AccueilLes femmes dans l'histoire

Les femmes dans l'histoire

7e Rendez-vous de l'histoire de Blois

*  *  *

Publié le mardi 14 septembre 2004 par Olivier Tur

Résumé

Annonce

Chaque année à l'automne, Les Rendez-vous de l'histoire vous convient à Blois, ville royale en fête, où l'histoire se déroule au fil des rues, du château sur son promontoire, au cinéma, à la Halle aux Grains, aux Cafés historiques et restaurants.
L'ampleur et l'éclectisme de cette manifestation invitent les passionnés à assouvir leur soif de connaissance et à explorer le thème à travers de nombreuses activités : le Salon du livre d'histoire, les nombreux débats et conférences auxquels participent plus de 350 intellectuels issus du monde des arts, des lettres ou de la politique, un cycle cinéma de plus de 50 fictions et documentaires, des expositions, des concerts... et même des propositions gastronomiques "historiques".
La richesse des activités et des personnalités qu'ils rassemblent font l'originalité et la pertinence des "Rendez-vous"

La septième édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois se tiendra du 14 au 17 octobre 2004 sur le thème "Les femmes dans l'histoire". Madame Simone VEIL, ancien ministre d'État, en sera la présidente.

À l'instar de l'an passé, le festival commencera dès jeudi après-midi (14 octobre) avec des débats, conférences, cafés historique et projections de films. Le Salon du livre, quant à lui, n'ouvrira ses portes qu'à partir du vendredi 15 octobre.


Festival en entrée libre et gratuite (dans la mesure des places disponibles)
Entrée payante uniquement pour certaines scéances du Cycle cinéma
(voir la rubrique "Cinéma" ci-contre)

Débats

Vendredi 15 octobre

L’invention de l’histoire des femmes et du Genre
de 11h à 12h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains
Animateur : Françoise Thébaud, professeure à l’université d’Avignon
Intervenants : Cécile Dauphin, chercheuse à l’EHESS, Eric Fassin, professeur agrégé à l’ENS, Yannick Ripa, maîtresse de conférences à l’université de Paris VIII, Violaine Sébillotte, maîtresse de conférences à l’université de Paris I

Pendant longtemps et malgré le travail d’historiennes aujourd’hui redécouvertes, l’histoire produite et enseignée fut une histoire au masculin, œuvre d’historiens et récit de l’histoire des hommes. Depuis une trentaine d’années, l’invention d’une histoire des femmes et du genre constitue une aventure intellectuelle qui mobilise de plus en plus d’historiennes et d’historiens.
Les femmes ont-elles une histoire ? Une histoire des femmes est-elle possible et comment l’écrire ? L’histoire sans les femmes est-elle possible ? Qu’est-ce qu’une histoire du genre et quel en est l’intérêt ? Reprenant le titre de séminaires et colloques, le débat tentera d’exposer l’émergence et les développements de ce nouveau domaine de recherche, de rendre compte des débats qui le traversent, de présenter la diversité des modes d’approche et de réfléchir à leurs enjeux historiographiques et politiques. La dimension internationale du phénomène sera soulignée.


Utopies et sexualités
de 14h30 à 16h - Salle de spectacle de la Maison de la Magie
Animateur : Sylvie Chaperon, maître de conférences à l’université de Toulouse
Intervenants : Marcela Iacub, juriste, chargée de recherche au CNRS, Jean-Pierre Poly, professeur à l’université de Paris X - Nanterre, Francis Ronsin, professeur à l’université de Dijon, Florence Tamagne, maître de conférences à l’IEP de Lille

Ce thème de débat présente plusieurs avantages. Il s’adapte assez bien à l’état de l’historiographie française qui s’est beaucoup plus préoccupée des politiques de la sexualité, que des pratiques sexuelles. Il permet aussi de ne pas dissocier artificiellement un domaine, celui que nous nommons aujourd’hui « la sexualité », de l’ensemble des conceptions sociales et politiques d’un auteur, d’un milieu ou d’un mouvement, dans lequel il prend tout son sens.
Il autorise aussi un parcours transhistorique, car de telles croyances sont récurrentes dans l’histoire. Sur la période contemporaine le choix ne manque pas : des socialistes utopiques, jusqu'aux Queers, en passant par les néo-malthusiens, les adeptes de Reich, les mouvements de libération des années 1970, etc. Mais les périodes plus anciennes et d’autres civilisations connaissent aussi des mouvances comparables par certains aspects. Citons les libertins, les philosophes des Lumières (Diderot), le contenu sexuel de la Réforme, les sectes dissidentes du Moyen-âge ou les cyniques grecs.
Sans écarter d’autres préoccupations, trois points pourront nourrir le débat. La qualification d’utopie mérite discussion. A l’instar de l’hypothèse répressive que Michel Foucault opposait à la dite « libération sexuelle », on pourra se demander si ces utopies n’intègrent pas quelques éléments de l’ordre qu’elles contestent. Elles se disent libératrices, nouvelles, autres, meilleures, mais en quoi et pour qui ?
Le genre constitue bien évidemment une question majeure. Spéculer sur ce que devrait être la sexualité dans l’idéal d’une société réformée, c’est bien souvent dire le masculin et le féminin, la virilité et la féminité, mais aussi les bonnes et les mauvaises sexualités, les pratiques licites et illicites. On pourra s’interroger sur les normes ainsi produites, mais aussi les hiérarchies plus ou moins affirmées entre diverses catégories (selon l’âge, le sexe, l’origine sociale ou ethnique, l’orientation sexuelle, etc.).
Enfin, l’impact, même tardif, partiel ou édulcoré, de tels projets réformateurs devrait être mesuré. Y a t-il eu des essais de réalisation, des héritages, des transmissions ? Réflexion qui pourra déboucher sur l’état de nos utopies aujourd’hui.


A-t-on encore besoin du féminisme ?
de 16h à 17h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains
Débat proposé par le magazine Elle
Animatrice : Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine Elle
Intervenants : Nicole Ameline, ministre de la Parité et de l’Egalité professionnelle, Eliette Abécassis, écrivain, Fadela Amara, présidente du mouvement Ni Putes ni Soumises, Armelle Le Bras - Chopard, chargée de mission à l’Egalité des chances femme-homme au ministère de l’Education nationale, Antoinette Fouque, cofondatrice du Mouvement pour la Libération des Femmes (sous réserve)

Etre féministe aujourd’hui, pour quoi faire ? Après les grandes conquêtes des années 70 pour le droit à l’avortement et à la contraception, après la bataille pour la parité, la lutte contre la violence, les femmes ont-elles encore des droits à conquérir et ont-elles encore envie de se mobiliser pour les défendre ? Depuis des années, les femmes se sont surtout attachées à réfléchir aux clés de leur harmonie personnelle, à la façon de concilier dans l’équilibre leur vie privée et professionnelle. Mais la société leur donne-t-elle vraiment les moyens de cette conciliation ? Dans les banlieues et les quartiers défavorisés, la précarité, la violence et désormais l’intégrisme font encore une fois des femmes les premières victimes. Quels sont les enjeux aujourd’hui de la place des femmes dans la société ? Existe-t-il une menace sur leurs droits ? Certaines ont-elles raison de craindre une régression ? Faut-il imaginer les bases de nouvelles relations homme-femme ? Le débat est ouvert.


Dans la violence en temps de guerre
de 18h à 19h30 - Salle de spectacle de la Maison de la Magie
Animateur : Fabrice Virgili, chargé de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent/CNRS
Intervenants : Raphaëlle Branche, maîtresse de conférences à l’université de Rennes II, Luc Capdevila, maître de conférences à l’université de Rennes II, Dominique Godineau, maîtresse de conférences à l’université de Rennes II

Les images récentes parvenues d’Irak nous ont montré des femmes dans des situations inhabituelles. Jessica Lynch, soldate américaine faite prisonnière et dont la libération a été l’occasion d’un vaste effet de propagande. Lynndie England autre soldate américaine mais dans un rôle de tortionnaire au sein de la prison d’Abou Ghraib. L’actualité récente ne cesse de nous montrer des situations d’hommes et de femmes confrontés à la guerre, qu’ils et elles, subissent ou infligent la violence. C’est donc ce rapport des deux sexes à la violence en temps de guerre que nous nous proposons d’examiner à différentes périodes de l’histoire et sur plusieurs continents. Dans la Grèce ancienne avec Pascal Payen, pendant la Révolution française avec Dominique Godineau, lors de la guerre de la Triple Alliance qui ensanglanta le Paraguay et ses voisins au XIXème siècle grâce à Luc Capdevila, et enfin lors de la Guerre d’Algérie avec Raphaëlle Branche.
C’est à partir de ces situations historiques fort variées que nous débattrons des thèmes suivants : La guerre délimite-t-elle strictement les rôles féminins et masculins ? Le guerrier est-il un idéal masculin ? Victimes de guerre, hommes et femmes sont-ils égaux ? Quel sens donner aux violences spécifiques envers les femmes ?


Samedi 16 octobre

Travailleurs, Travailleuses…
de 11h à 12h30 - Amphi 1 de l’antenne universitaire
Sous le parrainage de l’APHG et de la revue Histoire & Sociétés
Animateurs : Bernard Phan, vice-président de l’Association des Professeur d’Histoire-Géographie (APHG), et Isabelle Lespinet-Moret, maître de conférences à l’université de Nanterre, secrétaire de rédaction de la revue Histoire & Sociétés
Intervenants : Barbara Curli, université de Calabre (Italie), Laura Lee Downs, EHESS, Delphine Gardey, Cité des sciences de La Villette, Catherine Omnès, université de Saint-Quentin en Yvelines

Les femmes ont toujours travaillé mais, très souvent, sans que ce travail soit reconnu comme tel. Le travail des femmes était essentiel dans les campagnes, comme à la boutique. Le rêve, mythique, de la petite exploitation familiale, si vivace dans la France du XIXe siècle, n’a servi qu’à camoufler la surexploitation des femmes. Paradoxalement, les débats autour du travail des femmes ont contribué à occulter la connaissance des femmes au travail en une époque, l’ère industrielle, au cours de laquelle la travailleuse acquiert pourtant une visibilité sans précédent. En effet, dans l’industrie, les femmes ont tenu une place importante bien avant le premier conflit mondial qui rend surtout plus visible ce travail féminin : les femmes entrent dans des usines où elles occupent des emplois jusqu’alors réservés aux hommes. Au fil du temps, les femmes ont fini par travailler dans tous les secteurs d’activité et à tous les niveaux de responsabilité. Lorsque les femmes sont au travail, c’est moins leur travail que ses répercussions familiales et sociales qui semblent retenir l’attention. La féminisation d’un secteur professionnel entraîne, dans l’esprit de nombre de personnes, une perception dévalorisée de cette activité. Dans notre système de références, les inégalités salariales ne peuvent que conforter cette tendance.


Quand les médias parlent des femmes
de 11h à 12h30 - Salle de spectacle de la Maison de la Magie
Sous le parrainage de la chaîne histoire
A l’issue du débat (12h30), rencontre autour d’un verre avec l’équipe de la chaîne histoire
Animateur : Jean Garrigues, professeur à l’université d’Orléans
Intervenants : Agnès Chauveau, maître de conférences à l’université de Paris X - Nanterre, chargée de mission auprès du président de la BNF, Evelyne Cohen, professeur à l’université de Paris VII, Christian Delporte, professeur à l’université de Versailles, président de la Société Pour l’Histoire des Médias, Jean-Yves Le Naour, docteur en histoire contemporaine, Jean-François Sirinelli, professeur à l’IEP de Paris

Cette table ronde examinera l’évolution des différentes représentations des femmes dans les médias. Ont-ils joué un rôle moteur dans l'évolution des comportements ou ne font-ils qu'accompagner mollement les changements en s'en faisant l'écho selon des temporalités plus ou moins décalées ? Sont-ils au service du conservatisme, de l'ordre moral, du conformisme ou à celui des métamorphoses du corps social, des bouleversements ? Se contentent-ils de se faire l'interprète des mouvements de société ou en sont-ils dans certains cas les initiateurs ?



Des Dieux et des femmes
de 16h à 17h30 - Amphi 1 de l’antenne universitaire
Animateur : Françoise Michaud-Fréjaville, professeur à l’université d’Orléans
Intervenants : Louise Bruit-Zaïdmann, professeur à l’université de Paris VII, Mathilde Dubesset, maître de conférences à l’IEP de Grenoble, Alexandre Guillemoz, directeur d’études à l’EHESS, François Lebrun, professeur émérite de l’université de Rennes II, Gérard Mordillat, écrivain et réalisateur

Même si on se plait à souligner que l’aube des religions a dû connaître la présence et le culte des déesses-mères (Anu/Dana, Gaia/Gè), que dans les panthéons polythéistes les déesses tiennent une place non négligeable, que Marie joue un grand rôle dans le monothéisme chrétien, il faut reconnaître que les femmes sont généralement considérées par les religions comme des obstacles détournant les êtres pensants de l’approche du divin, ce sont les coupables premières de la dureté de la condition humaine et, par leur fécondité, à la fois source de vie et de malheur. Les thèmes de Pandore, Ève, Lilith rappellent que la tentation serait par essence d’origine féminine. Les dieux, certes, aiment les déesses et les femmes d’amour mais ne sont-t-ils pas antiféministes ? Les religions ont surtout souhaité conserver aux femmes - dans les hiérarchies divines et terrestres et dans les cultes - la place seconde qu’elles avaient dans la société terrestre.
Pourtant, dans des rapports dissymétriques mais complémentaires les femmes se révèlent être des médiatrices privilégiées : prophètes, mystiques, chamanes, voire saintes ou sorcières, elles ont - elles aussi - des rapports directs aux Dieux. Gardiennes, dit-on, des traditions cultuelles elles auraient eu un rôle fondamental comme médiatrices entre les cités et les Dieux, entre les foyers familiaux et les ancêtres. Les femmes auraient-elle la vocation du conservatisme ?
Or l’histoire - et non les seuls mythes - des monothéismes montrent combien les femmes ont participé avec détermination à la naissance et à l’expansion de ces nouvelles religions que sont le Christianisme et l’Islam, prouvant ainsi une aspiration déterminées à une place nouvelle dans la relation au sacré. Elles furent ensuite contraintes par les sociétés nouvelles à une attitude de retrait, voire de soumission, mais leur rôle aussi bien dans les mouvements de réforme, de contestation hérétiques prouvent qu’elles ne renoncent jamais à paraître à côté des hommes dans la longue histoire des religions.


Heurs et malheurs des femmes savantes
de 16h30 à 18h - Salle de spectacle de la Maison de la Magie
Animateur : Rébecca Rogers, maître de conférences à l’université Marc Bloch de Strasbourg
Intervenants : Pascale Barthelémy, ATER en histoire à l’université de Lille III, Geneviève Fraisse, historienne, philosophe et député au parlement européen, CNRS, Claudia Opitz, professeur d’histoire à l’université de Bâle, Eliane Viennot, professeur de littérature à l’université de Saint-Etienne, Assia Djebar, professeur à l’université de New York (sous réserve)

« Pourquoi faut-il qu’une femme soit ignorante, ne peut-elle pas être instruite sans se prévaloir et sans être pédante ? », écrit George Sand au XIXe siècle. Les préventions contre les femmes savantes sont particulièrement intenses dans ce siècle de moralisme où on situe les femmes plus volontiers au foyer que dans les débats publics ou les cercles de sociétés savantes. Pourtant, en France comme en Europe, il existe une tradition de femmes savantes que l’on reconnaît et admire pour leurs œuvres littéraires ou la qualité de leur conversation. Dans quelle mesure cette reconnaissance est-elle cependant limitée à des époques précises et à une certaine classe de la société ? Que se passe-t-il lorsque la revendication féminine de l’accès au savoir pénètre dans les couches moyennes de la société et que ces mêmes femmes réclament d’autres responsabilités que celles de mère et d’épouse ? Les préventions contre les femmes savantes se voient aussi bien dans la vieille Europe qu’en Afrique où cette figure est née plus récemment.


Qui veut enfermer les femmes ? Du gynécée au voile islamique
de 18h à 19h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains
Sous le parrainage de la revue L’Histoire
Animateur : Michel Winock, professeur à l’IEP de Paris
Intervenants : Laurence Moulinier-Brogi, maître de conférences à l’université de Paris VIII Vincennes-Saint-Denis, Maurice Sartre, professeur à l’université de Tours, Marjane Satrapi, auteur de Bandes dessinées et de livres jeunesse, Lucette Valensi, directrice d’études à l’EHESS

Pourquoi, depuis tant de siècles, et dans de si nombreuses civilisations, le destin des femmes a-t-il été d’être enfermées, cachées, reléguées ? Quelle menace leur liberté d’aller et venir, leur visage à découvert ou leur corps font-ils donc peser sur les hommes ? Dans l’Antiquité, des textes rappellent l’obligation pour l’Athénienne de ne pas se montrer à des étrangers, de ne sortir qu’accompagnée d’une servante, de vivre dans une partie close de la maison. Qu’en est-il vraiment de l’existence du gynécée que l’archéologie n’a jamais mis en évidence ? Un peu plus tard, l’avènement du christianisme a-t-il bouleversé la condition des femmes et leur relation avec les hommes ? Le couvent, au Moyen Age, a constitué une forme d’enfermement très répandu. Les femmes y furent-elles traitées autrement que les hommes ? Il ne faudrait pas oublier que le XVIIe siècle dévot a aussi favorisé l’ascension de quelques hautes figures de religieuses et que le couvent a représenté pour certaines mystiques une forme d’ascension sociale.
Le monde musulman, lui, a inventé le harem, censé constituer un espace inviolable qui protège les femmes, mais qui les emmure avant tout et les sépare des hommes. Le harem n’est cependant pas la règle. La règle, alors, est-ce le voile ? Quelles sont à ce sujet les prescriptions du Coran ? Et comment ont-elles été interprétées au fil des siècles ?
A travers la question de l’enfermement des femmes, c’est le problème de la séparation des sexes qui est posé. En Occident, la modernité a rimé avec mixité. Est-elle aujourd’hui menacée ?


Dimanche 17 octobre

Les absentes du politique
De l’anthropologie à l’histoire, une réflexion sur une pratique de pouvoir
de 11h à 12h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains
Animateur : Michèle Riot-Sarcey, professeur à l’université de Paris VIII
Intervenants : Maurice Godelier, directeur de recherche à l’EHESS, Annick Jaulin, professeur à l’université de Paris I, Judith Revel, philosophe, Eleni Varikas, maître de conférences à l’université de Paris VIII

Le travail des anthropologues a permis d’enrichir la réflexion de l’historien sur la construction sociale de la différence des sexes (genre). Cependant aujourd’hui encore, cette différence, dont les effets politiques sont largement connus, n’apparaît pas comme un objet historique à part entière. Par les regards croisés de l’anthropologie, de la philosophie et de l’histoire, notre table ronde tentera de démontrer la pertinence d’une lecture historique de la domination hommes/femmes. Nous envisagerons particulièrement les aspects politiques de l’exercice du pouvoir masculin dans ses effets sur la construction démocratique : de la démocratie antique à la démocratie moderne. Ainsi l’invariant apparent de la complémentarité entre les sexes sera mis à l’épreuve de l’histoire politique.


L’esclavage au féminin
de 11h à 12h30 - Amphi 1 de l’antenne universitaire
Animateur : Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite de l’université de Paris VII
Intervenants : Gwyn Campbell, professeur à l’université d’Avignon, Abdesselam Cheddadi, professeur d’université, Myriam Cottias, chargée de recherche au CNRS, Tshibwabwa Mwa Bay, docteure de l’université de Paris VII

Le mot esclave étant “neutre”, on oublie que la question du genre s’est toujours posée avec acuité au sein des sociétés esclavagistes. Les femmes - presque toujours noires à partir du XVIe siècle - ont joué un rôle bien plus différencié et, en définitive, de gré ou de force bien plus intégré à la famille des maîtres que les hommes. Seule était considérée la force de travail de l’esclave mâle, dont le rôle sexuel fut toujours nié. Au contraire, la femme cumule les rôles de servante, d’objet sexuel et de mère nourricière : on retrouve cette constante, sous des formes variées, sur les plantations antillaises ou américaines, en ville - à Rio de Janeiro ou Salvador de Bahia-, dans les harems du monde arabo-musulman et au sein des sociétés africaines elles-mêmes esclavagistes. Les femmes esclaves furent de ce fait des instruments extraordinaires de métissages, à tous les sens du terme (culturel et social au moins autant que biologique).


Filles, sœurs, épouses et mères
de 15h à 16h30 - Amphi 2 de l’antenne universitaire
Animateur : Didier Lett, maître de conférences à l’université de Paris I Sorbonne
Intervenants : Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, professeur à l’université d’Amiens, Agnès Fine, professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail et directrice d’études à l’EHESS, Anne Hugon, maître de conférences à l’université de Grenoble et membre de l’Institut Universitaire de France, Christiane Klapisch-Zuber, ex-directrice d’études à l’EHESS Paris

En 1839, dans son traité intitulé De la bienfaisance publique, le philosophe et administrateur Joseph-Marie Gérando écrivait : « La femme n’est pas destinée par la Providence à une existence solitaire : fille, sœur, épouse, mère, amie…, elle est destinée à vivre pour autrui ». Cette phrase révèle la difficulté, au cours de l’histoire, à considérer les femmes comme des individus à part entière, à leur reconnaître la capacité à vivre de manière autonome. Elle permet aussi d’attirer l’attention sur l’une des fonctions majeures assignée à la femme par les hommes : être membre d’une famille. Les textes ou les images que l’historien étudie (documents produits pour l’essentiel par des hommes) éclairent en effet surtout la femme dans la sphère domestique, la confinent à des fonctions familiales. C’est au sein de la famille et de la parenté qu’elle peut et qu’elle doit jouer un rôle de pivot de l’ordre social sous la domination masculine d’un père, d’un époux ou d’un frère. Au cours de son cycle de vie, elle est tour à tour « fille de », « épouse de » et « mère de », comme si son statut était strictement relatif alors que celui de l'homme paraissait être absolu.
Quelle place occupent les femmes dans les systèmes de parenté ? Quelles relations entretiennent-elles avec les autres membres de la famille ? Leur dépendance juridique signifie-t-elle nécessairement une totale absence d’autonomie dans la réalité ? Comment ces femmes vivent-elles, au quotidien, entre elles et avec les hommes, leur enfance, leur « sororité », leur conjugalité, leur maternité, la filiation, la parentalité ou le veuvage ? Ces interrogations et toutes celles du public nous aideront à mieux éclairer ces femmes restées trop longtemps dans l’ombre de l’histoire.


La création au féminin
de 15h30 à 17h - Amphi 1 de l’antenne universitaire
Organisateur : Gérard Monnier, professeur à l’université de Paris I
Animatrice : Danièle Voldman, directrice de recherche à l’IHTP
Intervenants : Marie-Jo Bonnet, maître de conférences à l’université de Paris VII, Jacqueline Chenieux-Gendron, directrice de recherche au CNRS, Diana Quinby, historienne de l’art, artiste, Eliane Viennot, professeure de littérature à l’université de Saint-Etienne, Jeanne Balibar, actrice (sous réserve)

De fortes discriminations selon les genres ont longtemps fragmenté les domaines de l’expression artistique et littéraire, et imposé des hiérarchies en distinguant la création de l’interprétation et de la reproduction ; ainsi l’accès à l’Ecole des Beaux arts est longtemps réservé aux hommes, tandis que les femmes forment les gros bataillons des copistes au musée du Louvre. L’émergence des femmes dans les lettres et dans les arts, les obstacles qu’elles rencontrent, les batailles qu’elles remportent ont une portée professionnelle, sociale et politique.


Prostitutions et femmes vénales
de 15h30 à 17h - Salle de spectacle de la Maison de la Magie
Animateur : Alain Corbin, professeur à l’université de Paris I
Intervenants : Jacques Rossiaud, professeur émérite de l’université de Lyon II, Pauline Schmitt-Pantel, professeur à l’université de Paris I, Christelle Taraud, professeur à la Columbia University of New York

Longtemps, la vénalité sexuelle - sous le terme de prostitution - a été perçue comme « le plus vieux métier du monde » et, de ce fait, a semblé échapper à l’histoire.
Au cours des dernières décennies, cette façon de considérer cet objet s’est profondément modifié. Nombre de chercheurs, qui l’ont étudiées dans sa profondeur historique et sa dimension géographique, ont alors montré la grande complexité de la vénalité sexuelle, la multiplicité de ses formes, selon les contextes économiques et sociaux, la diversité des normes qui la concernent ainsi que celle de ses représentations et de ses pratiques. C’est pourquoi, ce débat sera consacré non à la prostitution mais aux prostitutions.



Les acteurs politiques ont la parole à Blois

Etre femme en politique
Samedi 16 octobre, de 14h à 16h - Hémicycle de la Halle aux Grains
Débat proposé par le Comité d’Histoire Parlementaire et Politique
Animateur : Jean Garrigues, professeur à l’université d’Orléans
Intervenantes : Edith Cresson, ancien premier ministre, Françoise Gaspard, directrice de recherches à l’EHESS, Monique Pelletier, ancienne ministre, Marie-George Buffet, ancienne ministre (sous réserve)

Pendant un siècle, la démocratie française a exclu les femmes. Peu à peu, à force de luttes, elles se sont fait une place dans la vie politique. Trois sous-secrétariats d’Etat sous le Front populaire, le droit de vote en 1944, et quelques strapontins ministériels pendant trois décennies. A l’aube des années 80, on a cru que le rôle politique des femmes était enfin reconnu, et qu’elles y étaient désormais les égales des hommes. Vingt ans plus tard, le bilan est loin d’être satisfaisant et cela pose bien des questions à la démocratie française. Pourquoi la France reste-t-elle un des pays les plus attardés en matière de parité politique ? Faut-il des lois pour imposer la parité ? Comment les femmes peuvent-elles conquérir un nouvel espace politique ? Comment vivent-elles dans ce nouvel espace ? Y-a-t-il une gouvernance au féminin ? Comment la politique peut-elle répondre aux inégalités du « genre » dans la société d’aujourd’hui ?

Conférences

Jeudi 14 octobre

Radhia Nasraoui, un combat tunisien pour les droits humains
Radhia Nasraoui, avocate tunisienne
de 14h30 à 15h30 - Château de Blois


Vendredi 15 octobre

Pourquoi faire de l’histoire ?
Arlette Farge, directeur de recherche au CNRS
de 16h30 à 17h30 - Salle de spectacle de la Maison de la Magie


George Sand : les chemins de la liberté
Michelle Perrot, professeur émérite de l’université de Paris VIII
de 18h à 19h - Hémicycle de la Halle aux Grains

La cause des femmes
Conférence inaugurale prononcée par Gisèle Halimi, avocate, écrivaine, présidente de « Choisir - La cause des femmes »
de 19h30 à 20h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains



Observatoire de la biographie

Parrainé par les éditions Fayard, l'observatoire de la biographie historique a pour ambition d'étudier ce genre littéraire sous tous ses aspects et pour toutes les périodes.


Rencontres
Sur le thème :
"Qu'est-ce qu'une bonne biographie historique ?"

Vendredi 15 octobre
1ère scéance : de 16h30 à 18h
(
Amphi 1 de l'antenne universitaire)
La biographie historique, entre roman et histoire
Modérateur : Emmanuel De WARESQUIEL, ingénieur de recherche à l'EPHE.
Avec Pierre MILZA, professeur émérite de l'IEP de Paris et Evelyne BLOCH-DANO, écrivain.

Samedi 16 octobre
2ème scéance : de 10h30 à 12h(
Amphi 2 de l'antenne universitaire)

La place du livre dans les préoccupations et le travail de l'historien aujourd'hui
Modérateur : François LEBRUN, professeur émérite de l'université de Haute Bretagne (Rennes II).
Avec Evelyne LEVER, chercheur au CNRS et Pierre SERNA, maître de conférences à l'université de Paris I (Panthéon-Sorbonne).

Samedi 16 octobre
3ème scéance de 14h à 15h30
(
Amphi 1 de l'antenne universitaire)

Qu'est-ce qu'une bonne biographie historique ?
Débat général animé par François DOSSE, maître de conférences à l'IUFM de Versailles et à l'IEP de Paris.
Avec Evelyne LEVER, chercheur au CNRS, Pierre MILZA, professeur émérite de l'IEP de Paris, Evelyne BLOCH-DANO, écrivain et Pierre SERNA, maître de conférences à l'université de Paris I (Panthéon-Sorbonne).


Conférences

Samedi 16 octobre

Catherine II, le pouvoir d’une femme dans l’histoire de la Russie
Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française
de 11h à 12h - Château de Blois

Dimanche 17 octobre

Albert Einstein, l’homme du XXe siècle
François de Closets, écrivain
de 14h30 à 15h30 - Château de Blois

Le temps Chanel
Edmonde Charles-Roux, présidente de l’Académie Goncourt
de 16h à 17h - Château de Blois

Samedi 16 octobre

Et la femme créa Dieu. La Bible au féminin
Marek Halter, écrivain
de 12h30 à 13h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains

Mon parcours. L’engagement de Taslima Nasreen en faveur de la cause des femmes
Taslima Nasreen, écrivain bengladaise
de 14h30 à 16h - Salle de spectacle de la Maison de la Magie

Qui rêvent des Amazones ?
François Lissarrague, directeur d’études à l’EHESS, et Pauline Schmitt-Pantel, professeur à l’université de Paris I
de 17h à 18h - Amphi 2 de l’antenne universitaire

Conférence
Leïla Shahïd, déléguée générale de Palestine
de 16h30 à 17h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains


Dimanche 17 octobre

Conférence de clôture
Simone Veil, ancien ministre d’Etat, présidente des Rendez-vous de l’histoire 2004
de 17h30 à 18h30 - Hémicycle de la Halle aux Grains

Lieux

  • Blois, France

Dates

  • jeudi 14 octobre 2004

Mots-clés

  • femmes, féminisme, gender, genre

Contacts

  • RDV Histoire Blois
    courriel : rdv [dot] histoire [dot] blois [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les femmes dans l'histoire », Informations diverses, Calenda, Publié le mardi 14 septembre 2004, http://calenda.org/189313