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    La voix et le geste

    Une approche culturelle de la violence socio-politique, de la Révolution française à nos jours, organisé par le Centre d'Histoire "Espaces et Cultures" de l'Université Blaise-Pascal (Clermont II)

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    Publié le lundi 24 mars 2003 par Natalie Petiteau

    Résumé

    La violence socio-politique constitue un support permanent de représentations, sollicitant toutes les formes d’expression : la mise en scène de la cruauté la plus extrême (cf. les récits ou les images de la Terreur de 1793-1794, de la

    Annonce




    La violence socio-politique constitue un support permanent de représentations, sollicitant toutes les formes d’expression : la mise en scène de la cruauté la plus extrême (cf. les récits ou les images de la Terreur de 1793-1794, de la Semaine sanglante en mai 1871 ou du massacre des Algériens en octobre 1961) y voisine parfois avec une intention moralisatrice, une tentation d’exemplarité, une instrumentalisation politique - et même avec le trait d’humour. Encore n’a-t-on cité ici que quelques exemples de violence collective bien identifiés. Mais il conviendrait aussi de descendre à l’échelon de l’événement local, collectif ou individuel, dont la connaissance permet de confronter et de nuancer les savoirs, au travers de la comparaison des formes de représentation.

    Celles-ci, issues de supports de plus en plus diversifiés, expriment avant tout la récurrence du conflit comme mode de gestion des sociétés. Certes, le règlement pacifique de la dissension devient très précocement un topos du discours politique, mais sa traduction en actes tarde à se mettre en place. Ne peut-on s’accorder pour affirmer que, dans les sociétés occidentales, les démocraties se sont fondées en grande partie sur cette forme pacifiée du politique ? Mais si des représentations anciennes de la violence socio-politique nous sont encore lisibles, voire familières, c’est bien qu’elles traduisent un rapport à la gestion de la Cité qui ne relève ni de l’exotisme chronologique, ni de l’exotisme géographique. Loin d’être domestiquées, reléguées dans un passé révolu, les formes de violence socio-politique recensées appartiennent à notre présent.

    La violence socio-politique est depuis longtemps l’objet de recherches historiques. Ce colloque n’a pas pour ambition de reprendre l’historiographie majeure qui a balisé ce champ de recherches. Le sous-titre - une approche culturelle - doit être compris comme une invitation à décaler le regard du côté des représentations, les plus éphémères comme les plus durables, les plus immédiates comme les plus médiatisées, qui restituent ces conflits ou ces dissensions dans l’espace français et cherchent à recréer le paysage sonore et gestuel situé au coeur de ces violences.

    La voix s’impose comme l’élément dominant du paysage sonore : au milieu de bruits ou de sons illustrant la présence animale ou d’objets variés relevant de la contestation ou de la répression (pierres, pavés, chariots, mais aussi tocsin, crépitement de l’incendie, tambours de la garde nationale, coups de fusils ou de canons etc.), la voix est l’expression d’une humanité qui s’exprime, dans ces conditions hors normes, par le cri, la harangue, le discours, la chanson, mais aussi l’invective, l’insulte, la menace, l’ordre et, pourquoi pas, par le silence. Cette voix se donne à entendre avant même que les supports permettant son enregistrement n’existent : les archives, les images, la presse sont pleines de ces cris fugitifs, de ces voix impératives ou suppliantes, masculines ou féminines, jeunes ou âgées, civiles ou militaires, laïques ou religieuses, etc.

    Le geste accompagne, explique, renforce mais aussi contredit parfois la parole et se pose comme un témoignage à charge ou à décharge particulièrement visible. Il illustre une position (sociale ou politique) et représente, surtout au temps de l’image fixe et muette, un indicateur d’intention. Dans sa globalité, le paysage gestuel traduit l’existence d’une véritable chorégraphie de la violence. Loin de n’être décelable que dans les images, le geste est très présent dans l’archive, la correspondance, la littérature mémorialiste, le roman, le théâtre, etc. Déjà perceptibles dans ces sources traditionnelles, la complémentarité ou la contradiction de la voix et du geste s’affirment avec la naissance de nouveaux supports, permettant l’enregistrement d’images fixes puis animées et enfin sonorisées. Mais ces images, opérant une sélection de sons et de gestes (ainsi celles de février 1934, de Charonne ou de mai 68), nécessitent elles aussi un décryptage propre à l’analyse des représentations.

    Quatre axes de recherche sont proposés :

    I. L’identité des acteurs

    De la Révolution française à nos jours, le jeu des identités est au cœur de la représentation de la violence socio-politique. La coexistence de niveaux de langage et de gestes dans la violence est une donnée centrale : peuvent ainsi être repérés les mots et les gestes au masculin ou au féminin ; mais encore une gestuelle et un langage infantiles, adolescents ou juvéniles dans certains épisodes violentaires ; peut-on identifier les mots et les gestes signant l’appartenance à une catégorie sociale ? à une culture locale ? à la sphère civile ou à la sphère militaire ?

    II. Le processus de politisation

    Le déclenchement des violences socio-politiques pose la question du passage de l’individuel au collectif qui peut s’accompagner d’un processus de politisation des mots de la révolte ; parmi les entrées possibles, figure la fonction de la harangue initiale ; mais qu’en est-il également du rôle de la promenade des corps ou, dans une perspective assez proche, des funérailles politiques ? De la question des mots et des gestes propres aux violences xénophobes ou racistes ? Ou encore des références aux symboles, aux rites et au vocabulaire religieux ?

    III.Typologie et évolution des paysages sonores et gestuels

    Il existe une tension entre la permanence et l’innovation des cris et des gestes dans les différentes formes de violence socio-politique. Des formes nouvelles apparaissent selon une chronologie qu’il faudra tenter d’établir : ainsi des manifestations silencieuses comme des premières manifestations sonorisées ; ne peut-on affirmer que naissent progressivement une technique de la manifestation, des normes qui en font un moment soumis à des règles implicites ou explicites, prenant un caractère de plus en plus légal (on pensera notamment au rôle des sommations) ? les formes de violence “ spontanée ” ou insurrectionnelle connaissent-elles une évolution comparable ?

    IV.Supports et mémoire

    Les supports donnant à voir ou à entendre ces voix et ces gestes connaissent une diversification continue. De la littérature aux arts du spectacle, de l’article de presse au journal télévisé, de la peinture à la lithographie, de la photographie au film, s’écrit ainsi une image plurielle de cette violence, concourant à l’instrumentalisation de sa mémoire. En quoi l’usage de ces supports modifie-t-il la perception de ces violences ? On cherchera à mettre en rapport la mécanique illustrative, visuelle ou sonore qui construit l’événement en se fondant sur une sélection d’images, de sons ou de gestes, et sa fonction dans la construction et la transmission d’une mémoire sonore et gestuelle de la violence socio-politique.


    Mathias Bernard, Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron,
    Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand

    Programme

    JEUDI 18 SEPTEMBRE


    14 h. Allocution d’ouverture
    14 h 30. Introduction, par Jean-Clément MARTIN, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française (IHRF)

    Président de séance : Jean-Clément MARTIN (I.H.R.F.)
    15 h. Raymonde MONNIER (CNRS), Evolution d’un thème républicain en Révolution : le tyrannicide
    15 h 30. Michel BIARD (IHRF), Les voix de la déraison ? Les représentations de la violence exercée par les « proconsuls » révolutionnaires (1793-1794)
    16 h. Bernard GAINOT (IHRF), Le dernier voyage : rites ambulatoires et rites conjuratoires dans les cérémonies funéraires en l’honneur des généraux révolutionnaires
    16 h 30. Discussion
    16 h 45. Pause
    17 h. Emmanuel FUREIX (doctorant, Paris I), Le spectre de l'émeute : formes de violence dans les cortèges funèbres parisiens 1820-1834
    17 h 30. Louis HINCKER (doctorant, Paris I), Blessures de citoyens : Paris, 1848-1851
    18 h. Discussion

    VENDREDI 19 SEPTEMBRE

    Président de séance : Michel BIARD (I.H.R.F.)
    9 h. Barthélémy JOBERT (Grenoble II), La représentation du parlementaire révolutionnaire, peinture et sculpture, au XIXe siècle
    9 h 30. Annie DUPRAT (IUFM de Versailles), La voix et le geste : éloge de Napoléon Bonaparte dans la caricature
    10 h. Philippe BOURDIN (Clermont-Ferrand II), La voix et le geste révolutionnaires dans le théâtre patriotique (1789-1799)
    10 h 30. Discussion
    10h 45. Pause
    11 h. Jean-Claude YON (Versailles – Saint-Quentin), Du droit de siffler au théâtre en France au XIXème siècle
    11 h 30. Valérie MAZEROLLE (doctorante, Clermont-Ferrand II), Représentations et mises en scène de la violence à travers la chanson : le répertoire de Colette Magny (1968-1975)
    12 h. Discussion

    Président de séance : Paule PETITIER (Paris VIII)
    14 h 30. Jean-Claude CARON (Clermont-Ferrand II), Ouvriers en grève : représentations d’une violence contestataire. Le Creusot (1899-1900)
    15 h. Rémy CAZALS (Toulouse-Le Mirail), La voix et le geste dans une grève de la Belle Époque
    15 h 30. Laurent DORNEL (Toulouse-Le Mirail), Naissance politique de la xénophobie (France, fin XIXe siècle)
    16 h. Discussion
    16 h 15. Pause
    16 h 30. Karma NABULSI (Nuffield College, Oxford), La guerre républicaine aux débuts de la Monarchie de Juillet 1830-34
    17 h. Mathias BERNARD (Clermont-Ferrand II), La droite et les violences du 6 février 1934 : entre récupération et rejet d’une symbolique révolutionnaire
    17 h 30. Discussion


    SAMEDI 20 SEPTEMBRE

    Président de séance : Karma NABULSI (Nuffield College, Oxford)
    9 h. Jean-Luc CHAPPEY (Clermont-Ferrand II), Le Directoire face à la violence des gestes et des voix. Les contours d’une civilité politique
    9 h 30. Paule PETITIER (Paris VII), Les massacres dans l’Histoire de la Révolution française de Michelet
    10 h. Catherine BERTHO-LAVENIR (Clermont-Ferrand II), Le traitement médiatique des actes terroristes (1970-1990)
    10 h 30. Discussion
    10 h 45. Pause
    11 h. Pascal GIBERT (doctorant, Clermont-Ferrand II), Marquer pour stigmatiser. La place des tontes et des inscriptions comminatoires dans l'épuration. Quelques exemples auvergnats
    11 h 30. Michelle ZANCARINI-FOURNEL (IUFM-Lyon), Stratégies de distinction par la voix et le geste : provocations et violences symboliques des femmes dans les manifestations des « années 1968 »
    12 h. Discussion
    12 h 30. Conclusions



    Lieux

    • Clermont-Ferrand, France

    Dates

    • jeudi 18 septembre 2003

    Mots-clés

    • voix, geste, violence socio-politique

    Contacts

    • Centre d'Histoire "Espaces et Cultures" ~
      courriel : chec [at] lettres [dot] univ-bpclermont [dot] fr

    URLS de référence

    Source de l'information

    • Mathias Bernard, Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron, ~
      courriel : chec [at] lettres [dot] univ-bpclermont [dot] fr

    Pour citer cette annonce

    « La voix et le geste », Colloque, Calenda, Publié le lundi 24 mars 2003, http://calenda.org/187941