AccueilLa fin des certitudes

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Publié le mercredi 06 octobre 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

La fin des certitudes, sixième saison de conférences présentée par « Échange et diffusion des savoirs » à Marseille (novembre 2004 - mai 2005)

Annonce

« Certitudes et catastrophes en physique : les physiciens peuvent-ils avoir des certitudes ? » par Edgard Gunzig - jeudi 18 novembre 2004

En 1900, très précisément, retentit dans le ciel bleu et confortable des physiciens un coup de tonnerre, une catastrophe qui ébranla soudain leur confiance d’avoir accompli leur mission : comprendre le monde sous tous ses aspects, avoir une image claire, cohérente et complète de la « réalité ». Soudain, les certitudes s’écroulèrent et la grande aventure de la physique contemporaine prit son essor.

La physique quantique, la relativité restreinte, la relativité générale, la cosmologie, les théories des interactions fondamentales investirent progressivement le champ du savoir. La description du monde semblait aller progressivement à l’encontre du sens commun et défier toute intuition raisonnable.

Toutes les notions « évidentes » semblèrent se désagréger : le temps, l’espace, l’élémentarité des briques fondamentales de la matière... Et pourtant, malgré des contradictions essentielles avouées et des incompatibilités théoriques majeures, un certain apaisement s’installa, un nouveau consensus sembla s’établir et une nouvelle image du monde se profila durant la dernière décennie du siècle écoulé.

C’est alors, il y a quatre années, qu’un nouveau coup de théâtre, une catastrophe encore plus déroutante que la première plongea les physiciens dans un désarroi profond mais extraordinairement stimulant. Les quelques certitudes qui avaient été préservées ou reconstruites semblaient définitivement s’évanouir : le contenu même de l’univers n’est pas celui que l’on pensait et nous échappe complètement.

Mais tous ces soubresauts sont-ils vraiment liés à la structure de la « réalité en soi », d’un monde objectif indépendant de ce que nous en disons ou en faisons, ou concernent-ils essentiellement le langage que nous utilisons, ce seul langage mathématique qui nous permet de parler du monde, de créer un monde ? Est-ce notre façon de parler du monde qui est « malade » ou le monde lui-même ?

Edgard Gunzig est professeur honoraire aux départements de physique fondamentale et de philosophie de l’Université Libre de Bruxelles.

Véritable militant des échanges entre chercheurs, il organise depuis dix ans le Colloque International de Cosmologie de Peyresq, dans les Alpes de Haute Provence, qui interroge le domaine très sensible de la frontière entre cosmologie et théorie quantique des supercordes. Depuis le printemps dernier, Edgar Gunzig est également à l’origine de journées thématiques qui font se confronter chercheurs internationaux et grand public dans l’enceinte du théâtre des Doms en Avignon.

Relations d’incertitudes, vient de paraître aux éditions Ramsay ; « Histoire de l’Histoire de l’Origine », in L’Homme devant l’Incertain, Odile Jacob, 2000 ; Le vide, univers du tout et du rien, Complexe, 1998 ; Le rayonnement cosmologique : trace de l’univers primordial(avec Marc Lachièze-Rey), Milan, 1995

« Trente-trois dieux et encore qui ? » par Charles Malamoud - jeudi 9 décembre 2004

Charles Malamoud propose d'aborder la mise en question des certitudes en s'interrogeant sur la dichotomie monothéisme/polythéisme, à la lumière de la tradition indienne. Sans Église ni dogme, l'hindouisme a élaboré une anthropologie centrée sur la relation de l'homme au cosmos. Ses conceptions, développées en réinterprétant la Révélation – celle des textes (les Vedas) fondés sur la doctrine du sacrifice – à la lumière des spéculations sur la délivrance ultime, ses théologies et ses pratiques, relativisent les distinctions courantes telles que monothéisme, polythéisme, voire athéisme.

Spécialiste de l’Inde, Charles Malamoud a grandement contribué à faire comprendre le système de pensée qui sous tend les textes les plus anciens, les mythes et les rites de l’Inde et à éclairer d'un jour nouveau les relations entre la mort, la loi, la répétition, la succession des générations mais également l’écriture et la parole. Son œuvre, considérable, et son enseignement, dépassent largement le cercle des indianistes, et ont inspiré le travail d’historiens, de psychologues, d’anthropologues, de sociologues, de psychanalystes…

Charles Malamoud est directeur d'études honoraire à l'École Pratique des Hautes Etudes, à Paris.

Corps des Dieux, Gallimard, folio, 2003 (réed.) ; Le jumeau solaire, Le Seuil, 2002 ; Cuire le monde : rites et pensée dans l'Inde ancienne, La découverte, 1989 ; La dette, Ehess, 1980

« L’homme et sa nature : de l’hominisation à la fin des certitudes » par Pascal Picq - jeudi 13 janvier 2005

"Charles Darwin comprend que l’histoire de la vie n’a pas de but et encore moins l’homme. Mais qui l’entend ? Depuis Lamarck, jusque et y compris la majorité des paléoanthropologues contemporaines, l’évolution est pensée comme un processus finalisé orienté vers l’homme.

La paléoanthropologie évolutionniste nous enseigne comment s’est faite l’évolution de l’homme. Mieux comprendre la place de l’homme dans l’histoire de la vie comme dans la nature actuelle, c’est avoir une meilleure appréhension de l’évolution qui est en train de se faire. C’est cela l’hominisation, une prise de conscience sur notre devenir non pas hors de notre condition naturelle, mais en préservant les chances d’une évolution réellement humaine. Un changement de paradigme considérable qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, se préoccupe des générations futures, des autres espèces, de la nature. Autrement dit, devenir enfin des Homo sapiens exige de se dépouiller de bien de certitudes."

Paléoanthropologue, Pascal Picq est maître de conférence au Collège de France, attaché au laboratoire de paléoanthropologie et de préhistoire dirigée par Yves Coppens. A travers ses recherches sur la morphologie évolutive du crâne des hommes et des grands singes, Pascal Picq tente de repenser à la lumière des espèces qui nous sont les plus proches, ce qu’est véritablement la culture humaine et ce que peut vouloir dire désormais le "propre de l’homme".

Très préoccupé par la nécessité de "démystifier" l'image évolutionniste d'un homme qui aurait seul évolué, Pascal Picq contribue activement à la diffusion des connaissances et des découvertes les plus récentes en paléoanthropologie.

Les origines de la culture : les outils (avec Hélène Roche), Le Pommier, 2004 ; Les Tigres (avec François Savigny), Odile Jacob, 2004 ; Au commencement était l'homme : de Toumaï à Cro-Magnon, Odile Jacob, 2003 ; Qu'est-ce que l'humain ? (avec Michel Serres), Le Pommier, 2003 ; Le Singe est-il le frère de l'homme ?, Le Pommier, 2002 ; A la recherche de l'homme (avec Laurent Lemire), Nil éditions, 2002 ; Aux origines de l'humanité, Fayard, 2001

« Incertitudes dans la globalisation » par Jean-François Bayart - jeudi 3 février 2005

Jean-François Bayart, un des plus célèbres politistes français, est spécialiste de politique comparée. Il travaille sur la sociologie historique de l'État et sur les imaginaires politiques. Il s'est particulièrement intéressé à l'étude des systèmes politiques en Afrique sub-saharienne mais aussi en Turquie et en Iran, comme à l'étude de la politique étrangère de la France, en Afrique principalement.

Jean-François Bayart est directeur de recherches au CERI (Centre d'Études et de Recherches Internationales) qu'il a également dirigé, et enseigne à l'Institut d'Études Politiques de Paris. Co-fondateur et ancien directeur des revues Critique internationale et Politique africaine, il est consultant permanent au Centre d'analyse et de prévision du ministère français des Affaires étrangères depuis 1990. Depuis 2002, il est gouverneur de la European Cultural Foundation (Amsterdam). Ses ouvrages font l'objet de multiples traductions.

Le gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, Fayard, 2004 ; Matière à politique. Le pouvoir, les corps et les choses, (avec Jean-Pierre Warnier, dir.), Karthala, 2004 ; Thermidor en Iran (avec Fariba Adelkhah et Oliver Roy), Complexe, 1997 ; La criminalisation de l'Etat en Afrique (avec S. Ellis et B.Hibou), Complexe, 1997 ; L'illusion identitaire, Fayard, 1996 ; La greffe de l'État (dir.), Karthala, 1996 ; La réinvention du capitalisme (dir.), Karthala,1994 ; Religion et modernité politique en Afrique noire. Dieu pour tous et chacun pour soi (dir.), Karthala, 1994 ; Le politique par le bas en Afrique noire. Contributions à une problématique de la démocratie (avec Achille Mbembe et Comi M. Toulabor), Karthala,1992 ; L'État en Afrique. La politique du ventre, Fayard, 1989 ; La politique africaine de François Mitterrand, Karthala, 1984 ; L'État au Cameroun, Presses de la FNSP, 1979

« Démocratie et incertitudes » par Claude Lefort - jeudi 3 mars 2005

Elève puis ami du philosophe Merleau-Ponty, fondateur en 1948, avec Cornélius Castoriadis, du groupe Socialisme ou Barbarie, Claude Lefort est une figure indissociable de la réflexion menée en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le totalitarisme, l'irruption dans l'Histoire du phénomène marxiste-léniniste.

Son œuvre a largement contribué à ce que la question de l'appartenance au communisme d'une part, et la nature exacte du marxisme-léninisme appliqué d'autre part, fassent l'objet d'un travail d'analyse rompant radicalement avec les clivages idéologiques en usage. Il continue aujourd'hui à explorer la relation que les philosophies contemporains entretiennent avec l'autre phénomène du siècle, la démocratie moderne et les avatars du totalitarisme.

Son œuvre jadis dispersée et confidentielle, apparaît aujourd'hui comme un témoignage étonnant de lucidité et de précocité, dont témoignent, aussi, ses critiques "à chaud" sur l'actualité sociale et politique, sur les événements de mai 68 en particulier. Il jouit d'une immense autorité morale, et son oeuvre est parmi les très rares qui, non seulement n'ont pas "vieilli" après les changements historiques de 1989, mais nous aident à penser philosophiquement les nouvelles inquiétudes que ces changements, naguère porteurs d'espoirs, ont fait naître.

Agrégé de philosophie, Claude Lefort est membre du Centre de recherches Raymond-Aron à l'EHESS à Paris, et dirige la collection "Littérature et politique" aux éditions Belin.

Les formes de l'histoire : essais d'anthropologie politique, Gallimard, "Folio Essais", 2000 ; La complication, Fayard, 1999 ; Ecrire à l'épreuve du politique, Calmann-Lévy, 1992 ; Essais sur le politique : XIXe-XXe siècles, Seuil, 1986 ; L'invention démocratique, Fayard, 1981 (rééd. 1995) ; Sur une colonne absente, autour de Merleau-Ponty, Gallimard, 1978 ; Un homme en trop, essai sur l'archipel du goulag de Soljénitsyne, Le Seuil, 1975 (republié, Le Seuil poche - 1986) ; Le travail de l'œuvre, Machiavel, Gallimard, 1972 (republié coll. Tel, 1986) ; Eléments d'une critique de la bureaucratie, Droz, 1971 ; La brèche, en collaboration avec Edgar Morin, P. Coudray, Fayard, 1968

« Puissance et impuissance dans l'ordre international » par Pierre Hassner - jeudi 24 mars 2005

"Hegel parle, à propos de Napoléon, de "l'impuissance de la victoire". Vaclav Havel parle, à propos des dissidents, du "pouvoir des sans-pouvoir". Les hiérarchies de la puissance sont-elles en train d'être bouleversées ? Ses dimensions (militaire, économique, culturelle, politique) sont-elles en train de diverger ? "L'arrogance de l’impuissance" est-elle aussi critiquable que l'arrogance de la puissance ? Ces questions apparemment abstraites sont au cœur des conflits de notre temps. Elles illustrent cette fin des certitudes qui le caractérise."

Disciple de Raymond Aron, Pierre Hassner est spécialiste des relations Est-Ouest. Dans le contexte des incertitudes que soulève l'évolution géopolitique du monde actuel, c'est en qualité de philosophe qu'il s'attache à dégager les contours futurs du politique. Ses réflexions portent en particulier sur les questions éthiques que soulèvent les relations internationales, et sur la guerre, la violence et le totalitarisme dans l'histoire de la pensée politique et en Europe après la guerre froide.

Pierre Hassner est diplômé en philosophie de l'École Normale Supérieure. Directeur de recherche émérite au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI), il enseigne les relations internationales et l'histoire de la pensée politique à l'Institut d'Études Politiques de Paris et à l'European Center de l'Université Johns Hopkins à Bologne.

La terreur et l'empire. La violence et la paix II, Le Seuil, 2003 ; Guerre et Sociétés. Etats et violence après la guerre froide (avec Roland Marchal), Karthala, 2003 ; Washington et le monde. Dilemmes d'une superpuissance, (avec Justin Vaïsse), Autrement, 2003 ; La violence et la paix. De la bombe atomique au nettoyage ethnique, Le Seuil, 2000

« Religions de Grèce et de Rome, entre pensée de l'incertitude et respect des règles : des mondes anciens pour éclairer un débat brûlant d'actualité » par Philippe Borgeaud - jeudi 28 avril 2005

Philippe Borgeaud dirige le département d’histoire des religions antiques à l’Université de Genève. Défendant l'idée qu'il faut dégager l’histoire des religions de la vision "européano-christiano-centriste" qui l’enferme presque systématiquement, les réflexions qu'il développe sur le problème du comparatisme en histoire des religions font référence depuis 20 ans.

Aux origines de l'histoire des religions, Le Seuil, 2004 ; La mythologie du matriarcat, Droz, 1999 ; La mère des dieux : de Cybèle à la Vierge Marie, Le Seuil, 1996

« Comparer l'incomparable des nations » par Marcel Detienne - jeudi 12 mai 2005

"Aujourd'hui, dans une grande nation en Europe, un historien d'Académie en félicite un autre qui a l'audace de nous ramener devant le mystère de l'identité nationale.

Comment des "clercs" depuis plus d'un siècle fabriquent-ils des histoires de Nations toujours incomparables ? quelle est leur responsabilité dans la mise en œuvre de nos "identités meurtrières". Oui, comment dénationaliser nos histoires nationales, en Europe et ailleurs ?"

Helléniste mondialement réputé, Marcel Detienne pratique l'analyse anthropologique et comparée des mythes et des sociétés. Dès les années 50, avec Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet notamment, il fait partie de ce que l'on appela l'" Ecole de Paris" dont les travaux vont renouveler considérablement la vision traditionnelle de la Grèce antique. Toute sa démarche de chercheur a été guidée par l'idée de faire rentrer l'anthropologie dans la science historique, affirmant en substance que "la connaissance historique ne peut qu'être fécondée par ce type de comparatisme constructif, celui-là même qui ne craint pas de franchir la frontière entre sociétés d'autrefois et cultures d'ailleurs."

Marcel Detienne est professeur à la Johns Hopkins University, aux Etats-Unis, et a été directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages qui font autorité dans l'étude de l'histoire de la Grèce ancienne.

Comment être autochtone : du pur Athénien au Français raciné, Le Seuil, 2003 ; La déesse parole : quatre figures de la langue des dieux, Flammarion, 2001 ; Comparer l'incomparable, Le Seuil, 2000 ; Dionysos mis à mort, Gallimard, 1998 ; Apollon, le couteau à la main : une approche expérimentale du polythéisme grec, Gallimard, 1998 ; Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Pocket, 1995 ; Les ruses de l'intelligence : la "mètis" des Grecs (avec Jean-Pierre Vernant), Flammarion, 1993 (Champs) ; La vie quotidienne des dieux grecs, Hachette, 1993 ; L'invention de la mythologie, Gallimard, 1992 ; L'écriture d'Orphée, Gallimard, 1989 ; Les Jardins d'Adonis, Gallimard, 1989 ; Dionysos à ciel ouvert, Hachette, 1986 ; La Cuisine du sacrifice en pays grec (avec Jean-Pierre Vernant), Gallimard, 1979 ; De la pensée religieuse à la pensée philosophique. La Notion de ″daïmon″ dans le pythagorisme ancien, Les Belles Lettres, 1963

Conférences à l'Hôtel du département des Bouches-du-Rhône
52 avenue de Saint-Just 13004 Marseille
18h45, ENTREE LIBRE

Catégories

Lieux

  • Hôtel du département des Bouches-du-Rhône - 52, avenue de Saint-Just
    Marseille, France

Dates

  • jeudi 13 janvier 2005
  • jeudi 18 novembre 2004
  • jeudi 09 décembre 2004
  • jeudi 03 février 2005
  • jeudi 03 mars 2005
  • jeudi 24 mars 2005
  • jeudi 28 avril 2005
  • jeudi 12 mai 2005

Contacts

  • Echange et diffusion des savoirs ~
    courriel : contact [at] des-savoirs [dot] org

Source de l'information

  • Arnold Cécile
    courriel : cecile [dot] arnold [at] des-savoirs [dot] org

Pour citer cette annonce

« La fin des certitudes », Cycle de conférences, Calenda, Publié le mercredi 06 octobre 2004, http://calenda.org/189407