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Pertinence et impertinence des catégories d'âge contemporaines

Journées d'études, appel à communication

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Publié le vendredi 24 décembre 2004 par Marin Dacos

Résumé

Les transformations économiques et sociales des dernières décennies semblent avoir ‘brouillé’ la cartographie des âges dans nos sociétés. Quelle pertinence gardent alors les catégories d’âge, en tant que représentations du monde social et catégories normatives orientant les pratiques ? La situation contemporaine est paradoxale. Pour interroger ce paradoxe, le questionnement peut être décliné à trois niveaux : -celui des débats scientifiques ayant discuté des limites des catégories d’âge pour rendre compte des parcours de vie. En quoi sont-elles fécondes - ou pas - pour comprendre et expliquer ? -celui des acteurs collectifs (institutions, entreprises, médias) utilisant des catégories d’âge comme cibles de politiques de gestion, de communication ou de vente. Comment s’imposent-elles - ou pas - comme légitimes et opératoires pour les pratiques ? -celui des acteurs individuels qui mobilisent dans leurs discours et leurs interactions quotidiennes des catégories d’âge pour se situer et situer autrui. Comment s’élaborent-elles pour interpréter les biographies et les positions dans différents contextes sociaux ?

Annonce

JOURNEES D’ETUDES INTERDISCIPLINAIRES
30 ET 31 MAI 2005
EHESS, 54 BD RASPAIL, 75006 PARIS
Appel à communications


A l’initiative de l’Atelier « Ages et apprentissages » de doctorants du Centre d’Etude des Mouvements Sociaux, avec l’appui de l’Ecole doctorale de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Comité d’organisation :

Carole Viaud-Gayet, Judit Vari, Marielle Poussou-Plesse, Agathe Gestin, Béatrice Delay.

Comité scientifique :

Marc Bessin (CNRS-CEMS), Vincenzo Cicchelli (Paris V-CERLIS), Alain Cottereau (CNRS-EHESS-CEMS), Didier Demazière (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines-Printemps), Anne-Marie Guillemard (Paris V-CEMS), Sabina Loriga (EHESS-CRH), Monique de Saint-Martin (EHESS-CEMS).


Les transformations économiques et sociales des dernières décennies semblent avoir ‘brouillé’ la cartographie des âges dans nos sociétés. La fragilisation de la relation d’emploi salariale a désorganisé les carrières professionnelles, l’allongement des études a repoussé l’entrée dans la vie active sans la garantir, la hausse tendancielle de l’espérance de vie s’est accompagnée d’une diversification des figures de la retraite, la complexification des parcours conjugaux et familiaux a contribué à multiplier les ‘crises’ de l’existence… Dans le même temps, de nouveaux supports et instances de socialisation se sont multipliés : croissance des médias et des technologies de la communication, développement des structures de garde et d’accueil des jeunes enfants et des personnes dépendantes, montée de l’engagement associatif des retraités, rôle accru des intermédiaires de l’emploi accompagnant les formes variées de mobilité, d’insertion et de réinsertion professionnelles… Qu’ils soient classiquement étudiés (école, famille, entreprise…) ou plus récemment appréhendés, les cadres de socialisation sont traversés par un processus général d’individualisation qui soumet les acteurs aussi bien à des exigences qu’à des opportunités nouvelles pour négocier et moduler leurs itinéraires de vie.
Dès lors, la perspective traditionnelle en terme de cycle de vie, assignant à chaque âge, dans un ordonnancement chronologique réglé, des statuts et rôles à la fois stables et exclusifs de ceux des autres âges, est pour le moins bousculée : les régulations collectives qu’elle suppose, basées sur des seuils relativement standard, des normes statutaires partagées et des horizons temporels prévisibles ne semblent plus correspondre aux logiques plus hétérogènes et incertaines du formatage du cours de vie. Si à certains égards, elle reste un schéma général de référence, notamment pour les institutions de protection sociale organisant la solidarité entre les âges (les générations du welfare), l’idée de cycle de vie est assez unanimement aujourd’hui considérée comme trop linéaire, trop rigide, trop masculine aussi, pour rendre compte de la pluralité des parcours de vie, de leur caractère évolutif et parfois erratique.
Quelle pertinence gardent alors les catégories d’âge, en tant que représentations du monde social et catégories normatives orientant les pratiques ? La situation contemporaine est paradoxale. Par certains côtés, l’imprécision, le flou des frontières des anciennes catégories d’âge ont stimulé un processus de recatégorisation : des logiques de fractionnement introduisent des distinctions de plus en plus fines entre les âges. Ainsi en va-t-il de la séquence préadolescence, adolescence, post-adolescence qui est soutenue non seulement par d’indéniables pratiques distinctives (en terme de sociabilité entre pairs et de ciblage marketing de produits) mais également par le regard de la psychologie du développement. Par d’autres côtés, les difficultés de bornage des âges ont conduit à pointer ce qu’ils ont en commun, à rendre sensible aux traits, aux situations, aux expériences qu’ils peuvent partager : des logiques d’indistinction semblent relativiser l’opposition entre les classes d’âge. On souligne ainsi les proximités existant entre les statuts intermédiaires occupés par les salariés quinquagénaires en sortie anticipée et ceux assignés aux jeunes dans leur processus d’entrée dans la vie active. Contre les discontinuités abruptes, on parle alors en terme de processus : adulescence, maturescence…
Sans doute l’ambivalence de cette double tendance – entre spécification et relativisation des différences – n’est-elle pas inédite historiquement. Mais son acuité semble une spécificité contemporaine.

Pour interroger ce paradoxe, le questionnement peut être décliné à trois niveaux :
- celui des débats scientifiques ayant discuté des limites des catégories d’âge pour rendre compte des parcours de vie. En quoi sont-elles fécondes - ou pas - pour comprendre et expliquer ?
- celui des acteurs collectifs (institutions, entreprises, médias) utilisant des catégories d’âge comme cibles de politiques de gestion, de communication ou de vente. Comment s’imposent-elles - ou pas - comme légitimes et opératoires pour les pratiques ?
- celui des acteurs individuels qui mobilisent dans leurs discours et leurs interactions quotidiennes des catégories d’âge pour se situer et situer autrui. Comment s’élaborent-elles pour interpréter les biographies et les positions dans différents contextes sociaux ?

La question du ‘brouillage’ des âges et son traitement scientifique

Ce premier axe appelle des contributions sur les pratiques de recherche. Il invite en particulier des doctorant-e-s et post-doctorant-e-s à présenter la manière dont ils ont pu rencontrer, au cours de la construction de leur objet, des conceptualisations divergentes des âges ou d’un âge, certaines construisant plutôt les âges comme des catégories distinctes, spécifiques, exclusives, d’autres approches cherchant davantage à intégrer dans la catégorisation même des âges l’idée de leur proximité, de leur définition réciproque ou de leur réversibilité.
On pourra alors s’interroger sur les éléments théoriques, empiriques ou institutionnels qui ont conduit à s’inscrire plutôt dans un type d’approche que dans un autre, ou qui ont amené à les combiner, à les amender.
De manière suggestive, on peut citer quelques points de départ à partir desquels la question de la délimitation des âges a pu être réfléchie : la préconstruction de l’objet de recherche par le partenaire institutionnel de la recherche, des données statistiques qui définissent des populations en tranches d’âge standard, le choix théorique d’appréhender la socialisation comme processus réciproque et en conséquence de ne pas privilégier a priori l’action socialisatrice des adultes…

Les âges comme cibles de politiques et de communication

Ce second axe propose de montrer comment la catégorisation d’âge sert d’instrument opératoire pour trier, évaluer, gérer des populations (clientèles, publics, candidats, personnel salarié, patients…).
Il s’agit tout d’abord de voir dans quelle mesure des acteurs collectifs font face à la tension entre un usage classique de l’âge chronologique comme critère simple et commode et des définitions alternatives, plus complexes, des moments de la vie où sont supposées se trouver leurs ‘cibles’.
Pour prendre des exemples empruntés au contexte français actuel, on peut se demander comment se définit un ‘haut potentiel’ dans les politiques de gestion des ressources humaines qui établissent par ailleurs leur ‘pyramide des âges’ pour gérer le renouvellement de leurs effectifs. Ou encore, si les politiques de l’emploi ont institutionnalisé la catégorie de ‘chômeur âgé’ sur un seuil d’âge chronologique comme catégorie sans avenir professionnel, elles viennent aussi d’entériner un ‘droit à la formation tout au long de la vie’. Si les politiques de santé publique ont construit l’adolescence comme une ‘catégorie à risque sanitaire’, le projet récent de ‘maison de l’adolescence’ se veut une réponse globale à l’ensemble des préoccupations et besoins d’un groupe d’âge dont on reconnaît la diversité.
Mais les identités d’âge proposées par ces acteurs collectifs ne sont pas systématiquement avalisées, ni a fortiori intériorisées par les acteurs individuels. On connaît par exemple les ratés de la communication commerciale et médiatique aux ‘seniors’, communication qui se cherche encore... C’est pourquoi les contributions pourront utilement s’intéresser aux manières dont les individus jouent et déjouent les supports de distinction proposés.

Les âges comme catégories interprétatives des moments biographiques et des situations de la vie quotidienne.

Ce troisième axe est centré sur les manières dont l’individu décrypte ses expériences biographiques et ses interactions à l’aide de catégories d’âge. Nous voudrions placer au cœur des analyses la question de la pluralité des contextes d’inscription de l’individu. En effet, les espaces de catégorisation sont multiples et les identifications d’âge intermittentes. Ce qui peut confronter les individus à des injonctions contradictoires et/ou paradoxales. Ainsi un jeune adulte sera considéré et sommé d’être autonome et responsable dans la situation professionnelle qu’il occupe, par exemple, en tant qu’animateur de centre de vacances, mais de retour à sa vie étudiante, il pourra être perçu et se percevoir comme dépendant de ses parents.
De même, si l’individu est pluriel, se pose la question de savoir comment se définit pour lui ‘le bon moment pour’ (avoir un premier ou un dernier enfant, se reconvertir, prendre sa retraite…) au carrefour de ses différentes trajectoires (scolaire, amoureuse, professionnelle, résidentielle…).
Enfin, les situations concrètes de cohabitation des âges doivent permettre d’examiner les logiques de typification réciproques et les jeux qu’elles autorisent en situation. Comment peut-on être jeune mais poli dans une interaction se déroulant dans l’espace public ? Qu’est-ce que veut dire être une ‘mamie moderne’ ? Comment assume-t-on sa position de ‘nouvelle recrue’ porteur de la modernisation de l’entreprise tout en marquant de la déférence pour l’expérience de ses collègues plus âgés ? Coopération, conflit, respect, indifférence, connivence… : les logiques à l’œuvre dans les pratiques ordinaires, lorsque l’âge est en jeu, ouvrent un vaste champ d’exploration.

Cet appel à contributions est né d’interrogations de doctorant-e-s en sociologie concernant les catégories d’âge contemporaines. Pour autant, il se veut interdisciplinaire et en particulier ouvert aux mises en perspective historiques ou anthropologiques des questionnements proposés. De même, des propositions s’inscrivant dans les disciplines du droit, de la linguistique, des sciences de gestion ou des sciences de la communication pourront de manière très fructueuse compléter les approches développées.

Calendrier :

- Envoi des propositions de communication : avant le 19 février 2005.
Elles doivent comporter le titre de la communication, un résumé de la communication (d'une page maximum), l’axe dans lequel elle souhaite s’inscrire ainsi qu’un bref C.V. du ou des auteurs.
- Sélection des communications et réponse aux auteurs : 14 mars 2005.
- Date limite d'envoi des communications, accompagnées d'un résumé de 250 mots : 15 avril 2005. Toutes ces propositions sont à envoyer par email et sous format word à : categoriesdage2005@yahoo.fr

Une page web dédiée aux journées d'études, hébergée sur le site du CEMS, donnera l'accès au programme des journées ainsi qu'aux résumés des communications.

Pour tout renseignement, vous pouvez contacter :

Carole Gayet : carole_gayet@yahoo.fr / 01 42 94 92 79
Marielle Poussou-Plesse : marielle.poussou@wanadoo.fr / 01 39 52 50 72

Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • samedi 19 février 2005

Contacts

  • Marielle Poussou-Plesse
    courriel : centre-georges-chevrier [at] u-bourgogne [dot] fr
  • Judit Vari
    courriel : vari_judit [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Judit Vari
    courriel : vari_judit [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pertinence et impertinence des catégories d'âge contemporaines », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 24 décembre 2004, http://calenda.org/189738