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Une opposition qui ne dit pas son nom

Représentations et pratiques populaires (contre le pouvoir) au Burkina Faso

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Publié le mercredi 26 octobre 2005 par Corinne Cassé

Résumé

Annonce

Colloque international : 28 et 29 septembre 2006

Appel à communication

Les résultats des élections présidentielles du 13 novembre au Burkina Faso ne font aucun doute. Blaise Compaoré prendra sa propre succession au poste de président de la république. En dépit d’une pléthore de candidats, le débat autour des élections est, paradoxalement, très peu politique.

Une analyse de la presse montre, en effet, que les discours et les discussions autour d’orientations idéologiques, de perspectives politiques ou de visions cherchant à améliorer la situation nationale aux niveaux économique, social etc. sont rares. Si les dénonciations de corruptions, de manœuvres et de coups politiques trouvent place et s’affichent même avec une certaine liberté dans les colonnes des journaux, n’épargnant pas toujours le président lui-même, possible héritage bénéfique de l’affaire Zongo, on constate en revanche l’absence de caractère politique au débat public, tout au moins à celui mené dans la presse.

Pas d’autres candidats crédibles, pas de débat politique, est-ce à dire que le Burkina est un pays sans opposition ? Si l’on se limite à entendre par le terme opposition, une opposition politique structurée dans le cadre institutionnel d’un parti, armée d’un discours et d’une idéologie qui se distingue de celle du pouvoir, on peut affirmer que l’opposition politique est faible, très faible même.

C’est cette faiblesse qui nous invite à suggérer une reformulation, ou plus exactement une extension de la notion d’opposition afin de répondre de façon plus fine, en tenant mieux compte des subtilités, de l’évolution des mentalités, du vécu quotidien local hors d’un cadre limité à une analyse de parti, à la question de savoir si le Burkina est un pays sans opposition. Cette démocratie formelle, qui sous bien des aspects a les allures d’un régime totalitaire au service de quelques-uns, peut certes marginaliser l’opposition politique, institutionnalisée, mais peut-elle réduire, comprimer, annihiler, évincer une opposition de conscience, une opposition populaire présente dans les pratiques quotidiennes ? La première démarche pourrait être de préciser ce que nous entendons par opposition afin de savoir si elle existe et d’évaluer son éventuelle portée et sa signification.

Il y a vingt-cinq ans déjà, Politique Africaine invitait à penser le politique par le bas, cela reste toujours une nécessité aujourd’hui. Nécessité théorique sans doute mais, plus que jamais, et peut-être avant tout, nécessité méthodologique. C’est seulement en écoutant le terrain, les réflexions, les actes, les opportunités, les aspirations, les lassitudes populaires que nous pourrons à partir d’un travail inductif, mené sur des sites différenciés et multiples éclairer cette question. Une telle perspective ne peut s’accommoder d’une définition a priori de la notion d’opposition, c’est justement à travers le travail empirique que se dégagera ce que peut recouvrir un tel terme. C’est là l’objectif que se donne ce colloque : cerner les formes, les lieux, les représentations, les pratiques d’oppositions populaires.

Les jeunes universitaires ouagalais élevés pendant la révolution ont gardé des avis très tranchés et une représentation toute empreinte de leur éducation, de même que les jeunes qui ont grandi sous la révolution à Ziniaré, la ville du président. Les travaux de Laurent ont montré comment les pentecôtistes ont dans un premier temps refusé toute implication dans l’univers du politique considéré comme impur, corrompu et grevé par le péché. Si les leaders de cette mouvance de 700.000 personnes participent aujourd’hui à la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), rien ne nous permet de penser que tous les pasteurs ruraux ou plus proches du petit peuple partagent cette représentation. Au contraire même, les travaux de Bourdieu s’inspirant de Weber ont montré que l’interprétation religieuse des bas membres d’une institution religieuse est toujours celle qui rejoint au plus près, parfois dans une logique de codétermination, les aspirations et représentations populaires des exclus et des plus pauvres. A Koudougou, la troisième ville du pays, les habitants tiennent des discours très libérés à propos du pouvoir. Cette ville, pour de nombreuses raisons historiques, est une ville d’opposition. Ces habitants ont pour la plupart une vision critique relativement réfléchie et lucide du pouvoir. Dans ces cas de figure, ne peut-on pas parler d’opposition de conscience ? En outre, les pratiques qui se jouent des règles de l’Etat ne témoignent-elles pas aussi d’une opposition par le sens pratique ? Il y a un véritable enjeu à cerner et comprendre l’articulation entre opposition de conscience et opposition pratique. L’analyse de la relation entre représentations et pratiques d’opposition peut éclairer la manière dont les populations conçoivent le politique et les possibilités de le transformer, peut-être, et, certainement, de s’en accommoder au quotidien.

A l’heure où la décentralisation se poursuit, ces questions sont d’une importance cruciale. Le 12 février 2006, le scrutin municipal sera étendu aux nouvelles communes. Si aujourd’hui pour des raisons évidentes de contrôle et de maîtrise du jeu politique, il est interdit aux candidats indépendants de se présenter aux élections municipales, la valse des maires que connaît actuellement le Burkina (limogeage du maire de Ziniaré et de Ouahigouya, suspension des fonctions du maire d’opposition de Koudougou accusé de malversation etc.) témoigne du potentiel réactif que peuvent constituer les autorités locales. Le cas de la ville de Koudougou est particulièrement symptomatique. Alors que les autorités s’échinent, notamment à travers des manœuvres judiciaires, à écarter les leaders de l’opposition locale, la population n’est pas dupe. On peut s’étonner de la liberté et de la fidélité avec laquelle les journaux nationaux, y compris les plus proches du pouvoir (comme le Sidwaya), ont rendu compte à travers leur « micro-trottoir » de l’avis de cette population. Les enquêtes sur place donnent le même résultat, celle-ci condamne. Même ceux qui ne sont pas proches du maire, qui s’opposent à sa gestion de la commune, reconnaissent avant tout dans son éviction une manœuvre politique.

Ce colloque sera l’occasion d’approfondir l’étude des manifestations et des modalités de ces oppositions de conscience et oppositions pratiques, ainsi que leur éventuelle portée sur les choix politiques. Les résultats des élections les renforcent-ils ou au contraire témoignent-ils d’une traduction de celles-ci au niveau local ? Le cas de Koudougou peut, en effet, paraître hors norme, mais d’autres régions, d’autres groupes, d’autres milieux sociaux tels que, par exemple, les jeunes de Ziniaré, les universitaires ouagalais ou les mouvements religieux en milieu rural, tout au moins en partie, perçoivent le politique sous l’œil d’un tel discrédit que la décentralisation n’évoque parfois pas autre chose qu’une décentralisation de la corruption, de pratiques néfastes et délétères dans un univers politique dont l’horizon paraît sans alternative.

Sans omettre le poids de l’extérieur sur les obligations de démocratie et sur la manière dont ceux qui vivent ce genre d'imposition arrive à ruser, c’est autour des représentations et des pratiques qui s’opposent au pouvoir en place de façon plus ou moins discrète, plus ou moins voilée, plus ou moins franche ou insidieuse que s’articulera ce colloque.

Plus spécifiquement, les thématiques s’articuleront autour de deux axes. Il s’agit d’une part de la coutume et l’autre de l’urbanité. Le premier axe se penchera dans la matinée sur le rôle du religieux dans l’opposition au pouvoir et dans l’après-midi sur la réinvention de la coutume (au sens de Hobsbaw et Ranger) comme outil de résistance ou de revendications. La première partie de la deuxième journée sera consacrée à l’étude des oppositions pratiques et de conscience liées à la constitution d’identités urbaines. La seconde partie se centrera sur les formes d’opposition institutionnalisée (syndicats, mouvements étudiants, partis politiques, ONG, MBDHP, groupement citoyen, de femmes, de journalistes etc.).

Organisation thématique

Ouverture du colloque :

-Introduction aux deux journées: Mathieu Hilgers, Jacinthe Mazzocchetti

-La question des oppositions politiques en Afrique (par le professeur J-C Willame, à confirmer)

Jour 1 : Autour de la « coutume »

Responsable de la journée : Pierre-Joseph Laurent

Atelier 1 : Le religieux

Responsable scientifique : René Otayek

Possibilité de 3 ou 4 communications (maximum) interrogeant les liens entre religion, politique et opposition au pouvoir

Débat introduit par le responsable de l’atelier

Atelier 2 : Des usages de la coutume

Responsable scientifique : Peter Geschiere

Possibilité de 3 ou 4 communications (maximum) articulées autour du rapport entre le pouvoir et les usages détournés, ou non, de la coutume par l’Etat ou les populations locales.

Débat introduit par le responsable de l’atelier

Conclusion de la journée : P-J Laurent

Jour 2 : L’urbanité en question

Responsable de la journée : Jacky Bouju

Atelier 3 : Identité urbaine

Responsable scientifique : Laurent Fourchard

Possibilité de 3 ou 4 communications maximums mettant en lien l’urbanisation, l’opposition au pouvoir et le développement d’une conscience politique

Débat introduit par le responsable de l’atelier

Atelier 4 : Une opposition qui dit son nom ?

Responsable scientifique : Sten Hagberg

Possibilité de 3 ou 4 communications maximums autour de groupes ou institutions officiels agissant ouvertement contre le pouvoir en place (partis d’opposition, mouvements étudiants, syndicats, presse…).

Débat introduit par le responsable de l’atelier

Clôture

-Conclusion de chacun des ateliers par les responsables de ceux-ci (Otayek, Geschiere, Fourchard, Hagberg), 15 minutes par personne

-Débat

-Conclusion générale : J. Bouju

Comité scientifique

Jacky Boujou (Université de Provence), Laurent Fourchard (FNSP/CEAN-Bordeaux), Sten Hagberg (Université d’Uppsala), Peter Geschiere (Leiden University), Mathieu Hilgers (FNRS/UCL), Pierre-Joseph Laurent (UCL), Jacinthe Mazzocchetti (UCL), René Ottayek (CNRS/CEAN-Bordeaux), Pierre Petit (ULB), Claude Roosens (UCL), Michaël Singleton (UCL), Jean-Luc Vellut (UCL), Jean-Claude Willame (UCL).

Comité d’organisation

Mathieu Hilgers (FNRS/UCL, coordination), Elianne Lallemand (UCL), Pierre-Joseph Laurent (UCL), Jacinthe Mazzocchetti (UCL, coordination), Pierre Petit (ULB), Claude Roosens (UCL), Olivier Servais (UCL) et Michaël Singleton (UCL).

Procédure de soumission

Les propositions de communication (300 mots maximum) sont à envoyer pour le 31 décembre 2005 au plus tard aux adresses suivantes :

hilgers@anso.ucl.ac.be

j.mazzocchetti@anso.ucl.ac.be

Les communications écrites devront être finalisées pour le 31 mai 2006 afin de permettre aux responsables d’atelier d’en prendre connaissance avant le colloque.

Les responsables des ateliers seront les premiers discutants des textes. Après chaque atelier, ils feront une courte synthèse. A la fin de la deuxième journée, au cours du débat final, ils reprendront les lignes de force dégagées et feront part de leurs propres recherches.

Catégories

Lieux

  • Louvain-la-Neuve, Belgique

Dates

  • samedi 31 décembre 2005

Contacts

  • Mathieu Hilgers
    courriel : mhilgers [at] ulb [dot] ac [dot] be
  • Jacinthe Mazzocchetti
    courriel : jacinthe [dot] mazzocchetti [at] uclouvain [dot] be

Source de l'information

  • Mathieu Hilgers
    courriel : mhilgers [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Une opposition qui ne dit pas son nom », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 26 octobre 2005, http://calenda.org/190690