lettré qui n’aurait lu que brochures, gazettes, affiches et almanachs, mais qui a acquis — où ? comment ? — un goût de l’écriture qui le pousse à se raconter. Il y a là de gros enjeux historiographiques : quelle est la "valeur" d’un tel témoignage, dans ce qu’il a d’unique et de singulier mais aussi de représentatif ? les historiens ne sont-ils pas enclins à sur-valoriser la source mise à leur disposition ? Quel statut accorder ensuite aux milliers de monographies villageoises écrites par des non-paysans, curés et instituteurs ? Au cours du XXe siècle, ces catégories ont perdu leur quasi statut de chroniqueurs et analystes ruraux et l’écriture est passée à des "écrivains-paysans". Sur leur production diverse et massive, on peut jeter des regards très différents : y a-t-il unité d’un genre ou simple inscription dans un paysage rural d’auteurs et de projets différents ? Est-ce un genre estimable, en même temps que susceptible d’enquêtes à entrées multiples, comme le suggèrent les actes des Rencontres de Guise. Écrivains-paysans et paysans-écrivains… (1986) ? Ou n’est-ce qu’une "littérature aligot-saucisson avec une petite dose de patois, un zeste d’occitan, un air de vielle à roue" (sic) que le préfacier d’Ecrivains en campagne… (1998) voulait distinguer d’une littérature de qualité supérieure ? Faut-il prendre cette littérature comme une source écrite provenant de ceux qui se sont exprimés avant qu’on leur tende un micro et par conséquent confronter leurs livres aux sources construites à partir d’enquêtes orales ? Cette fois encore, se trouve posée la question de la "valeur" et de la représentativité de tels témoignages : la fresque villageoise et l’autobiographie ne sont-ils pas une parole libre, foisonnante, maîtrisée par son auteur, et l’enregistrement par un professionnel, historien ou sociologue, une parole dépossédée, orientée, qui pourrait ne pas avoir prévu les interrogations futures ?


VILLANELLE
Association d’Histoire du Village
Association loi 1901
Siège social : 49070 Beaucouzé

L’association Villanelle a été fondée en 2001 par des universitaires angevins. Elle a pour objets : « de promouvoir les échanges entre historiens travaillant sur l’histoire du village dans tous ses aspects (identitaires, politiques et administratifs, religieux, matériels, etc.), de créer une structure propre à faciliter l’organisation de colloques ainsi que leur édition, d’initier des recherches collectives » (Statuts, Article 2). Créée après l’édition (2000) du colloque L’Argent des villages… (Angers, 30-31 octobre 1998) elle s’est impliquée dans l’organisation de Justices de village... Justice seigneuriale et régulation sociale (XVe -XVIIIe siècle), Angers, 26-27 octobre 2001


UNIVERSITE D’ANGERS
DESS Histoire et Métiers des Archives
UFR Lettres, Langues et Sciences humaines, Département Histoire
Association des Etudiants et Diplômés en Archivistique d’Angers
Association loi 1901
Siège social : 49045 Angers

La formation a été créée en 1993 en collaboration entre le directeur des Archives départementales de Maine-et-Loire et les professeurs du Département d’Histoire, sous le parrainage de la Direction des Archives de France. Elle assure une préparation universitaire, de la licence au DESS, aux métiers des archives. Durant leur formation, les étudiants acquièrent les capacités d’adaptation pour faire face à toute situation professionnelle : du service public à l’entreprise, du parchemin au CD-Rom, de la collecte à la communication des documents... Elle répond au développement actuel des besoins du marché de l’emploi en matière de gestion des documents.
Recevant une formation d’historiens, les étudiants peuvent analyser le patrimoine écrit et oral d’aujourd’hui, qui constituera les sources de la mémoire de demain. Recevant aussi une formation de praticiens en archivistique, ils possèdent toutes les techniques de collecte, conservation, classement, communication et mise en valeur du patrimoine. Pour en savoir plus : http://www.multimania.com/archivangers/ ou http://www.univ-angers.fr/formation.asp?ID=LDSHIS1&langue=1 Le DESS a été créé en 1994. Il accueille des étudiants titulaires au minimum d'une maîtrise. Parmi les différents projets menés chaque année, celui d’une "Journée d'études" a été lancé pour la première fois à la rentrée 2000, sur le thème "La recherche en archivistique" (Angers, 16 mars 2001 : http://www.multimania.com/archivangers/JE2001-1.htm ). Les étudiants participent au suivi scientifique ainsi qu’à l'organisation et au suivi matériel de la journée

MEMOIRE RURALE AU PAYS DE L’ERNEE
Association loi 1901
Communauté de communes du Pays de l’Ernée
Siège social : 53226 Saint-Hilaire-du-Maine

Le but de la Communauté de Communes est de réaliser ensemble ce qu'il ne serait pas possible ou souhaitable de faire seul. Celui de l’association « Mémoire Rurale » fondée en 1999 est de dresser un tableau de la vie telle qu'elle se passe ou se passait, des activités diverses telles qu'elles se pratiquent ou se pratiquaient ; montrer l'influence des manières de vivre sur notre vie d'aujourd'hui ; réhabiliter la vie rurale ; donner aux jeunes un moyen de connaissance du passé pour y trouver leurs racines ; traduire en diverses formes d'expression la mémoire reconstituée : livre, vidéo, exposition, etc. (Statuts, Article 2). En l’an 2000, la communauté de communes et l’association ont entrepris de recueillir la mémoire des habitants, considérant qu’outre la conservation de savoir-faire, la connaissance de l'histoire est indispensable pour bien se positionner dans le présent, et se projeter dans l'avenir. http://memoire.rurale.free.fr/
La diversité des travaux entrepris, la méthodologie employée, l’objectif de devenir "Centre Permanent d'Initiative pour l’Environnement", ont fait de l'association un important acteur de "l'éducation populaire". L’opération a une autre dimension, puisque pour sa collecte de la mémoire rurale, il a été fait appel à 12 demandeurs d'emploi, pour une "formation-action". Recrutés au plan local sur leur seule motivation, âgés de 20 à 48 ans, avec des parcours personnels et professionnels variés, ils ont appris à travailler ensemble au service de la collectivité, Leur formation a inclus des volets divers et variés : connaissance du territoire, communication, techniques d’entretien… En relation avec les maires et les présidents de clubs d'aînés ruraux, ils ont interviewé près de 150 personnes. Les actions ont créé une dynamique d'échanges et de partenariat ainsi que du "lien social" entre générations et au sein de la communauté de communes

Lieux

  • Angers, France

Dates

  • jeudi 28 février 2002

Mots-clés

  • enquête orale ; rural ; paysans ; livres de raison ; mémoire ;

Contacts

  • antoine follain
    courriel : antoine [dot] follain [at] unistra [dot] fr
  • "Villanelle ~
    courriel :
  • Association d'Histoire du Village" ~
    courriel :

Source de l'information

  • antoine follain
    courriel : antoine [dot] follain [at] unistra [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mémoire et identité rurales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 26 juin 2001, http://calenda.org/186428