AccueilTourisme culturel, réseaux et recompositions sociales

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Publié le vendredi 22 juillet 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

La revue Autrepart de l'Institut de Recherches pour le Développement prépare un numéro spécial sur le thème "Tourisme culturel, réseaux et recompositions sociales" coordonné par Anne Doquet (anthropologue, IRD) et Sara Le Menestrel (anthropologue, CNRS).

Annonce

La revue Autrepart de l'Institut de Recherches pour le Développement prépare un numéro spécial sur le thème "Tourisme culturel, réseaux et recompositions sociales" coordonné par Anne Doquet (anthropologue, IRD) et Sara Le Menestrel (anthropologue, CNRS).

Longtemps perçu comme une machine à broyer l’« authenticité » culturelle, le phénomène touristique a été largement envisagé sous l’angle des effets néfastes qu’il produisait. Ce discours négatif laisse aujourd’hui place à des approches constructivistes privilégiant la dimension dialogique du tourisme : il s’agit désormais d’analyser de quelles façons les sociétés se construisent ou se reconstruisent avec et à travers lui. Le tourisme est ainsi considéré comme partie intégrante des sociétés contemporaines et de leurs dynamiques sociales. Quel que soit le contexte socio-économique, le développement touristique implique nécessairement des recompositions sociales : les initiatives touristiques ne sont pas destinées à une mise en scène dans lesquelles les touristes se contentent d’être spectateurs, elles ravivent des débats, créent des espaces d’interaction et suscite des réappropriations locales qui font sens pour la société et s’insèrent dans des stratégies internes. Tendance majeure de demain, le tourisme culturel doit ainsi être analysé dans toutes ses déclinaisons (ethnique, historique, religieux, écologique, de découverte…) sous l’angle des reformulations identitaires et sociales qu’il alimente.

L’analyse de ces remaniements se cantonne pourtant trop souvent au cadre local de la rencontre touristique. Or, l’attrait pour des cultures spécifiques, notamment (mais pas exclusivement) dans le domaine de la musique, de la danse, de l’artisanat, des religions, suscite dans certains cas l’élaboration de groupes de fans, de collectionneurs, ou d’adeptes, qui élaborent des réseaux transnationaux, dans un va et vient constant entre destinations touristiques et lieux d’origine des touristes. Par le biais de la circulation des touristes, mais aussi de celle des acteurs locaux (amenés à voyager dans le cadre de performances, de stages, d’initiations, de partenariats…), le tourisme nourrit et amplifie la migration et la diffusion de certaines pratiques culturelles. Les dynamiques locales supportées par le tourisme peuvent ainsi être appréhendées en lien avec des logiques plus globales. Liées aux politiques culturelles de l’Etat, elles constituent parfois un tremplin aussi bien pour accéder à la scène politique nationale que pour devenir un interlocuteur des instances internationales (ONU, Unesco, ONG…). En outre, les élites politiques intellectuelles locales tendent à présenter le tourisme comme une clé du développement. Elles l’intègrent ainsi à diverses initiatives visant à mettre en oeuvre des formes de tourisme "solidaire" et "durable", faisant écho aux principes revendiqués par l’Organisation mondiale du Tourisme (au travers par exemple du Code mondial d’éthique du tourisme, ou de la Fondation Sustainable Tourism-Eliminating Poverty).

Le développement touristique suscite des négociations internes à différents niveaux. Les conflits et les compétitions qui se jouent localement aux différents stades de segmentation sociale (villageois, clanique, « ethnique », national…) peuvent s’amplifier du fait de l’inscription d’acteurs locaux dans des réseaux plus vastes. Clés de l’ethnicité, la valorisation et l’affirmation d’identités « traditionnelles » sont localement empruntées aux discours et aux pratiques touristiques, mais sont également appuyées et renforcées par les dynamiques des réseaux évoqués ci-dessus. Par ailleurs, l’insertion en leur sein d’une jeunesse désireuse de s’émanciper de l’autorité des plus anciens peut contribuer à modifier les rapports hiérarchiques intergénérationnels. Dans le même esprit, la création d’une version officielle de l’histoire à laquelle participent les membres de ces réseaux inspire des repositionnements politiques au profit de groupes valorisés par ces relectures contemporaines du passé.

En coulisse de la scène touristique, viennent ainsi se jouer des remaniements d’ordre divers qui sont autant de terrains d’ascension de certains acteurs ou de certains groupes sociaux. Les mêmes logiques se retrouvent dans le domaine économique, dans la mesure où les réseaux globaux peuvent être le moteur de nouvelles dynamiques modifiant la donne de l’économie locale. Les effets de l’inscription d’acteurs locaux du tourisme dans des réseaux plus vastes se trouvent ainsi entremêlés dans une multiplicité de champs qui rend précieux et opportun un regard interdisciplinaire sur le sujet.

En quoi ces réseaux touristiques, d’ampleurs variées, interviennent-ils dans le changement de statut des pratiques culturelles locales ?

Comment les catégories établies au plan local y sont réinterprétées et reformulées? Comment les acteurs locaux concilient-ils leurs pratiques locales et leur implication dans ces réseaux ?

Quelles recompositions sociales sont engendrées par le prestige social et la hausse de pouvoir dont ils sont la source ?

Quelle est finalement la portée des institutions internationales et des politiques qu’elles mettent en oeuvre?

Comment le discours des acteurs sociaux et ceux des organismes internationaux s’alimentent et sont instrumentalisés de part et d’autre comme outil de légitimation ?

Ce numéro d’Autrepart réunira des textes écartant l’idée de populations affectées par le tourisme, au profit de celle d’acteurs sociaux impliqués dans son développement et intégrés dans des réseaux dépassant le cadre touristique local. C’est ici la dimension transnationale qui sera privilégiée, en s’attachant aux négociations, aux recompositions sociales que le tourisme engendre, aux usages dont il est l’objet et à sa portée dans la circulation et la réinterprétation des pratiques culturelles. C’est pourquoi nous veillerons à mettre en évidence la transversalité des problématiques, communes au « Sud » comme au « Nord ». Quel que soit le terrain et l’angle disciplinaire choisis, il s’agira de dépasser le cadre de la rencontre touristique in situ, en appréhendant les réseaux du tourisme comme les supports de reformulations tant identitaires, que sociales, économiques et politiques.

Les propositions sont à envoyer avant le 1er octobre 2005.

Catégories

Dates

  • samedi 01 octobre 2005

Contacts

  • Autrepart #
    courriel : autrepart [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Sara Le Menestrel
    courriel : sara [dot] le-menestrel [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Tourisme culturel, réseaux et recompositions sociales », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 22 juillet 2005, http://calenda.org/190424