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La plume et la pierre

L'écrivain et le modèle archéologique au XIXe siècle (roman/critique littéraire)

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Publié le lundi 31 octobre 2005 par Corinne Cassé

Résumé

Annonce

Colloque organisé par le Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Nîmes

avec le soutien du Centre d’Etudes Romantiques et Dix-neuviémistes

de l’Université Paul Valéry [Montpellier III]

Les lundi 3, mardi 4 et mercredi 5 juillet 2006

Responsable : Martine Lavaud

Comité scientifique :

Marie Blaise, Pierre Citti, V. Krings,

M. Lavaud, Sylvie Triaire, Alain Vaillant

Dans la préface de Mademoiselle de Maupin (1835), Gautier imagine que des antiquaires du millénaire suivant exhument le cadavre de Paris pétrifié sous un linceul de cendres afin de l’examiner et d’en évaluer la beauté passée. Ce rêve pompéien révèle la présence précoce du modèle archéologique dans l’œuvre de Gautier, et sa double influence : une influence épistémologique perceptible dans le projet critique des Grotesques (1844), et une influence esthétique et fictionnelle lisible dans les exemples fameux d’Arria Marcella (1852) ou du Roman de la Momie (1857). Qu’il inspire le travail de la critique littéraire ou celui d’une archéo-fiction qui met fin au traditionnel récit de voyage didactique représenté par les Aventures de Télémaque (1699) de Fénelon, le Séthos (1731) de l’abbé Terrasson et autres précédents du Voyage du Jeune Anacharsis (1788), le métier d’archéologue peut être un modèle, un truchement, parfois même un état. Ce colloque voudrait étudier les modes d’implantation de l’archéologie dans la matrice romanesque ou critique, ainsi que leurs implications épistémologiques et esthétiques.

Concernant le versant romanesque, pourra être retenu tout texte d’écrivain ou même d’archéologue qui, regardant l’archéologie comme une source et un modèle, dépasse la réalité discontinue et les limites informatives du fragment par le recours au tissu de sa mise en fiction. Les textes autres que romanesques (récits de voyages, correspondances, articles critiques…) ne pourront être pris en compte que lorsque, proposant une représentation particulière de l’archéologue ou de l’archéologie, ils constitueront une phase préparatoire ou une réflexion critique sur l’archéo-fiction. On pourra séparément ou conjointement examiner plusieurs aspects, par exemple :

- la genèse textuelle, en examinant la nature de la collaboration ou de l’influence archéologique (mode d’exploitation des documents scientifiques, des relevés iconographiques, visite des sites…)

- les représentations, les postulations de l’imaginaire romanesque et leur validité, de la description architecturale à l’hypothèse des faits, en passant par les figures d’identification au personnage de l’archéologue (représentation réaliste ou caricaturale, naissance de la figure hybride du héros archéologue et aventurier qui sublime tout ensemble celles de l’écrivain et du savant et se distingue du personnage de l’antiquaire…)

- l’écriture et le style, en particulier la question du rapport à l’érudition qui se pose précisément dans le genre archéo-fictif. Il s’agit de relever le défi de l’imaginaire scientifique, de rendre compatibles l’heuristique archéologique et son désir de ressusciter avec le risque de pétrification que l’érudition fait courir au conglomérat textuel indigeste, perpétuellement menacé de délitement (c’est le texte « mosaïque » évoqué par Gautier pour caractériser le Roman de la Momie). Dans cette perspective, l’archéologie n’est plus seulement un modèle ou une caution : elle fait l’objet d’un dépassement par lequel l’artiste affirme sa singularité et son pouvoir

- les questions de la réception et de l’influence de l’archéo-fiction, de l’argumentaire et de la validité des discours critiques (notamment lorsqu’ils émanent d’archéologues, comme Froehner et E. Feydeau s’adressant à Flaubert et Gautier), à l’impact éventuel du genre sur les vocations ou les recherches archéologiques

- d’un point de vue comparatif, les différences de traitement distinguant les fictions d’écrivains inspirés par l’archéologie…et celles d’archéologues s’improvisant écrivains (le corpus restant, dans ce dernier cas, à constituer).

- enfin le cas original du « futurisme archéologique » qui, tenant à la fois de l’évaluation scientifique et de l’imaginaire esthétique, rêve le monde présent comme un chantier de fouilles à venir

Par ailleurs, le fossé qui semble séparer le travail du romancier de celui de l’historien littéraire n’est pas si profond qu’il n’y paraît : certains écrivains comme Gautier ou Nerval pratiquent conjointement l’archéo-fiction et la critique dite « grotesque», qui prend à la lettre le substrat étymologique du terme (« grotte ») et fait de l’archéologie un nouveau modèle épistémologique de l’histoire littéraire. Il s’agit en somme de creuser sous les grands monuments de la littérature (Racine, Malherbe…) afin d’exhumer les restes des oubliés et d’entreprendre un chantier de réévaluation du paysage littéraire. C’est l’idée que cultive Gautier qui, de 1834 à 1844, consacre dix articles à quelques « poetae minores ». Ces « Grotesques » prennent valeur d’exemplarité, vulgarisent une acception du terme distincte de la notion hugolienne et renforcent l’impulsion d’un mouvement illustré par Saint-Marc Girardin, Sainte-Beuve, Chasles, Nodier, Victor Fournel (…).On se propose de ressusciter et de réévaluer cette branche mal connue de la critique, ses outils et ses enjeux, en envisageant quelques aspects qui du reste recoupent ceux de l’archéo-fiction :

- sur le plan épistémologique, la méthode employée et sa pertinence, sachant qu’elle peut présupposer un arasement des jugements de valeurs « bourgeois » et permettre à l’écrivain découvreur et justicier de considérer les interstices de l’histoire (ce que fait analogiquement Salammbô qui choisit la révolte avortée des Mercenaires plutôt que le « delenda est Carthago »)

- sur le plan des représentations, la présence et le devenir de la métaphore archéologique, que l’historien littéraire dessine en filigrane un autoportrait en archéologue, ou inversement en exhumé potentiel (ce dernier constituant alors une application critique du futurisme archéo-fictif)

- concernant l’écriture, la présence de l’érudition et son traitement stylistique, hors des sentiers battus et « fossilisants » de l’historiographie littéraire académique

- s’agissant enfin de la réception, la validité et la postérité des conclusions proposées par la critique grotesque

Telles sont donc les pistes diverses, mais convergentes, qu’on se propose d’explorer grâce à ce colloque dans lequel, en particulier pour ce qui concerne l’archéo-fiction, la participation d’archéologues ou d’historiens sera la bienvenue.

Lieux

  • Nîmes, France

Dates

  • dimanche 03 juillet 2005

Contacts

  • Martine Lavaud
    courriel : martine_lavaud [at] club-internet [dot] fr

Source de l'information

  • Blandine Nouvel
    courriel : nouvel [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La plume et la pierre », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 31 octobre 2005, http://calenda.org/190712