AccueilLes structuralismes linguistiques: problèmes d’historiographie comparée

Les structuralismes linguistiques: problèmes d’historiographie comparée

Colloque de la Société d’Histoire et d’Epistémologie des Sciences du Langage

*  *  *

Publié le lundi 31 janvier 2005 par Marin Dacos

Résumé

Annonce

Colloque de la Société d’Histoire et d’Epistémologie des Sciences du Langage

(entrée libre)


Vendredi 4 et samedi 5 février 2005.

Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines, 15 parvis René Descartes, 69 007 Lyon.

Responsable scientifique: Christian Puech.

Contacts SHESL: Jean-Marie Fournier (jmfnier@wanadoo.fr) / Valérie Raby (valerie.raby@wanadoo.fr)


Les structuralismes linguistiques: problèmes d’historiographie comparée

(programme et résumés)

On se souvient quel'ouvrage de G. Lepschy - rédigé progressivement dans les années 60, mais paru en 1968 en traduction française a eu un rôle "paradigmatique" en France dans la diffusion des idées (linguistiques) structuralistes, alors que se mettait en place un enseignement universitaire systématique dans les départements de Lettres, au moment même où les "idées structuralistes" étaient débattues bien au-delà du cercle relativement étroit des linguistes, et alors que Benveniste prenant acte des critiques de Chomsky - soulignait le "comique" de ce succès anachronique.

Aujourd'hui, la situation a changé. On ne sait trop si le paradigme structuraliste a été profondément intégré, s'il a été dépassé, s'il a été rendu obsolète par son succès même ...ou par ses limites.

La "re-découverte" des manuscrits saussuriens a peut-être changé nos représentations de cette histoire. En tous cas, les ouvrages cherchant à donner une image synthétique ou au contraire plus circonstanciée (structuralisme est-européen, américain, européen, réception internationale du Cours de linguistique Générale…) de ce paradigme se multiplient.

Malgré la relative proximité de la période concernée (les années 50/60), le structuralisme est peut-être aujourd'hui un objet historique. Est-il temps de faire l’histoire du structuralisme? Comment? Selon quelle périodisation? Quel empan géographique? Culturel?

PROGRAMME

Vendredi 4 février, après-midi

14 h. - Christian Puech (Université Paris III Sorbonne Nouvelle)

Est-il temps de faire l’histoire des structuralismes?

14 h. 50 - Patrick Sériot (Université de Lausanne)

Le refus de Saussure en URSS : un problème de théorie de la connaissance

15h. 40 - Pause

16 h. - Stijn Verleyen (Université de Leuven)

La phonologie diachronique de Martinet et ses sources pragoises

16 h. 40 - Franco Lo Piparo (Université de Palerme)

Le premier manifeste du structuralisme linguistique: le chapitre 20 de la Poétique d’Aristote.

Samedi 5 février, matin

9 h. 15 - Gabriel Bergougnioux (Université d’Orléans)

Du Mémoire au Cours: une filiation phonologique du structuralisme?

10 h. 05 - Jean-Claude Chevalier (Université Paris VIII)

Linguistique et philologie françaises devant l'analyse des structures. 1880-1956

10 h. 55 - Pause

11 h. 10 - Jörn Albrecht (Université de Heidelberg)

La pénétration des idées structuralistes dans les pays germanophones

12 h. - John E. Joseph (Université d’Edimburgh)

Pour une réévaluation des frontières nationales dans la linguistique des années 1930-60

Samedi 5 février, après-midi

14 h. - Table ronde

La table ronde réunira certains des participants plus d’autres autour a) d’un ouvrage choisi par chacun et présenté de manière critique; b) des problèmes que pose le structuralisme «extra-linguistique» (anthropologie, littérature, sémiologie/sémiotique, …) à l’histoire du structuralisme «proprement» linguistique:

Sophie Fisher, John E. Joseph, Jacqueline Léon, Béatrice Godard-Wendling, Christian Puech, etc.

16 h. - Clôture du colloque

16 h. 30 - Assemblée Générale de la SHESL

RESUMES DES INTERVENTIONS

Jörn Albrecht (Université de Heidelberg)

La pénétration des idées structuralistes dans les pays germanophones

Abstraction faite de Karl Bühler, membre germanophone du Cercle Linguistique de Prague, et de certaines universités suisses situées dans les cantons de langue allemande, les différentes écoles structuralistes européennes, pour des raisons historiques bien connues, n'ont trouvé un écho dans les pays germanophones qu'après la guerre. Jusque vers 1950 environ, l'Allemagne et l'Italie ont été des "pays sans structuralisme" (E. Coseriu). En plus, la pénétration tardive des idées structuralistes a été freinée par le fait, qu'elle a eu lieu en même temps que la réception de l'école bloomfieldienne et de la "première vague" du générativisme, ce qui n'a pas facilité les choses. Dans mon intervention je tâcherai de démêler les écheveaux enchevêtrés d'une histoire de réception bien compliquée et de déterminer l'impact des écoles structuralistes sur la linguistique actuelle dans les pays germanophones.

Gabriel Bergougnioux (Université d’Orléans)

Du Mémoire au Cours: une filiation phonologique du structuralisme?

Le Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes a marqué l’une des premières étapes, peut-être la première, du structuralisme phonologique. Il est suivi par une série d’essais de Saussure (qui ont été publiés dans les années 90) et par le CLG. Il y a une disjonction entre le premier travail et la suite des travaux dans la production d’une approche structuraliste et aussi dans la réception par les comparatistes ou les structuralistes américains ou russes.

Jean-Claude Chevalier (Université Paris VIII)

Linguistique et philologie françaises devant l'analyse des structures. 1880-1956

En France, le développement de l'analyse des langues est marqué par deux phénomènes principaux:

1° Le développement de la Société de Linguistique de Paris à partir de 1863 et surtout à partir de 1880, date de l'arrivée de Saussure à Paris, Saussure qui prend aussitôt une part active dans l'orientation de la Société.

2° La séparation dans les années 1860-70 de la Philologie et de la Linguistique, référée au livre de Hovelacque, La Linguistique. Cette séparation sera accentuée à partir des années 80 et surtout 90 par la répartition des tâches entre deux "patrons"de très forte personnalité: Meillet pour la Linguistique, Brunot pour la philologie.

L'évolution des idées linguistiques, l'implantation de nouvelles institutions à partir des années 1920 permettent de préciser les conditions de l'explosion linguistique en France après 1945.

John E. Joseph (Université d’Edimburgh)

Pour une réévaluation des frontières nationales dans la linguistique des années 1930-60

L’évidence s’impose que les linguistes dans la période d’avant la guerre froide se souciaient peu des frontières linguistiques et des divisions nationales. Les différences culturelles existaient certainement, mais, le cas extrême de l’URSS mis à part, il n’y avait pas vraiment de fermeture.

Pourtant, dans l’après-guerre un plus grand séparatisme commença à se développer, et après s’être accru dans les années 50, il atteint son sommet dans les années 60. Ce séparatisme, bien qu’il n’ait jamais été complet, produisit une situation telle que seule une minorité de linguistes portait attention aux traditions autres que la leur propre. En même temps, le mythe d’un «séparatisme originaire» est projeté rétrospectivement sur le passé, et on voit se cristalliser des périodisations et des traditions nationales - comme le «structuralisme américain» - longtemps après leur disparition. Dans mon intervention j’examine l’évidence et la nature largement mythique de certaines de ces constructions rétrospectives, la difficulté qu’on rencontre à les remettre en cause une fois qu’elles ont pris racine, et les principes qu’on doit se donner pour établir des catégorisations plus solides.

Franco Lo Piparo (Université de Palerme)

Le premier manifeste du structuralisme linguistique: le chapitre 20 de la Poétique d’Aristote

Le structuralisme linguistique moderne commence, bien sûr, avec Ferdinand de Saussure, et il continue avec les contributions théoriques des grands linguistes du vingtième siècle: Trubeskoj, Jakobson, Hjelmslev, Benveniste, Martinet. Il existe pourtant une histoire cachée du structuralisme linguistique avant sa dénomination, qui est encore à découvrir. Le bref chapitre vingt de la Poétique d’Aristote est une étape, théoriquement déjà très élaborée, de cette histoire profonde.

Au cours de l’exposé, à travers une lecture analytique du chapitre 20, on verra qu’Aristote y décrit la langue (léxis) comme une machine qui, en articulant des structures à la fois autonomes et interdépendantes, produit un nombre infini de significations.


Christian Puech (Université Paris III Sorbonne Nouvelle)

Est-il temps de faire l’histoire des structuralismes?

Il s’agit ici d’essayer d’inventorier les différents préalables à une histoire possible des structuralismes linguistiques alors que a) le paradigme structural a quitté le devant de la scène depuis longtemps déjà sans qu’on puisse dire s’il a été supplanté et/ou assimilé, b) que les travaux d’histoire des structuralismes référés à des aires géographiques différentes (Europe, Amériques, Europe de l’est…) connaissent une relative renaissance, c) que l’image de sa source commune (F. de Saussure) s’est largement modifiée depuis une trentaine d’années (édition Engler, 1974).

On «plaidera»pour

- une relativisation de la situation française par comparaison avec d’autres contextes culturels,

- une évaluation «au plus juste» de l’apport saussurien et des différentes formes qu’il a pu prendre,

- une contextualisation plus «serrée» du CLG dans les problématiques linguistiques de la fin du XIX° siècle,

- une prise en compte distanciée, enfin, des différentes extrapolations extra-linguistiques auquel le paradigme de la linguistique structurale a pu donner lieu.

On portera particulièrement attention à la complexité de la situation française dans l’après-seconde guerre mondiale et à la polarisation du structuralisme français sur le signe et la sémiologie.


Patrick Sériot (Université de Lausanne)

Le refus de Saussure en URSS : un problème de théorie de la connaissance

La réception de Saussure en URSS n'a cessé d'osciller entre des extrêmes, fondés sur des malentendus. Entre "on connaissait tout ça depuis longtemps" (Scherba, 1923) et "c'est le chef de file de la linguistique bourgeoise idéaliste" (Filin, 1933), Saussure a été soit banalisé comme faisant partie du "même", soit rejeté dans l'"autre" absolu, les termes de la polémique tournant souvent autour de notions telles que "l'idéalisme", "la société","l'individu".

On reprendra les étapes de ce mouvement de balancier, en insistant sur les thèmes-clés :

- du côté du rejet : l'accusation d'anti-historisme, la passivité de la masse parlante, l'arbitraire du signe, le caractère aléatoire du changement linguistique, l'anti-téléologisme, l'insistance sur la nécessité de "dépasser les antinomies" (partagée par les Russes du Cercle de Prague);

- du côté de la fascination : la notion de "système", mais qui dérive souvent dans celle de totalité organique, sans manque.

Mais un point reste constant jusqu'à aujourd'hui : jamais n'est relevé la notion épistémologique de "point de vue". C'est là le point aveugle fondamental de la réception de Saussure dans la linguistique soviétique, aux conséquences incalculables.


Stijn Verleyen (Université de Leuven)

La phonologie diachronique de Martinet et ses sources pragoises

Dans cette communication, je propose une analyse épistémologique et historiographique de la théorie de phonologie diachronique proposée par Martinet (cf. Martinet 1955). Martinet est une figure emblématique dans l'histoire du structuralisme, surtout dans le cadre d'une historiographie comparée des différentes variantes de ce courant en linguistique. En effet, il eut des liens assez directs avec les phonologues de Prague, et il fut aussi l'un des introducteurs, en France, du modèle glossématique de Hjelmslev (cf. Martinet 1946). D'autre part, grâce à son séjour aux États-Unis dans l'immédiat après-guerre, il est entré en contact, tant avec le structuralisme néo-bloomfieldien qui dominait alors la scène, qu'avec la grammaire générative naissante. En plus, il a préparé la voie à la sociolinguistique en tant que directeur de thèse d'Uriel Weinreich (cf. Koerner 2002).

La théorie du changement phonologique développée par Martinet, qui prend forme autour du concept d'économie (cf. Verleyen 2004), doit beaucoup à la conception pragoise du changement phonologique et linguistique en général (cf. Jakobson 1928, 1929, 1931), même si Martinet a pris ses distances vis-à-vis de l'enseignement pragois sur plusieurs points importants, notamment en ce qui concerne la causalité finale et la tendance à l'harmonie des systèmes phonologiques.

Nous regarderons de plus près quelques notions-clés dans l'œuvre de Martinet (fonction, structure, économie, etc.) et nous confronterons ses vues aux textes pragois, ainsi qu'à ceux de ces continuateurs (e.g. Haudricourt Juilland 1949, Hagège Haudricourt 1978).


Hagège, C. Haudricourt, A. 1978. La phonologie panchronique. Paris: PUF.

Haudricourt, A. Juilland, A. 1949. Essai pour une histoire structurale du phonétisme français. Paris: Klincksieck.

Jakobson, R. 1928. “The Concept of the Sound Law and the Teleological Criterion”. [Selected Writings, vol. I, 1-2. The Hague: Mouton, 1962]

Jakobson, R. 1929. “Remarques sur l’évolution phonologique du russe comparée à celle des autres langues slaves”. Travaux du Cercle linguistique de Prague 2. 5-118.

Jakobson, R. 1931. “Prinzipien der historischen Phonologie”. Travaux du Cercle linguistique de Prague 4. 247-267.

Koerner, E.F.K. 2002. “William Labov and the Origins of Sociolinguistics in America”. In: Koerner, E.F.K., Toward a History of American Linguistics, 253-284. London: Routledge.

Martinet, A. 1946. “Au sujet des fondements de la théorie linguistique de Louis Hjelmslev”. BSLP 42. 19-42.

Martinet, A. 1955. Économie des changements phonétiques traité de phonologie diachronique. Berne: Francke.

Verleyen, S. 2004. “Le concept d'économie dans la théorie linguistique d'André Martinet (1908-1999)”. In: Hassler, G. Volkmann, G. (éds), The History of Linguistics in Texts and Concepts, vol. I, 365-377. Munster: Nodus.

Contact SHESL

Jean-Marie Fournier (jmfnier@wanadoo.fr) / Valérie Raby (valerie.raby@wanadoo.fr)

Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • vendredi 04 février 2005

Contacts

  • Jean-Marie Fournier
    courriel : jean-marie [dot] fournier [at] univ-paris-diderot [dot] fr
  • Valérie Raby
    courriel : valerie [dot] raby [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les structuralismes linguistiques: problèmes d’historiographie comparée », Colloque, Calenda, Publié le lundi 31 janvier 2005, http://calenda.org/189828