AccueilInstitution universitaire & mouvements étudiants

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Publié le dimanche 05 janvier 2003 par Natalie Petiteau

Résumé

Colloque "Institution universitaire & mouvements étudiants : entre intégration et rupture (XXème siècle)" proposé par le GERME (Groupe d'Etudes et de Recherches sur les Mouvements Etudiants), co-organisé avec le CHEVS / FNSP.

Annonce

Les recherches sur l’institution universitaire et celles sur les mouvements étudiants se croisent rarement. On doit encore constater généralement une double absence, des acteurs étudiants dans l’étude du système universitaire, et de l’institution dans les recherches sur le monde et les mouvements étudiants. Prolongeant et approfondissant 3 années de travail du groupe créé par le Groupe d’Etudes et de Recherche sur les Mouvements Etudiants (GERME) et le Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième Siècle (CHEVS/ FNSP) sur ce thème, entretenant un échange permanent entre chercheurs et acteurs, anciens et actuels, le GERME se propose d’y consacrer son 9 ° colloque.
Ce colloque, co-organisé avec le CHEVS, se veut une première confrontation de recherches en cours. Confrontation de celles-ci entre elles, confrontations de ces recherches -sur des domaines encore en friche- aux spécialistes de domaines limitrophes déjà explorés.
Préparé par un appel à contributions et leur échange préalable, ce colloque sera organisé autour de séances permettant l’exposé des différents points de vues, puis un débat avec des « discutants ».

Comité scientifique d’organisation : Sophie Charnavel, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder, Jean-Louis Violeau.

Comité de parrainage (en cours de constitution).

Echéancier :

Date limite pour la proposition de communications (résumés) : 30 mai 2003.
Date de la première notification aux auteurs : 31 juin 2003.
Date limite des contributions (textes définitifs) : 15 septembre 2003.
Date du colloque : février 2004.

Appel à contribution

Lorsqu'il est question du rapport qu'entretiennent institution universitaire et mouvements étudiants, deux pôles ont spontanément tendance à se dessiner, l’un autour de la notion de "participation", tirant du côté de l’institution, l'autre attirant les mouvements étudiants du côté du refus et de la violence au sens large, verbale et langagière ou physique à l'extrême. Sous cette vision un peu convenue, sinon manichéenne, qui régit traditionnellement la perception commune des moments de tension qui agitent plus ou moins régulièrement la vie des établissements d'enseignement supérieur, transparaît insensiblement et presque "naturellement", pourrait-on dire, l'idée d' "instrumentalisation" et de "récupération". Car enfin, que reste-t-il (superficiellement) au soir d'un mouvement finissant dans l'esprit de ses acteurs, quels qu'ils soient, sauf cette sempiternelle question : qui a instrumentalisé qui et à qui a profité le "crime" ? Bref, qui récupère qui ? Mais, à bien y regarder, cette vision spontanée est bien entendu trompeuse, partielle et partiale (et d'ailleurs souvent portée par les médias ces dernières années). Le réel est comme il se doit bien plus complexe. Et c'est précisément à ce réel, complexe sinon contradictoire, que nous souhaitons nous confronter à l'occasion de ce colloque, en bénéficiant du luxe du recul du temps et du temps d'en débattre.

Nous proposons, de manière non-exhaustive, plusieurs angles d’attaque pour commencer à tirer au clair cette articulation complexe…

Le jeu des acteurs.

Au sein de l'université, diverses catégories d'acteurs se trouvent rassemblées : étudiants, enseignants, administration, autorités universitaires. Au nom des intérêts généraux, chacune de ces composantes de la "communauté universitaire" est amenée à défendre des intérêts particuliers certes, mais en mobilisant les ressources dont elle dispose. Dans ce cadre, les institutions de l'Institution deviennent ainsi un enjeu : du dehors ou du dedans (et parfois dehors et dedans) la pression est (de) mise pour en obtenir des décisions favorables, en freinant certaines mesures ou en permettant l'accélération d'autres.
Les étudiants, par exemple - et cela les distingue des autres catégories (enseignants, ATOSS) -, pèsent du poids du nombre, du moins durant la période de cours. En revanche, l'administration universitaire dispose de l'autorité de l'Institution, de ses moyens matériels et humains, d'une permanence et d'une continuité certaines.
Si certaines règles du jeu sont clairement énoncées et inscrites dans le droit (loi Faure, loi Savary, etc.), en réalité d'autres logiques sont mises en oeuvre.
Aussi, le poids du nombre permet-il à des mouvements étudiants de refuser les règles du jeu (boycott des conseils) au nom d'une légitimité alternative (assemblées, commissions, comités, coordinations), et, à d'autres moments, de rentrer dans le jeu, soit pour en transformer les règles de l'intérieur ("participation critique"), soit en s'y conformant purement et simplement.
De même, le corps enseignant et/ ou les autorités universitaires peuvent, en certaines occasions, se cambrer sur leurs logiques de position, ou encore connaître des divisions et/ ou dégager une certaine convergence d’intérêts avec d’autres membres de la « communauté universitaire ».

Les jeux entre acteurs.

Par-delà le jeu de chacun des acteurs sur la scène universitaire, il s’agirait de commencer à brosser un panorama des combinaisons possibles entre ces acteurs : quels scénarios possibles ? quelles stratégies dans ce théâtre des opérations ?
Sans exclusive, certaines configurations pourraient apparaître comme « idéales-typiques » : intégration/ participation, exclusion/ répression/ violence, négociation/ revendication. Mais, chacune est à réinterroger.
La participation étudiante est à analyser dans la variété des séquences historiques et des terrains institutionnels, géographiques et culturels. On sera notamment attentif aux études des expérimentations périphériques et/ ou avortées, avec les Décrets Capitant, les œuvres et cités universitaires et la mutualité étudiante ainsi qu’aux premiers pas de la généralisation du modèle participatif avec la loi Faure et à son évolution contemporaine. Et tout cela ne pourra qu’être enrichi par d’autres études de cas prenant pour cadres d’autres pays et cultures universitaires.
Lorsque la violence, notamment physique, collective, voire institutionnelle, émerge dans le champ universitaire, elle apparaît comme l’anti-thèse ou plutôt la somme restante et non réglée (la « part maudite » ? !) de cette dialectique : refus de l’institution (universitaire ou autre), pour les mouvements étudiants, incapacité (ou impossibilité ?) à intégrer ces acteurs étudiants pour les responsables de l’Institution.
La configuration revendicative (allant d’une grève, d’une manifestation à une réunion publique ou à une intervention tribunicienne dans le cadre d’élections étudiantes ; souvent à l’occasion de « réformes », Fouchet, premier et second cycles, Savary, Devaquet, rapport Laurent, etc…) est un moment privilégié de l’exacerbation des contradictions entre mouvements et Institution, révélant les stratégies de gestion des conflits mises en place par les instances de « gouvernement » des universités (présidences, ministères, mais aussi organismes tels que la CPU, cf. mouvement de novembre-décembre 1995) et les différentes stratégies revendicatives étudiantes (lutte comme détonateur/ révélateur, sacralisation de la revendication, syndicalisme de négociation).

Les registres d'énonciation des acteurs.

Le mode d’expression de ces positions et combinaisons d’acteurs sera une autre piste de travail.
La typologie des discours des responsables de l’Institution sera à disséquer, de la tradition académique à une adaptation universitaire du modèle gestionnaire managérial.
Les revendications estudiantines, qui naissent et s’expriment dans l’enceinte universitaire et donc interpellent de fait cette institution, portent en elles une certaine vision du système universitaire (fonctionnement, missions, pédagogie, moyens, préparation à la vie active…).
Ces tentatives d'objectivation font ou non appel à des références intellectuelles et politiques plus larges, aux acquis des recherches en sciences humaines lorsqu'ils existent, aux différentes expertises disponibles sur un marché du savoir, ou au contraire, sont le fruit du « mouvement » lui même, fécondant les savoirs et faisant émerger des experts (et dans quelles conditions), et sont ainsi susceptibles d’influencer, au-delà de leurs revendications spécifiques, des courants de recherche ou de pensée.

Le rapport des mouvements étudiants aux "professions", à l’institution.

Au-delà de la simple proclamation idéologique qui a pu par exemple poser l'identité de conditions et de combats entre étudiants et ouvriers, il s'agirait plutôt d'aller voir plus sérieusement ce que ces visions idéologiques des acteurs supposent et disent d'une condition, au-delà de la littéralité des identités proclamées (et probablement rêvées et fantasmées, mais là n'est pas tout à fait la question). Il s'agirait en fait de prendre au sérieux ces proclamations (parfois fantaisistes), sur le fond et sur la forme, pour mieux voir ce qu'elles peuvent dire par exemple d'une perspective du déclassement, d'un rapport plus général à un destin "professionnel" potentiel, des trajectoires empruntées par les aînés directs, des inégalités latentes de condition...
Ce faisant, il serait également intéressant de mieux comprendre comment ces revendications et ces mots d'ordre mêlent à la fois une perception spontanée du devenir "professionnel" et des trajectoires, et des tentatives embryonnaires et partielles d'objectivation d'une situation professionnelle potentielle.
On pourrait aussi se demander quelle est la force, quelle est la vigueur d'un mouvement étudiant s'il ne porte pas avec lui un projet de réforme et de refonte du monde professionnel qu'il précède et auquel il prépare. Il pourrait alors être par exemple question d'adhésion ou de refus à un corps et à l'"esprit" au sens large qui le caractérise. La lecture de ces projets réformistes ou révolutionnaires, c'est selon, sera probablement plus aisée à mener dans le cas des "grandes écoles" ou des cursus à divers titres "professionnalisants", universitaires ou non, même s'il y a aussi eu par le passé dans les filières universitaires dites "générales" de tels projets et de telles visions portées par des mouvements étudiants. Il n'est qu'à rappeler les célèbres textes sur "Nanterre ou les oies gavées" ou "Pourquoi des sociologues ?" pour se souvenir que l'Université ne fut pas toujours traversée par des mouvements souvent - superficiellement - qualifiés de "frileux", cherchant à défendre des situations de fait et des acquis plutôt qu'à proposer.
Si l'on définit la "jeunesse" comme l'âge du passage de l'école à la vie professionnelle, plus particulièrement comme le passage d'une position scolaire connue à une position sociale potentielle, se dessinerait alors en filigrane, à travers cet axe de réflexion, un tableau d’une partie de la "jeunesse" à divers moments de sa position relative au sein du corps social et de son rapport aux institutions.

Les bornes chronologiques de ce colloque se veulent larges : c’est tout le dernier siècle qui nous intéresse ici, certaines mises en perspectives avec le XIX ème siècle étant nécessaires. Et, là encore, pour chacune de ces pistes ou d’autres (à proposer), le champ géographique et culturel reste ouvert. Les comparaisons entre cas de différents pays sont les bienvenues.
Fidèles à l’approche pluridisciplinaire du GERME, nous proposons de faire appel à plusieurs disciplines s’intéressant à ce champ de recherche : histoire de l’enseignement, des institutions et des mouvements sociaux, sociologie des organisations et de l’enseignement, sciences politiques, sciences de l’éducation, anthropologie et ethnologie des mondes étudiant et universitaire.
Enfin, nous intégrons pleinement à nos questionnements la problématique archivistique des sources et souhaitons que ce colloque puisse aussi aborder, de ce point de vue, l’articulation entre mouvements étudiants et institution universitaire.

Modalités pratiques pour proposer une communication :

Les auteurs adressent, sous forme de document électronique (format RTF, Rich Texte Format), un résumé n’excédant pas 5000 signes et précisant le sujet envisagé, la méthodologie et l’angle d’attaque adoptés à l’adresse suivante : colloque@germe.info.

Pour en savoir plus sur le GERME et le groupe de travail : http://www.germe.info.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 30 mai 2003

Mots-clés

  • université, étudiants, mouvement étudiant, participation, contestation

Contacts

  • Groupe d'Etudes et de Recherche sur les Mouvements Etudiants (GERME) - Centre d'Histoire de l'Europe du Vingtième Siècle (CHEVS) ~
    courriel : colloque [at] germe [dot] info

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Philippe Legois
    courriel : jplegois [at] gmal [dot] com

Pour citer cette annonce

« Institution universitaire & mouvements étudiants », Appel à contribution, Calenda, Publié le dimanche 05 janvier 2003, http://calenda.org/187719