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Publié le vendredi 14 mai 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

Sans doute y a-t-il quelque paradoxe à associer la fonction commerciale à la notion de développement durable, tant le commerce apparaît fréquemment comme un puissant moteur d’un développement « sans frein », peu soucieux de durabilité. Toutefois, des changements semblent aujourd’hui à l’œuvre dans de nombreux pays.

Annonce

Sans doute y a-t-il quelque paradoxe à associer la fonction commerciale à la notion de développement durable, tant le commerce apparaît fréquemment comme un puissant moteur d’un développement « sans frein », peu soucieux de durabilité. Toutefois, des changements semblent aujourd’hui à l’œuvre dans de nombreux pays. De nouveaux mécanismes cherchent à réguler l’urbanisation et visent une meilleure insertion du commerce dans les espaces urbains et ruraux. Des entreprises de grande distribution revendiquent des pratiques conformes aux principes du développement durable. Ce nouveau contexte invite à réinterroger différentes thématiques de la géographie commerciale, telles que :

1. Centralités et poly-centralités :

La concentration de l’appareil commercial et son développement considérable en périphérie des agglomérations sont depuis longtemps analysés comme d’importants responsables d’un « tout-automobile » largement décrié (nécessité d’infrastructures routières de plus en plus importantes pour faire face à la massification des flux de personnes et de marchandises, forte consommation énergétique, pollution de l’air et autres nuisances…). L’important travail de diagnostic des pratiques françaises et de comparaisons internationales mérite d’être poursuivi, ainsi que l’élaboration de propositions. Par exemple, quel bilan tirer d’opérations de requalification visant à constituer des centralités périphériques complètes, évitant aux chalands des déplacements centre/périphéries de plus en plus problématiques dans nos agglomérations ? Quel est le rôle du commerce dans l’émergence ou la non-émergence de la ville durable ? Parallèlement, quel rôle peut jouer le commerce dans une restructuration « durable » des espaces ruraux ? Au vu du renouvellement des logiques d’usage des commerces, qui s’inscrit dans un renouvellement plus large des modes d’habiter (multi-résidence, structuration d’espaces de vie pluri-villageois, complémentarités entre usages de l’espace rural et usages de l’espace urbain), comment s’appuyer sur ces nouvelles pratiques pour structurer un territoire autour d’un certain nombre de centralités (par exemple : centralités émergentes jouant sur la complémentarité entre clientèle résidente et clientèle temporaire) ? Dans « l’entre-deux », le développement des centralités périphériques se résume-t-il à un étalement-recomposition de la ville ou s’inscrit-il dans une recomposition des interdépendances entre villes et campagnes, dans la construction de territoires mi-ruraux, mi-urbains ou ni-ruraux ni-urbains ? Comment apprécier la durabilité de ces nouvelles structurations ?

2. L’urbanisme commercial :

La question de la pérennité/durabilité des objets urbains est elle aussi d’une grande actualité, dans un contexte où la grande distribution développe diverses stratégies concurrentielles d’attraction des consommateurs, parmi lesquelles figurent en bonne place, d’une part, la montée en qualité urbaine et architecturale des sites commerciaux et d’autre part, l’intégration à ces sites du loisir ou des services sous leurs diverses formes. En rupture avec l’urbanisme en « boites à chaussures », les nouvelles réalisations sont-elles plus « durables » ? Permettent-elles de transformer des lieux d’approvisionnement en véritables lieux de vie ? Le développement d’une multifonctionnalité de ces espaces est-il pour cela le facteur déterminant ? Plus largement, ces nouvelles réalisations rompent-elles avec un fonctionnement segmenté des espaces commerciaux, aux impacts bien connus en termes de fragmentation sociale de la ville ? Cette question de la fragmentation socio-spatiale est-elle prise en compte par les entreprises et les autorités publiques, lorsqu’elles se placent dans une perspective de développement durable, dont l’une des dimensions est la préservation de la cohésion sociale ?

3. Commerce et filières de production :

Notamment parce qu’elle nécessite la fabrication massive de produits homogènes, supportant bien un transport en grandes quantités sur de grandes distances, l’essor de la grande distribution a un impact considérable sur les caractéristiques des produits vendus et sur la manière de les fabriquer. Le cas des produits agro-alimentaires est particulièrement édifiant. Outre le rôle-clé qu’elle joue depuis quarante ans dans l’accompagnement du modèle productiviste de l’agriculture, dont la durabilité est régulièrement interrogée, la grande distribution occupe à présent une place déterminante dans la médiatisation de productions réputées aller à l’encontre de ce modèle productiviste : produits locaux, de terroir, biologiques, ou certifiés obtenus grâce à des techniques respectueuses de l’environnement, produits permettant un « commerce équitable » ou solidaire … Quel rôle joue aujourd’hui le commerce dans l’organisation (ou la désorganisation) des liens entre filières de production et territoires ? Quel est son rôle dans la construction de l’image des produits et, à travers eux, de l’image des territoires de production ?

Ces interrogations sur les rapports entre commerce et développement durable permettront en outre de compléter l’analyse des rapports entre commerce et temporalités, initiée lors du précédent colloque de la Commission « Géographie des Activités Commerciales ». Après l’étude des temps quotidiens ou hebdomadaires dans le colloque « Temps des courses, Course des temps » (Lille, 21-22 novembre 2003), la notion de développement durable invite à compléter l’analyse des temps courts par des approches sur le moyen et le long terme.

Enfin, il va de soi que la notion de développement durable, qui implique une approche intégrée des dimensions économiques, sociales et écologiques, nous invite à ouvrir très largement cet appel à communications à des chercheurs d’un grand nombre de disciplines : géographie, aménagement, architecture, économie, sciences de gestion, sociologie, anthropologie …

Catégories

Lieux

  • Toulouse, France

Dates

  • jeudi 30 septembre 2004

Contacts

  • Fabienne DENUC
    courriel : docgeo [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Fabienne DENUC
    courriel : docgeo [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Commerce et développement durable », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 14 mai 2004, http://calenda.org/189128