AccueilUsages et représentations du temps dans les sociétés littorales

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Publié le vendredi 11 février 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Annonce

USAGES ET REPRÉSENTATIONS DU TEMPS DANS LES SOCIÉTÉS LITTORALES
Colloque pluridisciplinaire
Appel à contribution

Pour le chercheur qui souhaite enquêter sur la question des usages, des conceptions et des représentations du temps, les sociétés littorales présentent à n'en pas douter un intérêt particulier. Les multiples activités liées à la présence de la mer qui s'y sont développées au cours de l'histoire ont chacune à leur manière imprimé à la vie sociale des rythmes spécifiques. On pense bien sûr à la pêche côtière ou hauturière, avec ses saisons et ses campagnes d'une durée variable. À l'exploitation de l'estran, au rythme des marées, par les communautés situées à proximité du rivage. Aux activités portuaires associées au cabotage, au grand commerce maritime ou à la présence de flottes de guerre. Ou encore à l'essor plus récent du tourisme balnéaire, qui est à l'origine d'une opposition tranchée entre haute et basse saisons. Au total, c'est toute la vie sociale qui s'est au moins en partie organisée en fonction des contraintes temporelles dictées par la mer. Ajoutons que le développement d'activités industrielles (arsenaux ou conserveries) a introduit, avec la généralisation du salariat et de la discipline usinière, de nouveaux rapports au temps.
L'exercice d'un métier détermine forcément un usage particulier du temps. Cependant les individus, les ménages ou les groupes peuvent être impliqués simultanément dans différents types d'activités (industrielles, halieutiques, agricoles, militaires, commerciales ...) qui ont chacune leur propre tempo. D'autre part les populations du littoral ne vivent pas enfermées dans un isolat, coupées du monde extérieur : elles sont aussi soumises aux rythmes de la société englobante dont elles sont une composante. D'où l'intérêt d'étudier comment s'entrecroisent, se confrontent, dans les villes portuaires et les villages de la côte, différentes expériences sociales du temps et de la durée.
Nous proposons ici quelques pistes de réflexion, sous forme de questionnements, aux chercheurs qui seront intéressés par ce colloque pluridisciplinaire organisé à Lorient par le SOLITO (Histoire et Sciences Sociales du Littoral et de la Mer, université de Bretagne-Sud). Cette rencontre aura lieu au mois de juin 2006.

L'ordonnancement du temps social. De manière très générale, il s'agira d'observer comment et dans quelle mesure la présence de la mer et le développement d'activités affectées par des cycles ou par des ruptures, façonnent les rythmes de la vie sociale. Autrement dit comment l'existence quotidienne des populations du littoral s'organise, dans la durée, en relation avec les diverses activités liées à la mer. On peut bien entendu envisager plusieurs angles d'approche.
- Une première étape consisterait à décrire comment ces activités s'organisent dans le temps. À mettre au jour l'ensemble des contraintes qui déterminent des temporalités spécifiques. Il peut s'agir de contraintes économiques, techniques, politiques, par exemple, mais aussi de contraintes institutionnelles (réglementation des dates d'ouverture et de clôture de la pêche pour telle ou telle espèce, système d'attribution de congés, abolition de la réglementation relative au repos dominical, etc.). On pourrait s'attacher à déterminer comment ces rythmes diffèrent d'un lieu à l'autre, en fonction de la conjoncture (crise sardinière, guerres, conditions météorologiques, etc.). Dans une perspective diachronique, il faudrait s'attacher à mettre en évidence dans quelle mesure les mutations économiques, institutionnelles ou techniques (techniques de pêche ou de navigation) ont affecté l'organisation du travail et l'ordonnancement du temps social (à l'image de ce qu'ont fait les spécialistes des migrations temporaires qui ont décrit le déclin, au dix-neuvième siècle, des migrations saisonnières au profit de migrations pluriannuelles, viagères et finalement définitives).
- L'imbrication sur la frange littorale d'activités diversifiées implique la coexistence, au sein d'une même population, d'usages sociaux du temps qui ne sont pas forcément synchronisés. Mais c'est surtout la persistance, jusqu'à l'époque contemporaine, de formes variées de pluriactivité qui pose problème, chaque métier ayant ses rythmes et ses contraintes propres, s'organisant selon une alternance spécifique entre périodes creuses et périodes de presse. Pour prolonger la réflexion engagée dans le cadre du colloque organisé en 2002 à l'université de Bretagne-Sud (G. Le Bouëdec et al., Entre terre et mer. Sociétés littorales et pluriactivités, Rennes, PUR, 2004), on pourrait se demander comment, dans les campagnes, l'économie domestique a pu s'adapter à l'absence des hommes embarqués à l'époque des grands travaux agricoles.
- Il faudrait enfin se demander comment les rythmes imposés par la pratique du métier influent sur la vie sociale. On pourrait par exemple réfléchir aux implications de l'absence périodique des hommes sur le cycle de la vie familiale, la répartition des tâches ou les rapports de pouvoir au sein de la maisonnée. À l'impact des départs et des arrivées de navires sur la sociabilité portuaire et l'organisation de la vie collective dans le quartier ou la cité (pensons - entre autres exemples - aux manifestations festives et/ou religieuses qui rythment la vie des pêcheurs telles que les cérémonies de la mise à l'eau des chaloupes ou les rituels associés à l'accostage du navire, etc. ). Une autre interrogation pourrait porter sur la gestion des temps-morts par les équipages en attente durant les escales.

Perception du temps et dispositions temporelles. Dans quelle mesure les représentations sociales du temps sont-elles façonnées par l'organisation du travail dans le cadre des différents métiers, ou par l'expérience collective du temps sur la frange littorale ?
- On pourrait par exemple se demander si, à l'image de ce que l'on observe dans les communautés agraires, le caractère cyclique de certaines activités (pêche, exploitation de l'estran soumis au cycle des marées) façonne des conceptions particulières du temps ?
- Il faudrait également s'interroger sur l'impact des activités les plus récentes sur l'usage et la perception du temps individuel ou collectif. On pense notamment à l'apparition du tourisme balnéaire, qui instaure l'alternance d'une saison active et d'une morte-saison. Mais on pourrait aussi réfléchir, dans la lignée des travaux fondateurs d'E. P. Thompson, à l'impact des activités industrielles (arsenaux et conserveries, avec leurs marqueurs temporels spécifiques, sirènes ou sifflets) sur l'arithmétique des jours et le quadrillage quotidien du temps (nécessaire adaptation des populations à une découpe plus précise du temps, mais aussi à une temporalité plus linéaire que celle qui était associée à la sonnerie des cloches). Le problème très général de l'influence de la diffusion du salariat sur le rapport au temps des agents économiques ne saurait être négligé. Il faudrait enfin se demander dans quelle mesure le système des classes et de l'Inscription maritime, en introduisant la notion de « carrière » jalonnée d'étapes successives, a pu modifier la perception du temps individuel ou familial.
- Existe-t-il une spécificité littorale en matière de perception du temps politique ? S'est-on par exemple interrogé sur l'impact des campagnes de pêche sur la participation à la vie civique à compter de 1848 (la crise politique ou l'élection peuvent intervenir alors que les marins sont en mer, ce qui provoque des décalages) ?

L'événement maritime. Comment les populations réagissent-elles face à l'intrusion de l'événement maritime dans le temps quotidien (naufrage, tempête, « raz-de-marée », guerres - qui désorganisent l'économie et la vie sociale - mauvaise saison ou crise) ? Comment ces ruptures temporelles sont-elles vécues, perçues, interprétées, reconstruites ? Peut-on caractériser les attitudes des populations face à l'aléatoire (catastrophe, tarissement des ressources). Est-ce que la conscience des aléas de la pêche induit de nouvelles dispositions temporelles, un nouveau rapport à l'à-venir ? Observe-t-on des manières particulières d'apprivoiser l'aléatoire, de domestiquer l'imprévisible ? Peut-on observer la diffusion d'une représentation du futur comme « champ de possible qu'il appartient au calcul d'explorer et de maîtriser » (P. Bourdieu), dont on a pu dire qu'elle était propre aux économies capitalistes ?
Les propositions de communication, accompagnées d'un titre, ne devront pas excéder une page (environ 3500 caractères). Elles devront être adressées, avant le 1er octobre 2006, par courrier ou e-mail, à l'une des deux adresses suivantes :

solito@univ-ubs.fr
Valérie Sauvaire
Université de Bretagne-Sud Laboratoire du SOLITO
Maison de la Recherche
4, rue Jean-Zay
56325 Lorient Cedex

francois.ploux@univ-ubs.fr



Comité d'organisation.
François Ploux (université de Bretagne-Sud). Gérard Le Bouëdec (université de Bretagne-Sud). Laurent Le Gall (Université de Bretagne-Sud), Jean-René Couliou (Université de Bretagne Occidentale)


Catégories

Lieux

  • Lorient, France

Dates

  • samedi 01 octobre 2005

Contacts

  • Ploux François
    courriel : francois [dot] ploux [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Ploux #
    courriel : francois [dot] ploux [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Usages et représentations du temps dans les sociétés littorales », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 11 février 2005, http://calenda.org/189865