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Persécutions de femmes, mobilisations sociales et droit d'asile

colloque international - sciences humaines et sociales

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Publié le lundi 31 octobre 2005 par Marin Dacos

Résumé

Mariages, grossesses ou avortements forcés, mutilations génitales, lapidations, défigurations à l’acide et autres crimes d’honneur, esclavages et violances domestiques san recours, viols d’épurations ethniques, esclavage sexuel et prostitution forcée, privations traditionnelles ou politiquement tolérées de libertés et droits humains fondamentaux… Quelles connaissances ? Quelles mobilisations ? Quelles protections ?

Annonce

Appel à communication pour le colloque international en sciences humaines et sociales organisé par l’Université Panthéon-Sorbonne / Paris 1 – Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne (France) et l’Université de Southampton – Centre de Recherches en Politique et Relations Internationales (Royaume-Uni) dans le cadre des activités du réseau scientifique TERRA (Travaux, Etudes et Recherches sur les Réfugiés et l’Asile : http://terra.rezo.net).

PERSECUTIONS DES FEMMES,

MOBILISATIONS SOCIALES ET DROIT D'ASILE

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15-16 septembre 2006, Paris

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ORGANISATEURS :

Jane FREEDMAN (Univ. Southampton), Jérôme VALLUY (Univ. Panthéon-Sorbonne)

COMITE SCIENTIFIQUE :

Gill ALLWOOD (Université de Nottingham Trent), Didier FASSIN (EHESS / Université Paris 13), Jane FREEDMAN (Université de Southampton), Lilian MATHIEU (CNRS), Nouria OUALI (Université Libre de Bruxelles), Jérôme VALLUY (Univ. Panthéon-Sorbonne).


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APPEL A COMMUNICATIONS

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Mariages forcés, grossesses ou avortements forcés, mutilations génitales, lapidations, défigurations à l’acide et autres crimes d’honneur contre les femmes adultères, esclavages domestiques, viols politiques notamment durant les guerres d’épurations ethniques, esclavage sexuel et prostitution forcée, viol conjugal et violences domestiques sans recours, violences liées à la dot, privations traditionnelles ou politiquement tolérées de libertés et droits humains fondamentaux…Une large partie de l’humanité est exposée à des persécutions spécifiques aux femmes. Entre l’ampleur démographique et géographique du phénomène et la faible importance qui lui est accordé dans de multiples contextes sociaux (associatifs, politiques, universitaires, institutionnels, etc.), il semble y avoir une disproportion susceptible de dessiner à elle-seule les contours d’une vaste problématique pour les sciences sociales.

Plus spécifiquement, la relation entre ces persécutions et les trajectoires d’exil commence à peine a être considérée tant par les acteurs sociaux que par les chercheurs en sciences sociales : dans le champ de la sociologie de l’immigration, la bibliographie sur les femmes réfugiées et plus encore sur ce type de persécutions est réduite. L’anthropologie et l’ethnologie des statuts sociaux et culturels de la femme ne disposent pas de concepts permettant de rattacher ces statuts aux trajectoires d’exil. Il est frappant de constater que le champ bibliographique des « gender studies » en sciences sociales comme celui des écrits militants issus des mouvements féministes, deux corpus bibliographiques particulièrement instructifs dans ce domaine, demeurent pourtant assez pauvres sur le thème des persécutions spécifiques aux femmes considérées sous l’angle de l’exil, de la migration et de la protection internationale. Les quelques ouvrages publiés à ce sujet sont récents, et semblent signaler tout au plus un léger bruissement des secteurs associatif et scientifique sur le sujet.

D’autre part, alors que rien de juridique ne les exclue a priori du champ d’application de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, ces persécutions peinent à être reconnues comme des motifs légitimes d’exil et d’asile. Ces persécutions et les femmes qui les subissent semblent au contraire affectées d’une triple illégitimité : celle qu’opposent les sociétés d’origines aux déviantes ou simplement à la reconnaissance de ce type de faits ; celle qu’opposent les sociétés d’accueil aux réfugiées en général et à la reconnaissance de ce type de persécution en particulier ; celle intériorisée par les victimes qui craignent souvent d’exprimer leurs motifs réels de départ et les masquent derrière d’autres motifs perçus par elles-mêmes comme plus légitimes ou simplement plus faciles à exprimer. Cette triple illégitimité, socialement construite, suffit à maintenir une chape de silence sur cette dégradation ancienne et toujours actuelle du genre humain.

Au delà de l’indignation que l’on peut légitimement ressentir et exprimer eu égard à la gravité de ces formes de persécution et du silence qui les entoure, il est nécessaire de produire des connaissances rigoureuses de ces phénomènes et de donner des bases intellectuelles fiables aux jugements de valeurs et à l’action politique qui pourraient en découler. L’objet de ce colloque vise à cette production préalable de connaissances dans le respect des méthodes propres aux sciences humaines et sociales. Trois domaines d’étude seront privilégiés tout en considérant qu’à partir de chacun d’eux il est nécessaire de s’interroger sur le sens du mot « persécution » et sur la construction sociale des catégories politiques ou analytiques se rapportant à cette notion. Qu’est-ce qu’une « persécution » et quelle universalisation peut connaître une telle notion ? Ce seront là des questions communes à l’ensemble des contributions qui devront distinguer les « persécutions » notamment des « discriminations », des « inégalités » et diverses autres formes de « domination »…

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I – ANTHROPOLOGIE DES PERSECUTIONS SPECIFIQUES AUX FEMMES

Dans ce domaine, les travaux issus des sciences humaines et sociales sont nombreux mais n’ont généralement pas été produits en relation avec la problématique précédemment évoquée de l’exil et de la protection internationale des réfugiés. Il convient non seulement de produire des connaissances nouvelles mais aussi de reconsidérer les données existantes à la lumière de ces enjeux spécifiques et actuels.

Les propositions de contribution pourront porter aussi bien sur les fondements sociaux de la persécution que sur la situation de l’agent de persécution ou celle de la victime de persécutions en relation avec son environnement. Un intérêt particulier sera porté aux travaux concernant l’analyse des possibilités et modalités pour les victimes d’échapper à la persécution autrement que par la soumission ou l’intériorisation des contraintes. La question des possibilités d’exil à l’étranger sera notamment examinée mais aussi celle des voies de résistance ou de recours sur place.

L’ensemble des sciences humaines et sociales peuvent contribuer à la compréhension du « grand partage » entre hommes et femmes qui traverse les civilisations humaines, mais l’on s’intéressera particulièrement à la compréhension des configurations actuelles y compris au moyens de l’histoire quand elle permet d’éclairer le présent. A cet égard les cas de disparitions ou réductions significatives de ce genre de persécutions dans certaines sociétés peut faciliter l’analyse de processus plus contemporains. Plus généralement, les changements et continuités historiques du phénomène sont à étudier.

Les comparaisons synchroniques porteront non seulement sur les sociétés actuelles dans leur diversité, régionales, nationales et locales, mais aussi sur les différenciations qui apparaissent au regard de facteurs sociaux également très divers : les variables lourdes, telles que les classes sociales, les âges, les niveaux d’instruction, les modes de vie, les formes d’urbanisation et les professionnalisations ainsi que les contextes économiques, religieux, culturels, politiques sont à considérer dans l’étude des persécutions spécifiques aux femmes. Encore faut-il tenter de rattacher les études de cas à des problématiques plus globales qui facilitent les comparaisons et les échanges scientifiques.

La simple description de ces persécutions prend souvent la forme d’une succession de catégorisations hâtives (comme dans le premier paragraphe de cet appel) et ressemble alors à un inventaire désordonné et probablement incomplet. A cet égard, les approches typologiques en tant qu’elles se rattachent clairement à des paradigmes ou à des problématiques scientifiques, notamment anthropologiques ou sociologiques, paraissent nécessaires à l’analyse rigoureuse d’un phénomène rendu complexe par la diversité des configurations sociétales dans lesquelles il prend racine.

Une autre dimension privilégiée dans ce colloque concernera la cartographie mondiale des persécutions spécifiques aux femmes. Dans cette perspective, le travail des cartographes, qu’ils soient géographes, démographes ou statisticiens, requière des éclairages multiples des autres sciences sociales sur la valeur et la pertinence des indicateurs retenus dans les cartographies. Le phénomène social étudié nécessite, pour être représenté en cartes, à la fois des comparaisons synchroniques et une prise en compte de ses mutations historiques.

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II – MOBILISATIONS SOCIALES POUR LES FEMMES PERSECUTEES

A la croisées des recherches relatives aux mouvements sociaux d’une part et aux rapports de domination entre les genres d’autre part, on analysera les mobilisations sociales nationales et internationales en faveur des femmes persécutées, tant dans les pays d’origine que dans les pays d’accueil des victimes.

On s’intéressera aux formes de mobilisations sociales qu’elles s’inscrivent dans des cadres communautaires traditionnels (famille, village, clan, ethnie…) ou des organisations de type associatives et non gouvernementales de solidarité locale ou internationale avec les victimes de persécutions spécifiques aux femmes. Il s’agira également d’examiner les conditions sociales d’éventuels « dénis d’agenda » (Cobb / Ross) au sein même des mouvements contestataires ayant des finalités plus générales, mais aussi les ressources mobilisées dans les entreprises de construction symbolique de causes et mobilisations relatives à ces victimes. On pourra considérer également les trajectoires militantes, individuelles et collective, au sein des mouvements féministes face aux enjeux de la reconnaissance et de la protection des victimes de persécutions spécifiques aux femmes.

Le colloque accueillera les études relatives à des cas de campagnes non gouvernementales ou hybrides (public/privé) de sensibilisation, de mobilisation ou de protestation relatives à ces persécutions ainsi que les démarches et dispositifs expérimentés en matière d’aide et d’assistance aux femmes victimes de ces persécutions. De telles études permettront, le cas échéant, d’approfondir l’analyse des relations entre les fonctions d’assistance et les fonctions de témoignage au sein des organisations non gouvernementales de solidarité en considérant l’ensemble de leurs conditions d’activité (philosophies, financements, positionnements politiques, rapport salariat / bénévolat, etc.). Elles permettront également de mieux cerner les facteurs favorables ainsi que les obstacles à l’émergence d’une reconnaissance locale, nationale ou internationale des persécutions spécifiques aux femmes.

On s’intéressera enfin particulièrement aux modalités d’extension internationale des mouvements et mobilisations contre les persécutions spécifiques aux femmes ou en faveur de la protection des victimes de ces persécutions. Que ce soit sous l’angle du passage de l’action locale à la militance nationale ou transnationale ou encore par l’observation des actions et campagnes d’organisations internationales de solidarité ou de mouvements supranationaux en faveur des femmes réfugiées victimes de ces persécutions, il s’agit d’arriver à mieux cerner les liens, peut-être ténus, entre l’action de proximité immédiate et la construction de causes globales, c’est à dire aussi entre des victimes ici et des victimes là-bas (sans spécification culturelle des localisations) considérées ensemble au miroir des mutations contemporaines du militantisme.

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III – ACTIONS PUBLIQUES DE PREVENTION ET DE PROTECTION

Sous l’impulsion de mouvements sociaux et de mutations culturelles ou politiques relatifs notamment à la condition féminine d’une part et à la défense du droit d’asile d’autre part, des réglementations et, plus largement, des politiques publiques, internationales et nationales on vu le jour depuis une ou deux décennies en matière de prévention des persécutions spécifiques aux femmes et de protection des victimes.

Les actions publiques de prévention peuvent prendre des formes diverses : campagnes de communication publique, dispositifs étatiques d’éducation aux droits humains, transformation des règles du droit civil et du droit pénal, etc. Elles apparaissent dans quelques pays et sont balbutiantes ou inexistantes dans les autres. Les niveaux de contraintes légales, administratives et policières liées à ces politiques sont très variables d’un pays à l’autre. Au delà des analyses portant sur l’émergence des réglementations internationales dans ce domaine, il y a lieu de s’interroger sur les conditions concrètes de leur mise en œuvre et sur l’effectivité des politiques publiques affichées au plan national. Dans chaque cas, il s’agit d’apprécier, par delà les stratégies d’affichage à vocation diplomatique, l’état de transformation réelle d’une société, de ses institutions étatisées ou traditionnelles. Il s’agit de comprendre, notamment au moyens de comparaisons entre des pays ou entre des localités, quelles sont les conditions favorables ou défavorables à l’efficacité réelle d’action impliquant les autorités dans la lutte contre les persécutions spécifiques aux femmes.

De cette connaissance des actions publiques de prévention et de leur effectivité dépend, pour une part au moins, la protection que reçoivent certaines femmes demandant l’asile à l’étranger pour échapper à ces persécutions. Les conditions d’attribution de cette protection asilaire, notamment au titre de la Convention de Genève sur les réfugiés (1951) devront être considérées également dans une perspective comparative tant les politiques juridictionnelles et administratives pour la mise en œuvre de cette convention varient considérablement d’un pays à l’autre notamment en ce qui concerne les persécutions spécifiques aux femmes. A cet égard, les divergences jurisprudentielles sont particulièrement intéressantes, mais également les modalités concrètes de décisions administratives ou policières qu’elles donnent lieu à publicité ou non et également les conditions procédurales, médicales et humaines d’accueil et d’écoute des femmes victimes de ces persécutions, y compris lorsque l’action publique est sous-traitée par l’Etat à des organismes privés commerciaux ou associatifs.


ORGANISATEURS :

Jane FREEDMAN (Univ. Southampton), Jérôme VALLUY (Univ. Panthéon-Sorbonne)

COMITE SCIENTIFIQUE :

Gill ALLWOOD (Université de Nottingham Trent), Didier FASSIN (EHESS / Université Paris 13), Jane FREEDMAN (Université de Southampton), Lilian MATHIEU (CNRS), Nouria OUALI (Université Libre de Bruxelles), Jérôme VALLUY (Univ. Panthéon-Sorbonne).

CALENDRIER :

Date limite pour l’envoi des propositions de communications : 15 décembre 2005

Réponses du Comité Scientifique : 15 février 2005

Date limite pour l’envoi des communications : 15 mai 2005

PROPOSITIONS :

Les propositions de communications, en français ou en anglais, seront transmises (au plus tard le 15 décembre 2005) par Email aux deux organisateurs J.L.Freedman@soton.ac.uk et valluy@univ-paris1.fr avec le titre de la communication, une présentation résumée en 300 mots environ et le Curriculum Vitae (avec publications) de l’auteur.

COMMUNICATIONS :

Les textes de communications, en français ou en anglais, correspondant aux propositions retenues par le Comité Scientifique, seront transmises (au plus tard le 15 mai 2005) par Email aux deux organisateurs J.L.Freedman@soton.ac.uk et valluy@univ-paris1.fr en document attaché au format RTF en respectant un volume compris de texte compris entre 20 000 et 40 000 signes (espaces blancs inclus). Ces textes seront dupliqués pour être remis à chaque personne assistant au colloque. Ils pourront être retravaillés avant la publication des actes.

PRISE EN CHARGE :

Des moyens seront recherchés par les organisateurs pour prendre en charge tout ou partie des frais de voyage et de séjour des participants qui ne pourraient pas l’être par leurs propres institutions, notamment parmi ceux travaillant dans des pays où la recherche est défavorisée et, également, parmi les jeunes chercheurs. A ce jour cependant, les organisateurs ne peuvent pas garantir la disponibilité de ces moyens.

LIEU :

Université Panthéon-Sorbonne,
12 place du Panthéon, 75005 Paris, salle n°1.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 15 septembre 2006

Contacts

  • FREEDMAN Jane
    courriel : J [dot] L [dot] Freedman [at] soton [dot] ac [dot] uk
  • VALLUY Jérôme
    courriel : valluy [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • VALLUY Jérôme
    courriel : valluy [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Persécutions de femmes, mobilisations sociales et droit d'asile », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 31 octobre 2005, http://calenda.org/190710