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L'épuration économique en France à la Libération

VIe colloque du groupement de recherche "Les entreprises françaises sous l'Occupation"

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Publié le lundi 09 janvier 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Ce colloque, au croisement de deux champs de recherche, l'histoire des entreprises sous l'Occupation et l'histoire de l'épuration, visera à prendre en compte les modalités et l'impact des différentes formes d'épuration (extra-légale, judiciaire, professionnelle, financière) intervenues dans les entreprises entendues au sens large (commerce, artisanat inclus) à la Libération en France et, dans une perspective comparative, dans les autres pays libérés de la tutelle nazie.

Annonce

VIe colloque du Groupement de recherche (GDR) 2539 du CNRS

" Les entreprises françaises sous l’Occupation "

organisé avec le Centre de recherches historiques sur les sociétés et cultures de l’Ouest européen (CRHISCO), université Rennes 2 Haute-Bretagne

L’épuration économique en France à la Libération


Rennes, les 22 et 23 mars 2007

Appel à communications

Le colloque se situe résolument à la confluence de deux champs de recherche en profond renouvellement historiographique sur la décennie écoulée. D’une part, celui de la vie économique et des entreprises sous l’Occupation dont le GDR, par sa seule existence, traduit la légitimité et la vitalité. D’autre part, celui de l’épuration qui, à travers une histoire sociale et culturelle – entendue ici au sens d’histoire des représentations sociales – du processus, a vu se multiplier des travaux relatifs à des milieux sociaux spécifiques et/ou à des formes particulières d’épuration. L’état d’avancement de ces deux champs justifie désormais pleinement qu’ils se rejoignent enfin, pour proposer le premier colloque consacré à l’épuration économique stricto sensu. Les enjeux scientifiques, symboliques et mémoriels sont considérables. En effet, vivement souhaitée par la population à la Libération, cette répression n’a jamais vraiment satisfait l’opinion publique, pas plus hier qu’aujourd’hui. Entre les injustices dénoncées par les hagiographes du monde patronal et l’idée communément admise de non-épuration économique, cette dernière demeure encore trop largement méconnue ou plutôt mal connue. L’ambition première du colloque est donc bien d’éclairer cet angle mort de l’historiographie à la lumière de travaux récents ou nouveaux. Le projet apparaît d’autant plus légitime que, paradoxalement la " collaboration économique " est certainement celle à laquelle les couches les plus larges et diverses de la société ont été confrontées.
Dans le cadre d’une épuration polymorphe, il importera d’abord d’insister sur la diversité des acteurs et procédures engagés au titre de l’épuration économique. En amont du processus, il faudra sans doute souligner, en de nombreux points du territoire, des mesures conservatoires et/ou d’urgence (taxes, séquestres, blocage de compte, suspension, arrestation, internement…) prises à l’initiative d’autorité de droit (commissaire régional de la République, préfet, etc.) ou de fait (comités de libération, FFI, etc.) À ce stade, il importe également d’appréhender les structures et mécanismes d’auto-épuration , mais aussi parfois d’auto-régulation, propres à certains milieux socio-professionnels (comités d’épuration internes aux entreprises ou organismes, tribunaux d’honneur, etc.) Au-delà, l’épuration économique relève aussi de l’épuration judiciaire (civile et militaire, sans négliger les dossiers classés avant ou après instruction), de l’épuration professionnelle (épuration administrative, Commission nationale interprofessionnelle d’épuration, comités régionaux interprofessionnels d’épuration, etc.) et de l’épuration financière (confiscation des profits illicites). Ce faisant et parallèlement, une distinction entre épuration officielle (sanction prise par une instance légale) et épuration officieuse ou tacite s’impose. En effet, on aurait tort de sous-estimer l’impact social de certaines mesures, a priori ordinaires et qui ont pourtant eu valeur de sanction : déplacements, mutations, retard de carrière, démission ou départ en retraite " volontaires ", etc. Difficilement quantifiable, cette forme d’épuration qui tait son nom n’en est pas moins perceptible et significative à l’échelle de destins individuels ou familiaux voire d’entreprises. Dans le même esprit, une évaluation au moins partielle de l’impact de certains effets induits de l’épuration, notamment en terme de devenir économique (interdiction d’exercer diverses fonctions, interdiction de participer aux marchés et travaux publics, etc.) sur des trajectoires individuelles ou d’entreprises paraît souhaitable. Dès lors, il importera d’analyser séparément ou simultanément (considérant que comme souvent en matière d’épuration, il convient de penser la diversité autant en termes de complémentarité que de concurrence) ces différentes strates et structures d’épuration pour tenter d’en cerner les modalités et d’en évaluer le bilan. Les phénomènes d’opinion et de représentations, à travers notamment la demande sociale interne ou externe d’épuration économique, mais aussi les mécanismes de perception ou réception du processus à ses différentes étapes et strates ne sauraient être négligés. Bien entendu, une telle approche de ces différentes formes d’épuration ne peut se concevoir sans une attention particulière portée à une chronologie fine et précise des procédures (y compris à travers leur inscription dans la durée) et une évaluation différenciée de l’épuration des entreprises (sans négliger les organismes ou groupements socioprofessionnels tels que les chambres de commerce) et dans les entreprises. Ce sera aussi l’occasion de s’arrêter sur la nature des faits reprochés devant ces différentes instances : quelle place pour les griefs strictement économiques ? Chemin faisant, en creux, on pourra ainsi revisiter et approfondir la question du comportement des entreprises et de leurs acteurs sous l’Occupation à l’interface de la contrainte, de l’adaptation et de la collaboration : collaborationnisme économique, collaboration d’Etat, collaboration technique, collaboration adaptation, collaboration survie, adaptation-contrainte, etc. ? À l’inverse, on constate également, notamment devant la justice, que le recours à la sanction économique (confiscation totale ou partielle des biens le plus souvent) dépasse et de loin le cadre strict de la collaboration économique. Il paraît donc aussi souhaitable d’engager une réflexion particulière sur le principe de sanction économique appliqué, comme peine principale ou subsidiaire, pour les formes de collaboration les plus diverses. A contrario, pour une lecture fine de la sévérité comparée, il faudrait aussi pouvoir intégrer le paramètre des moyens (notamment financiers) à disposition des différents inculpés dans leurs stratégies de défense. Un tel bilan suppose également une évaluation de l’impact réel de la séquence occupation-épuration en termes de répression et/ou de renouvellement des élites dirigeantes ou de l’appareil productif : rupture ou continuité ? quid de l’épuration patronale et/ou du personnel d’encadrement voire des projets ou tentatives de réformes plus structurelles ?
Afin de faciliter une approche globale et totale de l’épuration économique en France dans toute sa diversité et sa complexité, le colloque souhaite privilégier les emboîtements d’échelles (locale, régionale, nationale) et la multiplicité des variables à considérer : itinéraires individuels ou monographies d’entreprises voire sectorielles, diversité de la taille et du type d’entreprise, mais aussi des secteurs ou branches d’activités (industrie, commerce, services, sans négliger l’artisanat), statuts territoriaux différents (zones occupée, libre, annexée ; métropole et colonies, en particulier Afrique du Nord), clivage ville-campagne, entreprises et travailleurs étrangers en France, etc. Enfin, une comparaison avec d’autres pays européens occupés et/ou d’autres périodes (en particulier la sortie de la Grande Guerre) est par ailleurs vivement encouragée.

Sélection des interventions

Les propositions d’intervention, d'une page au maximum, comprenant les titres et qualités des auteurs et le rappel de leurs récentes publications, seront reçues jusqu'au 15 mai 2006 à l’adresse électronique suivante :

gdr2539@ish-lyon.cnrs.fr

Le comité scientifique fera connaître son avis aux auteurs des propositions au plus tard le 15 juillet 2006.

Les interventions orales seront limitées à 20 minutes. Elles pourront être présentées en français ou anglais.

Organisation

Les frais engagés par les intervenants au colloque pour assurer leur déplacement et leur hébergement seront pris en charge par les organisateurs.

Publication

Les actes du colloque feront l’objet d’une publication en volume. Les textes définitifs des interventions devront être remis avant le 15 juillet 2007.

Coordination scientifique : Marc Bergère (maître de conférences université Rennes 2 Haute-Bretagne, CRHISCO)

Comité scientifique :
Agnès d’Angio, conservateur du patrimoine, responsable des archives du ministère de l’Économie et des Finances
Dominique Barjot, professeur à l’université de Paris-Sorbonne Paris IV, Centre Rouland Mousnier
Marc Olivier Baruch, directeur d’études à l’EHESS, CRH, Paris
Alain Beltran, directeur de recherche CNRS, IRICE, Paris
Marc Bergère, maître de conférences université Rennes 2 Haute-Bretagne, CRHISCO
Christophe Bouneau, professeur à l’université Michel-de-Montaigne Bordeaux 3
Jean-Claude Daumas, professeur à l’université de Franche-Comté
Jean-François Eck, professeur à l’université Charles-de-Gaulle Lille 3, CERSATES
Patrick Éveno, maître de conférence à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, IDHE
Danièle Fraboulet, maître de conférences à l’université Paris XIII Villetaneuse, IDHE
Patrick Fridenson, directeur d’études à l’EHESS, CRH
Hervé Joly, chargé de recherche CNRS, LARHRA, Lyon, directeur du GDR
Michel Margairaz, professeur à l’université Paris VIII Vincennes–Saint-Denis, IDHE
Robert Menchérini, professeur des universités à l’IUFM d’Aix-Marseille, TELEMME
Jean Quellien, professeur à l’université de Caen, CRHQ
François Rouquet, maître de conférences à l’université Rennes 1, CRAPE
Henry Rousso, directeur de recherche CNRS, IHTP, Paris
Jacqueline Sainclivier, professeur à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne, CRHISCO
Anne Simonin, chargée de recherche CNRS, CRHQ, Caen
Philippe Verheyde, maître de conférences à l’université Paris VII Vincennes–Saint-Denis, IDHE, secrétaire général du GDR
Henri Zuber, conservateur du patrimoine, responsable des archives du ministère de la Justice, président de l’Association des archivistes français







Lieux

  • Rennes, France

Dates

  • lundi 15 mai 2006

Contacts

  • Hervé Joly
    courriel : herve [dot] joly [at] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Hervé Joly
    courriel : herve [dot] joly [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'épuration économique en France à la Libération », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 09 janvier 2006, http://calenda.org/190969