AccueilCuisines en partage

Cuisines en partage

Appel à propositions pour le n° 6 de la revue Diasporas. Histoire et Sociétés

*  *  *

Publié le mercredi 30 juin 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

La revue plurirdisciplinaire Diasporas. Histoire et sociétés (Université de Toulouse-le Mirail) prépare, pour juin 2005, un numéro spécial consacré aux pratiques alimentaires des diasporas et des minorités. Des contributions de plusieurs horizons discplinaires sont souhaitées: histoire, sociologie, anthropologie, géographie...

Annonce

Appel à propositions pour le n° 6 de la revue Diasporas. Histoire & Sociétés

dossier

« Cuisines en partage »


La cuisine, art d'élaborer des aliments et de leur donner saveur et sens, semble constituer un enjeu particulier pour les diasporas. Ne fait-elle pas l'objet, en effet, à travers les différentes formes qu'elle revêt – de l'intimité familiale au restaurant “ethnique” – de forts investissements affectifs, symboliques, esthétiques et économiques ?

Elle est sans doute en premier lieu, dans la dispersion, une manière de se rassembler, de se retrouver autour d'un véritable « culte de la table dressée », pour reprendre le titre évocateur d'un ouvrage célèbre de Joëlle Bahloul, tiré de la tradition juive. Et comme son double sens le suggère, la cuisine est aussi un espace matériel, un lieu où l'on peut lire les rapports sociaux de genre et de générations, la distribution des rôles, un endroit où résonne la sociabilité quotidienne de la diaspora. Dans quelle mesure cette manière d'être ensemble, sur un mode communautaire, résiste-t-elle à la mesure de l'absence et de l'éloignement ?

La cuisine obéit à des rites d'élaboration et de préparation qui traduisent une représentation du monde, une cosmogonie qui est à la fois de l'ordre de l'imaginaire et de l'ordre matériel. Chaque groupe élabore des rites alimentaires, des interdits, des séparations entre pur et impur, sacré et profane, fête et quotidien, qui marquent son appartenance à un monde distinct. Les manières de faire culinaires provenant d'une histoire, d'apports successifs de populations sont l'expression d'identités nationales, régionales... Mais on peut remarquer avec la sociologue Annie Hubert que l’identification d'un plat “national” est souvent une élaboration venue de l’extérieur, de l’étranger et constitue une image-miroir de l'identité.

Les « cuisines » se désignent au pluriel parce qu'elles se modifient, se transforment grâce aux influences et aux échanges entre populations, grâce à des produits nouveaux, aux circulations de marchandises. L'aubergine, introduite au Maghreb par les marchands arabes en provenance d'Asie, est réappropriée par la cuisine juive. Ainsi en va-t-il des cuisines en Europe, aux Antilles, en Afrique. Le gombo se cultive au Maghreb et en Afrique subsaharienne et se retrouve dans la cuisine créole de Louisiane.

Circulation, invention, adaptation nous paraissent caractéristiques de ces cuisines. L’activité culinaire se heurte à l'impossibilité de reproduire des pratiques alimentaires à l'identique. Elle s'invente en fonction des aléas de la migration (l'absence de certains ingrédients ou des ustensiles traditionnels, par exemple) mais aussi de la nécessité et/ou de la volonté de partager avec d'autres, au-delà du groupe d'origine. Ainsi, bien au-delà d'une revendication d'appartenance, elle serait une manière de signifier la frontière, et éventuellement de l'ériger ou de l'estomper, avec les autres. Tandis que certaines règles alimentaires séparent fermement, comme la cacherouth ou la nourriture hallal, d'autres réunissent les groupes autour de pratiques métissées. Certains pays revendiquent même le métissage de leurs cuisines comme un héritage, un patrimoine, une appartenance.

La cuisine métissée, apport de migrations successives serait l'expression unitaire d'un pays. Les populations qui consomment les cuisines d'ailleurs expriment-elles un esprit d'ouverture, de curiosité, de partage ? Manger indien, chinois ou japonais affecte-t-il nos comportements ? Ou est-ce davantage la marque de la mondialisation ? Assiste-t-on à une uniformisation des goûts ? Quel en est le sens ? Ce problème complexe ne doit pas être occulté. Pourrait-on même parler dans certains cas de protectionnisme culinaire qui défendrait l'identité d'une région donnée ou en serait sa marque ?

Pour autant, commerçants, restaurateurs, fabricants de cuisines d'ailleurs jouent un rôle indéniable, d'attraction, de diffusion, de richesse dans les pays d'installation. Goûts et aliments circulent avec les diasporas et forment la base d'un échange avec les sociétés d'installation, dont l'importance économique se signale continuellement au cours de l'histoire (épices, fruits dits “exotiques”, céréales, café, thé, riz, couscous, modes de cuisson… on pourrait multiplier les exemples). Peut on suivre ces parcours qui épousent les trajets humains pour finir par exister par eux-mêmes ? Au point que certaines formes culinaires présentées comme traditionnelles en migration, n'existent guère ou comptent fort peu dans les pays de départ, car elles ne sont que le fruit de ces pérégrinations dont on finit par perdre l'origine.

Marqueur identitaire, la cuisine est transmission d'une mémoire olfactive, une évocation toute proustienne des saveurs du pays à la fois perdu et promis. C'est donc à l'histoire de ces apports, emprunts, ces nouvelles saveurs que nous nous attachons, aux acteurs et créateurs de ces cuisines comme à la pluralité de ces manières de faire et de ces manières d'être.

*************

Si ce thème vous intéresse, vous êtes invités à envoyer vos propositions au comité de rédaction, par courrier électronique ou postal. Nous vous serions reconnaissants de tenir compte des modalités suivantes :

-envoi, avant le 15 septembre 2004, d’un projet d’article (un titre, un résumé d’une page, une brève bio-bibliographie).

-après évaluation des projets par le comité de rédaction, les textes seront envoyés avant le 15 janvier 2005.

-tout article proposé est expertisé par deux lecteurs et ne peut être publié qu’après avis favorable du comité de rédaction. L’auteur aura éventuellement à faire des mises au point et des modifications en fonction des remarques qui lui seront faites.

N. B. : Les articles définitifs ne devront pas dépasser 30 000 signes (notes et espaces compris). Ils devront être envoyés en fichier joint par courrier électronique ou, à défaut, par disquette (format .rtf). Ils seront dans tous les cas accompagnés d’un tirage papier. Ils devront être complétés par un résumé français de 5 à 8 lignes maximum.



Catégories

Dates

  • mercredi 15 septembre 2004

Contacts

  • Anny Bloch-Raymond (coordinatrice du numéro) ~
    courriel : revue-dhs [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Anny Bloch-Raymond
    courriel : bloch_raymond [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Cuisines en partage », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 30 juin 2004, http://calenda.org/189219