AccueilL'Etat gère-t-il toujours la sécurité ?

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    Publié le mercredi 12 septembre 2001 par Marin Dacos

    Résumé

    La question de la gestion de la sécurité par l'État est considérée par Susan Strange comme l'ultime ressource, celle que l'État contrôle toujours. Elle évoque en revanche la perte du contrôle par l'État de l'économie productive, de l'attribution du créd

    Annonce


    La question de la gestion de la sécurité par l'État est considérée par Susan Strange comme l'ultime ressource, celle que l'État contrôle toujours. Elle évoque en revanche la perte du contrôle par l'État de l'économie productive, de l'attribution du crédit, et même du savoir… Susan Strange a-t-elle été trop timide ? N'a-t-elle pas osée aller jusqu'au bout ? La controverse entre les tenants de l'Économie politique internationale associés aux transnationalistes, et le "mainstream" se prolonge dans certains domaines, mais tous se sont mis d'accord sur l'hypothèse que le sécurité demeure toujours sous le contrôle de l'État.

    Le colloque que nous organisons se veut remettre en cause cette vision consensuelle de deux manières. Tout d''abord en examinant la relation qu'entretient l'État avec la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. Ensuite en débattant des concepts mêmes d'État et de sécurité.

    La question de l'étendue de la gestion de la sécurité par l'État est liée à divers enjeux. La première partie sera consacrée au phénomène de la privatisation des enjeux de sécurité. Certains évoquent une perte de la capacité de l'État en raison même du rôle joué par les entreprises privées, ou par certains individus directement. D'autres insistent sur la stratégie de délégation par l'État de certains aspects de la sécurité à des acteurs privés et le maintien du contrôle malgré la déresponsabilisation. Nous débattrons de cela à différents niveaux. Au plan intérieur tout d'abord, nous étudierons le jeu des agences nationales, des agences locales et des compagnies privées de sécurité en ce qui concerne la gestion de la peur du crime. Dans certains endroits désignés comme lieu de ces peurs on a tendance à considérer la population comme une population à risque ou comme groupe dangereux, sous le vocable de violence urbaine. Comment l'État dans ces divers organes apprécie-t-il les pratiques sociales de ces lieux et pourquoi un discours d'insécurité justifiant l'urgence et parfois la répression s'instaure-t-il ? Nous ferons le lien entre ces visions internes de l'insécurité et celles qui se déploient dans l'international. Au plan extérieur, nous nous interrogerons sur les relations entre les États, les organisations internationales, les ONG et les compagnies privées en ce qui concerne la gestion des opérations humanitaires ou les interventions militaires dans des conflits locaux, en regardant le rôle du HCR ou de la Croix Rouge d'une part, et ceux du MPRI, de Sandline International, d'Executive Outcome ou de la Barril Corporation d'autre part. L'État est-il en train de privatiser la gestion de la guerre comme du crime ou est-il à même d'agir quand il le désire et sans risque à l'égard d'une opinion qui ne voit pas qu'il intervient "sous couverture" du privé ? L'État peut-il néanmoins être accusé par les individus quand il est pris dans un processus de judiciarisation des conflits qui touche ceux que l'on nome les criminels de guerre, mais qui de facto s'applique aussi à ceux qui s'interposent entre les belligérants. La sécurité de qui est-elle en jeu ?

    La seconde partie du colloque sera liée aux questions de globalisation et d'européanisation de la sécurité. Les discours relatifs à la globalisation de la mafia, du terrorisme, comme de l'eurocrime ou du trafic d'êtres humains sont très largement répandus. Certains considèrent que l'État tout comme les identités nationales seraient menacés par cette globalisation. Ils analysent le multiculturalisme comme une menace à l'unité de l'État. D'autres voient ces discours comme de nouveaux modes de légitimation des différents services tant en ce qui concerne leurs budgets que leurs services. D'autres encore analysent la construction de la menace et la gestion de la peur en rapport avec la société du risque et le réseau des institutions qui s'occupent des questions de sécurité. On discutera des visions politiques et policières associant le multiculturalisme à un risque pour l'État et aux peurs crées par les solidarités transnationales. Au niveau militaire, les discours de l'OTAN sur la migration, la mafia, le terrorisme, se reconfigure autour des thèmes de la civilisation et de la protection des valeurs communes du monde occidental. Il en va de même des discours sur le G8 ou les institutions de l'Union Européenne. On essaiera de saisir les différences, si elles existent, de ces discours d'organisations multilatérales avec les discours de l'État (des États-Unis, du Canada ou de la France par exemple) sur ces mêmes thèmes. Au niveau de la police, il serait aussi très intéressant de voir si Interpol, Europol ou l'OLAF ont leurs propres approches lorsqu'il s'agit de traiter des soi-disant nouvelles menaces et comment ces discours divergent des discours politiques nationaux. Au point de fusion entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure, on pourrait s'interroger sur la question de la redéfinition de l'ennemi par les différentes institutions et leurs points communs et différences pour ce qui relève de la menace et du risque et de la hiérarchie établie entre ces menaces et ces risques.

    Cela soulève la question du sens à donner aux termes de sécurité, d'État et du politique ainsi que de leurs relations avec la démocratie. Qu'en est-il de la figure de l'ennemi après la guerre froide ? Quelles sont les évolutions du terme et des justifications pratiques qui l'accompagnent ? Comment penser le changement social en relation avec la sécurité et ne pas déboucher sur des justifications permanentes d'un statu-quo parfois injuste ? Qui, dans nos sociétés, décide de ces enjeux ? Quel est le poids de la bureaucratie dans une société du risque ? Ne doit-on pas repenser le concept de sécurité dans son rapport à l'humain et non à l'État ?

    Nombre des soi-disant réponses à la question des relations entre sécurité et État sont prisonnières de leur propre définition sur ce qu'est la sécurité et ce qu'est l'État. Mais comment l' (in)sécurité est-elle construite? Est-elle le miroir de l'évolution du conflit et du crime, ne s'agit-il que d'un effet de discours ou est-ce un sous-produit du champ des professionnels de la sécurité au niveau transnational? En tous les cas, comment la sécurité est-elle liée à la guerre et à notre éthique? Pourrons-nous restructurer la société en assurant la sécurité en relation avec l'humanité, la démocratie et l'éthique au lieu de la souveraineté et la Raison d'État ? Nous discuterons de ces thèmes en relation avec une différenciation plus précise entre la définition traditionnelle de l'État compris en tant qu'acteur par la théorie des relations internationales, la notion de gouvernement et de gouvernementalité, et la notion du politique au-delà de l'État. Cela mettra au défi le découpage traditionnel et nous espérons que cela sera fructueux pour une analyse alternative de la sécurité et de l'État.

    Le programme complet se trouve sur le site de Cultures et conflits

    Lieux

    • Paris, France

    Dates

    • mardi 11 septembre 2001

    URLS de référence

    Source de l'information

    • Site Cultures et conflits ~
      courriel : webmestre [at] conflits [dot] org

    Pour citer cette annonce

    « L'Etat gère-t-il toujours la sécurité ? », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 12 septembre 2001, http://calenda.org/186492