AccueilGenres et catégories : contextes et usages

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Publié le mardi 20 septembre 2005 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

Tracés est une revue pluridisciplinaire convoquant autour d'un thème (genres et catégories) des contributions diverses : articles, notes de lectures, traductions inédites, entretiens inédits.

Annonce

Tracés est une revue pluridisciplinaire convoquant autour d'un thème (Genres et Catégories) des contributions diverses : articles, notes de lectures, traductions inédites, entretiens inédits.


Appel à contribution pour le numéro

 

 

« Genres et catégories »

 

Contextes et usages

 

 

Nous le rappelons à chaque numéro : l’appel à contribution n’a en aucun cas valeur d’obligation. Il a simplement vocation à suggérer aux rédacteurs potentiels quelques pistes très générales de réflexion, à leur rappeler également que la revue Tracés attend un propos théorique et critique. Suite à l’écriture de cet appel à contribution, le Comité de rédaction constate que la plupart des problèmes posés articulent clairement « identité » et « généricité ».

 

 

 

Langage et réalité

 

 

On associe aujourd’hui volontiers le terme « genres » aux différentes lignes de partage entre masculin et féminin (suite notamment aux travaux de la gender story), ou aux fameux « genres » littéraires, définis par des critères communs, dont la valeur heuristique est de plus en plus contestée. De manière plus triviale, le « genre » opère son grand retour dans le langage courant : on parlera d’un « genre de truc », ou on « fera genre ». Formule magique, le terme « genre » permet tout simplement de connoter, comparer, généraliser, tout en spécifiant. Les problèmes posés par cette notion de « genre », et réactualisés par la philosophie analytique, se prolongent, bien après Aristote, dans des discours non-philosophiques.

 

Ils avaient trouvé une formulation précise chez l’auteur des Catégories[1]. Il faut, pour dire l’essence d’une chose, en dire le genre, et pourtant si on peut bien dire le genre de quelque chose, force est de constater que le genre n’est pas dans la chose : « Homme se dit d’un sujet, tel homme donné, mais il n’est pas dans le sujet (l’homme n’est pas dans tel homme donné) »[2]. Si le genre n’est pas contenu par les choses, il n’est donc qu’une catégorie, ou une classe, c'est-à-dire un moyen pour la pensée, pour le langage, d’accéder au réel, un outil sans lequel nous ne saurions appréhender ce réel.

 

 

Réalité et vérité

 

 

Il semble pertinent d’interroger la valeur de pareilles classifications (que nous ne cessons qui plus est de mobiliser au quotidien). Dans une optique grossièrement réaliste, elles permettent de qualifier une réalité qui leur préexiste. Elle sont des regroupements extérieurs, élaborés a posteriori, des entités abstraites et génériques, qui rendent intelligibles un discours sur des individualités.

 

Pour certains, elles sont au contraire ce qui définit ces individualités. Les entités abstraites ne correspondent à rien de réel, elles ne sont pas « vraies » (ni fausses d’ailleurs). Elles sont simplement efficaces, puisqu’elles déterminent des choses, des mondes, et nous permettent de comparer l’incomparable. La vérité n’est plus une caractéristique ontologique de la réalité supposée (une propriété), mais bien une possibilité du langage.

 

Ces hypothèses remettent bien sûr en question tout un pan de l’épistémologie traditionnelle et nous pouvons espérer que le numéro prendra en compte la manière dont les théories et les sciences (sociales comme physiques), catégorielles et comparatistes, ne prétendent pas tant dire « vrai » sur ce qui n’est pas leur discours, que construire la réalité.

 

 

 

 

Agir en contexte

 

 

Réalisme et nominalisme nous invitent en fait à relativiser les genres les plus évidents, tels que le masculin, le féminin, le normal, le pathologique, le légitime, le juste, le légal… autrement dit à dévoiler le caractère arbitraire, tout du moins historiquement daté, ou encore idéologiquement orienté, des genres et des catégories. Une telle entreprise pourra ainsi mettre en évidence la nécessité (toute contextuelle) de ces genres et de ces catégories, plutôt que d’en dénoncer l’abstraction.

 

L’attachement à l’individuel plutôt qu’au spécifique (P. Veyne) peut en effet être un leurre. Tout un pan de la philosophie de la perception montre que nous percevons d’abord le genre ou l’espèce, la catégorie ou la classe, avant de comprendre les différences individuelles. Les choses sont comprises par les genres ou les catégories (celles kantiennes), et c’est l’individu qui en est l’abstraction. Plutôt que d’évacuer les genres et les catégories sous prétexte qu’ils englobent, qu’ils généralisent et gomment la singularité, il faut donc comprendre en quoi ils constituent un contexte rendant possibles certaines pratiques.

 

 

Usages : inventer et générer

 

 

Certains usages sont dits transgressifs, uniquement dans la mesure où ils s’appuient sur des catégories pour s’en affranchir partiellement. Les « œuvres » d’art, ou objets esthétiques, font figure de passage obligé dans un tel questionnement. Partout la souplesse des catégories comme outils, ou la confusion des genres, s’observe. « En art », elles posent certains problèmes qui renvoient à cette tension entre le mot et la chose, mais aussi aux limites de l’art, et plus encore à la nécessité ou pas de telles limites.

 

En inversant la perspective, on peut aussi estimer que ni les genres ni les catégories ne peuvent prétendre à régir a priori des usages singuliers. Ce sont les usages qui génèrent des catégories. Si bien que celles-ci sont avant tout, disons au quotidien, des étiquettes (H. Becker) des labels, et pourquoi pas des étendards, dans le cadre de luttes politiques. En témoignent par exemple les communautarismes, mais aussi les minorités qui se réapproprient des catégories institutionnelles pour se qualifier, et in fine modifier leur statut, mais aussi la catégorie elle-même. Le philosophe Ian Hacking nomme ce processus « boucle classificatoire ».

[1] Aristote, Catégories, trad. I. Ildefonse et J. Lallot, éd du Seuil, Paris, 2002.

[2] Ibid., 3a10.

Catégories

Dates

  • mardi 20 septembre 2005

Contacts

  • Revue Tracés
    courriel : traces [at] ens-lsh [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Revue Tracés
    courriel : traces [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Genres et catégories : contextes et usages », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 20 septembre 2005, http://calenda.org/190506