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    La production de l'immatériel

    Théories, représentations et pratiques de la culture au XIXe siècle

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    Publié le lundi 21 octobre 2002 par Natalie Petiteau

    Résumé

    14-16 mai 2003 Université Lyon III Colloque organisé en collaboration avec l'UMR-LIRE du CNRS, le CERD de l'Université Paul Valéry de l'université de Montpellier III et la Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Responsables

    Annonce

    14-16 mai 2003
    Université Lyon III

    Colloque organisé en collaboration avec l'UMR-LIRE du CNRS, le CERD de l'Université Paul Valéry de l'université de Montpellier III et la Société des études romantiques et dix-neuviémistes.

    Responsables :

    - Philippe Régnier, UMR-LIRE, CNRS.
    - Alain Vaillant, CERD, Université Paul Valéry, Université de Montpellier III.
    - José-Luis Diaz, Société des études romantiques et dix-neuviémistes.
    - Jean-Yves Mollier, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

    Le XIXe siècle voit non sans un certain malaise se redéfinir de fond en comble la nature, le statut, les modalités et les fonctions des pratiques intellectuelles ou artistiques.
    Bon gré mal gré, elles commencent en effet alors à n'être plus conçues comme des activités libérales, au sens antique du mot, c'est-à-dire destinées et réservées à l'otium des hommes libres, ou, selon un modèle moins hédoniste, comme des activités d'ordre essentiellement spirituel et devant par conséquent échapper aux règles et contraintes d'ici-bas.
    Quelle que soit leur difficulté à penser le phénomène autrement que comme un scandale, à trouver des mots pour le dire et, une fois qu'ils en ont pris la mesure, à l'intégrer dans leurs systèmes de valeurs et dans leurs pratiques sociales, les contemporains se réveillent de la révolution politique française et de la révolution industrielle anglaise avec le sentiment que les travaux de l'esprit deviennent des productions à part entière : productions paradoxales, certes,puisque immatérielles, à la différence de celles qui résultent des métiers et de l'industrie ; mais productions bien réelles, dans la mesure où elles prennent désormais la forme de biens évaluables, susceptibles d'aliénation et d'appropriation, d'exploitation commerciale et de consommation.
    Cette évolution, qui s'accentue tout au long du siècle, installe au bout du compte la situation actuelle, où la "culture" a pris rang de besoin essentiel et fonctionne comme une économie tout en refusant le principe marchand. En rendre compte passe probablement par un examen attentif du contexte et des effets des grandes mutations survenues à l'échelle de l'Europe moderne dans son ensemble.
    Parmi celles-ci, certaines sont à situer dans la sphère des idées : maturation de la philosophie du sujet et prééminence des droits de la personne qui en découlent ; institution de l'économie politique et approfondissement de ses incidences sur la philosophie politique elle-même ; surgissement des utopismes sociaux qui travaillent la première moitié du siècle et conquièrent le devant de la scène idéologique dans la seconde... D'autres mutations, plus concrètes, ont trop rarement été envisagées du point de vue que nous proposons. Ce sont les notoires opérations de remodelage des sociétés et des économies post-révolutionnaires par le capitalisme industriel : l'émergence des classes moyennes et le développement des professions intellectuelles ; l'autonomisation de la littérature et des arts ; la naissance de nouveaux modes de production, de reproduction et de diffusion des biens culturels, jusqu'au seuil de leur massification ; la constitution de puissants systèmes de médiation (et de médiatisation) à l'origine de la structuration des champs d'activité symbolique.
    La résistance de l'immatériel au matériel ou sa docilité (selon les étapes du développement, les secteurs d'activité, les pays), l'interaction entre les deux plans ou leur découplage, parfois leur antagonisme, ne sont pas les moindres des problèmes. Des synergies et des oppositions se dégage une énergie créatrice sans précédent, naissent des genres et des formes littéraires et artistiques d'une radicale nouveauté. C'est bien pourquoi le XIXe siècle est à ce point un siècle d'invention. Or ce qu'il invente et fonde du même coup, ce sont non seulement des produits divers, durables ou périssables, mais un modèle européen de production culturelle dont des traits essentielles - la référence aidera à mieux comprendre notre objectif - ont été saisis par Walter Benjamin dans sa réflexion sur la modernité selon Baudelaire.
    En nous fixant pour point de rassemblement la problématique de "la production de l'immatériel", nous proposons en somme de revenir, dans le cadre d'un colloque pluridisciplinaire et international, sur ce qui pourrait bien être la contribution structurelle et spécifique du XIXe siècle à l'histoire culturelle européenne.
    En pratique, nous suggérons de centrer les analyses sur trois objets et de les examiner en croisant trois points de vue.
    Le premier objet est d'ordre théorique, et concerne les modèles juridiques, politiques et économiques que présuppose la notion de "production immatérielle" : par exemple, il pourra être question, dans cette section, de se pencher sur le corpus des redéfinitions de l'activité intellectuelle, de l'héritage reformulé des Lumières aux nouveaux dogmes de la IIIe République en passant par le laboratoire idéologique des éruptions révolutionnaires et des doctrines sociales de tous bords, sans oublier les principes qui inspirent les politiques (ou absences de politique) des diverses sensibilités politiques et des différents Etats-nations dans le domaine de la création, de l'aide aux créateurs et du service public. Le deuxième objet, plus historique, est le système de production des biens immatériels lui-même, examiné sur le plan des réalités socio-économiques et culturelles : il englobe, entre autres, les mutations de l'édition et de la presse, les innovations technologiques, industrielles et commerciales, l'organisation des champs culturels - en un mot, tout ce qu'implique, aujourd'hui l'économie de la culture. Le troisième objet, spécifiquement esthétique, porte sur les attitudes que les créateurs (producteurs ? improducteurs ?) d'immatériel sont amenés à adopter face à cette logique de production, qu'ils l'épousent ou qu'ils décident de faire sécession, en manifestant par leur propres choix artistiques leur volonté de dématérialiser la culture : outre le travail sur les formes que mettra au jour l'étude singulière et concrète des œuvres, de leur "genèse", du fonctionnement même des écrivains en train d'écrire et des artistes à l'ouvrage, on ne négligera pas la question plus générale de l'éthique auctoriale, intimement liée à l'intentionnalité des œuvres, à leur sens ou à leur défaut de sens.
    Quant aux trois points de vue que, par commodité mais un peu artificiellement, nous proposons de distinguer, ils permettront d'étudier séparément : les doctrines elles-mêmes (philosophiques, économiques ou esthétiques) ; les représentations dont il faut chercher la trace plus diffuse dans les comportements, les discours ou les pratiques ; les réalisations concrètes, autrement dit les productions, canoniques ou illégitimes, patrimoniales ou marginales, raffinées ou populaires, uniques ou multipliées.
    On aura en somme compris que cette double tripartition, malgré son caractère rudimentaire et éminemment discutable, est un appel à articuler du mieux possible quatre démarches scientifiques et disciplinaires : les sciences sociales, l'histoire, l'histoire des arts, l'histoire littéraire.

    Lieux

    • Lyon, France

    Dates

    • mercredi 14 mai 2003

    Contacts

    • CHCEC #
      courriel : Histoire [dot] culturelle [at] chcec [dot] uvsq [dot] fr

    Pour citer cette annonce

    « La production de l'immatériel », Colloque, Calenda, Publié le lundi 21 octobre 2002, http://calenda.org/187470