AccueilActualité d'Abdelmalek Sayad

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Publié le mercredi 06 avril 2005 par Nancy Murzilli

Résumé

Annonce

"Les sociétés d'accueil et d'origine devraient avoir à cœur toutes les deux, chacune à sa manière et chacune en ce qui la concerne, d'intégrer à leur propre histoire, la part qui leur revient respectivement dans la relation qui les lie l'une à l'autre et d'accepter cette part d'histoire pleinement et lucidement, en toute connaissance de cause et surtout sans aucun complexe, ni sentiment de honte ou de culpabilité. Or, elles répugnent toutes deux à s'avouer à elles-mêmes la vérité de leur entreprise et du même coup, leur propre vérité de société d'émigration pour l'une, c'est-à-dire au fond de société qui exporte des ressortissants nationaux, actuels ou potentiels (c'est le cas avec l'émigration familiale) sous couvert de n'exporter que des travailleurs vacants et seulement des travailleurs et de société d'immigration pour l'autre, c'est-à-dire de société qui en réalité importe des citoyens ou tout au moins, ses citoyens de demain (c'est le cas avec l'immigration de familles entières) et par là même, une fraction de ce qui sera tôt ou tard partie intégrante de la population nationale" (Histoire et recherche identitaire, page 17)."

"Malgré l'extrême diversité des situations, malgré les variations qu'il revêt dans le temps et dans l'espace, le phénomène de l'émigration-immigration manifeste des constantes, c'est-à-dire des caractéristiques (sociales, économiques, juridiques, politiques). Ces constantes constituent comme une sorte de fond commun irréductible, qui est le produit et en même temps, l’objectivation de la pensée d’Etat, forme de pensée qui reflète, à travers ses propres structures (structures mentales), les structures de l’Etat, ainsi faites corps (…) Penser l’immigration, c’est penser l’Etat (…) et c’est l’Etat qui se pense lui-même en pensant l’immigration (…) Ce qu’on découvre de la sorte, c’est une vertu secrète de l’immigration comme étant une des introductions et peut-être la meilleure qui soit, à la sociologie de l’Etat. Pourquoi ? Parce que l’immigration constitue comme la limite de ce qu’est l’Etat national, limite qui donne à voir ce qu’il est intrinsèquement, sa vérité fondamentale. Il est comme dans la nature même de l’Etat de discriminer et, pour cela, de se doter préalablement de tous les critères de pertinence nécessaires pour procéder à cette discrimination, sans laquelle il n’y a pas d’Etat national, entre les nationaux qu’il reconnaît comme tels (…) et les autres " (La double absence, page395-396).


Abdelmalek SAYAD (1933-1998), sociologue, directeur de recherche au CNRS fut un analyste pointu de nos sociétés, celles qui se font écho de part et d’autre de la Méditerranée, en quelque sorte prises dans un rapport à la fois de proximité et de distance, de connivences et de rapports de force.

Son intuition, ses exigences méthodologiques et théoriques pour appréhender dans le même mouvement d’analyse société d’accueil et société d’origine, passé et présent, ont donné aux analyses d'Abdelmalek Sayad une portée originale et inestimable dans le champ de recherche portant sur les migrations. Ses entretiens qui donnaient véritablement la parole aux migrants, ces "sans paroles" et ces "sans histoires", permettaient ainsi de lier histoire singulière et histoire collective, approche macrosociologique et microsociologique, en quelque sorte, une vision heuristique vue d'en bas des rapports sociaux, ceux qui se nouent à des niveaux et à des échelles différentiés (individu, famille, groupe, société, Etat-nations, aires géographiques, etc.).

Dans la continuité de la première rencontre qui a porté sur une lecture de l'œuvre de Sayad à travers la question des figures multiples du passeur, l’Association des Amis d'Abdelmalek Sayad organise un colloque international à l'horizon décembre 2005. Il s'agira d'interroger l'actualité d'une œuvre qui par ses multiples ramifications a pu saisir les rapports de complémentarité entre disciplines différentes, entre démarches et entre objets sociaux traditionnellement analysés de façon distincte ou perçus comme étrangers au champ d'étude des migrations. Bien plus, loin de cantonner l'œuvre de Sayad à la seule sociologie des migrations - dont il fut l'un des initiateurs marquants en France - l'enjeu du colloque est de procéder à un renversement de problématiques, à savoir comment des disciplines différentes (science politique, démographie, histoire, droit, philosophie, anthropologie, sociologie (du droit, de l'éducation, de la famille, de la santé) à travers des objets d'analyse multiples font écho à une œuvre riche et fondatrice de ruptures et d’apports épistémologiques.

Cette approche nous semble rendre justice à un travers dénoncé par le chercheur, à savoir l'indignité sociale conférée à l'objet "immigration" à la fois en tant que problème social et en tant qu'objet d'étude académique. Ce faisant, le colloque se propose de poursuivre une intention inscrite au cœur du travail sociologique de l'auteur, à savoir l'entreprise de dévoilement autour notamment des questions ayant trait aux relations entre immigration, Etat, et Nation : l'auteur n'a t-il pas en effet, conféré à la sociologie de l'immigration, le statut de la meilleure introduction à une sociologie de l'Etat, et partant à une sociologie du pouvoir au sens le plus générique du terme ?

Le colloque prévu en décembre 2005 se propose de faciliter la rencontre et le débat, en séances plénières et en ateliers, d'acteurs venant d'horizons géographiques, professionnelles, disciplines universitaires aussi diverses que possibles.

Les propositions de communication qui ne doivent pas excéder 1500 signes, devront être envoyées au plus tard le 31 mai 2005 au secrétariat du colloque, à l'adresse courriel suivante : newcal@noos.fr. Elles seront étudiées au cours du mois de juin 2005. Les auteurs dont les propositions de communication auront été retenues, devront procéder à l'envoi de leur texte de communication rédigé (10 pages maximum) au plus tard le 30 juillet 2005.

Site internet de l'association : www.abdelmaleksayad.org

Comité scientifique
Jérome BOURDIEU, Chargé de recherche à l'INRA, Paris,
Abdelhafid HAMMOUCHE, Maître de conférence, Université Lumière Lyon 2,
Antoine LAZARUS, Professeur de santé publique à l'URF de Médecine Publique de Bobigny,
Remi LENOIR, Professeur à l'Université de Paris I,
Christian de MONTLIBERT, Professeur de Sociologie à l'Université Marc Bloch de Strasbourg,
Louis PINTO, Directeur de recherche CNRS, Paris,
Alexis SPIRE, Maître de conférence, Université de Lille 2,
Tassadit YACINE, Maître de conférence à l'EHESS, Paris.


Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mardi 31 mai 2005

Source de l'information

  • Association des amis d'Abdelmalek Sayad
    courriel : newcal [at] noos [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Actualité d'Abdelmalek Sayad », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 06 avril 2005, http://calenda.org/190080