AccueilSciences humaines et religion (XVIe-XXe siècles)

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Publié le jeudi 07 octobre 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

Colloque organisé par la Société française pour l'histoire des sciences de l'homme (Paris, 21-23 septembre 2005)

Annonce

Sciences humaines et Religion(s). XVIe-XXe siècles

Colloque de la Société Française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme
(S.F.H.S.H.). Septembre 2005

Selon la célèbre « loi des trois états » d’Auguste Comte, l’humanité serait passée par trois stades : théologique, métaphysique et positif. Le règne des sciences (l’âge « positif ») prendrait donc naissance au moment où l’humanité sortirait de la phase religieuse de son existence morale, via la transition que constitue sa phase « métaphysique ». Et, pour le fondateur du positivisme, cette loi ne s’applique pas qu’aux sciences de la nature, mais aussi à la science de l’Humanité, couronnement du savoir positif : la sociologie ». Pourtant, c’est le même Comte qui organisa le cercle de ses disciples en une église, dont il définit soigneusement le dogme, les rites, en une fascination non dissimulée pour le catholicisme.

Ce raccourci sans doute simplificateur fait surgir toute la complexité des rapports entretenus par les sciences de l’homme avec la pensée religieuse. L’objectif de ce colloque est de tenter d’ordonner ces questions, de faire un bilan de la réflexion actuelle, voire de s’interroger sur certaines évidences admises. En croisant questionnement épistémologique et démarche historiographique rigoureuse et originale, plusieurs niveaux de discussion peuvent être identifiés.

1. Science et Religion : confrontation et mimétisme

Conformément au schéma de Comte, il est généralement admis que les sciences de l’homme prennent naissance dans les sociétés occidentales quand la croyance et les cadres religieux perdent de leur importance dans les consciences, mais aussi dans le champ institutionnel. Le développement des sciences de l’homme suppose une laïcisation du savoir qui s’est traduite notamment par l’émergence des institutions académiques modernes. Au sein de celles-ci la religion a constitué d’ailleurs l’un des objets privilégiés des sciences de l’homme naissantes. S’y est développée une « science des religions » proprement dite, tandis que la psychiatrie, la psychologie, l’histoire, la sociologie déplaçaient plus ou moins la religion vers le religieux, un fait humain, rien qu’humain, justiciable d’approches se revendiquant comme neutres. Ces démarches ne pouvaient apparaître que comme polémiques aux yeux des religions officielles et l’étaient souvent, plus ou moins explicitement, pour les savants eux-mêmes.

Ce cadre dressé à grands traits mérite toutefois interrogations et nuances. On peut s’interroger tout particulièrement sur ce qui a été décrit souvent, peut-être un peu vite, comme le combat des sciences de l’homme contre les limites qu’une religion officielle a pu lui tracer. L’un des exemples les plus illustratifs est sans doute celui des théories polygéniste ou évolutionniste des origines de l’homme, avec leurs conséquences dans les domaines de l’anthropologie, de l’ethnologie et de l’archéologie préhistorique, question dont on sait qu’elle n’est pas totalement close. Mais si l’on peut parfois légitimement parler de combat, on peut parler aussi de réappropriations, car les sciences humaines se sont emparées, et s’emparent encore, de certains concepts et de certaines pratiques religieuses. Ainsi les psychologues du XIXe siècle ont-ils proposé de mener des psychothérapies s’apparentant à des confessions, à des directions de conscience ou à des cures d’âme. Par ailleurs, les institutions académiques elles-mêmes peuvent être étudiées comme des héritières des institutions religieuses, avec leurs dogmes, leur rites, leurs hiérarchie. Ainsi les institutions scolaires, notamment en France, héritent d’une longue tradition cléricale. Les acteurs qui officient dans les cadres académiques, « clercs » ou « intellectuels », sont liés par des croyances communes qui prennent parfois l’aspect de « religions laïques ». Ainsi le scientisme, comme la libre pensée, ont pu épouser les formes de leurs adversaires idéologiques.

2. La religion et le savoir positif versus les sciences de l’homme comme messianisme

Le discours religieux, qui prétend lui aussi à une connaissance du monde, peut tout à la fois prendre appui sur des éléments empruntés au savoir que produisent les sciences de l’homme et contribuer à son développement.

Sans doute faut-il revenir sur la contribution des hommes de religion à la genèse des sciences de l’homme dans de nombreux domaines. Des cas célèbres concernent l’archéologie préhistorique et la paléontologie humaine ou encore, plus anciennement, l’ethnographie et la géographie qui s’appuient sur la connaissance de « terres de mission ». Plus récemment, d’autres missionnaires » ont contribué au développement de la socio-ethnologie urbaine ou de la sociologie du travail. De même, si les psychologues héritèrent souvent des pratiques des prêtres, inversement, dans leurs relations avec les fidèles, ceux-ci ont pu s’inspirer des psychologues et des psychanalystes, voire devenir aux-mêmes psychologues et psychanalystes. La frontière, souvent fine, entre les dimensions apologétiques et positives des discours « scientifiques » des hommes de religion appelle des études détaillées.

Mais les acteurs des sciences de l’homme ont pu poursuivre eux aussi des fins apologétiques. Comme les religions, les sciences de l’homme se sont parfois proposé de réformer l’homme et la société. Un objectif explicite des fondateurs de la sociologie était de rendre théoriquement compréhensible et pratiquement possible une société où la religiosité et les cadres moraux qu’elle portait auraient disparu. Il ne faut donc pas s’étonner de leur propension à fonder des « églises » et à publier des « catéchismes » tout au long du XIXème siècle. Ainsi le marxisme a pu être considéré comme le dernier grand messianisme de l’Occident. De même, la psychanalyse a pu faire figure de mouvement proposant une nouvelle foi et une nouvelle spiritualité. Ces questions, déjà abondamment étudiées, méritent toujours d’être discutées.

3. Soubassements théologiques des sciences de l’homme et limites pratiques de la rationalité

Finalement, c’est le statut même du discours des sciences humaines qui peut être interrogé à l’aune de la pensée religieuse. C’est ici paradoxalement dans les champs du savoir les plus développés du point de vue des méthodes analytiques qu’on trouve les exemples les plus pertinents : ne pourrait-on pas avancer, de manière polémique, que l’économie politique d’une part, la psychologie de l’autre sont devenues en un certain sens des formes théologiques modernes ? La pédagogie, dans son effort pour devenir scientifique, ne demeure-t-elle pas assise sur des conceptions religieuses en dépit des proclamations laïques de la majorité de ses théoriciens? La lecture fine d’auteurs et de courants de pensée centraux dans ces disciplines permet souvent de mettre à jour de tels soubassements religieux de la pensée, parfois implicites, parfois totalement explicites.

Les pratiques revendiquées comme rationnelles issues des sciences de l’homme sont, encore aujourd’hui, en concurrence avec d’autres pratiques à la vocation magico-religieuse affirmée. La confrontation est clairement visible dans le domaine de la psychologie, où le praticien entre souvent directement en concurrence avec le prêtre, le marabout ou le voyant, quand il n’établit pas lui-même de syncrétisme théorique comme le propose l’ethno-psychiatrie. Mais les études sociologiques récentes sur les salles de marché boursier montrent que les pratiques magiques sont ici aussi en concurrence avec le calcul économique « rationnel ». Et que penser de la nébuleuse des pratiques de management marquées notamment par les formes de nouvelle religiosité new age » ? Il y a là un vaste champ à explorer.

4. Espaces et temps

La thématique, on le voit, concerne, sur des modes divers et parfois croisés, toutes les sciences humaines. Elle est construite principalement sur la base de l’histoire de l’Occident chrétien, mais des excursus comparatifs dans d’autres bassins culturels et religieux seraient bienvenus. La temporalité enfin mérite une réflexion particulière. Le colloque se propose en effet d’aborder ces questions sur un large espace chronologique, à tout le moins depuis la Renaissance jusqu’à nos jours. La présentation fréquente de cette temporalité comme un vaste mouvement linéaire et occidental de laïcisation des savoirs, conformément là encore à un schéma comtien, appelle questionnements et nuances.

Modalités pratiques

Le colloque se tiendra à Paris, du 21 au 23 septembre 2005

Les propositions de communication (une à deux pages) doivent être adressées avant le 15 décembre 2004 par courrier postal à SFHSH, Centre Koyré, Pavillon Chevreul, 57, rue Cuvier, 75231 Paris Cedex 05, ou par courriel à Jacqueline Carroy jcarroy@ehess.fr <mailto:jcarroy@ehess.fr> et à Nathalie Richard <nrichard@univ-paris1. fr>.

Comité scientifique du colloque
Daniel Becquemont, Philippe Boutry, Jean-François Braunstein, Alain Caillé, Jacqueline Carroy, Pietro Corsi, Marcel Gauchet, Rita Hermon-Belot, Danièle Hervieu-Léger, Dominique Ottavi, Philippe Régnier, Nathalie Richard, Jean-Marc Rohrbasser, Antonella Romano, Philippe Steiner, Wiktor Stoczkowski, Camille Tarot, François Vatin, Fernando Vidal.

Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • samedi 15 janvier 2005

Contacts

  • SFHSH #
    courriel : jcarroy [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Nathalie Richard
    courriel : Nathalie [dot] Richard [at] univ-lemans [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sciences humaines et religion (XVIe-XXe siècles) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 07 octobre 2004, http://calenda.org/189431