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Regards croisés sur le développement social et la recherche

Implication : entre imaginaire et institution, regards croisés sur le développement social et la recherche

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Publié le mardi 04 mai 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

Séminaire d’anthropologie de l’imaginaire appliquée aux situations sociales et culturelles

Annonce

 
IFORIS/CRAI.
Campus social d’Angers.   

Esprit Critique.
Séminaire  d’anthropologie de l’imaginaire appliquée aux situations sociales et culturelles.
4ème année.



Implication : entre imaginaire et institution, regards croisés sur le développement social et la recherche.


Angers. IFoRIS. du 15 au 17 juillet 2004.



Direction scientifique
: René Barbier, professeur à l’Université de Paris 8 Vincennes à Saint Denis.

Comité scientifique
: Rabah Kechad, professeur de sociologie à l’Université de Blida, Magali Humeau, chercheur en Sciences de l’Education à l’UPPA, formatrice consultante, Abdelhak Saihi, directeur général de l’Ecole Nationale de la Santé publique d’Alger, Marie Auriol, docteur en Sciences de l’Education, formatrice IFRAMES Le Campus, Dominique Violet, Maître de conférences habilité en Sciences de l’Education IUFM d’Aquitaine, Alain Lefebvre, Inspecteur d’Académie honoraire, chargé de cours aux universités, Georges Bertin, docteur habilité en Sciences sociales, directeur général de l’IFORIS, directeur de recherches associé à l’UPPA, Marie Thérèse Neuilly, Maître de conférences à l’Université de Nantes, Christine Fourage, Maître de conférences à l’Université Catholique.

Animation : Magali Humeau et Georges Bertin.

 
PROBLEMATIQUE.

Polysémie du terme "implication  ».

« Cette notion reste encore à définir. Mais, après tout, est-elle réellement plus floue que celle de "charme" employée en physique nucléaire? L'implication a-t-elle moins de pertinence que ces "quarks" plus théoriques que repérables? Quand je suis devant un groupe emporté par sa passion du moment, je sais bien que j'y suis "impliqué" positivement ou négativement, en tant que chercheur ou animateur et ma maîtrise du "transfert" et du "contre-transfert" ne m'empêche aucunement d'être plus ou moins bouleversé par les réactions en chaîne qui s'y développent. D'emblée trois modes d'implication s'imposent à moi dans un groupe :

- Je peux être impliqué par le regard, le comportement, l'action d'autrui sans l'avoir nécessairement voulu. Je suis impliqué simplement parce que j'appartiens à cette unité humaine du moment. Je fais partie du "système" relationnel et je ne peux m'en abstraire que par une attitude de type schizophrénique. Reconnaîtra-t-on, enfin, qu'une telle attitude est au fondement même de la scientificité habituelle en sciences humaine? Gaston Bachelard, si prudent à l'égard de l'intuition, de l'analogie et de la phantasmatique dans la science, reconnaissait, à propos des sciences de l'homme, que "la sympathie est le fond de la méthode".Nos épistémologues contemporains qui s'appuient tant sur l'auteur de "la psychanalyse du feu" devraient méditer sur l'ampleur de cette petite phrase du célèbre philosophe des sciences. Etre impliqué, c'est être "jeté-là" dans la relation humaine, et dans le Monde, qu'on le veuille ou non. En tant qu'être humain, je suis directement concerné, certes par les agissements des membres de ma famille, mais également par ceux, plus anonymes, des puissants qui nous gouvernent, souvent, par delà les mers. Que l'Union Carbide laisse échapper un gaz mortel pour cause de petits profits en Inde et c'est la mort et la maladie pour d'innombrables malheureux. Du micro au macro-système vivant, chaque élément y est impliqué, c'est-à-dire à la fois relié inéluctablement et influencé par les autres éléments du système. La prise de conscience écologique est la seule qui correspond à la grandeur tragique de notre temps. Mais il ne peut s'agir que d'une écologie politique, supposant une sensibilité d'un nouveau type.
L'Analyse Institutionnelle, en débusquant la façon dont nous sommes impliqués par et dans "l'Etat-inconscient" au coeur même de notre vie quotidienne, contribue à l'émergence de cette nouvelle sensibilité, si développée déjà en Allemagne.

- Un autre mode de la notion d'implication correspond au fait de s'impliquer. Je ne suis pas seulement un être "jeté-là" dans le monde et les autres. Je suis également capable d'être lucide sur ma position sociale et m'y impliquer plus ou moins totalement, dans une perspective créative de moi-même et de mes rapports aux autres. Je m'implique en refusant d'être ce que d'aucuns voudraient que je sois pour favoriser leurs privilèges. Je m'implique en acceptant de prendre un risque bouleversant mon ordre établi, mon "institué", parce que cette implication m'apparaît comme étant un élément d'un système de valeurs supérieur à celui qui me rassure pour le moment. Je donne ici une connotation "existentialiste" au fait de s'impliquer. Il s'agit bien d'un choix libre en dernière instance, qui suppose ma responsabilité et mon engagement. Je ne nie pas pour autant les ressorts inconscients de la décision, qui restent sans cesse à explorer, mais dont on ne verra jamais la fin. Cette lucidité sur la dimension inconsciente de l'implication est nécessaire pour reconnaître la parole contestataire de l'autre, toujours susceptible de mettre à jour une face cachée de moi-même. L'Analyse Institutionnelle montre à quel point les institutions contemporaines ne permettent pas une véritable implication du sujet. Les institutions canalisent les tentatives d'implication et les retraduisent en fonction de leur logique propre, aidées par une kyrielle d'agents homogénéisés et homogénéisant à l'intérieur du système institué dans la méconnaissance de leur véritable fonction. Les firmes multinationales les plus cotées d'un point de vue technologique sont peut-être celles qui poussent le plus loin cette violence symbolique en utilisant l'économie libidinale de leurs agents ( demande d'amour, angoisse de morcellement, pulsions archaïques sadomasochistes, etc) dans un processus de renforcement du pouvoir de domination. Dans ce cas le sujet qui s'implique peut-être aussi bien l'individu le plus adapté que celui dont la parole et les actes deviennent les "analyseurs" les plus puissants et les plus dangereux pour l'institution.
- Enfin, troisième mode de la notion d'implication: Impliquer autrui par ma parole, mon action, mon comportement. Face dialectique complémentaire du premier mode "être impliqué". Je ne suis impliqué que parce que quelqu'un, ou une situation, "m'implique". De même, je ne peux m'impliquer sans immédiatement "impliquer" autrui: "Chaque rencontre nous disloque et nous recompose" écrit le poète Hugo von Hofmanstalh. Si, existentiellement, l'"implication est tout ce qui nous rattache à la vie"(Jacques Ardoino), alors on peut dire, avec le poète hongrois Attila Jozsef "J'ai vécu, et ce mal a fait plus d'un mort". La lucidité consiste peut-être à mieux savoir à quel point on ne cesse d'impliquer l'autre dans nos histoires de vie. Combien de Gouvernants sont capables d'une telle attitude? L'Analyse Institutionnelle aura à faire un travail soutenu pour permettre aux groupes-objets de sortir d'une implication non-consciente du fait d'autrui. Le groupe-sujet sera celui qui, analysant les trois modes de l'implication, saura les articuler en situation dans une visée de plus grande autonomie.
A partir de ces trois modes, l'implication comporte trois dimensions (psycho-affective, structuro-groupale et historico-existentielle), elles-mêmes soumises à la "transversalité" de trois plans de l'imaginaire (pulsionnel, social et sacral). »

Vers une lecture complexe des situations sociales :

Cette approche par l’implication constitue ainsi une modalité de traitement de la complexité inhérente aux situations du développement ou de la recherche en sciences sociales car elle prend en compte le jeu dialectique Moi-Société-Monde. Elle laisse également une place à la réalisation du trajet anthropologique défini par Gilbert Durand comme la confrontation réciproque produite entre les intimations assimilatrices du milieu et les pulsions des sujets.
De ce point de vue l’approche transversale, laquelle suppose des méthodologies appropriées qu’il nous appartiendra de produire, est sans doute un des lieux de cette confrontation et de ses applications.
Parce qu’ambiguë, cette notion d’implication est emblématique d’une épistémologie venant contrer le positivisme qui entend séparer le sujet, chercheur, acteur social ou groupe de personnes, de son objet. Reconnaître et prendre en compte l’implication revient à appréhender les situations du développement de la recherche en sciences sociales par la complexité. Entée sur l’opacité de notre relation aux autres, au monde et à nous-mêmes, cette notion permet d’échapper à la pensée déterministe qui va dans le sens d’une volonté de maîtrise rationnelle du monde donc également des autres. Pour reprendre les mots de Castoriadis, l’implication autorise au contraire à considérer l’être, y compris la société comme magmatique, c’est-à-dire pourvue d’une capacité créatrice qui lui est propre.
D’après René Barbier, M Humeau et G Bertin.

 

PROGRAMME

Jeudi 15 juillet

9h : Accueil des participants.

9h30- 12 h30
Perspectives problématiques, interventions exploratoires

Alain Lefebvre (linguiste, IFORIS et Université d’Angers): implication, imaginaire, institution, perspectives linguistiques.

René Barbier (professeur de Sciences de l’Education): pour une théorie de l’implication.

Débat.

14h30- 17h30
Aspects épistémologiques.

Dominique Violet (MCF habilité, UPPA): ontologie, phénoménologie, épistémologie de la recherche en sciences de l’Education.

Magali Humeau (CAFOC Poitiers et UPPA) : Une implication imaginaire du sujet : un aperçu du concept de connaissance

Orazio Maria Valastro (sociologue, Catane, rédacteur en chef d’Esprit Critique): L’autobiographie entre imaginaire et création auto-poïétique.

Didier Auriol (consultant) : production de savoir sociologique de troisième type.

Débat.

 
Vendredi 16 juillet

 9h - 11 h
Aspects sociologiques et anthropologiques.


Christine Fourage (sociologue, MCF IPSA UCO) : l’implication du chercheur dans les projets de développement humanitaire rural.

Marie-Thérèse Neuilly (sociologue, MCF Université de Nantes) : l’acteur humanitaire, un professionnel, un militant, un impliqué ?

Su Mi Kim (U Paris 8) : l’autoformation existentielle. (pressentie).

Débat.

11h15 - 13h :

Aïcha Benamar (sociologue, MCF Université d’Oran): l’implication des étudiants dans leurs études.

Myriam Lemonchois (docteur en Sciences de l’Education, Université Paris 8)  : Implication et sensibilité en situation d’élaboration de projet personnel et/ou professionnel

Marie Auriol : (docteur en Sciences de l’Education, formatrice IFRAMES Le Campus) : Imaginaire, rumeurs et implication dans la formation d’étudiants en Travail Social.

 
14h30- 17h30 :

Dr Eric Marie (gynécologue praticien hospitalier Alençon): l'implication du médecin dans l'institution de la Santé publique.

Rabah Kechad : (sociologue professeur Université de Blida) : le management par l’implication ou la logique inversée (essai de simulation à partir de deux institutions, l’université et l’hôpital).

Christine Fourage (CGT) et Jean Max Estay (CFDT): L’implication syndicale.

Philippe Grosbois (IPSA, UCO), implication et psychologie clinique.

Débat.

 
Samedi 17 juillet

9h30-11h
Aspects méthodologiques, développement social et recherche
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Georges Bertin (IFORIS et UPPA) : les recherches sur l'implication et  la formation des intervenants sociaux.

Pr René Barbier : conclusions .

11h00 : Pot de l’amitié.





Catégories

Lieux

  • Angers, France

Dates

  • jeudi 15 juillet 2004

Contacts

  • Georges Bertin
    courriel : g [dot] bertin [at] cnam-paysdelaloire [dot] fr

Source de l'information

  • Georges Bertin
    courriel : g [dot] bertin [at] cnam-paysdelaloire [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Regards croisés sur le développement social et la recherche », Colloque, Calenda, Publié le mardi 04 mai 2004, http://calenda.org/189079