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Débats indiens sur les Aryas et la civilisation de l’Indus

Par Gérard FUSSMAN, Professeur au Collège de France

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Publié le mercredi 17 novembre 2004 par Natalie Petiteau

Résumé

La première séance du séminaire interdisciplinaire sur le monde indien, demain jeudi 18 novembre de 14h00 à 16h00 en salle 5 au 105, boulevard Raspail, sera consacrée à une question autour de laquelle ont lieu débats intellectuels et vives polémiques: celle des Aryas et de la civilisation de l'Indus. L'intervenant sera Gérard Fussman, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire du monde indien

Annonce

Ethnogénèse, autochtonie et migrations sont des façons légèrement différentes de désigner une réalité très difficile à cerner dans les faits. On sait combien il est difficile, même dans le modèle républicain français, de définir qui est un « vrai » Corse, ou un « vrai » Alsacien. La constitution française interdit de déterminer qui est un « vrai » Néo-calédonien et les démographes ont vivement critiqué la notion de Français de souche. Le débat sur la nationalisation des Turcs en Allemagne, ou l’entrée de la Turquie en Europe, est une autre illustration des sensibilités que ces questions mettent en oeuvre. Encore sont-ce là des exemples européens et les peuples européens, dont la mémoire collective est, depuis la Grèce ancienne, entretenue par les ˛uvres des historiens, sont depuis très longtemps conscients que l’Europe est terre de migrations et d’immigrations. La littérature indienne ancienne (pré-musulmane) nourrit la fiction d’une Inde unitaire, autochtone et sans déplacement de populations. Au 19e siècle, les Indiens non-musulmans reçurent le choc d’une autre vision de l’histoire. Les historiens occidentaux traquèrent dans la littérature indienne les moindres traces de mouvements de population. Les linguistes montrèrent l’hétérogénéité des langues indiennes et donc du peuplement de l’Inde. La grammaire comparée des langues indo-européennes démontra non seulement la proche parenté de l’Avesta, texte d’immigrants récents pas trop bien considérés, et du R?g-Veda, mais accumula aussi les indices montrant que le sanskrit, loin d’être la langue éternelle et parfaite des dieux, était la langue d’envahisseurs brutaux venus d’Europe. Le choc fut encore plus grand dans les années 20 du 20e siècle quand les archéologues, en mettant au jour les restes d’Harappa et Mohenjo-Daro, démontrèrent qu‚avant la venue des locuteurs du sanskrit védique, traditionnellement appelés Åryas, l’Inde du nord possédait une civilisation très avancée, bien plus brillante que celle des ancêtres supposés des hautes couches de la société brahmanique, les Åryas. Ceci suscita une série de débats intra-indiens, science indigène versus science coloniale, civilisation dravidienne versus civilisation indienne, et, plus politiquement, définition de l’indianité. Bien que de nombreux savants indiens, tout en étant souvent d’origine brahmanique et presque toujours fervents nationalistes, aient accepté les conclusions des savants occidentaux, beaucoup d’Indiens traditionnalistes les refusèrent. Avec le BJP, leurs idéologues arrivèrent au pouvoir et « safranisèrent » les manuels d’histoire.

Lieu salle 105 du bd Raspail à l'EHESS

Catégories

  • Asie (Catégorie principale)

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • jeudi 18 novembre 2004

Contacts

  • Denis Matringe
    courriel : Matringe [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Catherine Sautter
    courriel : sautter [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Débats indiens sur les Aryas et la civilisation de l’Indus », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 17 novembre 2004, http://calenda.org/189610