AccueilLes relèves en Europe d'un après-guerre à l'autre (1920-1950)

Les relèves en Europe d'un après-guerre à l'autre (1920-1950)

Racines, réseaux, projets et postérités

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Publié le vendredi 21 janvier 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Convaincus du rôle dévolu à la jeunesse dans la direction des États et des sociétés et à la recherche permanente d’une "troisième voie" originale entre des démocraties libérales jugées fatiguées et des alternatives autoritaires ou totalitaires inspirées du fascisme ou du communisme, ces nouveaux mouvements, souvent qualifiés de non-conformistes, entendaient bien inscrire leur action dans un cadre européen. Selon une démarche comparatiste, on examinera successivement les causes de l’émergence des nouvelles relèves en Europe, les contacts et les réseaux à l’œuvre parmi les mouvements non-conformistes, les thèmes transversaux qui traversent et animent ces mouvements et les postérités avec la construction européenne du fait des multiples liens existant entre ces héritages et les mouvements fédéralistes européens de l’après 1945.

Annonce

Convaincus du rôle dévolu à la jeunesse dans la direction des États et des sociétés et à la recherche permanente d’une "troisième voie" originale entre des démocraties libérales jugées fatiguées et des alternatives autoritaires ou totalitaires inspirées du fascisme ou du communisme, ces nouveaux mouvements, souvent qualifiés de non-conformistes, entendaient bien inscrire leur action dans un cadre européen. Selon une démarche comparatiste, on examinera successivement les causes de l’émergence des nouvelles relèves en Europe, les contacts et les réseaux à l’œuvre parmi les mouvements non-conformistes, les thèmes transversaux qui traversent et animent ces mouvements et les postérités avec la construction européenne du fait des multiples liens existant entre ces héritages et les mouvements fédéralistes européens de l’après 1945.

Les lendemains de la Première Guerre mondiale et surtout la crise des années trente ont vu éclore dans de nombreux pays européens, particulièrement en Europe occidentale, des groupements qu’il est convenu d’appeler "non-conformistes" et qui se posent en relèves d’élites politiques et intellectuelles jugées défaillantes. "Jeune Droite", "Ordre nouveau", "Esprit" en France, "Gegner" en Allemagne, "New Britain" outre-Manche mais aussi "L'Esprit nouveau" et "Communauté "en Belgique, "Jung Luxemburg" ou des revues comme "L’Essor" en Suisse participent de ce mouvement d’ensemble. Convaincus du rôle dévolu à la jeunesse dans la direction des États et des sociétés, soucieux de rechercher une "troisième voie" entre des démocraties libérales jugées à bout de souffle et des alternatives autoritaires ou totalitaires inspirées du fascisme ou du communisme, ils entendent inscrire leur action dans un cadre européen, persuadés que le cadre national n’a plus guère de raison d’être et qu’à une crise européenne, il faut une réponse européenne, même si, entre ces différents mouvements la réponse n’est pas univoque.

Si de nombreuses études ont été consacrées à certains de ces mouvements dans le cadre d’historiographies nationales, aucun effort d’ensemble n’a jusqu’à présent été mené pour essayer de les relier, à l’exception de rencontres franco-allemandes. Ce travail est pourtant nécessaire pour deux raisons majeures.

La première est que ces groupements sont, durant l’entre-deux-guerres, très largement ouverts sur les autres pays et que des échanges existent, notamment entre mouvements et revues français, belges et luxembourgeois. Si le "non-conformisme" est un moment européen, il est aussi un foyer de transferts, de médiations et de mise en place de réseaux. Ces derniers sont la seconde source d’intérêt d’une telle rencontre car ils sont riches de leur postérité. En effet, de nombreuses associations européistes de l’après Seconde Guerre mondiale ne sont intelligibles que si un pont est jeté entre l’entre-deux-guerres et les années de Libération et de Reconstruction : beaucoup de figures des relèves des années trente se retrouvent pour animer des organes fédéralistes. Le colloque invite donc, par conséquent, à prendre en charge une comparaison internationale sur une moyenne durée, des lendemains du premier conflit mondial aux lendemains du second.

Quatre axes d’études sont envisagés :

I. L’ENJEU DES RACINES ET DE LA PÉRIODISATION

L’objet de ce premier axe est de s’interroger sur les causes de l’émergence du phénomène et de l’aborder dans une perspective résolument comparatiste pour faire ressortir les lignes de force des convergences mais aussi des singularités entre les différents États et sociétés. Trois questions peuvent guider la réflexion : la prise de compte du poids de l’avant 1914 (la "génération" de 1910), le choc du conflit et la crise de reconversion des années vingt. Si tous ces éléments sont présents dans chacun des cas, leur importance est fonction des situations et peut être génératrice de décalages même s’il est entendu que le tournant des années trente signifie partout une maturation du phénomène.

II. FIGURES ET GROUPEMENTS : QUELLES DYNAMIQUES DE RÉSEAUX ?

L’objet de ce second axe est de dépasser la commodité et la facilité d’une juxtaposition et de privilégier les échanges, les médiations et les transferts. Il s’agit de s’attacher ici à la circulation des hommes et des idées en travaillant en particulier sur les rencontres internationales (peu étudiées à l’exception de celles du Sohlberg) comme sur la réception des acteurs comme des idées dans chacun des pays. Les hommes voyagent et prononcent des conférences. Les livres se diffusent par le biais d’échos et de comptes rendus. C’est à l’étude de ces différentes intersections qu’il importe de se livrer.

III. LES PROJETS

L’objet de ce troisième axe est de privilégier des thèmes transversaux qui se retrouvent dans chacun des pays et pour l’ensemble des groupements considérés. Cinq peuvent être ici retenus : le personnalisme, le planisme, le corporatisme, la construction d’une Europe unie et ses modalités, le fédéralisme. Ils traversent, à des degrés et selon des modalités divers, l’ensemble des mouvements et revues considérées. Il s’agit ici de saisir à la fois les lignes de force mais aussi les singularités de formulations entre leurs différentes expressions.

IV. LES POSTÉRITÉS

Ce dernier axe vise à faire le lien et le pont entre l’entre-deux-guerres, la Seconde Guerre mondiale et l’après guerre. Les postérités avec la construction européenne seront mises en avant du fait des multiples liens existant entre ces héritages et les mouvements fédéralistes de l’après 1945. Un second angle d’approche peut être également souligné, qui recoupe pour partie le précédent : l’affirmation et la prise en compte du régionalisme et du communalisme. Dans les débats sur l’Europe des régions ou les jumelages des communes et, par extension sur la construction d’espaces transfrontaliers et transnationaux, les relèves des années trente et leurs épigones jouent un rôle de premier plan.

Programme

Mercredi 16 mars 2005

1. Les fascismes et les nouvelles relèves en Europe (sous la présidence de Serge Berstein, Institut d’études politiques de Paris)

Didier Musiedlak (Université de Paris X-Nanterre) : "La notion de nouvelles élites en Italie (1900-1930)"

Olivier Dard (Université de Metz) : "Existe-t-il une "Jeune Droite" dans l’Europe des années trente ?"

Stefan Breuer (Hamburger Hochschule für Wirtschaft und Politik) : "La réception du fascisme italien par les revues et par les groupes « néo-nationalistes » allemands des années 1920"

Francesco Germinario (Fondazione Luigi Micheletti, Brescia) : "La collaboration des intellectuels étrangers à la revue juridique Lo Stato"

Bernd Wedemeyer (Université de Göttingen) : "Corps et nationalisme dans l’Allemagne de Weimar"

2. Les milieux catholiques face aux nouvelles relèves (sous la présidence du Prof. Philippe Levillain, Université de Paris X-Nanterre)

Étienne Deschamps (CVCE et Université catholique de Louvain) : "Le groupe de L’Esprit nouveau (1931-1936) : des nouvelles relèves belges dans l’action"

Francis Balace (Université de Liège) : "Itinéraires croisés d’une génération catholique liégeoise face aux idéaux non-conformistes"

André Grosbusch (Lycée classique de Diekirch) : "La relève selon Pierre Frieden pour le Luxembourg et l'Europe de l'après-guerre : les Cahiers du Redressement"

Ina Schmidt (Hamburger Hochschule für Wirtschaft und Politik) : "La perspective européenne dans les milieux néo-païens en Allemagne dans l’entre-deux-guerres"

Jeudi 17 mars 2005

1. Planisme et corporatisme (sous la présidence du Prof. René Leboutte, Université du Luxembourg et Université d’Aberdeen)

Alain Chatriot (École des hautes études en sciences sociales, Paris) : "Les nouvelles relèves et le corporatisme, visions françaises des expériences européennes"

Dieter Gosewinkel (Wissenschaftzentrum, Berlin) : "Plan et planisme de l’entre-deux-guerres à la Communauté européenne en France et en Allemagne"

Michela Nacci (Université de l’Aquila) : "Corporatisme, fascisme, technique : politique de la crise et défis européens dans l’Italie des années trente"

Dirk Luyten (Centre d’études et de documentation ‘Guerre et sociétés contemporaines’, Bruxelles) : "Le corporatisme, l'idéologie nouvelle d'une jeune élite belge ?"

2. Figures, mouvements et revues (sous la présidence du Prof. François Cochet, Université de Metz)

Emmanuelle Hériard-Dubreuil (Université de Cambridge) : "Mouvements personnalistes des années trente : Denis de Rougemont médiateur"

Christian Roy (Université Laval, Québec) : "La réception du groupe personnaliste Ordre Nouveau en Hongrie et aux Pays-Bas durant les années trente"

Nicolas Le Moigne (Mission historique française en Allemagne, Göttingen) : "Les wandervögel allemands : une jeunesse allemande entre nationalisme et Sécession (1896-1933)"

Romain Ducoulombier (Institut d’études politiques de Paris) : "L’homme nouveau totalitaire"

Thomas Keller (Université de Provence, Aix-Marseille I) : "Les troisièmes voies en Europe : un transfert infra-européen"

Vendredi 18 mars 2005

1. Les groupements tournés vers l’extérieur (sous la présidence du Prof. Michel Dumoulin, Université catholique de Louvain)

Christophe Le Dréau (Université de Paris I Sorbonne) : "Une Europe non-conformiste dans les années trente : les rêves européistes de New Britain"

Geneviève Duchenne (Université catholique de Louvain) : "Les nouvelles relèves en Belgique francophone (1926-1936). Une source pour l’européisme ?"

Christine Manigand (Université de Poitiers) : "La Fédération internationale universitaire pour la SDN : un observatoire des jeunes relèves européennes"

Klaus-Peter Sick (Centre Marc Bloch, Berlin) : "La révolte pragmatique et la notion de l'Europe. La carrière d'un concept en France entre 1930 et 1950"

2. Les postérités (sous la présidence du Prof. Sylvain Schirmann, Université de Strasbourg)

François Denord (CNRS-Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques, Université de Lille I) : "Les postérités des relèves néo-libérales au tournant des années cinquante en France"

E-Martin Meunier (Université d’Ottawa) : "La postérité personnaliste de la « Révolution tranquille » au Québec"


Catégories

Lieux

  • Luxembourg
    Luxembourg, Grand-Duché de Luxembourg

Dates

  • mercredi 16 mars 2005

Fichiers attachés

Contacts

  • Olivier Dard
    courriel : DARD222 [at] aol [dot] com
  • Etienne Deschamps
    courriel : etienne [dot] deschamps [at] cvce [dot] lu

Source de l'information

  • Etienne Deschamps
    courriel : etienne [dot] deschamps [at] cvce [dot] lu

Pour citer cette annonce

« Les relèves en Europe d'un après-guerre à l'autre (1920-1950) », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 21 janvier 2005, http://calenda.org/189804