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El Argonauta español

Revue bilingue, franco-espagnole, d’histoire moderne et contemporaine consacrée à l’étude de la presse espagnole de ses origines à nos jours

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Publié le samedi 17 avril 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

Annonce

El Argonauta español

Revue bilingue, franco-espagnole, d’histoire moderne et contemporaine consacrée à l’étude de la presse espagnole de ses origines à nos jours

(XVIIème-XXIème siècles)

El Argonauta español est le titre d’un hebdomadaire qui vit le jour à Cadix en 1790 et dont l’arrêt de mort fut signé le 24 février 1791, date à laquelle le comte de Floridablanca (alors Premier Secrétaire d’Etat), craignant que la Péninsule ne fût contaminée par le vent révolutionnaire qui soufflait outre-Pyrénées, renia sans l’ombre d’un scrupule son passé de fervent défenseur de la presse et décida d’interdire la parution de tout périodique, exception faite des journaux officiels (Gaceta de Madrid et Mercurio histórico y político) et du Diario de Madrid.

En choisissant de baptiser notre revue El Argonauta español (tout en espérant qu’elle connaîtra un sort plus enviable que son homonyme) nous avons voulu rendre à quelques siècles d’intervalle un hommage appuyé à son auteur Pedro Gatell y Carnicer (1745-1792) qui, après avoir exercé pendant plus de vingt ans en tant que chirurgien de la Marine Royale, troqua le bistouri pour la plume et renonça à parcourir les océans pour voguer sur les mers agitées du monde philosophique et journalistique, dans le seul but de soigner les plaies de la société qui était la sienne. Mais en tirant Gatell (personnage à la fois singulier et archétypique) de la sphère de l’oubli, nos pensées vont en fait à tous ceux qui, célèbres ou méconnus, comptent, tout comme lui, parmi les pionniers de la presse, genre littéraire auquel ils s’adonnèrent avec enthousiasme, mus qu’ils étaient par l’espoir quelque peu quichottesque de contribuer à la création d’un monde meilleur placé sous la bannière du savoir, du progrès, de la modernité et de la communication, valeurs essentielles auxquelles certains sacrifièrent jusqu’à leur liberté ou leur raison. On se souviendra notamment du destin tragique de Luis María Cañuelo ou de Pedro Centeno, auteurs respectifs du célèbre El Censor (1781-1788) et de son épigone El Apologista Universal (1786-1788). A l’instar de nombre de ses confrères, l’auteur du Correo literario de la Europa, qui dans le discours liminaire (« Advertencia al Lector ») publié en 1781 se présentait sous les traits d’un espagnol exilé, ne manqua pas de souligner que s’ériger en champion inconditionnel de la vérité n’était pas dénué de risques : « el asunto – disait-il – puede acarrearme algunas desgracias, siendo en mí el amor a la verdad una máxima estóica invenciblemente impresa en miánimo ; la que tal vez ha sido perniciosa a aquellos, que han querido interesarse en el bien de la patria ». Mais, quels que fussent les dangers encourus, ce dernier était convaincu que le jeu en valait assurément la chandelle. Ainsi, en 1782 et du haut de cette même tribune, Joaquín Escartín, persuadé que la presse était à la base d’un indispensable commerce du savoir impliquant l’ensemble des nations éclairées, déclarait avec un enthousiasme non dissimulé : « La rapidez en que vuelan por Europa los descubrimientos en estos papeles es inexplicable ; llevan la luz a todas partes ; enseñan en un instante lo que de otro modo no pudiera saberse sin mucho tiempo y unos trabajos inmensos. Las ideas ajenas se convierten en propias ; se conocen las leyes, costumbres, carácter, comercio de las naciones más remotas sin tratarlas. En fin, estos papeles periódicos han derramado más ciencias y noticias en el mundo literario que millares de tomos a folio » (Correo literario de la Europa…, n° 62, 30 août 1782, p. 75).

Par leur passion et leur courage ces « Don Quichotte du monde philosophique » qui, dans une Espagne où Lumières et obscurantisme se livraient une bataille acharnée et bien souvent déloyale, choisirent de s’embarquer sur le bateau ivre de la presse, contribuèrent avec brio à l’émergence du « quatrième pouvoir ». Suivant leurs brisées et à une époque où, grâce à l’Internet, nous vivons à notre tour une véritable révolution du monde de la communication, nous avons voulu créer une revue qui, effaçant les distances et les frontières, permette une diffusion facile et rapide de l’information. Fidèles à l’idéal de ces pionniers du journalisme qui souhaitaient faire de leurs publications une œuvre « interactive », un lieu d’échanges culturels, notre objectif est d’offrir à travers un Argonauta español revisité une tribune évolutive, ouverte à tous ceux qui s’intéressent à la presse espagnole, ainsi qu’une boîte de dialogue entre auteurs et lecteurs. Souhaitant aborder la question depuis une double perspective, à la fois diachronique et synchronique, nous avons choisi de couvrir un vaste éventail chronologique, dont seule la borne initiale est clairement définie puisqu’elle correspond à l’an de grâce 1661 qui vit naître la Gaceta de Madrid. Quant à la limite finale, c’est aujourd’hui, autrement dit demain.

De la même manière, la presse constituant pour l’historien une extraordinaire et inépuisable source d’informations et permettant de par son caractère hétérogène une multitude d’approches, nous avons souhaité multiplier les axes de recherche et nous intéresser tant au fond qu’à la forme. Quelle que soit la période envisagée notre regard pourra se porter sur :

-         le concept même de presse et son évolution à travers les temps,

-         les principaux artisans de cette presse : les journalistes (leur profil, leur trajectoire, leur conception du métier, leur technique…)

-         ses destinataires : le public (émergence, profil, évolution…)

-         ses rapports avec le pouvoir (censure, utilisation, manipulation…)

-         les thèmes dont les périodiques se font l’écho.

Par ailleurs, pour les XVIIIème et XIXème siècles, les mêmes problématiques pourront être abordées concernant les publications parues outre-Atlantique au sein de l’Empire colonial espagnol. Enfin, seront également acceptés les articles portant sur l’Espagne dans la presse française.

Renouant avec l’esprit encyclopédiste de nos publicistes de l’Espagne des Lumières, partageant leurs espoirs et leurs rêves un peu fous nous nous embarquons à notre tour à bord de El Argonauta Español pour une « aventura magna » qui nous l’espérons nous permettra de bâtir au fil du temps un outil et une somme d’informations utiles pour qui a choisi de se consacrer à l’étude de la presse espagnole.

Gérard DUFOUR, Elisabel LARRIBA,

Severiano ROJO HERNANDEZ,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories

Dates

  • mardi 30 novembre 2004

Source de l'information

  • Gérard DUFOUR - Elisabel LARRIBA - Severiano ROJO HERNANDEZ ~
    courriel : argonauta [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« El Argonauta español », Appel à contribution, Calenda, Publié le samedi 17 avril 2004, http://calenda.org/189028