AccueilFamine et exclusion en France sous l'occupation

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Publié le mardi 21 octobre 2003 par Natalie Petiteau

Résumé

Colloque organisé par l’unité mixte de recherche LARHRA (Laboratoire de recherche Historique Rhône-Alpes) et la FERME du Vinatier

Annonce




Lyon, 20 et 21 novembre 2003


Avec le soutien de la Ville de Lyon, de la DRAC Rhône-Alpes, du Conseil Général du Rhône, du Conseil Scientifique et de Recherche du CH Le Vinatier et des Universités Lyon 2 et Lyon III

Présentation

Pour la plupart des Français qui ont vécu les « années noires », la période de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation allemande évoque en premier lieu l’immense difficulté à vivre au quotidien. La pénurie des produits de première nécessité, soumis à un rationnement de plus en plus sévère, a obligé nombre d’entre eux à mettre en œuvre de véritables stratégies de survie. La faim, dont le spectre avait cessé de hanter les imaginaires, est redevenue une expérience largement partagée qui structure bien des existences recentrées, dans une tension parfois extrême, sur la satisfaction au jour le jour des besoins vitaux.

Peut-on pour autant parler de famine ? Dans les travaux récemment consacrés à la question, les historiens ont préféré évoquer le « temps des restrictions ». Une pudeur qui entérine le scénario généralement admis selon lequel les Français ont certes durement souffert, quoiqu’à des degrés très divers, des « privations » qui leur ont été imposées mais que, grâce à leurs capacités d’adaptation, ils sont tant bien que mal parvenus à « tenir ». Au prix d’un amaigrissement parfois important, ils ont réussi à lutter contre la sous-alimentation en recourant au système D.

Cette vision quelque peu héroïque ne prend pas en compte ceux à qui sera consacré ce colloque : les Français qui, sous l’Occupation, sont morts de faim ou de pathologies directement afférentes à la dénutrition (carences diverses, tuberculose dite de famine). Combien furent-ils ? On l’ignore car les statistiques générales de mortalité ne permettent pas de les isoler et parce que le dénombrement des victimes civiles du conflit (réfugiés morts lors de l’exode, victimes de la répression, victimes des bombardements) ne les prend pas en compte. Socialement et/ou biologiquement fragiles, ils n’ont pas eu la possibilité ou la force de se procurer, au marché noir ou au marché parallèle (rose ou gris), les calories supplémentaires qui auraient pu les empêcher de sombrer dans la « misère physiologique ». Isolés, stigmatisés voire exclus de la communauté nationale, ils n’ont pas non plus bénéficié, ou insuffisamment, de la solidarité familiale ou de l’aide distribuée par les associations caritatives qui ont permis à tant d’autres d’échapper à la mort. Bien que l’attention ait été appelée à maintes reprises sur leur grande vulnérabilité, ils n’ont pas davantage, ou trop tardivement, fait l’objet de mesures compensatoires qui leur auraient permis, au même titre que d’autres catégories de la population désignées comme prioritaires, de toucher des suppléments de ration. Ou bien encore ces suppléments n’ont pu être délivrés en raison des difficultés d’approvisionnement qui ont touché certains produits (le lait par exemple).

Plusieurs cas de figure seront examinés dans le cadre de cette rencontre. En premier lieu celui des aliénés internés dans les hôpitaux psychiatriques qui sera abordé dans plusieurs communications traitant à la fois des établissements publics et privés. Le nombre très élevé des malades mentaux victimes de la faim (sans doute près de 50 000) justifie de mettre l’accent sur cette population très spécifique dont le sort tragique a suscité bien des polémiques depuis deux décennies. Celles-ci sont pour une part à l’origine de l’enquête historique consacrée à la famine dans les hôpitaux psychiatriques sous l’Occupation. De cette recherche, lancée il y a deux ans à l’initiative de l’hôpital psychiatrique du Vinatier (Lyon/Bron), est née la problématique de ce colloque. Pour comprendre le phénomène dit de « surmortalité asilaire », il a en effet paru impératif de s’interroger, dans une démarche comparatiste, sur le devenir d’autres populations « reléguées » dans des institutions fermées (prisons, camps d’internement…) ou semi-fermées (hospices de vieillards, hôpitaux généraux, sanatoriums, orphelinats). La question étant de savoir si la famine a touché massivement l’ensemble des collectivités fermées ou si certaines d’entre elles ont été épargnées et dans quelles conditions. L’exclusion n’étant pas forcément synonyme d’enfermement, il a également semblé indispensable d’étendre l’analyse à d’autres groupes fragiles et/ou marginalisés de la population, particulièrement exposés aux conséquences de la malnutrition, que celle-ci ait ou non entraîné la mort. Et par conséquent d’expliciter le lien entre famine et exclusions.



Entrée libre
Jeudi 20 novembre dans les salons de l’hôtel de Ville de Lyon de 9h à 17h30
à 20h30, à la Ferme du Vinatier, lecture théâtrale de la Compagnie Les 3-8 « L’abandon à la mort »
Vendredi 21 novembre à l’hôpital Saint - Luc - Saint - Joseph (Lyon 7ème) de 9h à 17h30


jeudi 20 novembre

matin : 9h00-12h30
modérateur : Jacques HOCHMANN (professeur de psychiatrie à l’université Lyon I)

9h accueil
9h15-9h30 allocutions d’ouverture
9h30-9h45 Carine DELANOË-VIEUX (chef de projet, La Ferme du Vinatier) et Isabelle von BUELTZINGSLOEWEN (maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Lumière Lyon 2), Introduction
9h45-10h15 Laurent DOUZOU (professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon), Approche historiographique
10h15-10h45 Dominique VEILLON (directrice de recherche au CNRS, Institut d’Histoire du Temps Présent, Paris), Le rationnement en France pendant la Seconde guerre mondiale
10h45-11h discussion
11h-11h15 pause

LA FAMINE DANS LES COLLECTIVITES FERMEES

Les hôpitaux psychiatriques


11h15-11h45 Isabelle von BUELTZINGSLOEWEN, (maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Lumière Lyon 2), Morts sans ordonnance. Les aliénés et la faim à l’hôpital psychiatrique départemental du Vinatier
11h45-12h15 Anne MARESCAUX (étudiante en DEA, université Lumière Lyon 2), Un établissement épargné par la famine ?: l’asile privé Saint-Jean de Dieu de Lyon
12h15-12h30 discussion

déjeuner libre

après-midi : 14h30-17h15
modérateur : Jean-Marie GUILLON (professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille I)

14h30-15h Michel CAIRE (docteur en histoire et psychiatre praticien hospitalier, Paris/Neuilly-sur-Marne), Un établissement du dispositif de la Seine : Maison-Blanche
15h-15h30 Samuel ODIER (doctorant en histoire à l’université Jean Moulin Lyon III), Un établissement en milieu rural : l’hôpital psychiatrique départemental de l’Isère
15h30-16h Olivier BONNET (doctorant en histoire à l’université Jean Moulin Lyon III), Un réseau en action : les asiles privés de la congrégation Sainte-Marie de l’Assomption
16h-16h15 discussion
16h15-16h30 pause

Les prisons et les camps d’internement

16h30-17h Corinne JALADIEU (doctorante en histoire à l’université de Haute Bretagne Rennes II), Conditions de détention et misère physiologique dans les prisons de Vichy
17h-17h15 discussion

20h30 lecture théâtrale à la Ferme du Vinatier avec la Cie des Trois-Huit
Mise en théâtre d’une correspondance de malades mentaux de l’hôpital Le Vinatier entre 1940 et 1944 : quand la voix des acteurs réveille les mots qui dorment depuis 60 ans dans les archives


vendredi 21 novembre

matin : 9h00-12h15
modérateur : Danièle VOLDMAN (directrice de recherche à l’Institut d’Histoire du
Temps Présent, Paris)

Les prisons et les camps d’internement (suite)

9h–9h30 Denis PESCHANSKI (directeur de recherche au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Paris), Morbidité, malnutrition et mortalité dans les camps français d’internement
9h30-10h Bernard DELPAL (professeur d’histoire contemporaine à l’université Jean Monnet Saint-Etienne), La visite du camp. Missions sanitaires du CICR auprès des prisonniers français en Allemagne
10h-10h15 discussion

LA FAMINE DANS LES COLLECTIVITES SEMI-FERMEES

10h15-10h45 Dominique DESSERTINE (ingénieur de recherches au CNRS, LARHRA, Lyon), Un établissement sans histoires ? Le sanatorium du département du Rhône à Saint-Hilaire du Touvet
10h45-11h pause
11h-11h30 Isabelle von BUELTZINGSLOEWEN (maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Lumière Lyon 2), Le sort des vieillards des hospices : aperçu d’une hécatombe
11h30-12h Olivier FAURE (professeur d’histoire contemporaine à l’université Jean Moulin Lyon III), Les Hospices Civils de Lyon face à la sous-alimentation
12h-12h15 discussion

déjeuner libre
après- midi : 14h15-17h30
modérateur : Jacqueline SAINCLIVIER (professeur d’histoire contemporaine à l’université de Haute-Bretagne Rennes II)

DES POPULATIONS VULNERABLES A LA FAIM EN MILIEU OUVERT

14h15-14h45 Jean-Pierre LE CROM (directeur de recherche au CNRS, MSH Ange Guépin, Nantes), Lutter contre la faim : le rôle du Secours national
14h45-15h15 Ludivine BONNET (étudiante titulaire d’une maîtrise, université Lumière Lyon 2), Les conséquences sanitaires de la pénurie alimentaire à Lyon
15h15-15h30 discussion
15h30-15h45 pause
15h45-16h15 Catherine ROLLET (professeur de démographie à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et Virginie DE LUCA (maître de conférences de démographie à l’université de Saint-Quentin-en Yvelines), La vulnérabilité des enfants : les crises de mortalité de 1940 et 1945
16h15-16h45 Joëlle DROUX (maître assistante à l’Institut Romand d’histoire de la médecine, Genève) et Mariama KABA (doctorante, assistante de recherche à l’université de Lausanne), Echapper à la faim : la Croix Rouge suisse et la lutte contre la malnutrition infantile en France (1940-1946)
16h45-17h discussion
17h-17h30 discussion générale et synthèse provisoire


Renseignements pratiques


Hôtel de Ville de Lyon
Grande salle des fêtes
1 place de la Comédie
69001 Lyon
Métro Hôtel de Ville

Hôpital Saint - Luc - Saint - Joseph
20 quai Claude Bernard
69007 Lyon
Tramway T1. Arrêt Claude Bernard

La Ferme du Vinatier
CH Le Vinatier
95 Bd Pinel
Bron
Tramway T2. Arrêt Vinatier ou bus n° 28

Informations et inscriptions (facultatives)
Marie-Jo Barny de Romanet
La Ferme du Vinatier 04-37-91-51-11





Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • jeudi 20 novembre 2003

Contacts

  • Marie-Jo Barny de Romanet
    courriel :

Source de l'information

  • Isabelle von Bueltzingsloewen
    courriel : isavonb [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Famine et exclusion en France sous l'occupation », Colloque, Calenda, Publié le mardi 21 octobre 2003, http://calenda.org/188439