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Les archives de l'invention

Ecrits, objets et images de l'activité inventive, des origines à nos jours

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Publié le dimanche 25 août 2002 par Natalie Petiteau

Résumé

APPEL A COMMUNICATION Le Centre d'Histoire des Techniques (CDHT-CNAM-EHESS), la Bibliothèque du CNAM, le Musée des Arts et Métiers et le Centre historique des Archives nationales (CHAN), avec le soutien de l’Institut national de la Propriété indus

Annonce

APPEL A COMMUNICATION


Le Centre d'Histoire des Techniques (CDHT-CNAM-EHESS), la Bibliothèque du CNAM, le Musée des Arts et Métiers et le Centre historique des Archives nationales (CHAN), avec le soutien de l’Institut national de la Propriété industrielle (INPI), du Centre de Recherches en Histoire des Sciences et des Techniques (CRHST) (Cité des Sciences et de l’Industrie), de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale, de la Société française d’Histoire des Sciences et des Techniques (SFHST) et du Warwick Eighteenth-Century Centre (University of Warwick) organisent des journées d’étude sur le thème :



LES ARCHIVES DE L'INVENTION.
ÉCRITS, OBJETS ET IMAGES DE L'ACTIVITÉ INVENTIVE,
DES ORIGINES A NOS JOURS


26-27 mai 2003




Comité d'organisation :

Patrice Bret, Marie-Sophie Corcy, Geneviève Deblock, Christiane Demeulenaere, Liliane Hilaire-Pérez, Michel Letté, Valérie Marchal, Alain Mercier, Catherine Verna.


Une exposition sera proposée au Musée des Arts et Métiers à partir de fonds du Musée, de la Bibliothèque du CNAM, de l'INPI, des Archives nationales et de l'Académie des sciences. Une visite commentée aura lieu le lundi 26 mai 2003.


Les participants seront accueillis la veille, le dimanche 25 mai 2003, pour une promenade dans le cimetière du Père-Lachaise (sépultures d’inventeurs)


Les historiens ont longtemps privilégié le facteur technique dans les analyses des révolutions industrielles. Dans cette logique mono-causale, le progrès technique était assimilé à une succession d’inventions apparues dans des secteurs pionniers, moteurs de la croissance, entraînant le reste de l’économie, dite traditionnelle, dans son sillage. L’un des paradoxes de cette approche consistait à valoriser l’innovation tout en évitant d’ouvrir la boîte noire de l’invention. La dynamique interne du progrès technique et les traits de génie des inventeurs tenaient lieu de modèles explicatifs. Ces analyses structurelles laissaient ainsi en marge bien des interrogations. Qu’appelait-on invention dans le passé ? Quelles compétences, quelles ressources intellectuelles et matérielles étaient mobilisées dans la conception technique ?

Ces questionnements ont été au cœur de bien des recherches récentes. Elles ont mis en valeur le rôle crucial des pratiques de l’échange et des aptitudes au réseau dans les capacités inventives, qu’il s’agisse d’inventions individuelles ou de celles d’entreprises. Loin d’être le fait de héros ou de pionniers isolés, l’invention résulte de cultures techniques partagées au sein de populations habituées depuis des générations à résoudre des problèmes techniques sous la pression des contraintes et promptes à jouer des complémentarités et des concurrences sous l’impulsion de la demande. Derrière les mythes des grands inventeurs, se tient donc tout un pan d’activités et de compétences, moins spectaculaires, plus ordinaires mais qui font toute l’épaisseur, toute la densité des processus d’industrialisation.

Comment repérer ces pratiques de l’invention ordinaire et cerner leurs acteurs? Le but de ces journées est de confronter les matériaux (écrits, objets, images) et les méthodes dans ce domaine. Deux niveaux d’analyse peuvent être distingués. En premier lieu, comment identifie-t-on l’invention, l’inventeur ? La question concerne la construction même de l’histoire de l’invention, en liaison avec le projet collectif de constitution d’un dictionnaire prosopographique des inventeurs en France. D'autres interrogations suivent. Comment comprendre le rapport des inventeurs à l’écrit, au dessin, aux objets? Quelle place ces différents media occupent-ils dans la conception technique et dans les stratégies de valorisation des inventions?

Premier registre d’analyse: comment repérer et appréhender les mots qui désignent l’invention et l’inventeur des origines à l’époque contemporaine ? Comment combiner les catégories déjà construites, souvent forgées par les institutions (brevets, récompenses) et les mentions éparses ou indirectes de l’invention ? En somme, comment construit-on l’objet d’une telle recherche ?
Le thème ouvre sur des problématiques propres à certaines périodes. Par exemple, comment pallier le silence des sources écrites pour les périodes anciennes ? L’interrogation concerne les jeux entre traces écrites et archéologiques, la place faite aux produits dans le repérage des procédés, l’attention à la transformation des usages, etc.

Pour les époques plus récentes, d’autres problèmes se posent. Comment restituer, sur la longue durée, la multiplicité des institutions qui ont contribué à valoriser les inventions ? Bien des gisements documentaires, parfois déjà recensés, restent inexplorés de manière systématique au niveau des institutions (fonds parlementaires et d’autres juridictions, académies provinciales, expositions universelles, sociétés et écoles d’ingénieurs, intendances, Etats provinciaux, municipalités etc.) ; pour d’autres séries, il manque une confrontation d’ampleur des méthodes et des résultats déjà obtenus (Bureau de Consultation des Arts et Métiers, Société d’Encouragement, etc.). L’un des enjeux est de pouvoir cerner les inventeurs à travers la diversité de leurs itinéraires et leurs multiples stratégies sur ces ressources. Le thème débouche aussi sur la compréhension des réseaux des inventeurs et du rôle joué par les institutions dans ce domaine. Une histoire de l’investissement public dans l’innovation serait à terme rendue possible.

A ces sources, s’ajoutent les fonds privés, encore mal répertoriés en histoire des techniques (correspondances, mémoires, carnets, livres de comptes, contrats, actes notariés, prospectus, etc.). Ils ouvrent sur des réseaux complexes qui imbriquent le public et le privé et autorisent des capitalisations de savoir-faire à l’échelle de familles ou de sociétés, tout en mobilisant des sociabilités à différentes échelles, depuis les relations de voisinage jusqu’aux liaisons entre les élites européennes de l’économie, de la science et de l’Etat. Ils permettent aussi d’interroger divers circuits de financement, les uns retreints, les autres élargis par exemple à travers les prospectus de souscriptions. Ces sources écrites se doublent d’autres types de fonds: les dessins et les objets, des esquisses aux catalogues de modèles, des modèles aux pièces de musées, permettant également de saisir des échanges, des réseaux et des démarches. Quelles sont les collections à la disposition des historiens de l’invention et comment sont-elles été exploitées ?

Pour la période contemporaine, d’autres questions surgissent. Comment traiter le “trop plein” des brevets, déposés par milliers depuis le XIXe siècle ? Ne masque-t-il pas des pratiques inventives et des démarches d’inventeurs oubliées ? Dans cette logique, quels usages peut-on faire des listes de brevets ? Plusieurs chercheurs ont montré leur intérêt pour la sociologie de l’invention et pour l’étude des économies de la connaissance. Sur ce dernier point, peut-on reprendre la question des transactions des entrepreneurs avec les partenaires extérieurs, sur le long terme, et inversement peut-on préciser la part de l'invention d’atelier ? Plus largement, comment les sources et les méthodes des historiens de l’innovation permettent-elles de sortir d’une approche gestionnaire de l’invention dans l’entreprise qui gomme la pluralité des acteurs, la diversité des enjeux et les incertitudes de la recherche ?

Deuxième type d’interrogation : le rôle de l’écrit, du dessin et des objets dans les pratiques des inventeurs, qu’il s’agisse de la conception technique ou de la valorisation des inventions. Le thème poursuit les questions abordées lors des journées du CNAM sur “Archives, objets et images des constructions de l’eau” en 1999 ; il fait écho également à plusieurs chantiers en cours menés par différents chercheurs actuellement (transmission des savoirs et écrits du for privé; prospectus et publicité; écrit technique et “réduction en art”). Quels rapports les inventeurs entretiennent-ils avec l’essor de l’imprimé, avec le genre des traités techniques mais aussi avec les opuscules, livrets, feuilles volantes, pamphlets, articles de presse ? Comment repérer ces sources imprimées et les analyser dans leur diversité ? Quelles relations peut-on établir avec les archives manuscrites d’une part, avec les fonds privés et les ego-documents d’autre part (lettres, autobiographies, carnets de notes, tableaux, registres etc.) ? Comment prend forme une technologie de l’invention à travers ces multiples documents ?

La question est double. Il s’agit d’une part d’interroger ces sources comme outils intellectuels et pratiques au service de l’activité de conception. Ce champ, ouvert par l’histoire des ingénieurs, reste peu travaillé pour d’autres catégories d’inventeurs, notamment les artisans. Il concerne l’invention comme activité individuelle mais aussi collective, qu’il s’agisse de collaborations ou même de controverses entre inventeurs. Quelle est la place de l’écrit à ces différents niveaux ? Quelle est la part de l’image, des croquis aux planches imprimées, et celle des objets, maquettes, modèles, prototypes, copies ? Comment ces sources permettent-elles aussi de saisir les synergies entre création artistique et conception technique ? Peut-on enfin déceler des circulations dans ces pratiques de l’écrit, du dessin et de la modélisation? Par exemple, jusqu’à quel point la maîtrise de la correspondance et du récit de voyage développée par les négociants est-elle réinvestie par les techniciens et les industriels ?

D’autre part, ces archives et ces objets servent des rhétoriques de persuasion et des entreprises de diffusion auprès des autorités, des mécènes, des commanditaires ou d’un public large d’utilisateurs et de consommateurs. A ce titre, peut-on préciser les jeux de l’ouverture et du secret selon les typologies de l’écrit, public ou privé, imprimé ou manuscrit? Peut-on cerner comment se déploie, sur le long terme, le discours justificatif sur l’invention (récits rationalisés, rhétoriques de preuve, héroïsation) ? Quels choix sont faits, y compris dans la matérialité de l’écrit, lorsqu’il s’agit d’expliquer et de diffuser des procédés nouveaux ? Quels en sont les promoteurs et quels publics sont visés ? Du côté des collections, comment interroger, grâce à la recherche muséographique, les réseaux de pratiques développés autour de l’exposition d’inventions et de la visite des dépôts, des magasins, des entrepôts, des boutiques, des salons et des musées ? Ces questions ouvrent sur de vastes chantiers tels que la négociation de la vérité, l’exercice du jugement et la constitution de la mémoire technique, entre sédimentations, oublis et résurgences.




Si vous souhaitez participer, veuillez adresser un titre de communication et un résumé de 10 lignes environ avant le 15 octobre 2002 à :

christiane.demeulenaere@culture.gouv.fr

Dates

  • mardi 15 octobre 2002

Contacts

  • Christiane Demeulenaere
    courriel : christiane [dot] demeulenaere [at] culture [dot] gouv [dot] fr

Source de l'information

  • Marin Dacos
    courriel : marin [dot] dacos [at] openedition [dot] org

Pour citer cette annonce

« Les archives de l'invention », Appel à contribution, Calenda, Publié le dimanche 25 août 2002, http://calenda.org/187290