AccueilLes vies de Pierre Naville

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Publié le mardi 25 mai 2004 par Marin Dacos

Résumé

Colloque organisé par le Centre d’histoire sociale du XXème siècle, le Centre de sociologie européenne et le Musée social.

Annonce

Colloque organisé par le Centre d’histoire sociale du XXème siècle, le Centre de sociologie européenne et le Musée social.

Au-delà de l’entreprise strictement biographique, nous espérons avec ce colloque, prendre Pierre Naville comme prisme de lecture d’un certain vingtième siècle, aux combats politiques et scientifiques duquel il a largement participé. En analysant son implication dans des champs différents mais non exclusifs, nous espérons contribuer à la compréhension des configurations spécifiques qui régissent les différents ordres du savoir et de l’action. En mettant en évidence comment Pierre Naville gère ses appartenances successives ou concomitantes, comment il capitalise les relations acquises pour les réutiliser dans d’autres domaines, il s’agit de mieux saisir l’articulation des champs politiques, intellectuels et scientifiques. En éclairant la position de Naville et en circonscrivant sa singularité à la lumière des relations qu’il entretient avec ses compagnons de lutte ou de science, il s’agit aussi d’apporter une contribution à une histoire intellectuelle et sociale des sciences sociales, dont Naville fut l’un des promoteurs et praticiens comme à une histoire intellectuelle et sociale des intellectuels et du politique.

Pierre Naville (1904-1993) a traversé le siècle en laissant son empreinte dans des cercles divers, construisant progressivement l’image qu’il lègue, avec ses archives, à la postérité : celle d’un intellectuel engagé, mais qui récuse l’engagement au sens sartrien du terme. On peut s’essayer sans trop de mal à périodiser sa vie. Ce fils d’un banquier de Genève, héritier d’une double tradition catholique et protestante, abandonne assez vite des études supérieures pour entrer en surréalisme, où, à côté des Breton, des Peret, des Eluard, il contribue largement à la politisation du mouvement, auquel il donne une brochure célèbre : « la révolution et les intellectuels ». Après un bref passage au Parti communiste, il se rallie à Trotsky, dont il sera désormais un des proches compagnons d’armes, pratiquement jusqu’à la mort de celui-ci en 1940. Si Trotsky a pu lui reprocher d’être et de rester un intellectuel, il n’en est pas moins vrai qu’il met largement la main à la pâte d’un militantisme quotidien, endossant tous les rôles du militant professionnel. La mort de Trotsky qu’il apprend pendant la drôle de guerre le laisse politiquement vide et c’est alors qu’il va reprendre des études, au double sens de réalisations intellectuelles et de cursus pré-professionnel. Il passe une licence de philosophie, devient conseiller d’orientation professionnelle en même temps qu’il écrit et publie ce qui seront déjà des œuvres majeures. L’après-guerre le voit entrer au CNRS mais aussi participer à la fondation de la Revue internationale, militer à l’UGS puis au PSU. Parallèlement, il mène une carrière de sociologue du travail, tout en occupant au CNRS des postes de responsabilité. Il meurt en 1993, laissant une cinquantaine d’ouvrages et des milliers d’articles, à travers lesquels il a cherché une connaissance du monde, obéissant à sa volonté de savoir, marqué au sceau de ce qu’il a lui-même appelé le « pessimisme utile ».
Il y aurait là matière non pas seulement à une biographie, mais à des biographies de Pierre Naville, et les manifestations qui ont déjà pu avoir lieu à son propos se sont attachées à tel ou tel aspect, sociologie du travail, orientation professionnelle,…Mais, et sans dénier à ces analyses leur profond intérêt, il s’agit de rendre compte des diverses strates de la vie de Naville, de son implication successive dans différents champs du savoir et de l’action, sans casser les liens qui unissent les uns aux autres. Il s’agit de tirer les fils généalogiques de ses investissements, de comprendre son parcours, sans oublier certaines de ses spécificités : celle d’avoir été l’homme d’un savoir encyclopédique largement hérité d’une tradition familiale qu’il a passé sa vie à cultiver et enrichir ; celle aussi d’avoir été un homme de réseaux, réseaux militants, intellectuels, professionnels, mais qui ne sont jamais tout-à-fait étanches ; celle enfin d’avoir été l’homme des fidélités, des amitiés longues et durables, des influences réciproques.
L’approche strictement biographique gomme bien souvent l’épaisseur d’une vie, en ce qu’elle propose des morceaux de puzzle mais ne les assemble pas. Elle peut être d’autant plus illusoire dans le cas de Naville que l’on distingue trop clairement les différentes étapes alors même que ses intérêts mûrissent longuement pendant des années avant de devenir publiques, alors même que ses expériences passées font toujours partie de son présent, non seulement bien sûr, parce qu’elles l’ont construit mais aussi parce qu’il n’en fait jamais le deuil, les analysant, en rendant compte des années plus tard par l’écriture. On peut citer quelques exemples flagrants, comme le Temps du surréel, qu’il publie en 1978, après l’avoir proposé à Queneau chez Gallimard dès 1946( ?)., ou comme Trotsky vivant qu’il publie en 1968 et qui est le récit fortement documenté de son expérience auprès de Trotsky. Naville rend, d’une certaine manière, ses nostalgies productives. Pourrait-on également comprendre son roman inédit en faisant abstraction des frustrations que le surréalisme a pu provoquer à l’égard de l’écriture romanesque (on songe bien sûr à Aragon), et en particulier chez ce lettré admirateur de Stendhal.
Un autre risque, et non des moindres, de l’approche biographique, est de produire une sorte de digest de la pensée, dans la veine de la plus traditionnelle histoire des idées, de prétendre se substituer à la lecture de l’œuvre en en produisant l’analyse, procédé illusoire de la connaissance qui jamais n’a dispensé de la lecture des textes eux-mêmes, mais a la prétention de mieux dire que lui-même ce qu’un auteur a écrit.
Pour éviter ces écueils, tout en rendant à Pierre Naville l’hommage qu’il mérite, il a semblé intéressant de suivre la voie qu’indiquent les archives que Naville a soigneusement rassemblées et léguées . Elles sont impressionnantes par le nombre, la richesse et la durée des correspondances. Bien souvent, ceux qui sont devenus ses amis à l’occasion surréaliste ou à l’occasion trotskyste restent ses compagnons de route bien après les désengagements. Francis Gérard, redevenu Gérard Rosenthal, ne le quitte plus, J.Van Heijenoort, après avoir été son compagnon auprès de Trotsky, l’aide dans sa démarche documentaire au moment de la rédaction du Trotsky vivant , puis lui sert de maître en logique. Certes, les actes de Naville, ses intérêts intellectuels et professionnels ont une cohérence en soi, mais l’articulation des divers champs dans lesquels il inscrit ses pratiques s’éclaire de son réseau de relations, à partir duquel on situe mieux sa position singulière. Restituons aux biographies de Naville un sens plus humain en en faisant aussi les biographies de ses amis, alliés, ennemis, relations et intérêts. Notre projet pourrait aussi s’intituler Naville et…Naville et Rosenthal, Naville et Breton, Naville et Trotsky, Naville et Pieron, mais aussi Naville et d’Holbach, Naville et Watson, si l’on considère que la rencontre avec une œuvre représente aussi dans le cas d’un intellectuel lettré un événement fondateur de nouvelles réflexions, et de nouvelles pratiques.
Cette approche présente l’avantage de décloisonner. Elle ne peut se comprendre que comme une archéologie des savoirs, des pratiques et des affinités de Pierre Naville. Si elle considère les rencontres, elle ne peut tout à fait faire l’économie des non-rencontres, des curieuses absences dans la vie de Pierre Naville : non-rencontre avec Althusser, ou avec Aron pour ne citer que les évitements les plus évidents. Il s’agit au fond de situer ce riche héritier d’un capital social et culturel au cœur de différents réseaux, réseaux qui se recoupent, se croisent et s’alimentent les uns aux autres et d’analyser ainsi le lien personnel comme vecteur ou obstacle à l’investissement dans tel ou tel champ du savoir. Et en faisant cela, il s’agit aussi de contribuer à la compréhension de la construction, du fonctionnement et de l’imbrication de ces réseaux eux-mêmes : Réseaux familiaux, réseaux militants, réseaux intellectuels, réseaux professionnels : cette typologie est certes réductrice, mais elle permet de réintroduire par le biais du thématique une chronologie fine des centres d’intérêt explorés ou abandonnés. Naville fut d’abord un héritier (et certains le sont plus que d’autres), puis un militant, avant d’entamer la rédaction de ses œuvres majeures, puis d’acquérir une légitimité professionnelle dans le champ de la sociologie. Mais il ne cessa jamais non plus d’être un militant, ni un écrivain. Il ne s’agit pas, en se livrant à la reconstitution des rencontres individuelles qui ont, tant au niveau affectif qu’intellectuel, jalonné la vie de Naville, structuré ses engagements de proposer une vision volontairement fragmentaire d’une trajectoire irréductible à un récit de vie cohérent. L’ambition est autre : après avoir dégagé et analysé une série de rencontres essentielles, on tentera de reconstituer la position de Naville dans tel ou tel champ du savoir (politique, littéraire et sociologique)
Le plan de colloque ici proposé interroge les diverses formes de ces engagements . Il faut espérer que cela sera aussi une façon de mettre mieux en valeur les passerelles de l’un à l’autre. Il s’agira aussi à l’occasion de ce colloque de donner la parole à de « grands témoins », qui non seulement ont connu Naville mais ont travaillé avec lui , l’ont édité ou furent ses compagnons de militantisme. Parmi eux on peut citer Maurice Nadeau, Gilles Martinet, Claude Lefort,, Alain Touraine, Pierre Rolle, Jean Risacher….
Le colloque se déroulerait sur deux jours et demi et comprendrait 6 tables-rondes : « Naville par lui-même », « Naville penseur marxiste du contemporain », « Figures de l’intellectuel militant », « Compagnonnages intellectuels », « Naville et les institutions ». La dernière table-ronde serait celle des « témoins ». Pour chaque table-ronde , une série de courtes communications, disponibles dès avant le colloque seraient conclues par un rapporteur-discutant qui en synthétiserait les apports.

CHS du XXe siècle
Contact : Françoise Blum, CHS, 9 rue Malher 75004; Tel.: 01-44-78-33-86 ;
Mel : fblum@univ-paris1.fr

PROGRAMME

Jeudi 18 novembre

Matinée : 9h30-12h30
Sous la Présidence d’ Annie Fourcaut , Université Paris 1

Ouverture : André Kaspi, Président du Comité d’histoire du CNRS

Introduction: Pierre Rolle

I NAVILLE PAR LUI-MEME

Discutant : Bernard Pudal

1. Naville par lui-même : roman familial et présentation de soi (Françoise Blum, CNRS/Centre d’histoire sociale du XXe siècle)
2. De l’usage des correspondances (Michel Prat, CEDIAS-Musée social))
Pause
3. Les affinités intellectuelles, l’entourage intellectuel de Naville, les entourages de lecture (Rémy Ponton, Université Paris VIII))
4. Denise et Pierre Naville traducteurs (Isabelle Kalinowski, CNRS/Centre de sociologie européenne)
5. Entre la poésie et la politique : l'adhésion au surréalisme de Pierre Naville (Norbert Bandier, Université de Lyon II)

Projection du film : Naville par lui-même
Discussion

Après-midi : 14h-18h
Sous la Présidence de Pascal Ory, Université Paris 1

II LOGIQUES INTELLECTUELLES

Discutant : Gisèle Sapiro, CNRS/Centre de sociologie européenne


1. Naville et d’Holbach (Anne Simonin, CNRS/Centre de recherche en histoire quantitative)
2. Pierre Naville et le béhaviorisme (Esteve Freixa i Baqué, Université d’Amiens)
3. Naville et la logique (Philippe de Rouilhan, CNRS/Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques)
4. Positivisme? Matérialisme? L'épistémologie de Pierre Naville (Jacques Michel, Institut d’études politiques de Lyon)
Discussion
Pause

III FIGURES DE L’INTELLECTUEL MILITANT

Discutant : Christophe Charle, Université Paris1
1. Naville créateur de revues (Gérard Roche, Institut d’Etudes politiques de Lyon)
2. Pierre Naville, chroniqueur politique : centres d'intérêt et lignes de force (Gilles Vergnon, Institut d’Etudes politiques de Lyon)
3. Naville et Sartre (Jacques Lecarme, Université Paris III)
4. Naville et la Nouvelle Gauche (Alain Cuenot, Université Paris XIII)

Vendredi 19 novembre

Matinée : 9h30-12h30
Sous la Présidence de Jean-Louis Robert

IV NAVILLE PENSEUR MARXISTE DU CONTEMPORAIN

Discutant : Michaël Lowy

1. Naville lecteur de Marx (Jean-Marie Vincent, Université Paris VIII)
2. Naville et Trotsky ( Jean-Jacques Marie, CERMTRI)
3. Naville et les intellectuels du PCF (Frédérique Matonti, Université de Nantes)
Pause
4. Réception du Nouveau Léviathan (Pierre Rolle)
5. Lectures internationales de l’œuvre politique : Réception de Naville en Italie (Patrizia Dogliani, Université de Bologne, Italie)
Discussion

Après-midi : 14h-18h
Sous la Présidence d’Olivier Kourchid, CNRS/Centre d’histoire sociale du XXe siècle

V NAVILLE ET LES INSTITUTIONS

Discutant : Johan Heilbron, CNRS/Centre de sociologie européenne

1. Naville et le CNRS : la gestion du Centre d'études sociologiques (Philippe Masson, Université de Nantes)
2. Le Traité de sociologie du travail et les relations avec Georges Friedmann (Jean-René Tréanton)
3. Naville et ses éditeurs (Hervé Serry, CNRS/CSU)
4. Alliances intellectuelles (Odile Henry, CNRS/Centre de sociologie européenne)
5. Orientation professionnelle (Lucie Tanguy, Université Paris VIII)
Discussion
Conclusion : Alain Cuenot

Pause

VI TABLE-RONDE : Regards croisés sur Pierre Naville

avec : Véronique Nahoum-Grappe et Gilles Martinet, Edgar Morin, Jean Risacher, Alain Touraine, Maurice Nadeau, Viviane Isambert, Jean-René Chauvin, Paul Parisot

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • jeudi 18 novembre 2004

Contacts

  • Françoise Blum
    courriel : fblum [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les vies de Pierre Naville », Colloque, Calenda, Publié le mardi 25 mai 2004, http://calenda.org/189169