AccueilConstructions identitaires et représentations des minorités

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Publié le vendredi 29 avril 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Annonce

 Le thème proposé pour cette journée d'étude permet de croiser un objet d'étude, les minorités, et un angle d'analyse, commun aux sciences humaines, les représentations. Étudier les représentations d'une société signifie s'intéresser aux pratiques, aux comportements, aux institutions qui structurent cette société en passant par les images, les concepts, les discours qu'elle produit. Ce point de vue, en vogue en anthropologie, dans les sciences sociales mais aussi en histoire et en géographie ouvre des perspectives prometteuses pour renouveler nos connaissances des sociétés passées et contemporaines. C'est pour cette raison qu'il nous a semblé intéressant de confronter des travaux en cours ayant en commun cette méthode de travail, appliquée à l'objet minorité.
Est considéré comme minorité tout groupe se caractérisant par des spécificités de langue, de nationalité, de religion, de culture, de mode de vie, etc. Si les minorités intéressent autant les sciences sociales, c'est parce qu'elles présentent l'avantage d'être des micro-sociétés dont les particularités permettent de souligner le mode de fonctionnement de la société environnante. Chaque société produit ses minorités, lesquelles évoluent au fil de l'histoire et ne sont pas nécessairement figées dans leur rôle. De même, les représentations qu'une société construit d'elle-même, ou que l'extérieur a d'elle, se font et se défont au gré de l'évolution du groupe et de la société globale dans laquelle il s'inscrit. Ainsi l'étude des minorités et de leurs situations sous l'angle des représentations dépasse-t-elle le simple cadre minoritaire pour permettre un regard général sur la société.
Nous envisagerons ce thème croisé sous deux aspects différents et complémentaires. De l'intérieur, tout d'abord, en comparant des exemples de minorités qui utilisent des représentations pour construire leur propre identité. De l'extérieur ensuite, en confrontant les regards des sociétés globales sur ces minorités.
Des doctorants travaillant sur ces questions s'exprimeront tour à tour pour mieux cerner l'objet de ce colloque.


Déroulement de la journée

10:00 - 10:15 Ouverture et présentation, Esther Benbassa
10:15 - 12:30 "Minorités et construction identitaire". Présidence : Glenda Gambus
10:15 - 10:30 Présentation du thème, Hélène Guillon, Antoine E. Strobel
10:30 - 11:30 Exposés, Raquel Sanz Barrio, H. Guillon, A. E. Strobel, Lucine Endelstein
11:30 - 12:30 Synthèse et discussion, Jean-Christophe Attias, Matthias Tronqual
12:30 - 14:00 Pause déjeuner
14:00 - 16:15 "Représentation des minorités dans les sociétés environnantes. Présidence : Rachel Gotheil
14:00 - 14:15 Présentation du thème, Jacques Magen, M. Tronqual
14:15 - 15:15 Exposés Farah Khadar, Valérie Kozlowski, J. Magen, M. Tronqual
15:15 - 16:15 Synthèse et discussion, Vincent Duclert, Stéphanie Laithier
16:15 - 16:30 Conclusion, E. Benbassa


• Table ronde 1 : Minorités et construction identitaire

Comment des minorités construisent-elles leur identité, à travers images, discours et autres représentations ?

Raquel Sanz Barrio
"Le royaume de Grenade 1492 : regards croisés. Les chroniques hispano-juives et les chroniques castillanes".
Les regards que portèrent sur l'expulsion d'Espagne les deux parties impliquées furent forcément contraires. Les chroniqueurs castillans justifièrent la décision prise par les Rois Catholiques et les chroniqueurs juifs la blâmèrent. Pourtant les récits se rencontrent dans certains faits fondamentaux. Ces différentes approches d'un même fait historique nous permettent de connaître le regard de la société majoritaire sur la minorité juive ainsi que celui du groupe minoritaire sur lui-même et sur la société majoritaire de laquelle il fut exclu.

Hélène Guillon
"Construction d'une identité juive et ottomane dans Le Journal de Salonique (1895-1910)".
Au XIXe siècle, les Juifs sépharades de l'Empire ottoman sont confrontés à l'irruption d'une modernité venue d'Europe occidentale. La presse est un des moyens utilisés par les tenants de la modernisation pour construire une nouvelle identité, et le Journal de Salonique en est un exemple intéressant. À travers ses articles, rédigés en français, ou choisis dans la presse française, on peut percevoir l'irruption d'une langue, d'une culture et d'un mode de pensée nouveaux, utilisés comme outils pour façonner l'image d'une communauté idéale à la fois juive, occidentalisée et intégrée dans une nation ottomane en construction.

Antoine Emmanuel Strobel
"Dénominations et désignations des Judéo-Espagnols en Turquie, Israël et France".
Comment un groupe minoritaire construit-il son identité, ses représentations internes ou à destination de l'extérieur par les autodénominations ou les désignations qui lui sont attribuées ? À partir de l'exemple du groupe judéo-espagnol à travers les différents espaces où il évolue, nous montrerons en quoi ces désignations (Juifs, Judéo-Espagnols, Sépharades, Espanyolim, Turcs) sont constitutives des représentations identitaires du groupe. Nous traiterons également de leurs implications ainsi que de ce qu'elles peuvent nous apprendre quant à sa situation dans les sociétés où il est implanté.

Lucine Endelstein
"Regards sur la présence du judaïsme dans l'espace public à Paris, aujourdíhui".
Cette communication portera sur les présences multiples du judaïsme dans le XIXe arrondissement de Paris aujourd'hui à travers les pratiques vestimentaires, les scénographies des lieux juifs, les pratiques des espaces publics) et sur les regards portés sur cette minorité religieuse par les autres citadins. Ces différentes expressions du religieux, ainsi que les représentations qu'en ont les autres citadins traduisent et construisent des manières d'être ensemble, et permettent d'interroger le rôle de la minorité juive dans la production de la vie urbaine et dans la société.

• Table ronde 2 : Représentation des minorités dans les sociétés environnantes

Comment sont-elles perçues dans les sociétés au sein desquelles elles s'inscrivent, à travers quelles représentations ?

Farah Khadar
"De l'ethnicisation des "Noirs" en Tunisie contemporaine".
Les "Noirs" de Tunisie représentent une minorité par rapport au reste de la population "blanche". C'est à travers une étude de cas que nous essayerons de dégager un discours ambivalent entre le "nous" et le "eux". Des stratégies identitaires déployées par les "Noirs" qui marquent les frontières ethniques (F. Barth) entre deux groupes : les "Blancs" et les "Noirs" au sein d"une société qui se considère comme arabo-musulmane.

Valérie Kozlowski
"Le théâtre liturgique de fin d'année : jeux d'identités et logiques symboliques des gréco-catholiques ukrainiens en France".
Les gréco-catholiques ukrainiens représentent une double minorité en France : à la fois religieuse et "ethnique". Nous nous proposons de montrer, à travers l'étude du théâtre liturgique de fin d'année appelé "Vertep" (crèche animée), comment ce groupe se représente lors d'un spectacle religieux mettant en scène l'ensemble de la communauté ; comment le double jeu de représentations mis en œuvre à cette occasion permet à la communauté de se voir et de faire voir, d'intégrer les nouveaux arrivants tout en affirmant plus que jamais son identité.

Jacques Magen
"Les Juifs vus par Le Monde d'après-guerre".
La question juive après la Deuxième Guerre mondiale se situe dans un contexte double : le souvenir du génocide qui se construit peu à peu et les premières années d'existence de l'État d'Israël. Si la plupart des Juifs de France ne pensent qu'à s'intégrer le mieux possible dans le pays et participer à son renouveau, les sionistes et les réfugiés d'Europe centrale souhaitent au contraire créer leur propre État afin de ne plus faire face au problème de l'assimilation. L'exposé montrera quelles sont les représentations du Juif que Le Monde a véhiculé à l'opinion publique française dans la période d'après-guerre.

Matthias Tronqual
"Les Juifs de France à travers l' "image" de la Shoah".
Le souvenir de la Shoah est devenu le fondement de l'identité des Juifs de France depuis le début des années 1980. Et dans la société française, les Juifs sont perçus sous le prisme de ce souvenir. À travers l'étude de la diffusion des photographies de la Shoah en France et des polémiques qui entourent la représentation du génocide, nous verrons comment ont évolué à la fois la représentation de la Shoah et l'identité des Juifs.


*** Organisation

Hélène Guillon, agrégée d'histoire et doctorante à l'EPHE
Antoine Emmanuel Strobel, doctorant et allocataire de recherche à l'EPHE

Doctorants présentant un exposé
Lucine Endelstein, doctorante à l'Université de Poitiers
H. Guillon
Farah Khadar, doctorante à l'EHESS
Valérie Kozlowski, doctorante à l'EPHE
Jacques Magen, doctorant à l'EPHE
Raquel Sanz Barrio, doctorante à l'EHESS
A. E. Strobel
Matthias Tronqual, doctorant à l'EPHE

Présidents de séance et discutants
Jean-Christophe Attias, directeur d'études à l'EPHE
Esther Benbassa, directrice d'études à l'EPHE
Vincent Duclert, PRAG à l' EHESS
Glenda Gambus, étudiante en DEA à l'Université de Paris IV
Rachel Gotheil, étudiante à l'Université de Lausanne et à l'EPHE
Stéphanie Laithier, agrégée d'histoire et doctorante à l'EPHE

Lieu
: EPHE

Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • lundi 23 mai 2005

Contacts

  • Hélène Guillon & Antoine E. Strobel ~
    courriel : colloqueephe [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Hélène Guillon & Antoine E. Strobel ~
    courriel : colloqueephe [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Constructions identitaires et représentations des minorités », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 29 avril 2005, http://calenda.org/190192