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Emotions, corps et santé

Journées scientifiques nationales des 24 et 25 novembre 2005, MSH Paris-Nord

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Publié le jeudi 07 avril 2005 par Nancy Murzilli

Résumé

Séminaire Inter MSH / Réseau de doctorants et post-doctorants " santé et société "

Annonce

Séminaire Inter MSH / Réseau de doctorants et post-doctorants " santé et société "

MSH Paris-Nord / MSH Toulouse

Animation scientifique et organisation : Fabrice Fernandez (CIRUS-Cers, Université Toulouse 2), Hélène Marche (CIRUS-Cers, Université Toulouse 2), Samuel Lézé (ENS), Odile Steinauer

Argument

On décrit couramment à travers la " civilisation des mœurs et des pulsions " un processus qui, en introduisant le temps de la réflexion et de l’auto-contrôle, notamment dans le rapport à autrui, a produit la dissociation des émotions et pratiques impulsives des discours et des pratiques raisonnées.

Etymologiquement, l’émotion définit un mouvement vers l’extérieur. Au XVIe siècle, elle désigne d’abord " mouvement " puis au XVIIIe siècle, elle prend le sens d’" agitation populaire ". Elle se répand à partir du XVIIe siècle dans le sens d’" agitation mentale ". Il existe actuellement une quantité de définitions ou de versions de ce qu’est une émotion.

On la distingue souvent du sentiment, plus diffus, et de la passion, plus violente. Si ces distinctions s’opèrent selon un degré d'intensité, elles déclinent implicitement des rapports au temps différents. L'émotion conserve la propriété de l'instant, et apparaît dans le contexte du changement. De l'émotion imprécise au sentiment caractérisé, ou de la passion nouvelle au sentiment installé, le continuum désigne en partie une durée, comme une sédimentation progressive des états affectifs. En ce sens, les émotions peuvent être l’objet d’un travail dans le temps.

Les émotions comportent à la fois une dimension d’évaluation et d’expressivité du corps. C’est dans un contexte d’individualisation de la société que les émotions, logées dans l’intériorité du " sujet ", suscitent une attention croissante, une surveillance de soi. À travers leur lisibilité corporelle, les émotions sont parties prenante de l’activité de communication. En ce sens, elles peuvent être l’objet d’un " travail " en fonction des finalités recherchées. D’autre part, de nombreuses recherches ont démontré leurs rôles dans l’activité de réflexion elle-même. Le dualisme cartésien qui sépare le corps de l’âme se trouve ainsi remis en question, induisant un renouvellement théorique de l'approche des émotions dans le domaine des sciences humaines et sociales.

La notion de travail émotionnel, travail sur ses émotions propres ou sur celles d'autrui, renvoie à l'idée selon laquelle le travail sur les émotions participe de la production de la santé, aussi bien dans la sphère domestique que dans la sphère professionnelle. Elle s’est imposée comme une question primordiale, tant dans le domaine de la santé mentale et des catégories qu’elle mobilise, que dans le domaine de la prévention des dommages et des risques liés à la santé (au niveau des actions de prévention ou au niveau des pratiques des différents acteurs impliqués, experts du sanitaire et du social et " profanes ").

 

La question de la maîtrise, du contrôle des émotions se pose aussi en situation de maladie chronique, grave, de handicap, ou plus ordinairement dans la quête de bien-être et de préservation de la santé (le rapport à la santé dans sa dimension positive). Cet enjeu de gestion des émotions voit la mise en place de pratiques dîtes " alternatives " de maintien de la santé (par exemple, les médecines traditionnelles, exotiques, les thérapies de groupe, etc.). On peut alors se demander quels sont les effets des émotions sur la recomposition de l’identité des personnes impliquées dans ces situations de mises en forme émotionnelle, à plus ou moins long terme.

Il s’agit aussi de comprendre comment les émotions s'inscrivent dans les pratiques d’aide, de soin, d’accompagnement en les modalisant. On pourra alors s’interroger sur les émotions comme compétence naturalisée ou acquise dans l’expérience professionnelle ou profane. Sous cet angle, le travail émotionnel se présente comme un analyseur des assignations de genre, mais aussi d’appartenance générationnelle, de classe, d’ethnie, assignations qu'il importe de saisir dans leurs dynamiques.

Les émotions sont des modes d’adaptation ou d’articulation au social, dont on peut faire l'hypothèse qu'ils sont différenciés selon le positionnement de tout un chacun dans la structure sociale. L'analyse du travail émotionnel invite, d'une part, à étudier les formes et les attentes de participation des profanes au travail de soin. On peut également se demander dans quelle mesure les usages sociaux des émotions facilitent ou font obstacle à l'accès aux biens et services de santé, ce qui peut contribuer à la perpétuation des inégalités de santé.

 

Notre projet vise l'exploration de l’articulation " Emotion-Corps-Santé " en privilégiant trois axes :

 

Le premier axe se construit autour de la question des émotions dans les relations entre professionnels et profanes. Quels jeux tactiques, quelles mises en scène des émotions peuvent s’établir, tant du côté des professionnels que de celui des profanes, dans les situations d’aides et de soins ? Quel rôle accorde-t-on aux émotions durant l’expertise médicale et soignante ? Comment gère-t-on les émotions au cours des moments thérapeutiques ?

 

Le second axe se construit autour de la perception de la maladie et de la santé. Ici, on s’intéressera plus particulièrement aux émotions comme mode d’appréhension d’un état corporel et psychique ou d’un environnement particulier (par exemple, on pourra s’interroger sur la place des émotions dans la gestion individuelle ou collective des risques liés à la santé).

 

Le troisième axe se construit autour d’une réflexion sur la place des émotions durant l’enquête, sur les terrains de la santé : en tant qu observateur, comment gère-t-on ses moments de dégoût, de joie, de plaisir, d'indignation, de colère, de honte, etc. ? Quels en sont les effets sur la fiabilité des données recueillies ? Quel parti en tirer au moment de l'analyse ?

 

 

Notre démarche répond à deux objectifs : 1) Animer l’activité scientifique du réseau des doctorants " Santé et Société " de la MSH Paris Nord et l’axe " Conditions de vie " de la MSH de Toulouse. 2) Poursuivre la réflexion pluridisciplinaire et valoriser la production scientifique du réseau sur les questions relatives à la santé. A cette fin, nous organisons un travail en deux étapes, permettant de construire et d'affiner collectivement la réflexion. Les premières rencontres se tiendront à la MSH Paris Nord, les 24 & 25 novembre 2005. La seconde étape aura lieu à Toulouse dans le courant de l’année 2006.

Cet appel à communication est ouvert aux doctorant(e)s et post-doctorant(e)s menant des travaux dans tous les domaines des sciences humaines et sociales (anthropologie, ethnologie, sociologie, psychologie, histoire, philosophie, sciences juridiques, etc.) sur les thématiques du corps, de la santé et des émotions. Les contributions pourront traiter des axes esquissés isolément ou de manière transversale, en s'appuyant sur des recherches empiriques, ou inviter au débat en proposant des revues critiques de la littérature concernée.

Ces journées nationales et interdisciplinaires du réseau de doctorant(e)s et post-doctorant(e)s "Santé et Société" sont organisées en continuité avec les dernières journées scientifiques du réseau (communications individuelles de 30 minutes avec 30 minutes de discussion, présence de discutant(e)s extérieurs animant les débats, etc.), mais cette fois-ci avec un souci de publication des communications.

La thématique retenue concerne bel et bien tous les membres du réseau et nous souhaitons que tous et toutes, quel que soit vos disciplines et terrains de recherches, puissent se reconnaître dans les thématiques de ces journées nationales.

 

 

Les doctorant(e)s et post-doctorant(e)s qui souhaitent participer à ces journées mais qui ne sont pas membres du réseau sont invité(e)s à s’inscrire en remplissant un formulaire simple sur : reseaudoctorantssantebiomedecinevivant-subscribe@yahoogroupes.fr

 

Nous espérons que vous partagerez notre enthousiasme concernant ces journées interdisciplinaires de réflexions et d’échanges et que vous répondrez nombreuses et nombreux à notre appel. Dans cette attente, nous restons à votre disponibilité pour toutes informations complémentaires.

Nous vous invitons donc à nous faire parvenir vos propositions de communication (format word ou rtf) où doivent figurer en entête : le titre de la communication, un résumé de 250 mots, vos noms, prénoms, discipline étudiée, laboratoire de rattachement et adresse électronique. D’autre part, veuillez prendre note que les frais de déplacements des doctorant(e)s résidant hors Paris peuvent être pris en charge par le réseau, qui prend également en charge petits déjeuners et déjeuners. (CEMS-EHESS)

Lieux

  • MSH Paris Nord
    Paris, France

Dates

  • samedi 30 avril 2005

Fichiers attachés

Contacts

  • Fabrice Fernandez (CIRUS-Cers, Université Toulouse 2) ~
    courriel : fabricefernandez [at] yahoo [dot] fr
  • Samuel Lézé (ENS) ~
    courriel : sleze [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Samuel Lézé
    courriel : sleze [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Emotions, corps et santé », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 07 avril 2005, http://calenda.org/190083