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Espaces et sociétés aujourd'hui

La géographie sociale dans les sciences sociales et dans l'action

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Publié le jeudi 22 janvier 2004 par Marin Dacos

Résumé

Annonce

APPEL À COMMUNICATIONS

Colloque

« Espaces et sociétés aujourd'hui »

(la géographie sociale dans les sciences sociales et dans l'action)

Rennes, 21 et 22 octobre 2004

Le colloque de 2004 sera le troisième organisé par l'UMR ESO « Espaces géographiques et sociétés » sur et autour de la géographie sociale. Il s'inscrit donc dans une continuité, celle de la référence au projet collectif de renouvellement de la géographie française affirmé au début des années 1980 et dont les événements les plus significatifs ont été le colloque de Lyon en 1982 et la publication du manuel « Géographie sociale » chez Masson en 1984. Les colloques précédents, « Espaces et sociétés à la fin du XXe siècle. Quelles géographies sociales ? » en 1996 et « Faire la géographie sociale » en 1999, revenaient sur les principes établis dans les années 1980.

Celui de 2004 a autant pour objectif de redonner une identité à la géographie sociale que d'interroger l'inscription de la géographie sociale dans les sciences sociales, et plus particulièrement celles de l'action. En effet, depuis la création de l'UMR « Espaces géographiques et sociétés » en 1983, le contexte scientifique a profondément changé. Si aujourd'hui la géographie sociale est bien placée pour répondre à « la demande d'espace », force est aussi de constater que sa position peut paraître brouillée .

Dans les années 1980, inscrire la géographie dans les sciences sociales n'allait pas de soi, l'un des arguments avancés par ses détracteurs étant que la géographie sociale n'était rien d'autre que de la géographie humaine. Dès lors, il n'y avait pas lieu de différencier géographie culturelle, géographie sociale, et analyse spatiale, sinon à vouloir démembrer l'unité de la géographie. Dans un numéro critique de L'Espace géographique paru en 1986, Roger Brunet s'interrogeait sur le sens de la distinction qui aurait animé « les géographes sociaux ».

Le changement de paradigme a été si net qu'aujourd'hui la géographie est définie comme la discipline spécialisée dans l'analyse de la dimension spatiale des sociétés, toutes spécialités de la discipline confondues. L'heure n'est plus à vilipender « le renversement de l'ordre des facteurs » cher à Renée Rochefort ; il se dit que celui-ci fait désormais consensus Dans le même temps, les géographes sont de moins en moins les seuls à étudier les espaces et à parler des territoires. Parmi d'autres, les apports théoriques des anthropologues à la compréhension de la territorialité humaine sont majeurs. Ceux qui se revendiquent de la géographie sociale trouvent plus souvent leur compte chez les sociologues et les anthropologues que chez leurs collègues géographes.

Dès lors, que reste-t-il qui justifierait la fidélité au qualificatif « sociale » accolé à « géographie » et à l'état d'esprit qui accompagnait le renouveau du début des années 1980 ? Ne faudrait-il pas renoncer ? Le renoncement, plus subreptice que revendiqué, est d'ailleurs doublement favorisé par le contexte d'atténuation des débats sur les limites des disciplines et d'appel à la pluridisciplinarité, et par le fait que les géographes appartiennent de plus en plus à des générations qui n'ont pas eu à se mobiliser pour affirmer l'utilité de leur discipline, et, en corollaire, leurs convictions.

Les apports des géographes se revendiquant de la géographie sociale ont eux aussi évolué. Les écrits produits à l'issue des deux précédents colloques montrent bien qu'il ne s'agit plus de mobiliser de nouveaux indicateurs et d'élargir le champ de la discipline vers de nouveaux objets même si les atlas sociaux gardent leur utilité en donnant à voir les inscriptions spatiales des inégalités sociales. Au lieu de les opposer, les pratiques de recherche interrogent les articulations et tensions entre espaces sociaux et espaces vécus, entre société et culture.

En tant que médiateur social, l'espace est une composante de la société qu'il contribue à produire et reproduire. Il est le cadre d'enjeux de pouvoirs autant que de pratiques individuelles socialement construites. La géographie sociale, entendue comme géographie des sociétés qu'il s'agit de déchiffrer par la construction de sens, suppose des questionnements autour des processus et des formes de différenciations des espaces, autour de la production de territorialités dans le quotidien des pratiques spatiales, autour des régulations et donc de l'action publique, que celle-ci s'exprime dans les idéologies territoriales ou le bricolage des politiques sociales et des gouvernances locales.

Pour Hannah Arendt, l'action est l'activité humaine fondamentale qui correspond à la construction du rapport à l'autre : « Je propose le terme de vita activa pour désigner trois activités humaines fondamentales : le travail, l'¦uvre et l'action. Elles sont fondamentales parce que chacune d'elles correspond aux conditions de base dans lesquelles la vie sur terre est donnée à l'homme. [] La condition humaine du travail est la vie elle-même. [] La condition humaine de l'¦uvre est l'appartenance-au-monde. [] L'action, la seule activité qui mette directement en rapport les hommes sans l'intermédiaire des objets ni de la matière, correspond à la condition humaine de la pluralité, au fait que ce sont des hommes et non pas l'homme, qui vivent sur terre et habitent le monde » . L'action est donc l'activité politique par excellence.

Dès lors, pour la géographie sociale, il s'agit de comprendre comment la relation à l'autre se construit dans l'espace, comment se reproduisent les positions sociales, comment se structurent et se reproduisent les groupes sociaux, comment les rapports de domination se jouent dans la dimension spatiale des politiques publiques.

Les communications attendues seront suffisamment variées pour décliner une architecture théorique en trois temps : déconstruction des catégories, étude des raisons des sujets engagés dans l'action, décryptage des enjeux des politiques publiques. Le colloque suppose aussi de revenir sur la question du statut de l'espace et sur celle de la position du géographe face aux évolutions scientifiques et sociales. Ces communications relèveront donc de quatre entrées :

1) Les catégories de l'action

La géographie sociale peut être pensée comme une géographie des inégalités, sensible aux relations entre rapports sociaux et rapports spatiaux. Mais comment sont aujourd'hui définies et délimitées les catégories du social et du spatial, comment les met-on en relation ? Avec quelles évolutions ? Comment analyse t'on par exemple les inégalités sociales dans les espaces ? Quel est l'impact des outils d'aujourd'hui (TIG et TIC) sur l'analyse et les catégories d'analyse ? Quelle appropriation de ces outils impulser, pour plus de participation ou plus d'inégalités ?

2) Les raisons des acteurs

Les textes présenteront des analyses de pratiques dans l'espace public permettant d'expliquer des phénomènes spatiaux, que ces pratiques soient le fait de comportements d'adaptation aux contraintes subies, ou, dans une perspective plus compréhensive inspirée de Weber, qu'elles expriment la marge de liberté de tout individu-acteur. Comment l'individu se construit en s'insérant dans un ou des groupes sociaux et dans son identité collective ? Sa gestion des rapports aux autres produit-elle du territoire ? Et qu'est-ce donc que ce territoire pour l'individu ?

3) L'action publique telle qu'elle se dit et se fait

Le territoire est ici celui des élus et des institutions, du politique. Comment les découpages influencent-ils les espaces sociaux et les espaces vécus ? Quelles gouvernances et quels partenariats locaux sont mis en place, pour quels enjeux de pouvoirs et quelles sociétés ? Comment les discours sur les valeurs patrimoniales des lieux modèlent les dimensions symboliques attachées aux territoires ? Quelles sont les perceptions dominantes des risques et des vulnérabilités, des cohésions et de la durabilité ? Bref, en quoi l'action publique agit-elle en tant que reproductrice des sociétés et des inégalités ?

4) Faire de la géographie sociale aujourd'hui

Cette quatrième entrée repose la question du colloque de 1999 : pourquoi faire de la géographie sociale aujourd'hui ? Et pourquoi tant de géographie sur les agendas politiques ? Quelles peuvent être les contributions spécifiques du géographe et quelle pédagogie peut-on imaginer pour une géographie critique, vigilante, humaniste ? Des contributions de non géographes sont ici fortement attendues.

Comité scientifique : Raymonde Séchet, géographe, Université Rennes 2 ; Rodolphe Dodier, géographe, Université du Maine ; Jean-Marc Fournier, géographe, Université de Caen ; Isabelle Garat, géographe, Université de Nantes ; Bertrand Montulet, sociologue, Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles ; Joël Pailhé, géographe, Université Bordeaux 3 ; Alice Rouyer, géographe, Université Toulouse 2 ; Vincent Veschambre, géographe, Université d'Angers.

Comité d'organisation : Raymonde Séchet, directrice de l'UMR 6590 « Espaces géographiques et Sociétés » ; Rodolphe Dodier, directeur du GREGUM - UMR 6590 ESO, Université du Maine ; Isabelle Garat, directrice du CESTAN - UMR 6590 ESO, Université de Nantes ; Vincent Gouëset, directeur du RESO -UMR 6590 ESO, Université Rennes 2 ; Jean-Baptiste Humeau, directeur du CARTA - UMR 6590 ESO, Université d'Angers ; Rémi Rouault, directeur du CRESO - UMR 6590 ESO, Université de Caen.

Contacts : Marie-France Monnerais et Nicole Piton :

Marie-France.monnerais@uhb.fr, nicole.piton@uhb.fr

Les propositions de communication sont attendues

avant le 15 mai 2004

sous forme électronique ou papier. Elles seront adressées à :

Raymonde.Sechet@uhb.fr

Ou :

Raymonde Séchet, UFR Sciences sociales, Université Rennes2, Place du recteur Le Moal,

CS 24 307, Rennes Cedex

Ces propositions de communications seront examinées par le Comité scientifique. Les textes des communications retenues sont attendues pour le 30 septembre. Le colloque est ouvert à des chercheurs de divers horizons disciplinaires.

À l'issue du colloque, les communications pourront être mises en ligne sur le site de l'unité

http://www.univ-lemans.fr/lettres/eso/

Le comité scientifique organisera la publication d'un ouvrage de synthèse à partir d'une sélection de communications (collection « Géographie sociale » aux Presses universitaires de Rennes).

« Espaces et sociétés aujourd'hui »

(la géographie sociale dans les sciences sociales et dans l'action)

Rennes, 21 et 22 octobre 2004

Proposition de communication

Titre de la communication :

Auteur(s) :

Discipline(s) :

Établissement :

Statut :

Résumé

Catégories

Dates

  • samedi 15 mai 2004

Contacts

  • Raymonde Sechet
    courriel : Raymonde [dot] Sechet [at] uhb [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Espaces et sociétés aujourd'hui », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 22 janvier 2004, http://calenda.org/188731