AccueilRapports sociaux de sexe dans le champ culturel

Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel

De la légitimité en matière culturelle, pensée dans ses rapports avec le genre

*  *  *

Publié le vendredi 17 octobre 2003 par Jean-Pierre Masse

Résumé

Longtemps, on nous a répété (certains le disent encore) que la " création " est une affaire d'hommes ; que les femmes sont lectrices, spectatrices, amatrices, animatrices… mais non point créatrices

Annonce

Longtemps, on nous a répété (certains le disent encore) que la " création " est une affaire d'hommes ; que les femmes sont lectrices, spectatrices, amatrices, animatrices… mais non point créatrices ; ou alors seulement à titre d'exception comme Labé, Lafayette, Vigée-Lebrun, Colette… Les exceptions s'étant multipliées au cours du dernier demi-siècle, nous nous sommes rassurées sur l'historicité de cette affaire : des conditions particulières, des obstacles précis, une oppression diffuse ou brutale avaient tenu les femmes loin de l'éducation et des lieux de culture, privées des moyens de s'affirmer, de s'exprimer ; les conditions changeant, elles n'allaient pas tarder à investir tous les champs autrefois désespérément vides de leur présence : la musique, la sculpture, l'architecture…

Après vingt à trente ans de recherches féministes, nous savons que ce scénario n'est pas le bon. Que l'impression d'un mieux - d'un nombre toujours plus grand de femmes reconnues pour leur œuvre - est un leurre… très ancien, lié à la proximité des temps où elles ont vécu et produit. Au milieu du XVIIIe siècle, au milieu du XVIIe siècle, la même impression s'imposait aux personnes éduquées ; des dizaines de femmes étaient alors célèbres pour leurs écrits, leurs peintures, leurs compositions… et même pour leurs travaux sur les femmes célèbres ! Mais qui sait, aujourd'hui, qu'elles ont existé, produit, été applaudies, admirées ? Qui ne voit que les créatrices de la première moitié du XXe siècle sont déjà en partie oubliées ? Qui ne voit, surtout, qu'après plus d'un demi-siècle d'égalité des deux sexes devant l'éducation, et même d'accès des femmes à des postes de responsabilité dans les musées, les conservatoires, les bibliothèques, les ministères, les radios, les journaux…, les expositions sur les œuvres de femmes sont toujours aussi rares ? les auteures toujours aussi peu enseignées ? les cheffes d'orchestre toujours aussi exceptionnelles ? le festival des films de femmes - vingt ans en 2003 - toujours aussi inconnu du grand public ?

L'expérience de cette résistance, aussi bien que les connaissances peu à peu livrées par les études féministes, nous conduisent ainsi à réaliser que les champs de la culture ne sont remplis d'hommes (de certains hommes) que parce que des idées toutes faites leur permettent de s'y croire attendus ; que des réseaux leur permettent de s'y établir ; que des mécanismes leur permettent de s'y imposer ; que des institutions leur permettent d'y survivre, d'y faire perdurer leur mémoire. La plupart du temps, les femmes ne bénéficient que faiblement, voire pas du tout, de ces supports. Elles ne bénéficient pas de légitimité. Et pourtant, elles créent. En connaissance de cause, pour certaines ; dans l'ignorance ou le mépris de ces contingences, pour d'autres ; et pour d'autres encore, dans l'illusion du " temps venu " de l'indifférence des sexes. Quant à la tradition, celle qui exclut les femmes et qui efface leurs traces, elle tend à se maintenir, grâce à la cécité ou à l'indifférence des un-e-s, à l'impuissance des autres… et au mythe du progrès - qui règlera tout ça.

Le séminaire Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel invite, pour son programme 2003-2005, à réfléchir sur ces questions, dans l'approche pluri-disciplinaire et pluri-périodique qui est la sienne. Les thèmes abordés pourraient être :
- les discours sur la différence des sexes en matière culturelle ;
- la conscience des obstacles à la reconnaissance chez les femmes créatrices ;
les stratégies (discursives, éditoriales, mondaines, claniques, sexuelles) développées pour y faire face (les " bonnes " et les " mauvaises "…) ;
- la conscience du traitement différentiel des sexes dans le champ culturel chez les hommes ; leurs stratégies pour enrayer ou pour accentuer la domination masculine ;
- les mécanismes concrets de la légitimation culturelle : qui décide ? sur quels critères ? le rôle des réseaux ; le rôle des idées reçues ;
- les institutions légitimantes et leur rapport à la différence des sexes : les pratiques concrètes du ministère de la Culture, des académies, des " temples modernes ", de l'école, de l'université, de la critique…
- la fabrication de l'histoire culturelle ; les phénomènes d'effacement, de conservation, de transformation (quelle ampleur ? quels critères ? dans quels buts ?…) ; "histoires" et manuels ;
- la spécificité ou non du champ culturel par rapport aux autres domaines (celui de la pensée, de la politique) ;
- les liens entre la construction de la notion de " création artistique ", propre aux 19e et 20e siècles, et la délégitimation des femmes et/ou de certaines pratiques culturelles.

Programme :

10 octobre 2003

Julie Roy, post-doctorante, Québec / EHESS
Stratégies épistolaires et écritures féminines : les Canadiennes à la conquête des lettres (1639-1839)

14 novembre 2003

Philip Ford, Professeur, Clare College, Cambridge
Ronsard et le créateur masculin

12 décembre 2003
Sandrine Lely, doctorante, Paris 4
Stratégies de légitimation : l'exemple de l'Académie royale de peinture 1648-1791

9 janvier 2004
Renaud Redien-Collot, MCF, Université de Picardie
Les femmes, le statut d'auteur et la démocratie, en France

6 février 2004
Juliette Rennes, doctorante, Paris I.
Les réactions provoquées par les "pionnières", les premières femmes à accéder aux professions masculines prestigieuses sous la IIIe République:

12 mars 2004
Fanny Mazzone, doctorante, Université de Metz.
L'édition féministe littéraire - maisons, collections, revues - française post-68.

2 avril 2004
Martine Duquesne, docteure, Paris 1/ UVSQ
Auteur/médiateur, signature/anonymat, création/service, masculinité/féminité. Les architectes dans leur relation à l'autorité.

14 mai 2004
Noël Burch, Professeur émérite, Lille 3
Le refus des codes de la " féminité " et l'adoption des codes de la " masculinité " comme stratégie de légitimation chez des écrivaines et femmmes-cinéastes au XXe siècle.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 10 octobre 2003

Contacts

  • Geneviève Sellier
    courriel : sellier [dot] g [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 17 octobre 2003, http://calenda.org/188417