AccueilPouvoir central, pouvoirs locaux en Méditerranée (XVIIIe-XXe siècles)

Pouvoir central, pouvoirs locaux en Méditerranée (XVIIIe-XXe siècles)

Session d'études intensives IISMM-EHESS (Paris) et IFEA (Istanbul)

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Publié le mardi 24 mai 2005 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

Session destinée à une quinzaine d'étudiants inscrits dans les formations doctorales en France et une quinzaine de doctorants poursuivant leurs études en Turquie ou dans l'espace ottoman. L'argumentaire et l'appel d'offres sont en documents joints. La date limite de candidature est fixée au 1er juillet 2005

Annonce

Session d’études intensives

Institut d’études de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman (EHESS) et Institut Français d’Études Anatoliennes, Istanbul

« Pouvoir central, pouvoirs locaux en Méditerranée (18e-20e siècles)»

Istanbul, 25 septembre – 2 octobre 2005

Argumentaire

On s’étonne de la facilité surprenante avec laquelle l’assemblée constituante a pu détruire d’un coup toutes les anciennes provinces de France (…) et diviser méthodiquement le royaume comme s’il s’était agi du sol vierge du nouveau monde (…). « C’est la première fois, disait Burke, qu’on voit des hommes mettre en morceaux leur patrie d’une manière aussi barbare ». Il semblait en effet qu’on découpait des corps vivants ; on ne faisait que dépecer des morts.

Cette remarque de Tocqueville s’attache à la thèse centrale de L’Ancien Régime et la Révolution : la monarchie avait déjà tué les libertés traditionnelles dont la Révolution se contenta de constater le décès. Elle n’en avoue pas moins que le discours révolutionnaire a tranché brutalement le temps et l’espace : d’un côté la nation moderne, de l’autre les provinces archaïques ; d’un côté des noms de pays désuets, potentiellement réactionnaires ; de l’autre la table rase d’un monde nouveau nommé par la géographie, c’est-à-dire par l’impartiale raison. Au XIXe et au XXe siècles les États-nations, même les plus soucieux des libertés ancestrales, se sont construits contre les localismes conservateurs : l’issue de la guerre de Sécession américaine allie naturellement l’affirmation de l’État fédéral et l’abolition de l’esclavage.

La colonisation a largement repris cette polarisation des rôles, Europe universelle et moderniste contre coutumes locales arriérées, et les indépendances ont rarement brisé avec le modèle. En terre d’Islam, ce schéma est cependant d’autant plus neuf que les grands pouvoirs, califat ou sultanats, y avaient répugné à toute définition territoriale par une fixation durable des statuts, pour mieux affirmer leurs prétentions universelles ; que les groupes les plus clairement reconnus par la Loi (coranique) y étaient circonscrits par leur appartenance religieuse ; et les plus nécessaires à l’État, en particulier pour le recrutement de ses soldats, par leur archaïsme réputé consubstantiel. Comment passe-t-on de la logique de classement par groupes au territorial, du clivage ville/dissidence à un espace homogène et supposé harmonieusement hiérarchisé ? Comment légitime-t-on un pouvoir central désormais défini comme « pouvoir national » ? Peut-on imaginer une nouvelle territorialité et une nouvelle centralité sans la réinvention de la « localité » ? Comment les anciennes provinces ottomanes gèrent-elle le legs d’un passé pour se positionner aussi bien par rapport au nouveau « centre » qu’aux continuités transfrontalières ? Quelles différences sont légitimes, quelles autres doivent disparaître ? Nommer un groupe « tribu », est-ce le condamner à terme ? Le nommer « nation » ou « peuple », est-ce lui promettre un État ? Faut-il par exemple parler des Kurdes ou des problèmes du Sud-est de la Turquie ? Comment les bouleversements politiques et économiques (violences et guerres, pétrole, exode rural) affectent-ils les logiques territoriales et, partant, les rapports « pouvoir local–pouvoir central » ? Quel rôle joue l’écriture de l’histoire, le sentiment de la réussite ou de l’échec collectif d’un État-nation, ou d’un projet national, dans la vigueur ou l’assourdissement d’affirmations locales ? Voilà quelques-unes des questions que nous pourrons nous poser, en gardant à l’esprit qu’il n’est, par essence, pas d’instance locale sans pouvoir central qui l’autorise ou qui la nie, et qui ne se définisse elle-même hors d’un rapport apaisé ou conflictuel avec une centralité.

Informations

Disciplines

Anthropologie
Géographie
Histoire
Sciences Politiques
Sociologie

Structure

Des exposés magistraux seront prolongés par des séances de discussion, des ateliers de travail autour des recherches doctorales des étudiants qui participent à la session, des visites d’Istanbul dirigées par Jean-François Pérouse, Directeur de l’Observatoire urbain d’Istanbul (OUI).

Participants

Enseignants-chercheurs venant de France

Hamit Bozarslan, Maître de Conférences à l’EHESS, Co-directeur de l’IISMM

Abderrahman El Moudden, Professeur à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Rabat

Élise Massicard, Chargée de Recherches CNRS

Nadine Méouchy, Chercheur à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée

Nadine Picaudou, Professeur à l’INALCO

Daniel Rivet, Professeur à l’Université de Paris I, Directeur de l’IISMM

Enseignants-chercheurs venant d’Istanbul

5 à 6 personnes

Étudiants

Une quinzaine d’étudiants inscrits dans les formations doctorales en France et une quinzaine de doctorants poursuivant leurs études en Turquie ou dans l’ancien espace ottoman.

Procédure de sélection des doctorants

En France, sélection par un jury sur la base d'une lettre de motivation adressée par les candidats, d’un CV, d’un résumé de la thèse (2 pages maximum) et d'une lettre de recommandation de leur directeur de thèse.

En Turquie, la responsabilité de la sélection sera assumée par l’IFEA.

Date limite de réception des candidatures : 1er juillet 2005 par poste ou par mail.

Les candidats retenus s’engagent à assister à la totalité de la session : leurs frais de mission sont pris en charge.

Précédentes sessions internationales d’études doctorales organisées par l’IISMM :

1ère session : Fès, Maroc, 13–20 septembre 2000, en partenariat avec l’Université de Saïs
2e session : Le Caire, Égypte, 17–24 avril 2001, en partenariat avec l’IFAO
3e session : Istanbul, Turquie, 17-25 avril 2002, en partenariat avec l’IFEA
4e sesssion : Tachkent, Ouzbékistan, 28 mai-7 juin 2002, en partenariat avec l’IFEAC
5e session : Beyrouth, Liban, 28 septembre-5 octobre 2003, en partenariat avec l’IFPO et l’Université Saint Joseph
6e session : Tunis, Tunisie, 26 septembre-3 octobre 2004,en partenariat avec l’Université de la Manouba

Responsables scientifiques

Gabriel Martinez-Gros
Professeur à l’Université Paris VIII
Institut d’études de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman
e-mail : martinez@ehess.fr

Hamit Bozarslan
Maître de Conférences à l’EHESS
Institut d’études de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman
e-mail : bozarsla@ehess.fr

Pierre Chuvin
Professeur des Universités
Directeur de l’Institut Français d’Études Anatoliennes
e-mail : pierre.chuvin@ifea-istanbul.net
Établissements de rattachement
Institut d'études de l'Islam et des Sociétés du Monde Musulman (IISMM)/École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)
96, Boulevard Raspail, 75006 Paris
Tél. : 01 53 63 56 00 - Fax : 01 53 63 56 10
e-mail : iismm@ehess.fr, martinez@ehess.fr, bozarsla@ehess.fr
Institut Français d’Études Anatoliennes (IFEA), Istanbul, Turquie
e-mail : pierre.chuvin@ifea-istanbul.net

Catégories

Lieux

  • Istanbul (Turquie)
    Istanbul, Turquie

Dates

  • vendredi 01 juillet 2005

Contacts

  • Gabriel Martinez-Gros
    courriel : martinez-gros [at] orange [dot] fr
  • hamit bozarslan
    courriel : iismm [dot] infos [at] ehess [dot] fr
  • Institut d'études de l'Islam et des Sociétés du Monde Musulman ~
    courriel : iismm [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Gillet Josseline
    courriel : iismm [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pouvoir central, pouvoirs locaux en Méditerranée (XVIIIe-XXe siècles) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 mai 2005, http://calenda.org/190280