AccueilLa casuistique classique : genèse, formes, devenir

La casuistique classique : genèse, formes, devenir

Programme de la première journée d'étude consacrée à la casuistique

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Publié le mardi 16 mars 2004 par Marin Dacos

Résumé

Annonce

Jeudi 6 mai.

9 heures. Accueil des intervenants.

Présidence de M. Pierre Livet.

9 h 30. Bernard Schouler (professeur émérite de langue et littérature grecques. Université Paul Valéry - Montpellier). «L’analyse des actes dans la rhétorique d’Hermogène»

Résumé : « Entre la casuistique et la rhétorique, existe-t-il une filiation ou du moins une parenté ? La rhétorique, telle qu’elle a été inventée par les Siciliens et exploitée par les sophistes, est avant tout un instrument de pouvoir. Si dès l’origine elle s’est attachée à donner belle apparence au discours, c’est pour accroître sa séduction et le rendre encore plus persuasif. Cette nouvelle discipline va poser de graves problèmes aux philosophes, étant donné certes les excès auxquels se sont livrés les sophistes, mais aussi l’emprise qu’elle exerce sur les esprits et le rôle éducatif dont elle s’est chargée. Aristote, après les fulminations platoniciennes, lui redonne une honorabilité et la réintègre dans l’éventail des disciplines scientifiques. Durant toute la période hellénistique et les premiers siècles de l’empire romain, de nombreux théoriciens vont développer et approfondir les éléments doctrinaux et les applications pratiques dont se compose la rhétorique grecque. Hermogène au second siècle de notre ère marque le point culminant de cette évolution. Son oeuvre, peu connue en Occident, a cependant été traduite en latin au quinzième siècle et a donc pu bénéficier d’une certaine diffusion parmi les humanistes. De sa doctrine, au moins deux éléments méritent de retenir notre attention : le classement des causes selon leur statut (ou état) et l’invention des arguments. Dans l’étude des statuts, une grande partie des concepts et des méthodes proposés à l’orateur s’appliquent à l’analyse des conduites humaines afin d’obtenir condamnation ou acquittement. Les arguments se tirent des circonstances qui président à l’accomplissement de l’acte. «La circonstance est formé de tout ce qui se trouve en nous-mêmes, en nos paroles et en nos actes, dans les procès et les causes où nous sommes impliqués, dans l’ensemble de notre vie ; bref, il s’agit du lieu, du temps, de la manière, de la personne, du mobile, de l’acte» (Hermogène, L’invention 3, 5). A partir de ces six éléments fondamentaux, croisés avec toutes les ressources de la logique, en particulier la comparaison, se découvre, à l’intérieur du cadre fourni par les statuts, un immense réservoir de preuves, toutes fondées uniquement sur la vraisemblance, qui permettent d’asseoir le jugement moral. »

10 h. M. Jean Werckmeister. (Université Strasbourg). « Les casus du Décret de Gratien. »

Résumé : « Le Décret de Gratien propose, pour la première fois dans l'histoire du droit canonique, des « cas » juridiques, au nombre de trente six. Leur nature exacte est discutée : cas d'école ou cas réels ? Leur succès fut important et la production de cas canoniques se multiplia à partir de la fin du XIIe siècle. »

10 h 30. Discussion et pause.

11 h. M. Vincenzo Lavenia (Docteur ; École Normale Supérieure de Pise). « "Fraus et cautela" Théologie morale et fiscalité au début des temps modernes ».

Résumé : « La loi, peut-elle obliger la conscience? La désobéissance aux normes positives, est-ce un péché mortel? Un confesseur, peut-il absoudre un pénitent qui confesse d'avoir évadé le fisc? Telles furent quelques-unes des questions discutées dans les traités de théologie morale du début des temps modernes, notamment en Espagne, Portugal et Italie. La communication retracera la genèse d'un reflet anti-étatique et anti-fiscal qui fait partie de la tradition catholique depuis les écrits de Angelo da Chivasso, Francisco de Vitoria et Martín de Azpilcueta. Après Trente, en Espagne, comme ailleurs, les moments de crise de la fiscalité de l'État renforçaient le débat autour des impôts. Le clergé réclamait le droit de pouvoir délibérer de la légitimité du fisc selon la doctrine de la absoluta postestas du pape et de la supériorité du droit canonique, mais aussi selon un avis plus modéré qui attribuait au pape un pouvoir indirect ratione peccati. Au début du XVIIème siècle, quand les confesseurs royaux se mêlaient des décisions politiques et les juntas cherchaient à renforcer la légitimité des décisions gouvernementales, la casuistique connut un raffinement ultérieur de ses arguments. »

11 h 30. M. Jean-Pierre Cavaillé (EHESS). « "Non est hic". Le cas exemplaire de la protection du fugitif. »

12 h. Discussion et repas.

Présidence de M. Michel Le Guern.

14 h. M. Christophe Paillard (Docteur de philosophie, chargé de cours à Lyon 3). « Rigorisme et relativisme. Casuistique et Contre-Réforme dans la Somme des Pechez du père Benedicti »

Résumé : « Les Provinciales de Pascal ont à jamais scellé l’identification de la casuistique au relativisme religieux et moral. C’est oublier que le catholicisme du XVIe siècle a conçu la casuistique comme un instrument du rigorisme de la Contre - Réforme, donnant à l’Eglise le triple moyen de réformer ses mœurs (condamnation des « abus » et « simonies »), de se rapprocher des populations (recours à la langue « vulgaire » ; considération des problèmes de l’existence quotidienne) et de contrôler étroitement les consciences (systématisation de la confession auriculaire et du sacrement de pénitence). Tel est l’enjeu de la Somme des Pechez du père Benedicti. Souvent présentée comme le premier traité de casuistique de langue française, cette œuvre, parue en 1584 à Lyon, a connu de très nombreuses rééditions. Après avoir retracé la biographie d’un cordelier qui fut tour à tour casuiste, exorciste, orientaliste prédicateur, responsable de son ordre et qui fit pèlerinage en Terre Sainte, nous questionnerons les modalités par lesquelles la Summa Benedicti, puisant son inspiration dans la Scolastique, subordonne la casuistique à la finalité de la Contre-Réforme. Si elle adresse quelques piques à Rabelais, Dolet et l’humanisme libertin, elle ne fait pas mystère de son principal ennemi : Genève ou la « Babylone calvinesque ». Tout en fondant une éthique qui police les mœurs sexuelles, régule la pratique religieuse et assujettit les consciences à la pratique régulière de la confession, Benedicti recourt à la casuistique pour justifier les actions les plus extrêmes contre les « huguenots ». Si l’on ajoute à l’apologie des Guerres de Religion le fait que les libertins se sont délectés de ses approches de la sexualité, le rigorisme de Benedicti a contribué, malgré lui, à accréditer l’idée du laxisme des Casuistes ».

14 h 30. Mme Isabelle Butterlin (Maitre de Conférences. Université de Provence). « Les « Questions casuistiques » de la Doctrine de la vertu : la rationalité mise à l’épreuve »

Résumé : « Kant met à l’épreuve des faits et du concret de notre situation humaine, dans les “Questions casuistiques”, les concepts fondamentaux de sa morale, qu’il présente et construit comme une formulation philosophique de la morale populaire. L’exemple du mensonge, qu’il a souvent évoqué dans ses ouvrages antérieurs, est ainsi développé par lui dans ces questions, tout comme dans un opuscule polémique de la même année, 1797, intitulé Sur un prétendu droit de mentir par humanité, dans lequel il répond, on le sait, aux critiques de Benjamin Constant à propos de la possible universalité des principes moraux. Nous sommes alors en présence de deux textes sur le mensonge, de la même année, et tous deux consacrés à un exemple très classique de la morale kantienne. Or la surprise que nous pouvons avoir en les lisant concerne le traitement différent, peut-être difficilement conciliable, qu’un exemple canonique de la morale kantienne, reçoit dans ces textes et dans les Fondements de la métaphysique des mœurs ou dans la Critique de la raison pratique. En interrogeant ces éventuelles variations que nous pensons pouvoir repérer, nous pourrons donner toute leur importance aux Questions casuistiques.

L’unicité de la question que nous avons selon Kant à nous poser pour déterminer la valeur de notre maxime (puis-je vouloir que la maxime de mon action soit érigée en loi universelle de la nature ?), est alors confrontée à des situations très diverses dans lesquelles nous pouvons être tentés de mentir, et à des raisons très variées que nous pouvons avoir d’employer ce stratagème. Or, que Kant prenne en compte cette diversité des situations et des raisons que nous pourrions avoir de ne pas dire la vérité, est déjà un moment suffisamment extraordinaire de sa philosophie pour que nous le remarquions. Il permet à lui seul de nous éloigner d’une lecture trop désincarnée de sa position morale, qui ne prendrait en compte que l'infraction à la loi. C’est donc dans un moment de passage à la limite que nous saisirons la puissance des concepts moraux kantiens, mais en soulevant à leur égard une question : pourquoi alors Kant ne répond-il pas à Benjamin Constant d’un point de vue moral ? Munis de cette seule question, nous tenterons de reconstruire les difficultés que Kant aurait pu, ou a rencontrées, s’il a essayé de le faire, et nous éprouverons à proprement parler la rationalité kantienne aux prises avec les cas concrets »

15 h. M. Cyril Selzner (Doctorant Paris IV (Philosophie), Rattaché au CERRA à Montpellier III, Centre de Recherche sur la Renaissance Anglaise)

«« Les forges des Philistins » : la problématique d’une casuistique réformée en terre anglaise de William Perkins à Jeremy Taylor. »

Résumé : « La contribution examine comment la nécessité de développer une casuistique indigène, à la fois réformée et anglaise, s’est imposée aux théologiens anglais, du Discourse of Conscience de William Perkins au Ductor Dubitantium de Jeremy Taylor, en passant par les productions de Ames, Hall, Sanderson, Fenner, Baxter, entre autres. L’impératif de ne plus recourir aux ‘forges des Philistins’, dans un domaine où la supériorité de la production romaine est un sujet constant de déploration, entraîne la nécessité, sinon d’élaborer une casuistique originale, du moins de préciser le cadre doctrinal et pastoral acceptable d’une direction et d’une ‘auto-direction’ de conscience, en particulier quand la confession auriculaire cesse d’en être le contexte naturel. En insistant sur l’aspect polémique des discussions méthodologiques, la contribution étudie les déplacements opérés, tant en ce qui concerne la nature de la conscience, qu’en ce qui concerne les problèmes spécifiques auxquels s’attachent les casuistes en terre anglaise, et qui ne sont pas étrangers à la situation politique et confessionnelle singulière du royaume d’Angleterre. »

15 h 30. Discussion et pause.

16 h. Mme Nicole Reinhardt (Maison des sciences de l’homme, membre associé du Centre de Recherches Historiques). « Existe-t-il une casuistique pour les rois ? »

Résumé : « Les jésuites sont retenus d’habitude comme les plus typiques pratiquants de la casuistique à l’époque moderne. Plus que la pratique réelle de la casuistique par les pères de la Compagnie, ce fut la satire de Pascal dans ses Lettres provinciales qui saisit les esprits et qui fournit l’arsenal rhétorique aux jansénistes pour combattre le « jésuitisme ». Ce qui était en question, c’était l’exercice trop facile du sacrément de la confession, menant à une « dévotion aisée », qui expliquerait le succès des confesseurs jésuites, notamment auprès des têtes couronnées. Quels furent les vrais défis d’un confesseur royal ? L’étude des casuistiques courantes, préparait-elle à leur confessorat spécifique ? Comment dans l’examen de son pénitent pouvait-il allier les exigences chrétiennes aux nécessités politiques ? Dans quelle mesure, les fautes du roi - homme pouvaient-elles tacher la légitimité de son pouvoir absolu ? En dernier lieu, sera analysé la casuistique « critique » telle qu’elle se manifestait dans les écrits clandestins et satiriques. La critique de la casuistique et de ceux qui la pratiquent se fait ainsi aussi représentation d’un discours autour de la conscience royale. »

16 h 30. M. Jean-Claude K. Dupont. (Doctorant au FNRS ; Bruxelles (ULB) - Nancy 2). « Une reviviscence de la casuistique en droit ? Essai pour une définition diachronique du principe de proportionnalité ».

Résumé : « Le principe de proportionnalité occupe une place importante dans les théories éthiques (guerre juste, bioéthique). Dans ses usages juridiques, on le présente comme une « balance des intérêts ». Cette métaphore est pertinente dans la mesure où elle souligne la dimension analogique du raisonnement de proportionnalité ; elle est, au contraire, trompeuse si on entend par-là le réduire à une forme de raisonnement déductif. Nous plaidons que la proportionnalité requiert une compréhension dialogique des procédures de décision à l’œuvre dans le raisonnement judiciaire ; la révision possible de ces procédures implique une « ouverture » de l’exigence de proportionnalité (diachronique en ce sens). Ce faisant, nous sommes introduits à une compréhension tardive (XVIe s.) de l’analogie dont la casuistique des XVII-XVIIIe s. serait l’héritière et qui fonderait sa reviviscence actuelle en droit ».

17 h. M. Pierre Livet (Professeur. Aix-Marseille I). «Formes contemporaines du raisonnement par cas».

17 h 30. Discussion. Clôture de la première journée.

Vendredi 7 mai.

9 heures. Accueil des intervenants.

Présidence de M. Jean Werckmeister.

9 h 30. M. Jean-Pascal Gay (Allocataire moniteur normalien à l'Institut d'Histoire moderne de l'Université Marc Bloch Strasbourg II) « Du joug léger à la porte étroite : le rythme de la répudiation de la casuistique classique dans la seconde moitié du XVIIe siècle »

10 h. M. Michel Le Guern (Professeur émérite, Lyon II). «Pascal, Arnauld, et les casuistes».

10 h 30. Discussion et pause.

11 h. M. Serge Boarini (Docteur, Université de Provence). « Herméneutique du cas. Dire le cas ».

11 h 30. M. Marcos Moreira (Maître de Conférences de l’Université de Minas Gerais) «La casuistique dans la littérature brésilienne de Machado de Assis».

12 h. Discussion. Clôture de la première journée d’étude. Repas.

Contact : sergeboarini@yahoo.fr

Catégories

Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • jeudi 06 mai 2004

Contacts

  • Serge Boarini
    courriel : sergeboarini [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Serge Boarini
    courriel : sergeboarini [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La casuistique classique : genèse, formes, devenir », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 16 mars 2004, http://calenda.org/188922