Accueil30 ans après "Surveiller et punir" de Michel Foucault : repenser le droit de punir

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Publié le vendredi 23 décembre 2005 par Natalie Petiteau

Résumé

Adressé aux historiens, philosophes et praticiens pénalistes, le colloque de Genève interrogera de façon interdisciplinaire l'apport intellectuel de Michel Foucault dans deux domaines : I. Celui de l'histoire sociale, politique, juridique institutionnelle et culturelle, ainsi que de l'historiographie du crime et du droit de punir. II. Celui de la philosophie du droit et de la pratique contemporaine du droit de punir.

Annonce

Le 8 février1971, Michel Foucault fonde avec Jean Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet le Groupe d'information sur les prisons (G.I.P.). Il s'agit de répondre à la crise carcérale du temps qui défigure l'état de droit . En 1975, il publie dans la Bibliothèque des histoires (Paris, Gallimard) Surveiller et punir. Naissance de la prison. Chez Foucault, l'engagement politique nourrit ainsi le travail intellectuel qui en retour vitalise l'engagement politique. En 315 pages serrées et écrites à partir de sources normatives qui placent l'intention punitive avant les pratiques du droit de punir, le philosophe-militant repense l'histoire de la pénalité classique. Afin de montrer que notre modernité recoupe le projet politique d'une société disciplinaire et disciplinée en ses moindre recoins, fasciné par des textes-limites qui universalisent un objet singulier, il inscrit l'histoire de la pénalité moderne entre deux emblèmes du droit de punir : le supplice anachronique du régicide Damiens (2 mars 1757) qui scandalise l'opinion «éclairée» d'Europe et le Panopticon de Jeremy Bentham, «figure architecturale» qui signalerait, à la fin du siècle des Lumières, la «naissance de la prison». Anéantissement du régicide comme démonstration de la puissance de l'absolutisme de droit divin, utopie utilitariste comme laboratoire de la régénération sociale de l'homo criminalis, «temps des supplices», «temps des prisons» : deux moments successifs du droit pénal que Michel Foucault lie dans la dialectique de l'histoire politique du corps puni et de l'âme redressée dans la généalogie de la morale et de la discipline modernes. Malgré son caractère unique, le supplice du régicide serait la miniature du régime pénal classique dont le syncrétisme serait la prison. Depuis trente ans, l'apport de Surveiller et punir a été considérable dans la manière d'écrire, de réécrire et de penser l'histoire du droit de punir dans ses liens avec le crime, l'homo criminalis, la société et les institutions étatiques. Les historiens n'ont cessé de penser sa méthode «philosophique» éloignée des sources de la pratique et marquée par une épistémologie de la rupture dans l'histoire du droit de punir moderne - la révolution comme fin de l'Ancien Régime et la prison «naissante» comme fin du régime suppliciaire . Par l'éclat de sa poétique narrative et par l'usage excessif de la voix impersonnelle («on») qui fait parler l'auteur de partout et donc de nulle part, l'ouvrage en a hélas occulté d'autres plus concrets sur la prison (i.e. Pierre Deyon, Le Temps des prisons, Paris, 1975 ; Robert Roth, Pratiques pénitentiaires et théorie sociale. L'exemple de la prison de Genève, Genève 1981). En stimulant les recherches, il a entraîné l'enquête minutieuse dans les sources judiciaires pour écrire l'histoire sociale, institutionnelle et intellectuelle de régime suppliciaire puis carcéral (i.e. Michael Ignatieff, A Just Measure of Pain. The Penitentiary in the Industrial Revolution 1750-1850, Londres, 1978 ; Pieter Spierenburg, The Spectacle of Suffering (...), Cambridge, 1984; Jacques-Guy Petit, Ces Peines obscures. La Prison pénale en France 1780-1875, Paris, 1990).
La recherche et l'historiographie contemporaines sur l'histoire des délits et des peines ne peuvent que faire écho à la réflexion de Michel Foucault sur les «quatre grandes formes de tactique punitive» qui forgent toute «société punitive» depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui . Il est pourtant resté quasi silencieux sur la forme suprême de la société punitive que l'état totalitaire institutionnalise dans le régime concentrationnaire du camp. Innombrables sont aujourd'hui les études (thèses, monographies, synthèses, articles, mémoires de licence et de maîtrise, projets de recherches, enquêtes d'histoire orale en milieu policier, judiciaire ou carcéral, etc.) que marque Surveiller et punir. Par ailleurs, la prison - institution punitive qui constitue dès le début du 19e siècle le «revers sombre et obligatoire» du contrat social et de l'état de droit - ne cesse d'être en crise sur le plan de son fonctionnement, de ses valeurs «correctives» et sur celui de sa représentation sociale. Contre le positivisme juridique et sa conception de l'état de droit, Michel Foucault pense de manière critique l'histoire et l'actualité du droit de punir que ce colloque abordera 30 ans après Surveiller et punir. Adressé aux historiens, philosophes et praticiens pénalistes, le colloque de Genève interrogera de façon interdisciplinaire l'apport intellectuel de Michel Foucault dans deux domaines :

I. Celui de l'histoire sociale, politique, juridique institutionnelle et culturelle, ainsi que de l'historiographie du crime et du droit de punir.

II. Celui de la philosophie du droit et de la pratique contemporaine du droit de punir.



Ce colloque veut ainsi nourrir la réflexion contemporaine sur la généalogie, la motivation, la doctrine et le fonctionnement des normes pénales de l'état de droit. En outre, il permettra de mesurer la dimension anticipatrice de la pensée de Michel Foucault sur la genèse et la réalité d'une société sécuritaire (ou de surveillance générale) qui en Europe et aux Etats-Unis s'est maintenant banalisée. En réunissant les spécialistes du pénal autour de Surveiller et punir, ce colloque veut contribuer au débat actuel sur le «sens de la peine» dans notre société démocratique.

Programme simplifié


Jeudi 23 février 2006

Dès 13h00 : accueil
13h30-18h : salle B 106
13h30-14h00 : Mot de bienvenue, introduction au colloque

Séance I : Relectures (14h00-15h30)

Cyprian BLAMIRES (Angleterre): Panoptique n'est pas une prison

Sophie CHASSAT (Université de Paris X-Nanterre) : Surveiller et Punir, un ouvrage périmé?

Philippe COMBESSIE (Université de Paris V): Archéologie d'une construction sociale du crime ; les travaux de Foucault forment clé de voûte d'une analyse globale engagée par Durkheim et Fauconnet

Séance II : Le corps
(15h45-17h45)

Patrice PEVERI (Université de Paris VIII): Les traces corporelles de l'infamie : mutilation, flétrissure et contrôle du crime en France. 1515-1832

Jean-François BERT (Université de Metz) : Rationalisation et histoire des corps dans Surveiller et punir

Simona Ioana SCHUMACHER (Université de Paris V - GEPECS) : Peine sensorielle ou les avatars modernes d'une "pénalité de l'incorporel"

Bernard ANDRIEU (UMR 7117 CNRS Archives Poincaré) : Les techniques d'isolement sensoriel : la désaffection punitive

Vendredi 24 février 2006


9h00-12.15 et 14h00 17h30 : salle B 106

Séance III : Espace carcéral I (9h00-10h30)

Jean-Lucien SANCHEZ (EHESS): Exclure et régénérer. La relégation des récidivistes en Guyane

Andrei KOERNER (Université de l'État de Sao Paulo): L'impossible panoptique tropical-esclavagiste - Pensée juridique, pratiques punitives et société au Brésil du XIXe siècle

Karel BOSKO (Université de Genève) : Foucault - Surveiller et punir "à l'Est"

Séance IV : Prison et gouvernementalité
(10h45-12h15)

Pierre LASCOUMES (CNRS) : Surveiller et Punir, laboratoire de la problématique de la gouvernementalité : des technologies de surveillance pénitentiaire à l'instrumentation du pouvoir

Gilles CHANTRAINE (CNRS - CESDIP) : La prison post-disciplinaire. Droits, risques, communication : l'émergence d'une stratégie de gouvernement

Gaëtan CLIQUENNOIS (Facultés Universitaires Saint-Louis, FUSL) : Vers une légitimation renouvelée de la prison ?

Séance V : Espace carcéral II (14h00-15h30)

Irène BECCI (Institut universitaire européen) : Penser le pouvoir pastoral en prison

Anne HERICHER (Université de la Sorbonne): La prison, interface entre mécanisme sociaux, politiques et architecturaux

Caroline CUENOD (Université de Genève) : Court métrage : La prison modèle de Genève

Séance VI : Enjeux historiographiques I
(15h45-17h15)

Leonida TEDOLDI (Université de Vérone): Foucault et l'historiographie italienne du crime et des institutions judiciaires d'Ancien Régime

Michel PORRET (Université de Genève) : A la une de Surveiller et punir : l'anachronisme du supplice de Damiens

Léon LOISEAU (Université de Franche-Comté) : Michel Foucault et la réforme des Lumières

Samedi 25 février 2006

9h00-12.15 : salle B 106

Séance VII : Enjeux historiographiques II
(9h00-10h30)

Tomás A. MANTECÓN (Universidad de Cantabria, Espagne) : Foucault and early Castillian discipline and grace

Laurence GUIGNARD (Centre d'histoire du XIXe siècle, Paris I): Un "requisit de rationalité". Responsabilité pénale et aliénation mentale au XIXe siècle.

Richard MCMAHON (Centre for the Study of Human Settlement and Historical Change, NUI, Galway) : The role and meaning of punishment in nineteenth century Ireland

Séance VIII : Enjeux historiographiques II (10h45-12h15)

Coline CARDI (Université Paris 7): Illégalismes féminins ou déviance des femmes ? I

Noëlle LANGUIN, Christian-Nils ROBERT et Jean KELLERHALS (Université de Genève) : Repenser le droit de punir : quelles représentations contemporaines ?

Philip MILBURN (Université de Versailles St-Quentin): La pénalité à l'épreuve de la société civile : la fin du disciplinaire?


Organisation

Comité organisateur :

Pierre LASCOUMES (Science po., Paris/CNRS),
Pierrette PONCELA (Uni. Paris X/Nanterre),
Robert ROTH (Uni. de Genève),
Christian-Nils ROBERT (Uni. de Genève),
Michel PORRET, (Uni. de Genève)
Xavier ROUSSEAUX (Uni. catholique de Louvain)

Assistance :

Fabrice BRANDLI - Françoise BRIEGEL - Marco CICCHINI (Uni. de Genève)

Comité scientifique :

Philippe ARTIÈRES (CNRS/Paris),
Frédéric CHAUVAUD (Uni. de Poitiers),
Christoph CONRAD (Uni. de Genève),
Clive EMSLEY (Open University/Milton Keynes),
Jean-Claude FARCY (Uni. de Bourgogne/Dijon),
Benoît GARNOT (Uni. de Bourgogne/Dijon),
Christian GROSSE (Uni. de Genève),
Dominique KALIFA (Uni. Paris I, Sorbonne),
René LÉVY (CESDIP/CNRS/Paris),
Alessandro PASTORE (Uni. de Vérone),
Michelle PERROT (Uni. Paris VII Diderot),
Jacques-Guy PETIT (Uni. d'Angers),
Mario SBRICCOLI (Uni. de Macerata),
Pieter SPIERENBURG (Uni. Erasmus/Rotterdam),
Vincent MILLIOT (Uni. de Caen),
Bénédict WINIGER (Uni. de Genève).

Secrétariat :

Colloque 30 ans après Surveiller et punir :
Université de Genève, Faculté des Lettres, Département d'Histoire générale,
Uni Bastions, 3 rue de Candolle, CH-1211 Genève 4.
(Bâtiment du secrétariat : 5, rue Saint-Ours, CH-1211 Genève 4)
Tél. : ++41(0)22/379.73.71. Fax : ++41(0)22/379.73.71.
Fabrice.Brandli@lettres.unige.ch
Marco.Cicchini@lettres.unige.ch
Michel.Porret@lettres.unige.ch


Catégories

  • Droit (Catégorie principale)

Lieux

  • Genève, Confédération Suisse

Dates

  • jeudi 23 février 2006

Contacts

  • Fabrice Brandli
    courriel : fabrice [dot] brandli [at] unige [dot] ch

Source de l'information

  • Michel Porret
    courriel : michel [dot] porret [at] unige [dot] ch

Pour citer cette annonce

« 30 ans après "Surveiller et punir" de Michel Foucault : repenser le droit de punir », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 23 décembre 2005, http://calenda.org/190921