AccueilRhétoriques et pratiques scientifiques et sociales du "profane"

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Publié le mardi 19 avril 2005 par Claire Lemercier

Résumé

Annonce

Journée d’étude « Jeunes Chercheurs »

Laboratoire des Sciences Sociales du Politique (LaSSP) / IEP de Toulouse

Toulouse, vendredi 2 décembre 2005

Co-organisée par Thomas Fromentin et Stéphanie Wojcik


Rhétoriques et pratiques scientifiques et sociales du « profane »

Appel à communication

La « parole profane », « la figure du profane », « l’expert face au profane », la « compétence du profane », sont des expressions qui ont récemment fait leur apparition dans le champ des sciences sociales. Naturellement, le « profane » ne recouvre pas vraiment la définition stricte qu’un dictionnaire courant pourrait donner : celle d’une personne étrangère à une religion, non initiée à un culte. De plus, il apparaît au premier abord difficile d’assimiler les démarches actuelles usant de ce terme aux travaux des théologiens ou des anthropologues, ces derniers opposant traditionnellement le profane au sacré[1]. Ce constat d’une profusion de l’utilisation ou de la référence au terme de « profane » n’éclaire pas sa définition qui est pour le moins floue et labile.

En science politique, une partie des analyses de la compétence politique, telle qu’elle se manifeste dans les critiques formulées par les citoyens à l’égard des gouvernants, exploite cette notion[2]. D’autres travaux évoquent la possibilité pour les citoyens « ordinaires » de participer aux débats et aux prises de décision socio-techniques aux côtés des scientifiques et des spécialistes, relativisant de fait la coupure entre savoirs experts et savoirs « profanes »[3]. L’ouverture, de plus en plus fréquente, d’espaces destinés à l’expression du public dans les médias tels que la radio[4] ou la télévision[5] ou encore Internet[6] conduisent par ailleurs certains auteurs à s’interroger sur les nouvelles modalités de prises de parole « profane » dans le domaine politique. De plus, les innovations institutionnelles de ces dernières années tendent à ouvrir les organisations politico-administratives, en partie pour conforter leur légitimité, aux « profanes » désignés formellement sous les vocables d’usagers, d’habitants, de citoyens. Ainsi, plusieurs dispositifs sont prévus par le législateur ou empiriquement mis en œuvre notamment par les collectivités territoriales : modification des procédures d’enquêtes publiques dans un sens plus participatif depuis la loi Bouchardeau du 12 juillet 1983 ; création du Commission nationale du débat public par la loi Barnier en 1995, modifié par la loi de février 2002 ; première conférence de consensus en France sur les OGM en juin 1998 ; développement des forums électroniques municipaux ; obligation de création des conseils de quartier dans les villes de plus de 80 000 habitants par la loi du 27 février 2002. Partiellement répertoriées ici, ces différentes innovations pratiques et procédurales ont d’ailleurs fait l’objet d’importantes réflexions de la part de politistes et de juristes[7].

Notre journée d’étude ne vise pas à réitérer ces analyses mais à s’interroger sur les rhétoriques et les pratiques scientifiques et sociales du « profane » au sein de ces innovations. Il s’agit de tenter de comprendre en quoi ces innovations institutionnelles participent, ou à l’inverse sont peut-être le fruit de l’émergence de la problématique du « profane » dans le champ social et scientifique. Autrement dit, qu’est-ce que l’usage du terme « profane » apporte à la compréhension de ces changements institutionnels ? Quel regard nouveau ce terme de « profane » produit-il sur l’observation de l’institution ?

Plusieurs types d’interrogations peuvent guider les auteurs dans leur proposition de communication.

Du point de vue épistémologique, notre journée d’étude cherchera ainsi à élaborer une réflexion sur la genèse, l’utilisation et la disparition des notions. Est-il possible de tracer un historique de l’usage de ce mot ? Le « profane » peut-il faire l’objet d’une conceptualisation ? La compétence technique, politique est-elle la seule aune à laquelle s’apprécie le caractère « profane » d’une intervention dans l’espace public ? Peut-on repérer des définitions propres à chaque auteur ?

Du point de vue rhétorique, il s’agira de repérer les éventuelles tensions entre différentes figures sollicitées, notamment lors du fonctionnement de dispositifs participatifs tels que ceux précédemment évoqués. Par exemple, le « profane » désigne-t-il indifféremment le citoyen, l’habitant ou encore l’usager des services publics ? Quels rapports la notion de « profane » entretient-elle avec des notions concurrentes qui font également florès dans le champ scientifique telles que celles de « proximité »[8], d’« ordinaire »[9] ou de « politique par le bas »[10] ? Pour les acteurs sociaux, comme pour les chercheurs, que pourraient signifier ces glissements sémantiques ? Quel est l’état du discours politique concernant ce mot ?

Du point de vue des pratiques politiques et sociales, l’expression des « profanes » sollicitée, à des degrés divers, par les acteurs politiques peut-elle être appréhendée sous l’angle d’une démocratisation des institutions publiques ou ne constitue-t-elle qu’un avatar supplémentaire de la domination politique ? Comment s’effectuent les prises de parole « profane » ? Quels registres argumentatifs les « profanes » mobilisent-ils face aux professionnels de la politique et aux experts technico-administratifs ? Quels effets ces prises de parole ont-elles sur la décision publique ? Assiste-t-on à la naissance d’espaces publics éclatés dans lesquels s’épanouiraient de nouveaux modes de légitimation politique[11] et qui configureraient de nouveaux modes de production de la décision publique[12] ?

Ces questions ne sont pas exhaustives. Elles témoignent simplement de l’intention d’explorer les usages scientifiques et sociaux qui sont faits du « profane ». Sont sollicitées les contributions de jeunes chercheurs (doctorants et post-doctorants) provenant d’horizons disciplinaires variés, notamment science politique, droit, philosophie, histoire, anthropologie, sciences de l’information et de la communication…

Calendrier

Les propositions de communication (3 000 signes, espaces compris) sont à faire parvenir au plus tard le lundi 27 juin aux deux adresses électroniquessuivantes : thomfrom@wanadoo.fr et stephanie.wojcik@wanadoo.fr

Les auteurs seront informés des propositions retenues à la fin du mois de juillet. En raison de modalités pratiques d’organisation, seules six interventions pourront être acceptées.

Les textes des communications (30 000 signes, espaces compris) devront être remis au plus tard le vendredi 14 octobre.

La journée d’étude se tiendra le vendredi 2 décembre 2005 à l’IEP de Toulouse.

A l’issue de la journée d’étude, les textes des communications seront mis en ligne sur le site Internet du laboratoire.

Pour tous renseignements merci de contacter :

Thomas Fromentin

Doctorant en droit public au CERSA-CNRS-Paris 2

Moniteur à l’UT1

Chercheur associé du LaSSP-IEP de Toulouse

thomfrom@wanadoo.fr

Stéphanie Wojcik

Doctorante en science politique à l’Université Toulouse 1

Chercheur associé du LaSSP-IEP de Toulouse et du CERTOP-CNRS (Université Toulouse 2)

Membre du comité d’organisation et chargée des questions éditoriales du réseau de recherche DEL (« Démocratie Electronique »)

stephanie.wojcik@wanadoo.fr



[1] Rappelons qu’en sociologie la césure entre le sacré et le profane est fondée par l’ouvrage d’Emile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1994 [1912], 647 p.

[2] Cf. Daniel Gaxie, « Les critiques profanes de la politique. Enchantements, désenchantements, réenchantements », inJean-Louis Briquet, Philippe Garraud (dir.), Juger la politique. Entreprises et entrepreneurs critiques de la politique, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », 2001, p. 217-240.

[3] Cf. Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 358 p.

[4] Cf. Dominique Cardon, « Comment se faire entendre ? Les prises de parole des auditeurs de RTL », Politix, n° 31, 1995.

[5] Cf. Eric Darras, « Télévision et démocratisation. La télévision forum en France et aux Etats-Unis », in Bastien François, Erik Neveu (dir.), Espaces publics mosaïques. Acteurs, arènes et rhétoriques des débats publics contemporains, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », 1999, p. 61-84 ; Brigitte Le Grignou, « Le rêve de la télévision : l’exemple des vox-pop talk-shows », Cahiers politiques, février 2000, n° 4, p. 30-46.

[6] Voir par exemple, Michel Marcoccia, « Parler politique dans un forum de discussion », Langage et Société, n° 104, juin 2003, p. 9-55.

[7] Pour une synthèse des procédés participatifs au niveau local, voir CURAPP/CRAPS, La démocratie locale. Représentation, participation et espace public, PUF, 1999, 424 p.

[8] Cf. Rémi Lefebvre, « Rhétorique de la proximité et « crise de la représentation », Cahiers Lillois d’Economie et de Sociologie, n° 37, février 2001, p. 111-132.

[9] Cf. Jean-Louis Marie, Philippe Dujardin, Richard Balme (dir.), L’ordinaire : modes d’accès et pertinence pour les sciences sociales et humaines, L’Harmattan, coll. « Logiques politiques », 2002, 338 p.

[10] Pour un bilan des usages de ces différentes notions, voir Brigitte Le Grignou, Du côté du public : usages et réceptions de la télévision, Paris, Economica, 2003, 239 p.

[11] Cf. Bastien François et Erik Neveu, « Pour une sociologie politique des espaces publics contemporains », in Bastien François, Erik Neveu (dir.), Espaces publics mosaïques. Acteurs, arènes et rhétoriques des débats publics contemporains, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », 1999, p. 13-58.

[12] Cf. Christoph Eberhard, « Vers une nouvelle approche du Droit à travers ses pratiques. Quelques implications des approches alternatives ? », Revue interdisciplinaire d’études juridiques, n° 48, 2002, p. 205-232 ; Alain Rochegude, « De la pyramide au réseau ? De la nécessité du politique dans la production du droit », Revue interdisciplinaire d’études juridiques, n° 49, 2002, p. 117-136.

Lieux

  • Toulouse, France

Dates

  • lundi 27 juin 2005

Contacts

  • Stéphanie Wojcik
    courriel : stephanie [dot] wojcik [at] u-pec [dot] fr
  • Thomas Fromentin
    courriel : thomfrom [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphanie Wojcik
    courriel : stephanie [dot] wojcik [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Rhétoriques et pratiques scientifiques et sociales du "profane" », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 avril 2005, http://calenda.org/190146