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Question sociale au Moyen-Orient

Numero thématique de la REMMM sur Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient

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Publié le mercredi 19 février 2003 par Natalie Petiteau

Résumé

Pour un numéro thématique de la Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, coordonné par Elisabeth Longuenesse, Myriam Catusse, Blandine Destremau, à publier en 2004, sur le thème Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moye

Annonce


Pour un numéro thématique de la Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, coordonné par Elisabeth Longuenesse, Myriam Catusse, Blandine Destremau, à publier en 2004, sur le thème

Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient

La “question sociale”, c’était la formulation par Castel de la question posée par la généralisation du salariat à partir du 19e siècle en France , les nouvelles formes de la précarité et de leur prise en charge par la société. La transposition de sa réflexion dans un autre contexte historique, exige chaque fois une analyse fine des conditions particulières de la dissolution des sociétés paysannes, des mutations économiques et de la construction de l’Etat moderne. La situation des pays anciennement colonisés, intégrés tardivement et partiellement au marché capitaliste, soulève des questions plus complexes, du fait de la coexistence de statuts et de modes d’organisation sociale relevant de logiques différentes, et représente un défi méthodologique.
C’est ce que nous voudrions ici explorer, dans le cas des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, en interrogeant les différents statuts du travail que l’on y rencontre, du salariat, emploi public, emploi industriel moderne, travail agricole, travail précaire dans divers secteurs tels que le bâtiment et les services, aux petits boulots de la rue ou réalisés à domicile, et aux formes de travail familial, plus ou moins gratuites, etc.…Il faudrait analyser aussi les effets sur ces statuts des évolutions récentes, telles la progression des diplômés et du travail féminin, l’accroissement des migrations, et surtout le recul de l’emploi public.
Comment coexistent ces différents statuts, comment sont-ils gérés et considérés par la société et par l’Etat ? Complémentairement, quelles formes de protection contre les aléas de l’existence, l’irrégularité des ressources et des revenus, les accidents de divers ordres, les risques en général etc., sont mises en œuvre par les différentes catégories sociales, quels liens se sont développés entre travail et protection ?

Dans les sociétés industrielles, le développement du capitalisme, qui a progressivement intégré l’ensemble des activités économiques et des secteurs productifs, a entraîné la généralisation du salariat. Parallèlement, la gestion de la force de travail, de son entretien et de sa reproduction, a été pour une part croissante prise en charge par l’Etat, à travers les politiques d’éducation et de santé publique, tandis que la solidarité et la protection sociale, autrefois sous l’égide de l’église et des paroisses, puis développées par des systèmes mutualistes et/ou patronal/ paternalistes, faisaient l’objet de négociations entre organisations ouvrières, organisations patronales et Etat.
Dans les pays en voie de développement, la pénétration étrangère et les facteurs exogènes ont joué un rôle déterminant dans le développement d’un système de production capitaliste. Le marché du travail est resté segmenté entre secteurs régulés par des logiques sociales différentes. L’étatisation plus ou moins large de l’économie n’a fait qu’introduire une ligne de fracture supplémentaire entre un secteur public régi par une logique redistributive non marchande et un secteur marchand, lui-même différencié selon les modes de production ; entre un secteur capitaliste moderne, un secteur de petite production marchande, où la rationalité économique peut être subordonnée à d’autres valeurs sociales, sans négliger une multiplicité de situations intermédiaires ou périphériques. Le poids du monde rural ou le degré d’ouverture sur l’extérieur, la prégnance de représentations traditionnelles du travail y jouent un rôle déterminant.
Cette segmentation se traduit inévitablement par une grande diversité de statuts, qui n’est que très partiellement explicitée dans la législation. Celle-ci distingue généralement travailleurs du secteur public et du secteur privé, employés des grands et des petits établissements (le seuil étant variable, de 10 à 100 salarié, qui impose par exemple l’enregistrement auprès des organismes de protection sociale), nationaux et étrangers. En revanche, les dispositions légales ignorent fréquemment la multiplicité des contrats oraux d’homme à homme qui organisent les relations dans les plus petites entreprises, dans le secteur artisanal, et plus encore dans le monde rural, où l’entr’aide et l’échange de service laisse échapper des pans entiers de l’activité productive à la logique marchande.
L’oubli par le droit de catégories importantes d’actifs non recensés ou précaires se reflète aussi au niveau syndical : la défense des travailleurs est souvent soumise à une logique corporatiste et sectorielle, qui ne fait que renforcer la segmentation du monde du travail.
Aujourd’hui, enfin, dans un contexte de déclin de la rente pétrolière, les politiques d’ajustement structurel, d’ouverture des frontières et de pression d’une économie mondiale dominée par les firmes multinationales et les marchés financiers, on assiste à une évolution combinant recul du rôle des Etats, mondialisation des mouvements de main d’œuvre, nouvelles formes de pauvreté, intervention croissante des ONG, etc.
Comme fil conducteur à ce numéro, on peut proposer l’hypothèse suivante : au double processus de segmentation et d’internationalisation du marché du travail ferait pendant un recul du rôle des Etats et des législations nationales du travail (qui ne couvraient déjà qu’une partie du monde du travail), au profit d’une contractualisation des rapports du travail, souvent synonymes de précarité accrue, et d’un repli des solidarités et de la protection sociale sur des logiques communautaires ou corporatistes infra nationales. D’où un accroissement de la vulnérabilité des plus faibles, un affaiblissement de la solidarité nationale et du lien social, un risque fragmentation de la société.

Sur ce thème et cette problématique, nous aimerions réunir des contributions sur une diversité de pays de la région, traitant de questions complémentaires plus ou moins pointues, et par la confrontation des cas et des travaux, faire avancer la réflexion sur ce qui se joue à travers l’évolution du statut du travail, et de ses effets en matière de solidarité et de cohésion sociale.

Calendrier

Les chercheurs intéressés sont invités à envoyer un projet d’une page environ, ainsi que leurs noms, titre et coordonnées, avant le 1 avril 2003 à
Elisabeth Longuenesse, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 7 rue Raulin, 69007 Lyon
elisabeth.longuenesse@mom.fr

Les textes définitifs seront à envoyer pour novembre 2003.

Dates

  • mardi 01 avril 2003

Mots-clés

  • travail, société, pauvreté, protection, intégration

Contacts

  • Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée ~
    courriel : elisabeth [dot] longuenesse [at] mom [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Elisabeth Longuenesse
    courriel : elisabeth [dot] longuenesse [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Question sociale au Moyen-Orient », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 19 février 2003, http://calenda.org/187844