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L'Islam politique en Afrique subsaharienne

D'hier à aujourd'hui : discours, trajectoires et réseaux

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Publié le lundi 18 février 2002 par Marin Dacos

Résumé

JOURNEES D’ETUDES INTERNATIONALES : L’ISLAM POLITIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE D'HIER A AUJOURD'HUI : DISCOURS, TRAJECTOIRES ET RESEAUX (Paris, 28-29 octobre 2002) EXPOSE DE LA THEMATIQUE Contexte : L'islam politique demeure, jusqu'à aujou

Annonce

JOURNEES D’ETUDES INTERNATIONALES :

L’ISLAM POLITIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
D'HIER A AUJOURD'HUI :
DISCOURS, TRAJECTOIRES ET RESEAUX
(Paris, 28-29 octobre 2002)


EXPOSE DE LA THEMATIQUE

Contexte :
L'islam politique demeure, jusqu'à aujourd'hui, une réalité dans plusieurs sociétés musulmanes. Ses caractéristiques ont été notamment analysées par des historiens et des politologues qui se sont attachés à observer les évolutions sociales, politiques et culturelles des sociétés des pays du Maghreb, du Machreq et plus récemment d'Extrême-Orient. Les thèmes de naissance ou de renaissance de l'islam politique sont en effet souvent assimilés à la République islamique d'Iran, au Soudan, à des groupements clandestins tels que les Frères musulmans, le Djihâd islamique, la Jamaat Islamiyya. En revanche, l'Afrique subsaharienne demeure très souvent absente de ces investigations et interrogations, comme si l'islam de cette région du monde était uniquement circonscrit aux communautés confrériques, considérées comme paisibles.
Or parallèlement à la prégnance des confréries, des mouvements islamiques politiques, constitués en dehors ou émanant d'elles, jouent un rôle politique et socio-culturel de plus en plus important en milieux urbain et rural, et surtout parmi la jeunesse.
En effet, les sociétés subsahariennes, par le biais de leurs élites, ont été en étroite relation, depuis des siècles, avec les centres musulmans du Maghreb, d'Egypte, d'Arabie et du Moyen-Orient et d'Extrême-Orient. Ces relations se sont consolidées grâce aux activités commerciales, aux relations diplomatiques entre Etats, au pèlerinage à La Mekke et plus récemment par l'octroi par des institutions des pays arabo-musulmans de bourses scolaires et universitaires.
Plusieurs ruptures interviennent dans l'histoire des relations entre l'Afrique subsaharienne et les pays arabo-musulmans d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
La première rupture intervient au cours de la période coloniale. Le contexte politique freinait le plus possible les contacts entre le nord et le sud du Sahara alors que dans le même temps certains groupes confrériques étaient progressivement incorporés dans les rouages du pouvoir colonial. A la veille de la première guerre mondiale, en raison du développement du pan-islamisme et de l'alliance entre la Turquie et les puissances de l'Axe, les empires coloniaux adoptent une politique de contrôle strict et de subordination des élites musulmanes. La volonté de couper le lien entre le nord et le sud du Sahara s'affirme encore davantage et se perpétue au cours des décennies suivantes. Toutefois, à partir des années cinquante du XXème siècle, émergent des mouvements réformistes musulmans qui veulent ressusciter ces relations nord-sud. Ils luttent essentiellement pour l'ouverture d'écoles franco-arabes, pour initier un enseignement plus moderne en opposition à l'enseignement coranique et traditionnel prôné par les confréries. Cette période coïncide avec une forte idéologie de libération nationale en Egypte sous Gamal Abdel Nasser et en Algérie durant la guerre de libération nationale et avec une lutte pour l'établissement d'un nouvel ordre économique mondial.
Dans le prolongement de la politique des anciens pouvoirs coloniaux, les nouveaux Etats à population à forte majorité musulmane tentent de contrôler la vie religieuse, régenter les relations avec le monde arabe pour gagner une légitimité islamique internationale. Ils utilisent, pour cela, des jeunes cadres issus principalement du milieu confrérique, aux carrières diplomatiques naissantes ou/et proches de la politique laïque de l'Etat afin de mieux contrôler la dynamique de l'Islam. La règle est d’exclure les jeunes ou les musulmans qui ont été critiques envers le pouvoir colonial au cours des années 50, tous deux considérés comme trop turbulents et incontrôlables d'un point de vue politique. Ceci conduit à une "longue traversée" du désert pour certains musulmans qui sont marginalisés.
La deuxième rupture intervient au cours des années 70. Les politiques étatiques s'essoufflent, sont confrontées à des crises économiques diverses et ne parviennent plus à maîtriser les demandes sociales et religieuses des populations. De plus, émerge la dacwa de certains Etats arabes tels que l'Arabie Saoudite et la Libye au moment du boom pétrolier à partir de 1974. Une nouvelle génération de militants musulmans naît . Certains d'entre eux ont eu une triple formation (coranique, franco-arabe, universitaire dans certains pays arabes et en Europe). De nouveaux courants d'idées apparaissent dès lors, se diffusent entre le monde arabo-musulman et l'Afrique subsaharienne.
La troisième rupture apparaît au cours des années 80 avec l'impact de la révolution iranienne dans certains pays d'Afrique subsaharienne. Le lien entre Religion et Politique est davantage accentué et la révolution iranienne apparaît comme un modèle politique et religieux pour un certain nombre de musulmans dans la zone étudiée au cours de ces journées. L'islam est présenté comme une religion totalisante, opposée à la laïcité, aux jeux d'alliances entre Etat et confréries, et qui veut prendre une place centrale dans le jeu politique. Outre cette dimension politique, une volonté d'afficher son identité musulmane s'affirme au sein de la jeunesse sur les campus notamment. Ce climat de grande religiosité populaire a plusieurs incidences sur la vie personnelle de chaque individu, sur la nature des relations établies avec l'entourage familial, professionnel dès lors que la prière, le jeûne et la tenue vestimentaire sont devenues des manifestations ostentatoires d'appartenance à un islam militant et combatif.
Cette remontée du sentiment religieux coïncide avec une vague d'opposition contre le pouvoir culturel, politique, économique, militaire et social de l'Occident et en particulier des deux super-puissances, les Etats-Unis et l'ex-Union soviétique. La critique de la modernité venue de l'Occident apparaît, dès lors qu'elle est considérée comme une agression et une forme de néocolonialisme. De plus, certains événements internationaux ont eu une influence non négligeable dans certaines sociétés d'Afrique subsaharienne tels que l'occupation soviétique de l'Afghanistan, les affrontements en Bosnie, en Tchétchénie, au Kosovo et l'aggravation de la situation dans les territoires autonomes de Palestine. Des groupuscules, de plus en plus influents, défendent l'idée d'une instauration d'une société et d'un gouvernement islamiques soucieux des principes fondamentaux de l'islam édictés dans le Coran et la Sunna. Ils considèrent en effet que l'application des préceptes religieux est la solution pour défendre une souveraineté culturelle et sociale et pour résister à ce qu'ils considèrent comme une ingérence du modèle occidental qui tend, à leurs yeux, à l'uniformisation du monde.

Objectifs :
Ces journées d'études s'intègrent à une tendance de la recherche qui s'intéresse aux évolutions actuelles et passées de l'Islam dit périphérique, lequel a une portée de plus en plus centrale comme le démontre l'actualité internationale de ces derniers mois.
L'objet de ces journées d'études est d'identifier, d'analyser et de définir les acteurs de cet Islam politique. Plusieurs termes tels que réformistes, fondamentalistes, islamistes rendent-ils compte avec précision de la nature de ces mouvements et des itinéraires complexes de leurs membres et responsables dans le contexte subsaharien ? Dans cette perspective, cette rencontre tentera d'identifier, selon les périodes historiques, les trajectoires sociales, culturelles, religieuses et politiques des acteurs musulmans qui créent des associations islamiques ou des mouvements critiques envers les confréries, construisent des écoles franco-arabes, organisent des conférences islamiques, font construire des complexes culturels et religieux et des mosquées à l'aide d'importants fonds venus essentiellement des pays du Golfe.
De plus, il s'agit d'analyser les discours de ces hommes, de ces femmes et leur évolution dans la longue durée. Quels sont les thèmes principaux de leur production écrite et orale ? En quoi ces thèmes sont-ils révélateurs d'intérêts politiques nationaux, de quêtes identitaires complexes, d'une volonté de faire concurrence aux milieux confrériques, de s'intégrer aux vies politiques nationales dans un contexte de progressive démocratisation et de participer aux débats religieux internationaux ? Ainsi, est-il important d'analyser comment s'inscrivent ces acteurs musulmans dans l'actualité internationale et de s'interroger sur les processus de réutilisation des écrits d'intellectuels du monde arabo-musulman dans des contextes socio-politiques différents. Il importe aussi d'appréhender l'existence d'une "littérature" islamique spécifique produite par des mouvements militants islamiques et son impact sur les différentes strates de la société, afin d'évaluer le degré d'acceptation de ces discours par les sociétés auxquelles ils sont adressés et l'existence de possible résistance ou de franche opposition des acteurs sociaux.
L'objectif est enfin de s'interroger sur la création de différents réseaux, leur continuation et leur développement entre le monde arabo-musulman et l'Afrique sub-saharienne, et entre différents pays de la zone étudiée, et de voir en quoi ces réseaux sont les signes de la lente création et la mise en place d'un internationalisme islamique qui n'a rien à envier à celui initié par différentes confréries telles que la tidjaniyya et la muridiyya.


Fiche de participation
(à retourner avant le 31 mars 2002)




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Soit par adresse électronique / E-mail : à Muriel Gomez-Perez, coordinatrice
mgp@ccr.jussieu.fr

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • dimanche 31 mars 2002

Contacts

  • Muriel Gomez-Perez
    courriel : mgp [at] ccr [dot] jussieu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'Islam politique en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 février 2002, http://calenda.org/186994