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Noblesses en échec ?

Les aristocraties françaises et européennes et leurs comportements démographiques du XVIIIe au milieu du XIXe siècle

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Publié le mardi 10 mai 2005 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

L’étude de la noblesse occupe depuis longtemps une place importante dans l’historiographie française et dans celle de beaucoup de pays européens. Renouvelée en profondeur par des travaux récents, elle explore des domaines très variés. Lors de cette journée d’étude, les organisateurs se proposent de centrer leur réflexion sur les comportements démographiques nobiliaires et leurs conséquences sur le devenir des lignages et, plus généralement, sur leur place dans la société. Cette thématique est d’autant plus importante que, même si la noblesse peut s’acquérir par le fait du Prince ou par l’achat d’une charge anoblissante, ce qui permet un renouvellement permanent de l’ordre, l’état de noblesse se transmet d’abord par le sang, c’est-à-dire par la filiation, par la succession des générations à l’intérieur des familles. La reproduction biologique est donc au cœur même de l’existence de ce groupe social. De ce point de vue, même si la démographie est rarement l’angle d’approche principal des recherches universitaires actuelles sur la noblesse, presque toutes constatent, à un moment ou à un autre, une baisse de la fécondité des couples. Alors que la mortalité infantile ne diminuait sans doute pas au même rythme, le choix d’une fécondité contrôlée a provoqué l’extinction de nombreux lignages au fil des générations et une diminution de la population noble. A ce propos, Cyril Grange va même jusqu’à parler d’une « extinction progressive de la classe nobiliaire européenne au XVIIIème siècle », avec pour conséquence une baisse des effectifs, que Jean Meyer a pu évaluer à presque un tiers entre 1750 et 1815. Dans ce contexte, il est tentant de relier ces changements à la notion d’échec, tant au niveau individuel que collectif. Même si l’étude de l’échec démographique des noblesses européennes entre la fin du XVIIème et le milieu du XIXème siècles implique de porter un jugement a posteriori, cette lecture des évolutions de leurs comportements mérite d’être discutée. On considère que cette crise de la démographie nobiliaire n’a pas été un processus définitif puisque, à partir du milieu du XIXème siècle, on sait que les nobles ont eu au contraire une fécondité souvent supérieure aux moyennes nationales.

Annonce

L’étude de la noblesse occupe depuis longtemps une place importante dans l’historiographie française et dans celle de beaucoup de pays européens. Renouvelée en profondeur par des travaux récents, elle explore des domaines très variés. Lors de cette journée d’étude, les organisateurs se proposent de centrer leur réflexion sur les comportements démographiques nobiliaires et leurs conséquences sur le devenir des lignages et, plus généralement, sur leur place dans la société. Cette thématique est d’autant plus importante que, même si la noblesse peut s’acquérir par le fait du Prince ou par l’achat d’une charge anoblissante, ce qui permet un renouvellement permanent de l’ordre, l’état de noblesse se transmet d’abord par le sang, c’est-à-dire par la filiation, par la succession des générations à l’intérieur des familles. La reproduction biologique est donc au cœur même de l’existence de ce groupe social.
De ce point de vue, même si la démographie est rarement l’angle d’approche principal des recherches universitaires actuelles sur la noblesse, presque toutes constatent, à un moment ou à un autre, une baisse de la fécondité des couples. Alors que la mortalité infantile ne diminuait sans doute pas au même rythme, le choix d’une fécondité contrôlée a provoqué l’extinction de nombreux lignages au fil des générations et une diminution de la population noble. A ce propos, Cyril Grange va même jusqu’à parler d’une « extinction progressive de la classe nobiliaire européenne au XVIIIème siècle », avec pour conséquence une baisse des effectifs, que Jean Meyer a pu évaluer à presque un tiers entre 1750 et 1815. Dans ce contexte, il est tentant de relier ces changements à la notion d’échec, tant au niveau individuel que collectif. Même si l’étude de l’échec démographique des noblesses européennes entre la fin du XVIIème et le milieu du XIXème siècles implique de porter un jugement a posteriori, cette lecture des évolutions de leurs comportements mérite d’être discutée. On considère que cette crise de la démographie nobiliaire n’a pas été un processus définitif puisque, à partir du milieu du XIXème siècle, on sait que les nobles ont eu au contraire une fécondité souvent supérieure aux moyennes nationales.
Cette journée d’étude aura donc pour objectif de réfléchir au destin des lignages nobles selon des approches qui pourront être à la fois globales, individuelles ou familiales, avec toutefois une préférence pour des thématiques liées aux analyses intergénérationnelles et aux dynamiques socio-démographiques des sociétés modernes et contemporaines. On pourra s’interroger sur la part des couples sans descendance qui provoquent l’extinction biologique de leur lignée, sur la place des cadets pour assurer la pérennité des lignages en cas de défaillance de la branche aînée, sur le devenir du patrimoine des familles disparues et sur la baisse des effectifs nobiliaires, plus ou moins marquée selon les époques et les régions. Un autre point important consistera à se demander dans quelle mesure les nobles eux-mêmes pouvaient avoir conscience des conséquences de leur choix malthusien, précoce et souvent radical, s’ils ressentaient les effets de leur déclin démographique et s’ils exprimaient les raisons ayant pu motiver leurs comportements. Ce choix délibéré était-il vécu par les acteurs eux-mêmes comme un échec ?
Le cas français peut servir de point de départ à l’étude de l’échec démographique des noblesses à la fin de l’Ancien Régime et du rebond constaté à partir du XIXème siècle. De nombreux travaux, portant par exemple sur les aristocraties anglaises, italiennes ou espagnoles, ont de leur côté montré que la baisse de la fécondité et des effectifs nobles constatée en France avant la Révolution ne constituait pas un cas isolé. Mais la chronologie et l’ampleur du changement sont-elles les mêmes ? Ce changement a-t-il des effets identiques sur les familles et sur la place de l’aristocratie dans la société ? S’agit-il, comme en France, d’une crise passagère, ou le groupe a-t-il su tirer les leçons de l’échec ?

Matin : 9h - 12h30

Introduction : Josette Pontet (Université de Bordeaux3)

Les modes d’établissement des enfants, une problématique pour une démographie historique des noblesses, Michel Nassiet (Université d’Angers)

La noblesse sans descendance : l’extinction des lignages au XVIIIe siècle. L’exemple du Sud-Ouest, Stéphane Minvielle (Université de Bordeaux3)

« Extinction » de la noblesse et écarts socioculturels : une approche des comportements démographiques en Provence orientale au XVIIIe siècle, Valérie Pietri (Université de Nice)

Capital financier et capital symbolique : les alliances entre la haute aristocratie juive et l’aristocratie parisienne dans la seconde moitié du XIXe siècle, Cyril Grange (Université de Paris IV)

Débat

Après midi : 14h30 – 18h

Les noblesses italiennes aux XVIIe et XVIIIe siècles : entre matrices citadines et insertions européennes, Jean Boutier (Shadyc-EHESS)

Noblesses espagnoles au XVIIIe siècle : entre déclin et renouveau, Jean-Pierre Dedieu (LARHA-Lyon)

Le partage noble et le retrait lignager en Pologne au XVIIIe siècle : succès et échecs des stratégies familiales, Jaroslaw Dumanoski (Université de Torun – Pologne)

La modification des comportements d’alliance de la noblesse européenne et ses conséquences au XVIIIe siècle, Gérard Delille (Ecole Française de Rome)

Débat

Conclusions et perspectives, Jean-Pierre Poussou (Université de Paris IV) et Michel Figeac (Université de Bordeaux3)



3 juin 2005
Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine - Pessac


Catégories

Lieux

  • Pessac, France

Dates

  • vendredi 03 juin 2005

Contacts

  • Marie Boisson-Gabarron
    courriel : Marie [dot] Gabarron [at] montaigne [dot] u-bordeaux [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphane MINVIELLE
    courriel : steminv [at] cegetel [dot] net

Pour citer cette annonce

« Noblesses en échec ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 10 mai 2005, http://calenda.org/190227