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La justice en images

La Justice en images (croquis, dessins et caricatures...) aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles

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Publié le mardi 08 avril 2003 par Natalie Petiteau

Résumé

Colloque international (France et Europe) - 18, 19 et 20 novembre 2004 - Université de Poitiers - GERHICO (EA 2625)- Équipe Conflictuosité Éléments de problématique Les trois derniers siècles, à quelques notables exceptions près, ressembl

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Colloque international (France et Europe) -
18, 19 et 20 novembre 2004 - Université de Poitiers -
GERHICO (EA 2625)- Équipe Conflictuosité


Éléments de problématique


Les trois derniers siècles, à quelques notables exceptions près, ressemblent à une lande désertée par la recherche. En effet, dans le monde de représentations dans lequel nous vivons, les images les plus récentes de la justice n’ont guère fait l’objet de travaux. Si l’époque médiévale et les débuts de l’âge classique bénéficient du magistral essai sur l’iconographie judiciaire de Robert Jacob, les époques postérieures sont laissées en friche. La documentation que ce dernier réunit, l’interprétation qu’il donna des transformations des images de la justice à partir de l’enluminure, de la peinture ou de la sculpture indiquent qu’ “un ordre iconographique nouveau correspond (...) à une nouvelle image de la justice”. Or la justice d’Ancien Régime, déjà fortement contestée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la tourmente révolutionnaire, la construction des “blocs de granit” napoléoniens, la justice royale ou républicaine ont donné lieu à une abondante littérature et à une profusion d’images. Pourtant, seul Daumier, ou telle ou telle représentation isolée ont bénéficié d’études systématiques. Délaissée, voire ignorée, la justice en images est absente des recherches en sciences humaines. A condition d’y prêter attention une multitude d’images se présentent en cohortes serrées : dessins, brouillons, croquis... On rencontre parfois quelques rares ébauches maladroites d’inculpés, dont les papiers personnels, réquisitionnés par les autorités, sont venus grossir l’instruction et gisent, avec une documentation épistolaire, dans les dossiers de procédure. S’y ajoutent bien sûr les immenses territoires que forment les caricatures et les dessins de presse, sans compter les terres plus inattendues, comme les tatouages.
Les images de la justice s’inscrivent dans le temps et dans l’espace. Elles sont tantôt des fragments de récits, tantôt des documents officiels ou de “simples renseignements” commandités par la justice. Ce sont aussi des modes d’interrelations entre les sphères de l’intime, du semi-privé et de l’espace public. Elles reflètent en filigrane les valeurs de chaque société singulière, représentées par le commanditaire, le dessinateur ou le destinataire. Les images de la justice ont une valeur édifiante. La gravité d’une infraction pénale est mise en évidence par les exagérations et les déformations du dessin. Les images de la justice, patient travail de reconstitution des faits ou croquis pris sur le vif au cours d’une audience, sont des représentations normatives et participent ainsi à l’affirmation du consensus social.
Le colloque de 2004 entend donc explorer les contrées qui s’ouvrent à la recherche, mais plutôt que de proposer une panorama vertigineux, il apparaît plus efficient de baliser le regard. Aussi seront écartées, pour le présent colloque, les photographies et les films judiciaires. Sont également rejetées les démarches trop linéaires ou trop thématiques. Nous avons en effet renoncé à traiter de la justice selon un plan chronologique qui suivrait celui des régimes politiques ou des bouleversements économiques et sociaux, ou selon un plan pointilliste abordant successivement : palais judiciaires, magistrats, justiciables, mineurs... Il nous a semblé qu’il fallait suivre le cheminement de l’instruction, restituer la marche de la justice, de la découverte du crime jusqu’à la mémoire criminelle.

I. Les images de l’enquête

Les relevés, les calques de graffiti, les croquis effectués à la demande d’un magistrat instructeur par un architecte, un greffier, voire un artiste, correspondent à des règles, dans lesquelles la sensibilité de chaque auteur s’exprime peu, car il est tenu à une codification stricte qui empêche les épanchements artistiques, les effets romantiques ou trop réalistes. Mais les documents judiciaires sont aussi le reflet des propres représentations d’une époque. Ainsi, dans le département de la Seine, la justice se trouve très largement influencée par le “roman d’investigation” et l’atmosphère des enquêtes policières, telles qu’elles apparaissent en arrière-plan dans les affaires dont la presse populaire assure l’intérêt et la renommée. Ailleurs, comme dans le Poitou, tel magistrat devance la criminalistique et fait figurer le moindre indice sur le plan qu’il fait dresser pour mener à bien son enquête. Si elles peuvent servir de preuves, les images de l’enquête sont aussi des prétextes autorisant par exemple la reconstitution graphique d’une vaste demeure.

II. Les images du procès

Les criminologues de la Belle Époque ont donné des descriptions bavardes des accusés, s’attachant à la forme des oreilles ou du crâne, s’attardant sur la longueur du nez ou la largeur de la bouche, détaillant avec un ravissement mal dissimulé la couleur des yeux. Mais au-delà des images criminologiques, nombre de représentations du procès existent. Il conviendra de les exhumer et de les analyser. Les plus connues sont assurément celles qui sont disséminées dans l’Assiette au beurre, le Canard enchaîné ou tel périodique satirique. Les croquis d’audience et les caricatures élaborées a posteriori mettent en scène la justice avec ses acteurs et ses spectateurs. Aussi il importera de s’attacher à la manière dont sont “croqués” ou “portraiturés” les membres de la “société judiciaire”, à la façon dont le déroulement du procès, avec ses logiques, est restitué. Au-delà de la théâtralité, c’est aussi le regard critique des caricaturistes vis-à-vis du comportement des magistrats, de la comédie humaine et du fonctionnement de la justice, qu’il conviendra de saisir.

III. Les images du châtiment

Le bagne, la prison, la colonie agricole et pénitentiaire, la guillotine, l’enfer... illustrent la punition et le châtiment. Les images qui mettent en scène la “peine” ne sont pas les plus nombreuses. Elles possèdent une grande force et l’ironie déserte souvent le crayon ou la plume. Avec elles, les effets apparaissent presque immédiats et l’artiste ne peut se défaire des habits du citoyen. Les images du châtiment -relayées par les journaux qui jouent sur l’angoisse, la menace, la séduction et la dénonciation- nécessitent de s’interroger sur les enjeux. S’agit-il, par exemple, de prendre parti pour la cause des abolitionnistes ? S’agit-il plutôt de se conformer à l’air du temps, et de participer, d’une certaine manière, à la peur ambiante et aux politiques sécuritaires ? Il faudra donc s’interroger sur l’impact que de semblables images ont sur les lecteurs, devenus spectateurs de la sentence publique.

IV. Les images de l’imaginaire et de la mémoire

A leur époque, des personnages comme Lacenaire ou Landru ont d’emblée fait partie de l’imaginaire collectif. Les images cristallisées de la justice, les clichés et les présupposés, les “personnages illustres” et les “causes célèbres” contribuent à forger une culture judiciaire. Pranzini, Marie Besnard, mais aussi la “dame à la balance”, les “juges rouges”... sont autant d’aspects qu’il faudra débusquer et scruter. La mémoire semble sans cesse réactivée. Quant aux acteurs de la justice, en particulier les magistrats, ils sont brocardés et désacralisés. La portée des images du dénigrement nécessitera une analyse attentive. Inversement, les “icônes” des criminels participent à leur héroïsation et à l’édification d’une légende, comme l’illustrent les complaintes imagées. Les images de la justice, dotées d’une valeur rédemptrice, entrent dans le cadre d’enjeux sociaux et politiques qui s’inscrivent dans un contexte qu’on ne saurait méconnaître.


Les propositions de communication avec un résumé d’environ une page doivent parvenir impérativement au comité d’organisation avant le 20 avril 2003.

Le pré-programme sera envoyé en septembre 2003 avec les renseignements pratiques sur la tenue du colloque

Comité d’organisation : Frédéric Chauvaud, Solange Vernois

Comité scientifique : Jean-Marie Augustin, Françoise Banat-Berger, Jean-Claude Farcy, Antoine Garapon, Jean-Claude Gardes, Mireille Jean, Dominique Kalifa, Ségolène Le Men, Pierre Lenoël, Véronique Meyer, Christian Moncelet, Michelle Perrot, Jacques-Guy Petit, Michel Porret, Régis Rech, Philippe Robert, Denis Salas, Myriam Tsikounas, Jean-Jacques Yvorel, Sandrine Zientara-Logeay.

Lieux

  • Poitiers, France

Dates

  • dimanche 20 avril 2003

Contacts

  • Frédéric chauvaud
    courriel : frederic [dot] chauvaud [at] wanadoo [dot] fr
  • Solange Vernois
    courriel : solange [dot] vernois [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La justice en images », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 avril 2003, http://calenda.org/187999