AccueilLes clandestinités urbaines en Occident de l'époque moderne à nos jours

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Publié le jeudi 08 décembre 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Si l’histoire a déjà très largement entrepris d'étudier le fait clandestin dans ses multiples composantes (lieux, moments, origines, acteurs, répression...), elle a peu cherché jusqu’à présent à l’articuler à la dimension urbaine. Ce colloque a pour ambition d’initier la découverte des espaces clandestins de la ville, avec la volonté d’en repérer les géographies et les itinéraires, d’en cerner les occupants et leurs réseaux, d’en comprendre les ressorts et les règles, d’en évaluer les failles et les vulnérabilités. L'entreprise implique d'avoir au préalable rigoureusement borné le matériau de réflexion.

Annonce

Si l’histoire a déjà très largement entrepris d'étudier le fait clandestin dans ses multiples composantes (lieux, moments, origines, acteurs, répression...), elle a peu cherché jusqu’à présent à l’articuler à la dimension urbaine. Ce colloque a pour ambition d’initier la découverte des espaces clandestins de la ville, avec la volonté d’en repérer les géographies et les itinéraires, d’en cerner les occupants et leurs réseaux, d’en comprendre les ressorts et les règles, d’en évaluer les failles et les vulnérabilités. L'entreprise implique d'avoir au préalable rigoureusement borné le matériau de réflexion.

1- La notion de clandestinité voisine en effet avec celle de déviance, de marginalité, d’illégalité, mais dans un rapport d’intersection plutôt que d’équivalence. Le clandestin n’a pas toujours pour vocation d’échapper à la loi, parfois seulement à un milieu ou à un groupe (songeons aux fugues ou aux amours clandestines...), tandis que certaines formes d’illégalités ou de déviances (prostitution, trafics, jeux...) peuvent s’afficher, parfois ostensiblement, dans l’espace urbain, du moins par intermittence. L’étymologie du terme (la latin clam) nous invite ainsi à définir comme noyau dur de la conceptualisation et de la description la notion de secret. Non que le clandestin soit nécessairement l’inconnu ou l’ignoré : il est souvent repéré, décrit, dénoncé (la Cour des Miracles, le ghetto, le bidonville déclinent autant de formes d’un espace paradoxal qui serait à la fois insaisissable et entièrement cerné). Mais dans tous les cas, le clandestin vise à fuir le regard dominant, celui de la loi ou celui de l’opprobre social, en cultivant la discrétion, l’invisibilité, la retraite, ce qui ne lui ferme pas le recours au groupe ou au réseau.

2- à l’intérieur de ce cadre initial, il s'agit de définir et caractériser les ressources propres de la ville. Le monde urbain ne saurait en effet avoir le monopole de la clandestinité, l’univers rural offrant ses propres espaces de dissimulation (l’individu en délicatesse avec la loi n’aura-t-il pas à coeur de “ se mettre au vert ” ?). Les clandestinités urbaines doivent donc être interrogées dans un rapport de confrontation et de comparaison avec les clandestinités rurales, chacune ne mobilisant sans doute pas les mêmes types de groupes, ni les mêmes moments d’un parcours individuel ou de l’histoire générale. Cette réflexion permettra également de dessiner les contours et les formes d’un imaginaire différencié de la clandestinité, qui prendrait pour emblème, à la campagne, la forêt, le maquis, la grotte ou la ferme, et à la ville l’appartement, la cave, l’arrière-salle ou le terrain vague.
La ville offre ainsi le visage paradoxal d’un lieu de dilutions multiples mais aussi de quadrillage étroit : c’est en ville que se concentrent, par définition, l’essentiel des moyens policiers ou de contrôle social, mais c’est aussi en ville que les fortes densités facilitent les évanouissements, tout en les enserrant de manière intrusive. Lieu du pouvoir inquisiteur, du regard aiguisé, démultiplié, la ville est en même temps l’espace de la liberté et du secret. Elle a, de ce point de vue, des atouts spécifiques : son étendue, sa topographie parfois labyrinthique, ses réseaux de transports, ses commerces, ses solidarités, autant de ressources pour tous ceux qui, même clandestins, n’en restent pas moins rattachés au monde extérieur par le cordon ombilical de la survivance.

3 - À cette première dialectique ville/campagne, qui est peut-être autant de complémentarité que d’opposition, on cherchera à en articuler une autre, celle qui distingue entre eux les différents espaces urbains. Toutes les villes et toutes les portions de villes n’ont pas en effet une même vocation à la clandestinité, un même potentiel de secret et d’entraide. Aussi la place du fait clandestin dans la ville doit-elle s’analyser à partir d’un jeu d’échelles, qui ferait se répondre, non seulement les espaces ruraux et les espaces urbains, mais aussi les grandes et petites villes, les centres-villes et les faubourgs, certains quartiers à d’autres, certains îlots, certains immeubles, jusqu’à l’échelon le plus réduit, celui que pourraient représenter le placard d’Anne Franck ou celui d’Aldo Moro. On envisagera ainsi de dresser une typologie des villes ou des quartiers les plus “ clandestinogènes ”, tout en soulignant que cette géographie est, inévitablement, soumise au travail de remodelage du temps.

4 - L’un des enjeux du colloque sera à ce titre de faire émerger des temporalités, de repérer des césures et de dégager le sens de la l'évolution générale. Dans quelle mesure l’accélération de la croissance urbaine aux XIXème et XXèmesiècles, articulée à une rationalisation et à une domestication de l’espace urbain a-t-elle contribué à modifier les formes de clandestinités et la place des clandestins dans la ville ? L’évolution, on peut déjà le pressentir, ne saurait être toute de réduction et de mise-au-pas du secret urbain : la modernité rationaliste et techniciste, dont la composante urbaine met en jeu la prolifération des espaces construits, la diversification et l’accélération des moyens transports et le perfectionnement des outils de communication, contribue tout autant à recomposer et nourrir les clandestinités qu’à les traquer et les fragiliser. Le choix d'un cadre chronologique large permettra d’aborder ces évolutions sur la longue durée, en cherchant dans le passé les origines et les phases de basculement. De ce point de vue, s’il est évident que certaines périodes de l’histoire (révolutions, guerres...) ont pu contribuer à exacerber le fait clandestin, en posant avec plus d’acuité l’enjeu de la ville comme aimant ou repoussoir, on cherchera moins à étudier ces situations dans leur caractère atypique ou exceptionnel, qu’en tant que révélateur, accélérateur ou remise en cause de tendances structurelles. Il nous a également semblé nécessaire de restreindre notre champ d’étude au monde occidental (Amérique du Nord comprise), afin de travailler sur un modèle relativement cohérent, même si du nord au sud de l’Europe, et du vieux au nouveau monde, la diversité des structures urbaines contribuent peut-être à façonner très différemment l’univers de la clandestinité.

Ces axes de réflexion, qui chercheront à mobiliser le quadruple enjeu d'une définition, d'une typologie, d'une géographie et d'une chronologie, pourront se décliner en plusieurs thèmes principaux, que l'on suggère ici à titre de pistes ouvertes et non de liste close :
- Les types d’activités clandestines dans la ville : commerce, contrebande, travail au noir, jeu, édition, réunions politiques...
- Les acteurs clandestins : groupes socio-économiques (travailleurs immigrés, trafiquants, commerçants...), délinquants et criminels, marginaux ou déviants (prostituées, toxicomanes, homosexuels, vagabonds, "apaches"...), partis ou groupes politiques et religieux (proscrits, exilés, congrégations, sectes...), individus isolés (fugueurs...).
- Les lieux de la clandestinité urbaine (à différentes échelles) : établissements de jeu et de plaisir, domiciles privés, rues, quartiers, faubourgs, banlieues, ghettos, bidonvilles...
- La répression de la clandestinité en ville : moyens, formes, problèmes spécifiques.
- Les représentations et l’imaginaire de la clandestinité urbaine, notamment en littérature (Hugo, Dumas, Sue, Simenon...), au cinéma (film policier, film noir) et dans la presse.

VENDREDI 20 JANVIER

MATINÉE : PRATIQUES ILLÉGITIMES ET TRANSGRESSIVES DANS LA VILLE

9h30 : Accueil des participants et introduction

Présidence : Vincent Milliot (université  de Caen)

10h : Albrecht Burkardt (université Lyon 2), "Les secrets de magie et d'alchimie à Florence à la fin du XVIème siècle"

10h20 : Natalia Muchnik (EHESS, Paris), "Du secret imposé à la clandestinité revendiquée : les communautés cryptojudaïsantes madrilènes face à l'Inquisition (XVI - XVIIIème siècles)"

10h40 : Anne Béroujon (université Lyon 2), "La contrebande et la contrefaçon des livres à Lyon au XVIIème siècle"

11h : Pause

11h15 : Anne Montenach (université de Provence), "Une économie de l'ombre. La place de la clandestinité dans le petit commerce alimentaire lyonnais au XVIIème siècle"

11h35 : Ulrike Krampl (université de Tours), "La publicité discrète des secrets magiques à Paris au XVIIIème siècle : topographie et sociabilités urbaines"

12h : Emmanuelle Retaillaud-Bajac (université de Tours), "Les ceintures du secret : clandestinités de la drogue dans les villes françaises de la première moitié du XXème siècle"

12h20-12h45 : Discussion

12h45-14h30 : DÉJEUNER-BUFFET

APRÈS-MIDI : FIGURES DE LA CLANDESTINITÉ URBAINE

Présidence : Michel Vergé-Franceschi
(université de Tours)

14h30 : Julie Doyon (université Paris XIII), "Les époux clandestins : la fraude matrimoniale à Paris de 1680 à 1760"

14h50 : Michel Porret (université de Genève), "Les liaisons invisibles: les circonstances occultes de la clandestinité amoureuse au temps des Lumières"

15h10 : Paula Cossart (université Paris I), "Code de l'honneur et amour clandestin dans le « Tout-Paris » de la première moitié du XIXème siècle"

15h30-15h45 : Pause

15h45 :  Patrice Peveri (université Paris 8), "Clandestinité et nouvel ordre policier dans le Paris de la Régence : la « cavale » de Louis-Dominique Cartouche "

16h05 : Jean-Noël Tardy (université Paris I), "Les conspirateurs dans la ville. Stratégies et expériences de la clandestinité des conspirateurs républicains à Paris (1830-1870)"

16h25 : Emmanuelle Cronier (université Paris I), "Les déserteurs à Paris pendant la Première Guerre mondiale"

16h45 : Mônica Raisa-Schpun (EHESS, Paris), "Aracy Carvalho et Margarethe Levy : une amitié née dans la clandestinité (Hambourg, 1938)"

17h05-17h45 : Discussion

SAMEDI 21 JANVIER

MATINÉE : TOPOGRAPHIES ET GÉOGRAPHIES DE LA CLANDESTINITÉ URBAINE


Présidence : Annie Fourcaut (université de Paris I)

9h30 : Géraud Poumarède (université Paris IV), "Immunités diplomatiques et trafics clandestins à Venise au XVIIIème siècle".

9h50 : Yves Krumenacker (université Lyon 3), "Le refuge protestant urbain au temps de la révocation de l'Edit de Nantes"

10h10 : Pierre Martin (université de Lorient), "Le temps, les espaces de la fraude : des magasins aux quais, des quais aux frontières dans les villes portuaires bretonnes du XVIIème siècle"

10h30 : Manuel Charpy (CeHVi, Tours), "La fin de la ville incertaine, des constructions tolérées aux constructions clandestines dans le Paris du premier XIXème siècle;"

10h50-11h05 : Pause

11h05 : Philippe Chassaigne (université de Tours), "Du Guide rose au Rainbow Flag. La géographie du 'Paris défendu' au XXe siècle, entre clandestinité et visibilité"

11h25 : Simon Ostermann (CeHVi, Tours), "La clandestinité des Juifs dans les villes de province sous Vichy (1940-1944)"

11h45 : Marie-Christine Volovitch-Tavares (Centre d'Histoire de l'IEP), "Les Portugais dans les bidonvilles des périphéries urbaines (années 1960-1980)"

12h05-12h30 : Discussion

12h30-14h : DÉJEUNER-BUFFET

APRÈS-MIDI : APPRÉHENSIONS ET RÉPRESSIONS DES CLANDESTINITÉS URBAINES

Présidence : Philippe Chassaigne (université de Tours)

14h : Christophe Durupt (université de Bourgogne), "Les protestants à Dijon au XVIème siècle"

14h20 : Henri Duranton (université de Saint-Etienne), "Marginalités littéraires dans le Paris du XVIIIème siècle"

14h40 : Vincent Denis (université Paris I), "La police et l'économie politique de la clandestinité des Lumières à Bonaparte"
15h00-15h20 : Pause

15h20 : Benjamin Guichard (université Paris I), "Usages sexuels et clandestins de l'espace urbain : la police des moeurs et le contrôle de la jeunesse à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle"

15h40 : Yann Philippe (EHESS, Paris), "Dénonciations et répressions des clandestinités urbaines à New York (1900-1940)"

16h00-16h45 :  Discussion et conclusion

entrée libre

Comité scientifique :
Philippe Chassaigne, Tours
Alain Corbin, Paris I
Arlette Farge, EHESS
Annie Fourcaut, Paris I
Dominique Kalifa, Paris I
Vincent Milliot, Caen
Michelle Perrot, Paris VII
Michel Vergé-Franceschi, Tours


Contact
:
CeHVi
Université François Rabelais
3 place Anatole France
37041 Tours Cedex 01
cehvi@univ-tours.fr


comité d'organisation :
Sylvie Aprile (Université de Tours)
Natacha Coquery (Université de Tours)
Emmanuelle Retaillaud-Bajac (Université de Tours)

Catégories

Lieux

  • Tours, France

Dates

  • vendredi 20 janvier 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Camille Prieux
    courriel : cethis [at] univ-tours [dot] fr

Source de l'information

  • Centre d'Histoire de la Ville Moderne et Contemporaine ~
    courriel : cehvi [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les clandestinités urbaines en Occident de l'époque moderne à nos jours », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 08 décembre 2005, http://calenda.org/190882