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La construction de l'individualité

Appel à contributions pour le n°2 de ¿Interrogations?, revue pluridisciplinaire des sciences de l'homme et de la société

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Publié le lundi 12 décembre 2005 par Claire Lemercier

Résumé

Pour son second numéro, la revue ¿ Interrogations ? propose aux spécialistes des sciences humaines et sociales une réflexion sur le thème de l’individualité. Nombre de revues et d’ouvrages, particulièrement en sociologie et en psychologie, sont centrés sur la question de l’individu (alors souvent rattachée à celles de son identité, de ses motivations, de ses compétences, de son malaise, etc.).

Annonce

Pour son second numéro, la revue ¿ Interrogations ? propose aux spécialistes des sciences humaines et sociales une réflexion sur le thème de l’individualité. Nombre de revues et d’ouvrages, particulièrement en sociologie et en psychologie, sont centrés sur la question de l’individu (alors souvent rattachée à celles de son identité, de ses motivations, de ses compétences, de son malaise, etc.).

Notre intention ici est non pas de réactiver le récurrent débat entre holisme et individualisme ni de promouvoir son dépassement (par le biais de l’interactionnisme ou d’un relationnisme méthodologique par exemple) mais de nous pencher sur la catégorie de l’individualité afin d’en déterminer l’essence, les probables diverses formes, les ressorts historiques, psychologiques, éthiques, etc., et son articulation avec des processus fondamentaux tels celui de la civilisation (notamment analysé par Norbert Elias) ou de la rationalisation (auquel Max Weber s’est beaucoup intéressé).

Nous pouvons distinguer ici deux principales pistes de recherche selon que l’on s’intéresse à la constitution proprement dite de l’individualité ou que l’on traite plutôt de sa construction historique.

Mais un préliminaire philosophique s’impose avant toute chose car si la catégorie de l’individualité semble désormais s’imposer comme ‘‘allant de soi’’ dans l’ensemble des sciences humaines et sociales, un travail d’explicitation s’avère nécessaire et nous attendons de ce fait plusieurs contributions visant à éclaircir ce concept dans son essence, sa substance et à le relier mais aussi le distinguer des multiples signifiants dont l’acception est proche tels ceux de sujet, de moi, de soi ou de personnalité, etc.

Dans le cadre de ce préliminaire émerge une première question : l’individualité doit-elle être considérée comme une forme a priori (anhistorique, nécessaire) ou a posteriori (historique, contingente) de l’esprit humain ? Nous pouvons ici souligner combien des disciplines comme l’histoire ou l’ethnologie devraient être amenées à illustrer, compléter, nuancer voire réfuter certaines thèses philosophiques explicitant cette catégorie.

En d’autres termes, l’historicité de la catégorie de l’individualité atteint-elle son essence même ou se décline-t-elle en une multiplicité de formes à partir d’un invariant anthropologique ? Constitue-t-elle un simple symptôme de l’Occident ou est-elle propre au genre humain ? Doit-on parler de l’avènement soudain de l’individualité (et y assigner donc un lieu un temps déterminés) ou au contraire concevoir l’individualité comme une tendance et un processus historique qui procède de l’accumulation de différents <<matériaux>> progressivement assimilés, synthétisés et cristallisés dans une forme institutionnalisée ? La rationalité grecque, le droit romain, le christianisme, la ville occidentale comme communauté d’hommes libres (cf. Max Weber), le développement du capital marchand puis industriel, etc., constituent ils certains de ces matériaux ?

Quoi qu’il en soit, au-delà de cette confrontation entre thèses continuistes et discontinuistes, l’articulation entre ces différents processus historiques que sont la civilisation, la rationalisation, le christianisme, le capitalisme, l’Etat de droit, la laïcité, etc., et l’individualité, qu’ils l’aient précédée, accompagnée ou suivie, constitue un point essentiel de notre problématique et devra être abordé dans ce second numéro.

Dans sa composante historique, relative ou absolue, l’individualité renferme-t-elle une seule et unique forme de développement ou se décline-t-elle en une multiplicité de formes ayant pu ou pouvant se suivre, coexister voire s’affronter ? Certaines formes d’individualité ont-elles, définitivement ou temporairement, totalement ou partiellement disparues (à l’instar du souci de soi dans la culture hellénique et gréco-romaine que Michel Foucault présente dans sa généalogie des différents modes de subjectivation) ? D’autres sont-elles virtuelles, et pourquoi pas en devenir, attendant l’avènement d’un nouveau rapport au monde ? En d’autres termes, devons-nous confondre individualité et individualisme capitaliste (ou individualisme occidental) ? Si tel n’est pas le cas, à quoi tiennent la prétention et l’illusion de l’Occident d’être seul dépositaire de ce trait commun ? Simple effet de la domination qu’il a exercée (et continue d’exercer) sur le reste du monde ? Ou effet de ce qui serait malgré tout une spécificité de la forme occidentale d’individualité ?

Outre cette éventuelle pluralité des formes d’individualité dispersées sur les axes
synchroniques et diachroniques de l’Humanité, une même forme d’individualité historique et culturelle (telle l’individualité occidentale) est-elle totalement homogène ou se compose-t-elle d’éléments dissonants, qu’on pourrait peut-être déterminer à partir de l’origine sociale, du sexe, de l’environnement, de l’âge, de la génération, etc., de ses membres ?

Seconde piste de recherche présentée dans cet appel à contributions : la construction ou l’avènement proprement dit de l’individualité. Si l’individualité est une production historique, il reste encore à comprendre et expliquer comment elle se construit, quels en sont les éléments, les phases ou étapes de constitution mais aussi les épreuves et rites d’institution ? Ainsi doivent intervenir ici des conditions éthiques, linguistiques, géographiques, psychologiques, psychophysiologiques, etc., de possibilité que chaque spécialiste des sciences humaines et sociales est invité à présenter dans ce numéro.

Simple illustration de notre part, de nombreuses recherches en psychologie du développement et en psychanalyse ont démontré combien la sensation, le sentiment de singularité et d’individualité est dépendant de l’avènement d’un schéma corporel et d’une image du corps unifiée (le recours à la philosophie du corps, dont Maurice Merleau-Ponty constitue une figure essentielle, serait aussi possible ici). Ainsi, contraints à demeurer dans l’angoisse du corps morcelé, les schizophrènes et les autistes ne peuvent se situer ni dans l’espace ni dans le temps, or, sans ce sentiment de permanence spatiale et temporelle, aucune identité n’est possible et donc aucune individualité.

Dans un autre registre, l’agencement de l’espace (privé comme public, dans les magasins, les musées comme dans les résidences, les écoles, etc.), constitue lui aussi une condition, bien que non suffisante, de l’émergence de l’individualité.

Un dernier mot : comme pour son premier numéro (et pour ses prochains), non seulement la revue acceptera les articles à dimension pluridisciplinaire et a fortiori transdisciplinaire, mais de pareils articles sont explicitement souhaités. De même, cette revue offre d’autres espaces de publication :
◙ Une partie s’intitule ‘‘Des travaux et des jours’’ est consacrée à des recherches en cours dans lesquelles l’auteur met l’accent sur la problématique, les hypothèses, le caractère exploratoire de sa démarche davantage que sur l’expérimentation et les conclusions de son étude (cette partie étant ainsi propice à la présentation des thèses de doctorat).
◙ Des fiches techniques, abordant des questions d’ordre méthodologiques (sur l’entretien, la recherche documentaire, la position du chercheur dans l’enquête, etc.), conceptuelles (présentant des concepts, des paradigmes, des écoles de pensée, etc.) sont aussi attendues ;
◙ Enfin, la dernière partie de la revue recueille des notes de lecture dans lesquelles un ouvrage peut être présenté de manière synthétique mais aussi vivement critiqué, la note pouvant ainsi constituée un ‘‘coup de coeur’’ ou au contraire un ‘‘coup de gueule’’ !

Tout auteur désirant contribuer à ce second numéro devra impérativement transmettre son article à la revue, par courrier postal (36 rue Mégevand, 25000 Besançon) ou par courrier électronique au coordinateur du numéro (coordinateur@revue-interrogations.org), avant le dimanche 26 février 2006. Aucun délai supplémentaire ne sera accordé. Chaque auteur devra suivre les normes de rédaction jointes à cet appel.

Le Comité de rédaction.

Catégories

Lieux

  • Web

Dates

  • dimanche 26 février 2006

Contacts

  • Bihr #
    courriel : coordinateur [at] revue-interrogations [dot] org

Source de l'information

  • Pascal Fugier
    courriel : pascal-fugier [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La construction de l'individualité », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 décembre 2005, http://calenda.org/190897