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Où en sont les théories de l’action collective ?

VIIIeme congrès de l’association française de science politique

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Publié le mercredi 20 octobre 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

Longtemps relégués ou cantonnés à une place marginale, les mouvements sociaux et l’action collective sont devenus en l’espace de dix ans un objet central d’analyse pour la science politique française. Celle-ci a jusqu’à présent peu pris part aux débats théoriques venus pour l'essentiel, mais pas exclusivement, d'outre-atlantique (à l’exception de l’école tourainienne). Sa contribution a plutôt emprunté des chemins de traverse, issus par exemple de la sociologie de l'engagement partisan et du dialogue avec d'autres disciplines telles que l'histoire.

Annonce

Longtemps relégués ou cantonnés à une place marginale, les mouvements sociaux et l’action collective sont devenus en l’espace de dix ans un objet central d’analyse pour la science politique française. Celle-ci a jusqu’à présent peu pris part aux débats théoriques venus pour l'essentiel, mais pas exclusivement, d'outre-atlantique (à l’exception de l’école tourainienne). Sa contribution a plutôt emprunté des chemins de traverse, issus par exemple de la sociologie de l'engagement partisan et du dialogue avec d'autres disciplines telles que l'histoire. Elle est récemment marquée par le développement des travaux empiriques sur la question.
Objet situé à l’interface de disciplines aux méthodes et aux concepts parfois hétérogènes (histoire, sociologie, anthropologie), l’action collective reste encore un espace de problématiques fragmentées que renforce, depuis presque vingt ans, la recherche de modèles explicatifs pluridimensionnels sur fond de critique et de dépassement des paradigmes longtemps dominants. La mosaïque des études de cas réalisées dans notre pays n’est cependant pas sans cohérence : des lignes de force se distinguent et des voies fécondes d’analyse s’esquissent. Une large réflexion, en forme de discussion critique, sur les instruments conceptuels aujourd’hui usités (carrières militantes, cadrage, répertoires d’action, structure des opportunités politiques) paraît par conséquent indispensable.
 
ENGLISH VERSION

Relegated or confined for a long time to a marginal place, the sociology of social movement and collective action have reached, within the last ten years, a central position in French political sociology which, up to now, did not participate very much in the theoretical debates, mostly (but not exclusively) coming from the other side of the Atlantic – except for the Touraine school. Its contribution has rather taken side roads, coming for instance from sociology of party involvement, and from a dialogue with other disciplines like history. It has recently gone through a development of empirical studies on the subject.
Collective action is a topic situated on the interface of disciplines using methods and concepts sometimes heterogeneous (history, sociology, anthropology). This topic still remains a space of fragmented problematic. This situation has been reinforced, within the past twenty years, by the search for pluridimensional explanatory models, together with a critique and an effort to go beyond prevailing paradigms.
The patchwork of the case studies realized in our country is nonetheless quite coherent : lines of force are emerging, and fruitful tracks of research are taking shape. Consequently, it seems absolutely necessary to carry out a large reflection, and start a critical debate, about the conceptual tools used today (militant careers, framing, repertories of action, political opportunities structure).


La structuration de la table ronde et le choix des interventions seront guidés par trois principes.

- Approfondir un dialogue international entre chercheur-ses français-es, européen-nes et américain-es. Dans un contexte d’internationalisation de la discipline, cette ouverture est d’autant plus nécessaire que les travaux français proposent une réflexion originale qui peut permettre de sortir des cadres aujourd’hui routiniers, et parfois répétitifs, des paradigmes dominants.

- Assurer la pluridisciplinarité en favorisant des interventions d’historien-nes, de sociologues, de psychologues et d’anthropologues, mais aussi en contribuant à développer un dialogue au sein même de la discipline en nouant un dialogue fécond avec d’autres branches de la science politique, Nous entendons y contribuer par cette table ronde en sollicitant aussi bien des études relatives aux processus de socialisation, aux politiques publiques, aux médias, à la construction des problèmes publics, etc.

- Asseoir les communications sur des réflexions et/ou des analyses méthodologiques. Les méthodes ont fait l’objet de peu de réflexions spécifiques dans le cadre de l’analyse des mobilisations. Les discussions conceptuelles ne peuvent pourtant faire l’économie d’une réflexion sur les outils empiriques. L’objectif principal de cette table ronde est en ce sens moins de réunir une collection de réflexions théoriques ou d’études monographiques, que de proposer une réflexion sur les instruments et les manières de faire qui articule systématiquement les discussions conceptuelles aux contraintes de la recherche de terrain.

Quatre axes de réflexion seront privilégiés. Ils constitueront 4 demi-journées de débats.

Atelier 1 : Ancrages sociaux et dynamiques de l’engagement individuel

L’insistance sur les facteurs structurels de la mobilisation par la sociologie anglo-saxonne de l’action collective a conduit à faire de la notion de structure des opportunités politiques un concept clé dans l’explication de l’émergence, mais aussi du développement des protestations collectives. Suscitant une critique nourrie et multiforme, cette notion a fait l’objet de tentatives d’explicitation aussi nombreuses que variées de la part de ses promoteurs. En prenant ces débats comme point de départ, cet atelier entend explorer les possibilités de reformulation théorique du poids des facteurs politiques structurels et contextuels dans la détermination des chances de succès ou d’échec des mouvements.

L’accent sera mis sur les relations qu’entretiennent les groupes protestataires avec les différents secteurs de l’Etat et avec l’ensemble des forces sociales et politiques actives dans l’espace des mobilisations (partis, syndicats, secteur associatif, entreprises, etc.). Il s’agit de placer au centre de la réflexion la question, encore peu explorée, de l’articulation entre action collective, agendas et politiques publiques d’une part, entre représentation des intérêts, expertise et mobilisation d’autre part.

Les propositions doivent être transmises par e-mail aux trois organisateurs au plus tard le 30 novembre 2004.

Elles devront en deux ou trois pages exposer de manière explicite l’objet, l’argumentation développée et la nature des matériaux utilisés. Les auteurs sélectionnés seront informés au plus tard le 15 décembre 2004 et devront remettre une première version du texte complet de leur communication le 15 juin 2005 (pour des raisons liées à l’édition d’un CR-ROM de l’ensemble des textes présentés au congrès).

Les communications pourront être rédigées et présentées en anglais ou en français.

Dans la perspective d’une valorisation efficace des travaux présentés, les contributions écrites ne devront pas excéder 50.000 signes, espaces et notes compris. La bibliographie se présentera en bas de page.

Les contributions émanant de jeunes chercheur-ses seront particulièrement encouragées.

English version

The organization of the round table and the choice of the communications will be guided by three principles.

- Deepen an international dialogue between French, European and American researchers. In a context of internationalization of the discipline, this opening is especially necessary because French studies propose an original reflection which can help to go beyond today’s routine, and sometimes repetitive frames of dominant paradigms.

- Ensure pluridisciplinarity by encouraging interventions of historians, sociologists, psychologists and anthropologists, but also by contributing to develop a dialog within the discipline itself, by starting a fruitful dialog with other branches of Political Science. We want to contribute to this process through this round table by urging studies on the socialization process, as well as public policies, media, social problems, etc.

- Articulate the contributions on methodological reflections and/or analysis. To date, there has not been much methodological thinking in the field of mobilization studies, which is especially problematic since conceptual debates are closely linked to a reflection on empirical tools. In that sense, the main goal of this round table is not to collect a series of theoretical analyses or monographic studies, but rather to propose a reflection on the tools and ways of processing, which will systematically articulate the conceptual discussions with the constraints of field work.

The conference will be organized around four axes which will constitute four half-days of debates.

WORKSHOP 1. Social ties and dynamics of individual engagement.

During the past ten years, a lot of studies have been implemented, which emphasize the logics of individual involvement, in the context of a revival of biographical analysis and life story. Enriched by studies on political socialization on the one hand, and by a reinvestment of symbolic interactionism on the other hand, but also by the ongoing critical debate on rational choice theory, this orientation is also connected with a reflection about inter-individual networks, about the articulation between militant frequentations and sociability, between spheres of life and militant activities, contributing this way to re-formulate, in a renewed way, the question of rewards and incentives.

We ask the participants in this workshop to analyze the various dimensions of militant careers, especially through dispositional traits and the importance of secondary socializations, the transformation of identities and the plurality of actors, the effects of conversion and of socialization linked to militancy, the biographical consequences of engagement, the logics of professional reconversion of militant resources, etc.. It is required here to especially focus on the importance of class affiliations and on the specificity of activist trajectories across gender (membership issues, degree of activism and exit), together with the theoretical and methodological problems raised by the articulation between context and individual history, between objective conditions and reasons of acting.

WORSHOP 2. Naming, claiming blaming. The symbolic dimensions of collective action.

The structuralist approaches which prevailed for a long time in the field of sociology of social movements have led, in the past 20 years, to raising criticisms, questioning the mediations through which the actors experience social constraints and react to them.

For this workshop, the papers are required to question the contributions of the theories emphasising individual and collective identities, ideologies and beliefs, analysis in terms of "frame" and "framing".

In this perspective, we especially encourage the analysis which will on the one hand explore the emotional dimension of mobilization processes, and will on the other hand focus on the contributions of sociology of public problems and those of media studies.

WORKSHOP 3. Repertories of action and diversity of forms of organizations.

The notion of repertory of action underlines to which extent the recourse to political protest is connected to a management of scarce resources. From a diachronic point of view, the methods of action are characterised by a great stability, which makes so much the more remarkable eventual innovations. From a synchronic point of view, not all groups have an equal access to the available forms of action and, depending on the resources they possess, make a choice or are obliged to have recourse to various tools of struggle. Among these resources, forms of organization play a central role. This is the reason why this workshop considers linking the reflection on the repertories of action with the one on building organzations.

The papers could, beyond a theoretical reflection on a widely recognized concept, focus especially on the logics subtending the use by the groups of various elements of the repertory, on the dimensions of a possible contemporary transformation of the methods of action (for instance, trans-nationalization, expertise, renovation of the forms of direct action, impact of the NTIC), linked with the organizational dynamics (for instance, professionalization and institutionalization, structuration in networks and claims for participatory democracy).

WORKSHOP 4. Social movements in the political space.

The sociology of collective action has emphasised the structural factors of mobilization. This has led to making the notion of political opportunity structures a key concept in the explanation of the emergence, but also of the development of protest. This notion led to a copious and multiform set of criticisms, and has been the subject of numerous and various attempts of explanation or refinement from its promoters. By taking these debates as a starting point, this workshop intends to explore possibilities of theoretical reformulation of the influence of structural and contextual political factors in the determination of the chances of success or failure of the movements.

We would like here to emphasise the relationships linking protest groups to the State, understanded as a multi-level and heterogeneous actor, and to the whole field of social and political forces active in the political space (parties, unions, associative sector, companies, etc.) The idea here is to centrally question the articulation between collective action, public agendas and policies on one hand, between representation of interests, expertise and mobilizations on the other hand.

The proposals should be sent by e-mail to the three organizers, no later than November 30, 2004.

They are required to expose in an explicit way, in a 2- or 3-pages document, the subject, the argument developed, and the nature of the data used. The authors who will be selected will be informed on december 15th at the latest, and will be required to send a first version of the complete text of their paper on june 15th (because of the preparation of the publishing of a CD-ROM of all the texts presented at the Conference).

The papers can be written and given in English or French.

In the perspective of an efficient valorisation of the papers presented, the written contributions should not exceed 50 000 signs, including spaces and footnotes. The bibliography will be presented on the end page.

Contributions from graduate students are particularly encouraged.

Depuis une dizaine d’années, se multiplient les travaux mettant l’accent sur les logiques de l’engagement individuel, dans le contexte d’un regain de l’analyse biographique et du récit de vie. Nourrie par le réinvestissement des apports des travaux sur la socialisation politique d’un côté et de l’interactionnisme symbolique de l’autre, mais aussi par la poursuite des interrogations critiques sur les apports du choix rationnel, cette orientation s’appuie également sur une réflexion relative aux réseaux interindividuels, à l’articulation entre fréquentations militantes et sociabilité, entre sphères de vie et activités militantes, contribuant ainsi à poser de manière renouvelée la question des rétributions et des incitations.

Les contributions à cet atelier sont invitées à s’intéresser aux dimensions variées des carrières militantes, à travers notamment les dispositions et le poids des socialisations secondaires, la transformation des identités et la pluralité des acteurs, les effets de conversion et de socialisation liés à la militance, les conséquences biographiques de l’engagement, les logiques de la reconversion professionnelle de ressources militantes, etc.. Sera ici particulièrement encouragée l’attention portée aux poids des appartenances de classe et aux rapports sociaux de sexes, ainsi qu’aux problèmes théoriques et méthodologiques posés par l’articulation entre contexte et histoire individuelle, entre conditions objectives et raisons d’agir.

Atelier 2: Dimensions symboliques de la construction des causes

Les modèles structuralistes longtemps dominants en sociologie des mouvements sociaux ont conduit, depuis une dizaine d’années, à l’émergence de critiques qui s’interrogent sur les médiations par lesquelles les acteurs éprouvent les contraintes sociales et s’y adaptent.

Les contributions de cet atelier sont invitées à revisiter les apports des théories mettant l’accent sur les identités individuelles et collectives, les idéologies et les croyances, les analyses en terme de " cadres " et de " cadrage ".

Dans cette perspective, sont particulièrement bienvenues les réflexions qui, d’une part, exploreront la dimension émotionnelle des processus de mobilisation, et qui porteront, d’autre part, sur les apports de la sociologie de la construction des problèmes publics et ceux de la sociologie des médias.

Atelier 3 : Répertoires d’action et diversité des formes d’organisation

La notion de répertoire d’action souligne à quel point le recours à la protestation politique s’apparente à une gestion de ressources rares. D’un point de vue diachronique, les modes d’action se caractérisent par une grande stabilité, ce qui rend d’autant plus remarquables d’éventuelles innovations. D’un point de vue synchronique, tous les groupes n’ont pas un égal accès aux formes d’action disponibles et, en fonction des ressources dont ils jouissent, choisissent ou se voient contraints de recourir à tels ou tels instruments de lutte. Parmi ces ressources , les formes d’organisation jouent un rôle central. C’est pourquoi cet atelier envisage de lier la réflexion sur les répertoires d’action à celle sur la structuration des collectifs.

Les contributions pourront, au-delà d’une réflexion théorique -pourquoi pas critique- sur un concept largement reconnu, se pencher plus particulièrement sur les logiques sous-tendant l’usage par les groupes de tel ou tel élément du répertoire, sur les dimensions d’une éventuelle transformation contemporaine des modes d’action (par exemple, transnationalisation, expertise, renouvellement des formes d’action directe, impact des NTIC), en lien avec les dynamiques organisationnelles (par exemple, professionnalisation et institutionnalisation, structuration en réseaux et revendications de démocratie participative).

Atelier 4 : Les mouvements sociaux dans l’espace politique

Catégories

Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • mardi 30 novembre 2004

Contacts

  • Eric Agrikoliansky
    courriel : agriko [at] noos [dot] fr
  • Olivier Fillieule
    courriel : Olivier [dot] Fillieule [at] iepi [dot] unil [dot] ch
  • Isabelle Sommier
    courriel : sommier [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier Fillieule
    courriel : Olivier [dot] Fillieule [at] iepi [dot] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Où en sont les théories de l’action collective ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 octobre 2004, http://calenda.org/189491