AccueilLes mobilisations collectives et les dispositifs de sensibilisation

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Publié le mercredi 07 décembre 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Annonce

APPEL A COMMUNICATIONS

LES MOBILISATIONS COLLECTIVES ET LES DISPOSITIFS DE SENSIBILISATION

Colloque organisé par le Centre de Science Politique Comparative de l’IEP d’Aix-en-Provence

Le 20 et 21 octobre 2006 à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence.

ORGANISATEURS :

Christophe TRAÏNI, Gwenola LE NAOUR, Karine WEPIERRE

COMITE SCIENTIFIQUE :

Loïc BLONDIAUX (CERAPS / IEP de Lille), Hélène BUISSON-FENET (LEST / CNRS), Sandrine LEFRANC (LASP / CNRS), Cyril LEMIEUX (GSPM / EHESS-CNRS), Elizabeth PICARD (IREMAM / CNRS), Johanna SIMEANT (CERAPS / Paris-I), Christophe TRAÏNI (CSPC / IEP-Aix)

Dans le sillage des travaux de Charles Tilly, l’étude des mobilisations collectives s’est avérée de plus en plus en plus attentive à l’analyse des modes d’action grâce auxquels les entrepreneurs de cause s’appliquent à faire apparaître leurs revendications comme des problèmes publics de la première importance. Trois grandes formes de publicisation et de légitimation des causes ont pu ainsi être repérées : l’appel au nombre, à la science ou à la vertu[1]. En ce qui concerne les usages du nombre, les travaux sur la manifestation, la pétition, et dans une certaine mesure sur le sondage, ont grandement contribué à une meilleure connaissance d’un ensemble de procédures en partie calquées sur celles de l’agrégation des votes. Le recours à l’expertise scientifique, pour sa part, s’est trouvé d’autant mieux documenté qu’il a pu bénéficier des apports de travaux portant aussi bien sur l’action collective, la contestation des projets d’aménagement, ou la sociologie des controverses et des débats publics. L’étude des modalités de l’appel à la vertu, en revanche, semble avoir été plus rarement investie en dépit de l’apport d’analyses portant sur la grève de la faim, la provocation en direction des médias, l’exposition de la personne, les figures du témoignage ou de la confession. Il est pourtant manifeste qu’un grand nombre d’activistes militants s’efforcent de rallier leurs contemporains à leur cause en mobilisant des « sensibilités communes sur lesquelles peuvent s’appuyer des accords préréflexifs ¾ de l’ordre, si l’on veut du préjugé, pour ne pas dire du préjugement ¾ entre des personnes qui se reconnaissent, sinon les mêmes valeurs éthiques, au moins une communauté de réaction, que l’on appelle souvent “viscérales” pour dire qu’elles préexistent en sorte à leur justification par des principes » [2]. Ainsi, la légitimité des causes collectives peut souvent s’étayer sur la mise en commun des expériences émotionnelles, sur la capacité à manifester la façon dont on peut être affecté, touché, bref concerné par des faits face auxquels il serait indigne de demeurer indifférent.

Ce colloque se propose d’interroger les procédures, les dispositifs, et les processus de sensibilisation propres aux entreprises militantes. Comment les entrepreneurs de cause s’emploient-ils à faire valoir la validité de leurs revendications en faisant appel à la sensibilité de leurs divers publics (militants, soutiens, médias, autorités publiques) ? Par quels procédés s’appliquent-ils à susciter une communauté d’expériences, d’émotions et de jugements ? Comment œuvrent-ils à transmuer des expériences sensorielles et affectives — la vision, le bruit et l’odeur — en incitation à agir au nom de préoccupations collectives ? A quelles conditions la confession publique des émotions liées à une expérience personnelle traumatisante parvient-elle à s’apparenter à l’édification d’une cause en appelant à la mobilisation collective ? Dans cette optique, la dénonciation du scandale ne devrait-elle pas être envisagée comme une forme de sensibilisation parmi d’autre ? A l’offre d’indignation ne peut-on pas ajouter l’invitation à la pitié, à l’attendrissement, à la fierté, à la crainte, à la honte, au mépris ? Certes, de telles interrogations impliquent qu’une large place soit accordée à la réflexion méthodologique sur l’analyse des émotions en politique. En l’occurrence, c’est le péril du psychologisme et le soupçon d’impressionnisme qu’une perspective de ce type se doit, bien évidemment, de déjouer. C’est pourquoi les communications attacheront la plus grande importance à la description des dispositifs de sensibilisation qui s’offrent à l’investigation empirique. Par cette expression, il s’agira de désigner les supports matériels, les agencements d’objet, les mises en scènes, que les entrepreneurs de cause soumettent à l’évaluation morale de leurs contemporains : photographies, présentations de « matières sensibles », expositions des corps, masques et costumes, équipements divers, organisations de simulacre, d’opérations commandos, ou bien encore de commémorations… Loin de déboucher sur un simple inventaire à la Prévert, la diversité des occurrences empiriques devrait stimuler la réflexion autour de trois axes complémentaires de réflexion relevant aussi bien du domaine des théories de l’action collective que de celles de l’élaboration des politiques publiques. L’un des objectifs de ce colloque, en effet, sera de récuser le cloisonnement intellectuel qui nous incite, trop souvent, à penser la construction des causes au sein des « mouvements sociaux » ou au cœur des systèmes polico-administratifs comme deux types d’objets relevant de logiques distinctes.

1. LA MOBILISATION DES SOUTIENS, L’IDENTIFICATION DES PROBLEMES PUBLICS ET DES ADVERSAIRES

Les dispositifs de sensibilisation relèvent incontestablement d’une forme de justification très générale puisqu’ils en appellent immanquablement à une « commune humanité ». Leur déploiement vise à susciter les réactions et les émotions censées être les plus spontanées et les mieux partagées au monde face, par exemple, à la souffrance, à la misère, au risque incontrôlé, à la gratitude due au bienfaiteur, etc… L’étude comparative devrait toutefois permettre de mieux évaluer les modalités très variables de cette forme de légitimation des causes. Les dispositifs de sensibilisation tendent-ils avant tout à délimiter le groupe mobilisé autour de propriétés distinctives ? Visent-ils à fonder une mémoire, une manière de voir et de ressentir, propre au collectif interpellé ? Ouvrent-ils la voie à un « Nous » militant clairement identifié ? Permettent-ils, en d’autres termes, cette offre identitaire que de nombreux travaux ont placée au cœur des mobilisations collectives ? L’originalité des dispositifs de la sensibilisation ne résiderait-elle pas, a contrario, dans leur capacité à se départir de cette délimitation des groupes concernés ? Leur efficacité ne résulte-t-elle pas du fait qu’ils sont en mesure d’affecter les individus indépendamment de leur appartenance à des groupes déterminés ? Cette forme de publicisation des causes ne vise-t elle pas une forme d’œcuménisme la mieux à même de solliciter des soutiens aussi hétérogènes que nombreux ? D’ailleurs comment procèdent ceux qui ont recours aux dispositifs de sensibilisation lorsqu’il s’agit de désigner un adversaire ? A qui imputent-ils la responsabilité des problèmes publics auxquels ils entendent mettre fin ? S’agit-il d’un vague système contrôlé par « on ne sait qui » ? De mauvaises mœurs ou d’habitudes routinières qu’il conviendrait de corriger ? S’agit il, au contraire, d’un Etat ? D’une classe politique irresponsable ? D’un groupe de coupables indignes et répréhensibles clairement identifiable ? Bref, les dispositifs de la sensibilisation participent-ils à une euphémisation du conflit ? A une édification de problèmes publics excluant tout adversaire ? Atténuent-ils, ou redéfinissent-ils, la lisibilité des affrontements partisans et autres clivages politiques ? Sont-ils, au contraire, plus rétifs aux compromis avec les ennemis désignés par les promoteurs de la cause ? Ne tendent-ils, en définitive, à exacerber l’hostilité à l’égard des « barbares » sourds à la sensibilité de l’humanité la plus commune ?

2. LES DISPOSITIFS DE SENSIBILISATION ET LE POLICY-MAKING

Le colloque sera l’occasion de réfléchir à la manière dont les entrepreneurs de cause parviennent, ou non, à peser sur les systèmes de la décision politique. Les dispositifs de sensibilisation tendent-ils à produire des effets qui échappent vite au contrôle de leurs instigateurs et qui révèlent les fortes contraintes qui pèsent sur le recours à de tels procédés de publicisation des causes ? Est-il possible, autrement dit, d’identifier des formes de grammaires qui dictent les usages socialement acceptables ou intolérables de la sensibilisation ? D’ailleurs, quelles sont les critiques qui lui sont les plus couramment adressées (irrationalité, impudeur, vulgarité, ridicule, démagogie…) ? La réflexion devrait également permettre d’expliciter dans quelle mesure la mobilisation des émotions peut constituer souvent l’un des vecteurs les plus puissants des processus de (dé)légitimation des autorités publiques. Dans cette optique, les communications pourront s’appliquer à décrire ce que les modalités de ces procès en légitimité doivent aux caractéristiques des dispositifs étudiés. De manière plus circonstanciée, comment une forme de justification de ce type peut-elle — au sein des policy communities — concurrencer ou compléter l’expertise scientifique et le recours au nombre ? Comment les systèmes d’acteurs à l’origine de l’élaboration des politiques publiques s’accommodent-ils de l’irruption d’un appel à l’émotion, en principe, peu compatible avec leur mode de fonctionnement ordinaire ? Existent-ils, au sein des arènes politiques et administratives, des formes institutionnalisées de disqualification de la sensibilisation ? Sous quelles conditions certains dispositifs de sensibilisation peuvent-ils, au contraire, être habilités à fonder une politique publique donnée ? Dans quelle mesure pourrait-on aller jusqu’à parler de dispositifs de sensibilisation d’Etat ? Le cas échéant, quelles sont leurs caractéristiques ? Comment expliquer le statut très variable qui peut leur être attribué au sein de contextes nationaux ou de secteurs plus limités des politiques publiques ?

3. LES DIFFERENTIELS DE SOCIALISATION ET LA SOCIOGENESE DES SENSIBILITES COLLECTIVES

La réflexion sur les dispositifs de sensibilisation doit être l’occasion d’interroger la dimension émotionnelle des mobilisations collectives en récusant toute forme de psychologisme. Il doit être évident, en effet, que la probabilité que le public soit affecté par un dispositif de sensibilisation présuppose une socialisation préalable et un ensemble d’expériences sociales plus ou moins similaires à celle des entrepreneurs de cause à l’origine de son déploiement. La démarche comparative ou le détour anthropologique auprès de contextes culturels plus ou moins « éloignés » seront, par conséquent, particulièrement appréciés afin de mettre en exergue l’irréductible ancrage des procédures étudiées au sein de configurations sociales. De manière générale, les communications pourront également tenter d’analyser ce que la valorisation de certains dispositifs de sensibilisation doit à la socialisation et à la trajectoire sociale des entrepreneurs de cause au sein de contextes et milieux sociaux bien déterminés. Autant dire que l’examen des controverses et des incompréhensions qui résultent souvent des différentiels de socialisation serait bienvenu : des dispositifs de sensibilisation visant à susciter la fierté des uns, excitent l’aversion des autres ; une mise en scène en appelant à la compassion de tous, réveille l’indignation de certains ; un comportement relevé afin d’attirer la honte sur un minorité, éveille la pitié du plus grand nombre… Bref, dans quelle mesure la possibilité d’en appeler à une communauté d’émotions dépend-t elle d’histoires collectives plus ou moins bien partagées ? Dans le prolongement des travaux de la socio-histoire, il conviendra sans doute, à ce propos, de souligner le caractère évolutif des seuils des sensibilités mobilisées par les entrepreneurs de cause afin d’expliciter ce que le développement de certains dispositifs doit aux évolutions des rapports, par exemple, à l’insécurité, à la mort, au sang, aux odeurs, à la misère, à la discrimination hiérarchique, à la pudeur, à l’intimisme, à la compassion, etc.…

Ces trois pistes de réflexion ne se veulent aucunement exhaustives et ne préfigurent nullement le programme du colloque qui sera établi sur la base des propositions recueillies. Ce colloque est ouvert à tous les travaux confrontés à la question de la gestion des émotions aussi bien dans le domaine des politiques publiques, des organisations militantes ou des mobilisations collectives, dans des pays aussi variés soient-ils.

PROPOSITIONS.

Les propositions de communications (2 à 3 pages, envoi en fichier RTF) doivent être adressées en document attaché à Christophe TRAÏNI (Christophe.TRAINI@wanadoo.fr) et Gwenola LE NAOUR (gwenola.le-naour@wanadoo.fr). Celles-ci comprendront une description claire des matériaux mobilisés ainsi que des axes de réflexions privilégiés. Elles seront accompagnées d’un document indiquant : nom, prénom, titre de la communication, résumé de la communication entre 3 et 6 lignes, institution de rattachement de l’auteur, statut, liste des publications, adresse électronique.

Les réponses du comité scientifique seront communiquées avant l’été 2006.

CALENDRIER :

Date limite pour l’envoi des propositions de communications : 28 février.

Réponses du Comité scientifique : 19 juin.

Date limite pour l’envoi des communications : 01 septembre 2006.



[1] Michel Offerlé, Sociologie des groupes d’intérêt, Paris, Montchrestien, 1994, pp. 112-127.

[2] Luc Boltanski, La souffrance à distance. Morale humanitaire, médias et politiques, Éditions Métailié, 1993, p. 85.

Catégories

Lieux

  • Aix-en-Provene
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mardi 28 février 2006

Contacts

  • Gwenola Le Naour
    courriel : gwenola [dot] le-naour [at] wanadoo [dot] fr
  • Christophe Traïni
    courriel : Christophe [dot] TRAINI [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Gwenola Le Naour
    courriel : gwenola [dot] le-naour [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mobilisations collectives et les dispositifs de sensibilisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 décembre 2005, http://calenda.org/190873