AccueilFaut-il tuer la liberté d'expression?

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Publié le mercredi 16 mars 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

La liberté totale d’expression est-elle positive? Le retour en force d’un moralisme laïque et du politiquement correct dans nos sociétés semble vouloir nous démontrer le contraire. Il est en effet légitime de s’interroger sur la valeur d’une telle liberté face à tous les massacres perpétrés au XXe siècle au nom d’idéologies totalitaires. La liberté d’expression n’est-elle qu’un outil au service de la vérité ou peut-elle aussi devenir une incitation dangereuse à la haine ? Sommes-nous libres de penser sans limites, d’exprimer nos opinions, même les plus amorales, et de prendre ainsi le risque de les expérimenter? Ne vaut-il pas mieux que l’État pose des cadres immuables – et notamment éthiques – à cette liberté? Dans ce cas, comment être sûr que ce cadre ne glisse pas à terme vers une répression totalitaire? Pour lutter contre les idéologies dangereuses, l’ignorance et les tabous sont-ils préférables à la discussion?

Annonce

Faut-il tuer la liberté d’expression ?
Le jeudi 31 mars 2005
De 18h30 à 19h30
À l’Hôtel Hyatt Regency Montréal
Entrée libre


Conférenciers

  • Élisabeth Vallet, chercheure à la Chaire Raoul-Dandurand

  • Roch Carrier, romancier et recteur du Collège militaire royal de Saint-Jean-sur-Richelieu

  • Catherine Lalonde, danseuse, poète et nouvelliste
La liberté totale d’expression est-elle positive? Le retour en force d’un moralisme laïque et du politiquement correct dans nos sociétés semble vouloir nous démontrer le contraire. Il est en effet légitime de s’interroger sur la valeur d’une telle liberté face à tous les massacres perpétrés au XXe siècle au nom d’idéologies totalitaires. La liberté d’expression n’est-elle qu’un outil au service de la vérité ou peut-elle aussi devenir une incitation dangereuse à la haine ? Sommes-nous libres de penser sans limites, d’exprimer nos opinions, même les plus amorales, et de prendre ainsi le risque de les expérimenter? Ne vaut-il pas mieux que l’État pose des cadres immuables – et notamment éthiques – à cette liberté? Dans ce cas, comment être sûr que ce cadre ne glisse pas à terme vers une répression totalitaire? Pour lutter contre les idéologies dangereuses, l’ignorance et les tabous sont-ils préférables à la discussion?


Censure et liberté d’expression

Dans nos sociétés occidentales, la liberté d’expression est protégée par les lois. Elle offre aux citoyens, quels qu’ils soient, le droit d’exprimer des idées qui peuvent aller à l’encontre du pouvoir en place. En effet, l’article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit aux citoyens ainsi qu’à la presse la liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression. Pourtant, il comporte également une clause restrictive: « Même si ces libertés sont très importantes, les gouvernements peuvent parfois les restreindre. Par exemple, les lois pour lutter contre la pornographie et la propagande haineuse apportent des limites raisonnables à la liberté d'expression puisqu'elles empêchent qu'un préjudice soit causé à des personnes et à des groupes[1]. » La radio CHOI-FM en a fait les frais l’été dernier lorsque le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a décidé de ne pas renouveler sa licence[2]. En France, « l’incitation à la haine raciale ou religieuse » est désormais interdite par la loi. De même, l’article 20 du Pacte international des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques (1976) interdit « tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence ». Ces limites imposées par les institutions rappellent la critique platonicienne de la démocratie : les hommes étant esclaves de leurs sens et de leurs pulsions, ils ont besoin d’une cité régie par des « philosophes-rois », dépositaires de la sagesse, pour prendre des décisions ordonnées et justes à leur place. La censure ne serait donc pas dénuée de justifications morales ou sociales.

Que penser dès lors de cette liberté d’expression bâillonnée pour le bien commun? Si nous sommes tous choqués lorsque des journalistes ou des artistes sont poursuivis, emprisonnés, voire assassinés pour leurs opinions dans des pays où la liberté d’expression est inexistante, le consensus se défait lorsque, en France, l’écrivain Michel Houellebecq est poursuivi pour avoir tenu des propos injurieux envers l’Islam dans un livre. Pourtant, là encore, il s’agit également de censure. « La censure, c’est maintenant les groupes de pression, les catholiques intégristes, les écologistes, les anti-écologistes, les gays, les anti-gays, les féministes, les anti-féministes, Alain Delon, EuroTunnel… » a dit l’avocat Emmanuel Pierrat[3]. Et les auteurs qui dérangent ne sont plus condamnés à la prison mais au versement de dommages et intérêts. En France, 14 000 procès par an sont faits en la matière. En plus de cette censure économique, agit une forme de censure sociale qui exclut les auteurs politiquement incorrects. Par exemple, les œuvres de Nietzsche, Kierkegaard ou Céline posent plus que jamais des problèmes d’ordre éthique. En effet, faudrait-il rééditer les pamphlets antisémites de Céline au nom de la liberté d’expression? Ou alors interdire toute l’œuvre de Nietzsche à cause de l’influence qu’a pu avoir ses écrits ? Une opinion peut-elle réellement inciter à la haine?

Le débat Faut-il tuer la liberté d’expression? réunira chercheurs et écrivains pour réfléchir, entre autres, à certaines des questions soulevées dans cette présentation.

Les conférences politico littéraires de la Chaire Raoul-Dandurand

Artistes et scientifiques se rencontrent rarement sur la place publique. On a l’habitude d’inviter les premiers à parler de leurs créations dans des événements publics, tandis que les seconds diffusent en vase clos leur savoir et leurs réflexions sur le monde. Pourtant, tous oeuvrent à se construire un regard particulier sur le monde qui les entoure, pour le comprendre ou l’expliquer, pour remettre en cause les vérités établies ou pour témoigner d’un passé, d’une culture ou d’une identité. C’est pourquoi la Chaire Raoul-Dandurand et la Fondation Metropolis bleu ont pris l’initiative de faire tomber les barrières de leurs disciplines respectives en offrant au public des conférences rassemblant chercheurs et écrivains sur les grands enjeux contemporains des relations internationales. En confrontant les visions du monde issues des sciences humaines à celles qui se dégagent dans la littérature et les arts, les conférences littéraires permettront d’enrichir scientifiques, artistes et public en créant un dialogue multidisciplinaire et ouvert sur le monde.

Pour de plus amples renseignements, contactez la Chaire à chaire.strat@uqam.ca ou consultez le site Internet de la Fondation Metropolis bleu : www.blue-met-bleu.com.

Conférence organisée par la Fondation Metropolis bleu, en collaboration avec la Chaire Raoul-Dandurand à l’occasion du 7e Festival littéraire international de Montréal METROPOLIS BLEU qui aura lieu du 30 mars au 3 avril 2005 à l’Hôtel Hyatt Regency Montréal


Catégories

Lieux

  • Montréal, Canada

Dates

  • jeudi 31 mars 2005

Contacts

  • Huyghebaert Céline
    courriel : chaire [dot] strat [at] uqam [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Céline Huyghebaert - Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques ~
    courriel : chaire [dot] strat [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Faut-il tuer la liberté d'expression? », Informations diverses, Calenda, Publié le mercredi 16 mars 2005, http://calenda.org/189991