AccueilPlantagenêts et Capétiens : confrontations et héritages

ColloqueNon classée

Dates

Catégories

    *  *  *

    Publié le mardi 19 novembre 2002 par Jean-Pierre Masse

    Résumé

    Problématique L'année 1204, dont nous célébrons le huitième centenaire, présente un double intérêt pour les spécialistes de l'histoire des pouvoirs du XIIe siècle. D' une part, elle voit la mort d'Aliénor d'Aquitaine, personnage clef de la maison Pla

    Annonce

    Problématique

    L'année 1204, dont nous célébrons le huitième centenaire, présente un double intérêt pour les spécialistes de l'histoire des pouvoirs du XIIe siècle. D' une part, elle voit la mort d'Aliénor d'Aquitaine, personnage clef de la maison Plantagenêt. D'autre part, elle sanctionne la conquête de l'Anjou et des autres possessions ligériennes de la dynastie, son berceau, ainsi que de la Normandie, par le roi Philippe Auguste. Pour le médiéviste, ces deux événements entraînent une réflexion sur la nature des décisions politiques au XIIe siècle, sur la place de la personne du roi et de son épouse dans le gouvernement, sur la conception familiale et patrimoniale qu'elle comporte ou sur les complexes relations que maintiennent alors le royaume et la principauté territoriale.

    À l'orée du XXIe siècle, tandis que la construction européenne propose de nouvelles relations entre les peuples, force est de dépasser une historiographie nationaliste surannée, qui a trop déterminé notre perception du phénomène politique médiéval. Sur ce point, il est significatif que les historiens anglais ne parlent plus de " Perte " du comté d'Anjou et de la Normandie, mais de " Séparation ". Leur lecture de ces annexions diffère du livre, au demeurant novateur pour 1913, date de sa parution, de Sir Maurice Powicke intitulé The Loss of Normandy, 1189-1204, où une comparaison était établie entre l'Angoumois irrédentiste sous Jean Sans Terre et l'État de Mysore, qui donnait alors tant de fil à retordre au gouvernement de sa Majesté en Inde. Son point de vue différait cependant de bien des médiévistes britanniques du XIXe siècle, pour qui les aventures continentales des rois angevins, aussi extravagantes qu'incertaines, n' avaient apporté que des malheurs à l'Angleterre. En 1883, William Stubbs, évêque anglican d'Oxford, voit ainsi dans " l'heureuse incompétence de Jean Sans Terre " l'occasion qui permet à l'Angleterre " de se retrouver libre de la Normandie ". Rien ne vaut alors un splendide isolement.

    Aussi négatif à l'égard de la dynastie angevine apparaît le discours de ses contemporains français, mais, comme on pourrait s'en douter, pour des raisons radicalement différentes. Pour ces auteurs nationalistes, Richard Cour de Lion s'interpose à la mode d'une brute épaisse sur le chemin de Philippe Auguste, héros national, bâtisseur de la France, qui sombre jusqu'à lui dans le morcellement féodal de ses territoires. Ces idées répondent à une conception téléologique de l'histoire, toute tendue vers un seul but : la formation de la nation française à l'intérieur de ses frontières éternelles. Dans sa fureur romantique, Jules Michelet (1798-1874) parle d' Empire anglais ", pour bien marquer le caractère intrus du gouvernement d' Henri II et des siens sur le territoire de la nation. Son contemporain Augustin Thierry (1795-1856) voit, de même, dans les révoltes de l' aristocratie aquitaine contre ce roi un mouvement patriotique de rejet de l' envahisseur anglais, une résistance à l'étranger dont le meneur héroïque est le troubadour Bertran de Born. Couronnés à Westminster, l'Angevin et ses fils incarnent la perfide Albion.

    Il va de soi que le choc entre les Plantagenêt et les Capétiens ne saurait être plus analysé au prisme de ces catégories périmées. Il doit désormais s' insérer dans une nouvelle histoire du politique, où l'événementiel s'efface devant l'analyse des pouvoirs, où l'institutionnel est remplacé par la prosopographie et par l'étude des gouvernants, des groupes de pression et de leurs réseaux de clientèle et où l'histoire des idées se prolonge dans la connaissance des symboles et de l'imaginaire politique. L'histoire " de la politique " s'efface ainsi devant l'histoire " du politique ".

    Ces ouvertures épistémologiques concernent plusieurs champs de recherche, qui seront évoqués au cours du colloque. Par exemple, les multiples liens que Plantagenêt et Capétiens entretiennent, de façon ouverte et publique, méritent une étude approfondie. Ils concernent la féodalité, alors que l' hommage, même rendu en marche, marque de façon humiliante la soumission du duc de Normandie au roi de France, mais aussi la colère (ira regis, dans le célèbre abattage de l'orme de Gisors) ou l'affection (Philippe Auguste se jette dans le tombeau creusé pour accueillir le cadavre de son ami Geoffroi de Bretagne). Fortement théâtralisés, ces gestes revêtent une profonde signification. La pratique de la guerre entre les rois de France et d' Angleterre contient des enjeux aussi complexes. Elle recoupe la révolte des fils qu'Henri II a placés de son vivant à la tête des différents duchés et comtés de sa maison et, plus largement, la révolte aristocratique, conséquence des liens féodaux des " jeunes " de la maison Plantagenêt avec les sires locaux, mais aussi riposte à l'essor de l'administration angevine. Elle englobe une société bigarrée où la très vieille aristocratie anglo-normande côtoie des mercenaires sortis du ruisseau. Un autre problème qui sera évoqué, au cours de ces journées, concerne la sacralité respective des rois de France et d'Angleterre et la construction d'idéologies et propagandes autour de leur personne. Faut-il garder l'idée, souvent formulée, des difficultés rencontrées par les Plantagenêt dans l' appropriation du surnaturel en net contraste avec les Capétiens, détenteurs précoces de la puissance thaumaturgique et, au-delà, d'innombrables atouts symboliques aptes à agir sur la conscience de leurs sujets.

    En la matière, la monarchie anglaise est-elle à la traîne de la française ? Imite-t-elle sa rivale, sans imagination ni innovation aucune ? Cette idée, récemment présentée sous les traits d'un roi d'Angleterre davantage chevalier que sacré, doit-elle être retenue ? L'un des principaux intérêts du thème choisi pour le colloque se trouve précisément dans le comparatisme entre les constructions idéologiques en deçà et au delà de la Manche. Au cours du colloque, il faudra reconsidérer la domination angevine dans l' Ouest de la France. Loin des nostalgies nationales du XIXe siècle, il s' agira de montrer comment les Plantagenêt, dynastie angevine par Henri II et Poitevine et aquitaine par Aliénor, ont recomposé à leur profit la géographie politique et administrative de l'Ouest du royaume. S'il apparaît incontestable qu'Henri II s'est appuyé sur le modèle normand, tout en restant proche de l'Anjou de ses ancêtres paternels, il est important de montrer qu'en Bretagne comme en Aquitaine les Plantagenêt ont pu trouver des appuis solides pour établir une principauté forte. L'examen des comportements aristocratiques et l'étude prosopographique du personnel administratif apportent ici des points de repère significatifs. Y a-t-il eu un Empire Plantagenêt ? Ou plus simplement les rois d'Angleterre ont-ils voulu s'engager dans une ouvre d'unification politique ? On en débattra certainement. Les obstacles étaient, bien sûr, formidables. Les personnalités bien distinctes des principautés concernées rendaient un tel projet précaire, sinon illusoire, à court terme. Une chose est cependant certaine. La construction des Plantagenêt mettait en place un processus de regroupement politique qui s'opposait fondamentalement aux ambitions présentes et futures du roi capétien. En d'autres termes, elle apparaît bien sur le long terme comme un défi à un déterminisme parisien. De la lutte permanente, conséquence de cet affrontement, il conviendra de dégager les grandes étapes, les principaux terrains de conflit politique, social ou religieux, ainsi que le déroulement de la crise finale. En d'autres termes, l'échec de 1204 a-t-il dépendu de la valeur des hommes ou, au contraire, des faiblesses et des incohérences du " système Plantagenêt ".

    Par delà le jugement qu'on peut porter sur la défaite finale, il reste un magnifique héritage, que ce soit sur le plan juridique, dans le domaine de la gestion administrative ou dans la conception des pouvoirs. Les rois angevins ont laissé une ouvre qui sera largement utilisée par le jeune État capétien du XIIIe siècle. Un inventaire doit donc être dressé sur ce que Philippe Auguste et Saint Louis ont repris de l'administration territoriale d'Henri II et Richard Cour de Lion. La question doit également être considérée à l'échelle des principautés territoriales.

    Il conviendra, enfin, de se pencher sur le rôle d'Aliénor d'Aquitaine, dont l'action politique soulève, plus généralement, le problème de la place de reines et princesses dans le gouvernement des principautés aux alentours de 1200. Sa mort ne coïncide sans doute pas par hasard avec la conquête définitive de l'Anjou et de la Normandie par Philippe Auguste, car son héritage et sa personnalité ont joué, pour beaucoup, dans la constitution et la survie de l'Empire Plantagenêt. En outre, même si les études récentes ont reconsidéré son mécénat culturel à la baisse, force est de reconnaître que plusieurs ouvrages lui sont, de son temps, dédiés et qu'elle est mentionnée par les vies des troubadours. Autour d'Aliénor d'Aquitaine, il s'est créé une certaine culture politique sur laquelle il faudra se pencher encore.


    Jeudi 13 mai, Centre d'Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale (Poitiers)

    Matinée sous la présidence d'Eric Palazzo, Directeur du CESCM

    9H00 : Martin Aurell, Professeur à l'université de Poitiers, « Rapport introductif »

    Aliénor d'Aquitaine ou le pouvoir d'une reine

    9H45 : Nicholas Vincent, Professeur à Canterbury Christ University College, « Vers une édition des chartes d'Aliénor d'Aquitaine : la chancellerie et les liens de patronage »

    10H15 : Marie Hivergneaux, Agrégée d'histoire, « Autour d'Aliénor d' Aquitaine : réseaux d'influence et de pouvoir »

    10H45 : Pause

    11H00 : Ursula Vones Liebenstein, Docteur en histoire, « Le rôle d'Aliénor d'Aquitaine dans la révolte de 1173 : un prélude à la confrontation entre Plantagenêts et Capétiens »

    11H30 : Elisabeth van Houts, Lecturer of Medieval History, Emmanuel College (Cambridge), « Les femmes et la royauté angevine »

    12H00 : Discussion

    Après-midi sous la présidence de Nicholas Vincent, Professeur à Canterbury Christ University College

    14H00 : Jean Flori, Directeur de recherches émérite au C.N.R.S., « Aliénor d 'Aquitaine : sentiments et politique »

    14H30 : Hanna Vollrath, Professeur à l'université de Bochum, « L'émotivité des reines aux temps d'Aliénor »

    15H00 : Virginie Greene, Assistant professor, Harvard University, « Aliénor et Guenièvre : images de reines dans l'histoire et la fiction »

    15H30 : Discussion

    16H00 : Départ pour Fontevraud


    Vendredi 14 mai, Centre Culturel de l'Ouest (Fontevraud)

    Les fiefs français dans le conflit

    Matinée sous la présidence de John Baldwin, Professeur honoraire à Johns Hopkins University

    9H00 : Maïté Billoré, ATER à l'Université d'Angers, « Y a-t-il "oppression" des Plantagenêt en Normandie à la veille de 1204 ? »

    9H30 : Daniel Power, Lecturer at University of Sheffield, « Les dernières années du régime angevin en Normandie »

    10H00 : Judith A. Everard, Assistant Professor à Fitzwilliam College (Cambridge), « The Plantagenets and the Channel Islands, 1154-1259 »

    10H30 : Pause

    10H45 : Noël-Yves Tonnerre, Professeur à l'Université d'Angers, « Henri II et l'Anjou »

    11H15 : Annie Renoux, Professeur à l'Université du Maine, « Les barons manceaux : entre Plantagenêt et Capétiens (fin XIIe-début XIIIe siècle) »

    11H45 : Bernard S. Bachrach, Professeur à University of Minnesota, « The Angevin Way of War »

    12H15 : Discussion

    Après-midi sous la présidence de Jean-Philippe Genet, Professeur à l' Université de Paris I

    14H00 : Frédéric Boutoulle, Maître de conférences à l'université de Bordeaux III, « La Gascogne sous les premiers Plantagenêt (1154-1204) »

    14H30 : Marie-Pierre Baudry, Docteur en histoire de l'art et archéologie, Les fortifications des Plantagenêt et des Capétiens : combats et imitations »

    15H00 : Kimberly LoPrete, Professeur à National University of Ireland (Galway), « Plantagenet-Capetian Conflict: A View from the Borders ».

    15H30 : Pause

    15H45 : Klaus van Eickels, Oberassistent Otto-Friedrich-Universität Bamberg, « Les hommages des rois anglais et de leurs héritiers aux rois français au XIIe siècle : subordination imposée ou reconnaissance souhaitée ? »

    16H15 : William C. Jordan, Professeur à Princeton University, « Old Masters/New Masters: The Jews of Western France and theTransition from Angevin to Capetian Rule »

    16H45 : Discussion

    17H30 : Réception à Montsereau

    Samedi, 15 mai, Centre Culturel de l'Ouest (Fontevraud)

    Matinée sous la présidence de Jacques Dalarun, Directeur de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes

    Culture et mécénat

    9H00 : John Gillingham, Professeur honoraire à la London School of Economics (Londres), « Capetians and Plantagenets as patrons of contemporary history »

    9H30 : Peter Damian-Grint, College Lecturer in French (Oxford), « Benoît de Sainte-Maure et l'idéologie des Plantagenêt »

    10H00 : Scott Waugh, Professeur à UCLA, « History, Hagiography, and the Ideal Ruler at the Plantagenet Court »

    10H30 : Pause

    10H45 : Bruno Lemesle, Maître de Conférences à l'Université d'Angers, « Le bon prince et le bien commun d'après Jean de Marmoutier »

    11H15 : Belle Tuten, Assistant Professor à Juniata College, « Le patronage des Plantagenêt sur les monastères d'Anjou au XIIe siècle »

    11H45 : Discussion

    Après-midi sous la présidence de Noël-Yves Tonnerre, Professeur à l' Université d'Angers

    14H00 : Judith A. Green, Professeur à Queen's University of Belfast, « Henri Ier et les origines de la culture courtoise des Plantagenêt »

    14H30 : Egbert Türk, Professeur honoraire à l'Université de Sarre, « Pierre de Blois revisité : doutes et certitudes d'un intellectuel dans l'orbite des Plantagenêts »

    15H00 : Pause

    15H15 : Julie Barrau, Agrégée d'histoire, « Jean de Salisbury, intermédiaire entre Thomas Becket et la cour capétienne »

    15H45 : Discussion

    16H00 : Olivier Guyotjeannin, Professeur à l'Ecole des Chartes, Conclusions »

    17H00 : Fin du colloque

    Lieux

    • Poitiers, France

    Dates

    • jeudi 13 mai 2004

    Contacts

    • Martin Aurell
      courriel : martin [dot] aurell [at] univ-poitiers [dot] fr

    Source de l'information

    • Martin Aurell
      courriel : martin [dot] aurell [at] univ-poitiers [dot] fr

    Pour citer cette annonce

    « Plantagenêts et Capétiens : confrontations et héritages », Colloque, Calenda, Publié le mardi 19 novembre 2002, http://calenda.org/187618