AccueilLa politique économique. Histoire sociale et institutionnelle d'une politique publique

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Publié le jeudi 24 novembre 2005 par Claire Lemercier

Résumé

Les historiens contemporanéistes se sont longtemps peu intéressés à ce que peuvent apporter pour la compréhension des actions de l’État les interrogations issues des autres sciences sociales (science politique et sociologie principalement). Certes, les politiques culturelles ont fait l’objet d’analyses historiques, mais les autres domaines d’intervention de l’État sont moins arpentés par une histoire politique plus intéressée par les formes partisanes ou les luttes gouvernementales, par une histoire économique qui a redécouvert l’importance des entreprises et par une histoire culturelle qui s’intéresse souvent aux seules représentations.

Annonce

La politique économique. Histoire sociale et institutionnelle d'une politique publique

Alain Chatriot et François Denord, chargés de recherche au CNRS

Cycle de séminaires. 1er et 3e jeudi du mois, salle 6, 105 boulevard Raspail, Paris.

17 – 19 heures

Les historiens contemporanéistes se sont longtemps peu intéressés à ce que peuvent apporter pour la compréhension des actions de l’État les interrogations issues des autres sciences sociales (science politique et sociologie principalement). Certes, les politiques culturelles ont fait l’objet d’analyses historiques, mais les autres domaines d’intervention de l’État sont moins arpentés par une histoire politique plus intéressée par les formes partisanes ou les luttes gouvernementales, par une histoire économique qui a redécouvert l’importance des entreprises et par une histoire culturelle qui s’intéresse souvent aux seules représentations. Il s’agit dès lors, en évitant de voir les politiques de l’État comme un bloc, de suivre à différentes échelles la préparation, la discussion et l’application des politiques publiques dans un domaine précis.

Si la notion de politique économique s’impose aujourd’hui avec toute la force de l’évidence, il est d’abord nécessaire de l’historiciser. Cette notion comprise de nos jours comme un savant dosage des interventions de la puissance publique visant la réalisation d’objectifs aussi généraux que la croissance ou l’emploi, est rarement utilisée avant l’entre-deux-guerres. La France dispose antérieurement d’une politique publique en matière d’économie, mais en aucun cas ne se dégage une vision d’ensemble dont l’État se ferait le promoteur. Il est donc nécessaire dans un premier temps de comprendre comment dans un contexte spécifique, l’action économique de l’État ne se réduit plus à une somme d’interventions sectorielles.

L’intérêt pour les politiques économiques ne peut être séparé d’une étude des formes de savoirs économiques, de leurs producteurs et de leur circulation. L’étude s’est longtemps limitée, sous l’influence des recherches réalisées dans les facultés de droit, à une histoire de la pensée économique rétive aux approches sociologiques, politistes et réellement historiques. En interrogeant le savoir économique, l'enjeu est de comprendre la structuration d’une discipline universitaire et scientifique, de saisir les différents acteurs qui participent à l’élaboration des politiques économiques et leurs interactions. La reconstitution fine de l’espace des débats économiques laissera également apparaître d’autres figures essentielles : syndicalistes ouvriers et patronaux, hauts fonctionnaires, ingénieurs, et « technocrates ».

L’analyse sera centrée sur la première moitié du XXe siècle et sur le cas français (tout en tenant compte de la dimension internationale consubstantielle à certaines questions). Ce choix permet la confrontation aux conséquences du premier conflit mondial, à la crise économique, à l’Occupation du pays après la défaite et à la phase de reconstruction. Ces épisodes successifs voient se transformer fortement les formes de politiques économiques et les acteurs (individuels, collectifs, institutionnels) qui les mettent en œuvre. La mobilisation économique durant la Première Guerre mondiale n’est ainsi pas une simple transformation de politiques antérieures tendues dans le but des productions militaires mais la marque d’une évolution vers un nouveau rôle reconnu à l’État dans la régulation des activités économiques et des conflits sociaux. Cette évolution suscite des réactions contradictoires qui mêlent oppositions patronales, projets planistes, éloges dirigistes, méfiances syndicales et renouveaux du libéralisme. La restitution de ces débats de l’entre-deux-guerres ne doit pas aboutir simplement à un catalogue de projets intellectuels, mais à la mise en perspective de l’univers des discours et des pratiques économiques de la période.

La crise économique est dès lors analysée dans cette continuité historique et on se doit de comprendre la manière dont elle a pu jouer un rôle de catalyseur. Elle ravive les revendications d’une organisation rationnelle de la politique économique et dans le même temps déplace les débats autour de nouveaux objets (ententes entre entreprises, droits sociaux, etc.). De même, dans le prolongement des discussions et des politiques menées durant les années trente, la période de l’Occupation offre, dans un contexte politique très spécifique, des occasions nouvelles pour mener des expériences de politique économique (en particulier avec diverses tentatives corporatistes). Au sein de la France combattante, à Vichy et dans la Résistance, ont été créées des instances afin de proposer un nouvel ordre économique pour l’après-guerre. Développant et amplifiant certaines des thématiques des années d’entre-deux-guerres, ces organismes ont participé à la définition des « réformes de structure » de la Libération. Il n’est alors plus question de choisir entre libéralisme et dirigisme : seules les modalités de l’interventionnisme étatique restent à fixer. L’État est à la fois devenu un acteur économique central et l’un des principaux objets de la réflexion économique. L'élaboration et la diffusion des doctrines keynésiennes et néo-libérales françaises traduisent assez justement cette double évolution.

L’approche en partie chronologique des premières séances sera complétée par la réflexion sur des dossiers thématiques précis. On s’intéressera ainsi aux frontières entre politiques économiques et politiques sociales ainsi que sur les modes de consultation auxquels recourt la puissance publique. Les exemples retenus (temps de travail, par exemple) permettront également de changer d’échelles, tant les politiques françaises en ces domaines ne sont pas compréhensibles en dehors du cadre européen. Les séances se dérouleront autour de synthèses présentées par les organisateurs, de discussions d'articles importants ou d'ouvrages récents. La confrontation avec les sources de cette histoire des politiques économiques sera aussi favorisée.

Programme envisagé :

01/12/2005 : L’économie comme catégorie d'action publique

15/12/2005 : L’enseignement de l’économie politique en France : débat sur des travaux récents

05/01/2006 : Les économistes universitaires et l’action politique : engagements et pratiques militantes

19/01/2006 : L’économie sans ministère : les voies d'une politique économique rationnelle sous la IIIe République

02/02/2006 : Organiser l’économie avec ou sans l’État ? Néo-capitalisme, corporatisme et organisation professionnelle dans les années 1930

16/02/2006 : Légitimation et délégitimation des politiques économiques : histoire sociale du keynésianisme et du néo-libéralisme

02/03/2006 : La redéfinition des débats économiques sous l’Occupation (I)

16/03/2006 : La redéfinition des débats économiques sous l’Occupation (II) avec Paul-André Rosental (directeur d’études à l’EHESS)

06/04/2006 : Les recompositions de la Libération : quelles politiques économiques pour la Reconstruction ?

04/05/2006 : Entre politique économique et politique sociale : la réduction du temps de travail

Séance 11 et 12 (sans doute le 01.06.2006) : Conclusions

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • jeudi 01 décembre 2005

Contacts

  • Alain Chatriot
    courriel : chatriot [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Alain Chatriot
    courriel : chatriot [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La politique économique. Histoire sociale et institutionnelle d'une politique publique », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 24 novembre 2005, http://calenda.org/190841