AccueilLa division du travail comme mode d'appréhension des institutions culturelles

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Publié le lundi 30 janvier 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Depuis plusieurs années, la sociologie des arts et de la culture a bénéficié des acquis de la sociologie du travail. Plusieurs travaux se sont en effet donnés pour objectif l’analyse de groupes professionnels spécifiques, lesquels ont d’ailleurs souvent été privilégiés sur l’analyse du fonctionnement des institutions qui les emploient ou les accueillent.

Annonce

Journée d’étude « La division du travail comme mode d’appréhension des institutions culturelles »

27 juin 2006

Université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis

Appel à communications

Le Comité d’organisation :

Célia Bense Ferreira Alves (Docteure en sociologie/GETI), Frédéric Poulard (Docteur en sociologie/GETI)

Le Comité scientifique : Outre les organisateurs, Régine Bercot (Université de Paris 8/GTM), Jean-Pierre Briand (Université de Paris 8/GETI), Marie Buscatto (Université de Paris 1/George Friedmann), Philippe Coulangeon (Sciences Po Paris – CNRS/OSC), Hervé Glevarec (CNRS/CLERSE), Serge Proust (Université de Saint-Etienne/CRESAL).

Depuis plusieurs années, la sociologie des arts et de la culture a bénéficié des acquis de la sociologie du travail. Plusieurs travaux se sont en effet donnés pour objectif l’analyse de groupes professionnels spécifiques, lesquels ont d’ailleurs souvent été privilégiés sur l’analyse du fonctionnement des institutions qui les emploient ou les accueillent. C’est ainsi que, sans aucune prétention d’exhaustivité, les marchands d’art (Moulin, 1967), les commissaires priseurs (Quemin, 1997), mais aussi les comédiens (Menger, 1997 ; Paradeise, 1998) ou les musiciens de jazz (Coulangeon, 1999), ont été étudiés sociologiquement. De leur côté, les travaux sur les politiques publiques de la culture, du moins ceux qui se sont fondés sur l’étude des institutions culturelles, entendu comme des organisations prestataires de services ou de biens, ont souvent pris le théâtre pour objet. Ces établissements sont en effet longtemps apparus représentatifs de la politique de l’Etat, dont les maisons de la culture constituaient la pièce maîtresse. Pourtant, depuis les années 1970, ces dernières ont perdu leur caractère d’exemplarité pour ne devenir qu’un instrument parmi d’autres de la politique de l’Etat (Urfalino, 1996).

La question reste donc ouverte du fonctionnement de ces nombreuses institutions, au statut associatif, public ou privé (les bibliothèques, les musées, les conservatoires, les écoles de musique ou de danse, les théâtres, les entreprises cinématographiques, etc.) et de la répartition du travail entre les différentes catégories de participants. Quelques recherches ont commencé à explorer ce dernier aspect. On pense évidemment aux travaux fondateurs de Raymonde Moulin (op. cit.) sur le marché de la peinture, mais aussi à la recherche de Pierre Michel Menger (1989) sur l’IRCAM ou encore celle plus confidentielle d’Eleanor Lyon (1975) sur l’organisation de la production théâtrale. Il convient également de mentionner des travaux plus récents, par exemple sur les institutions radiophoniques (Glevarec, 2001) ou les orchestres symphoniques (Lehmann, 2002), dans lesquels la répartition du travail constitue l’une des dimensions de l’enquête.

Dans le cadre de cette journée d’étude, destinée à accueillir les travaux de jeunes chercheurs (doctorant(e)s et docteur(e)s ayant soutenu une thèse il y a moins de cinq ans), nous souhaitons nous interroger sur les intérêts d’une analyse des activités de travail et de leur répartition entre les différentes catégories de travailleurs. Cette préoccupation est parfaitement incarnée par le concept de « division du travail » qui, tel qu’il est employé et revendiqué par Everett C. Hughes (1996), implique l’idée d’« interaction ». Dans quelle mesure une telle perspective est-elle à même d’offrir un renouvellement des connaissances sur les institutions culturelles, quand les analyses existantes sont relatives à un groupe professionnel, au produit fini ou bien sont tout simplement laissées aux professionnels eux-mêmes ?

Les contributions, qui s’appuieront sur des matériaux clairement identifiés, pourront s’inscrire dans l’un des trois axes de réflexion suivants, lesquels ne sont pas exclusifs :

Axe 1 – Elles pourront tout d’abord mettre l’accent sur l’enjeu d’une analyse qui se donne pour objectif la description précise du travail des professionnels (entendus comme ceux qui effectuent les tâches cardinales au sein d’une activité culturelle) et de sa division. Elles gagneront à être enrichies par la prise en compte de critères comme le statut, le sexe et l’âge. Une telle perspective constitue certainement le moyen le plus efficace de dévoiler l’hétérogénéité du travail derrière la définition qu’en donne l’institution. Si elle est aujourd’hui couramment mobilisée en vue de l’étude de différents univers de travail, elle mérite d’être appliquée aux institutions culturelles. Dans quelle mesure permet-elle de réévaluer l’« expertise » généralement attribuée à certains groupes professionnels bien définis ? En quoi vient-elle nuancer ou contredire la vision en terme d’organigramme et de définition de fonction ? Est-il possible d’élaborer de nouvelles typologies qui remettent en question les catégories produites par les acteurs eux-mêmes et à partir desquelles il est fréquent de déduire un mode d’organisation ? Ce questionnement en induit un autre, celui de la pertinence respective d’une approche sociologique par catégories d’agents ou, au contraire, par catégories de tâches à effectuer.

Axe 2 – Penser les institutions culturelles nécessite de penser leurs frontières. Si la sociologie du travail interactionniste (Hughes, op. cit. ; Becker, 1988) s'est très vite démarquée d'une vision restreinte des organisations, en les considérant comme des "entreprises collectives", dont il convient de prendre en compte tous les participants, quel que soit leur statut, d'autres voies n'ont pas manqué d'être approfondies. Plusieurs courants de la sociologie des organisations ont ainsi très tôt préconisé de replacer l’étude des institutions dans leur environnement, qu’il s’agisse de travaux français (par exemple ceux élaborés au sein du CSO) ou bien anglo-saxons (Pfeffer et Salancik, 1978 ; Meyer et Scott, 1983). De telles approches interrogent tout particulièrement la place des tutelles et des commanditaires. Mais elles questionnent aussi la place des « profanes » (Strauss, 1992) aux côtés des professionnels. Dans ce dernier cas, il s’agira par exemple d’identifier clairement ces protagonistes en déterminant leurs relations avec les professionnels et leur incidence sur le fonctionnement des institutions et leur programmation (que ce soit à travers une aide logistique ou des formes variées de revendications).

Axe 3 – Indépendamment des vertus d’une approche mettant l’accent sur l’étude précise du travail et de sa répartition, le risque est grand de figer l’analyse à un moment T. Or, la division du travail est susceptible d’être redéfinie à maintes reprises par les participants. Les raisons, ainsi que leurs effets dans le temps, sont extrêmement variés. Il peut s’agir d’un changement au niveau de la direction de l’institution, des tutelles ou des commanditaires. De telles évolutions peuvent également résulter de l’émergence de nouveaux métiers et de leur progressive structuration. À condition de ne pas restreindre l’analyse à celle de la dynamique d’un groupe professionnel, les communications pourront explorer cet aspect, ainsi que le contexte de réforme dans lequel il s’inscrit (par exemple la mise en place de la filière culturelle au tout début des années 1990). Enfin, les changements à l’œuvre peuvent résulter de modifications dans l’environnement de ces institutions (les directives gouvernementales, les lois du marché, etc.), lesquelles peuvent conduire à une certaine forme d’homogénéisation (DiMaggio et Powell, 1983) ou, au contraire, de diversification. Dans tous les cas, il s’agira de bien spécifier les facteurs et les agents du changement, ainsi que leur incidence directe dans la division du travail entre les différentes catégories de travailleurs.

Les communications pourront reposer sur des méthodologies variées, comme les entretiens semi-directifs, l’exploitation de questionnaires, le dépouillement d’archives et de documents professionnels ou encore l’observation directe, voire participante. Elles pourront également s’appuyer sur un ou plusieurs courants théoriques élaborés par la sociologie du travail et des organisations.

Modalités de proposition des communications :

Les propositions de communication, d’une longueur maximum de 4000 signes, comprennent un titre, une problématique et des matériaux clairement identifiés. Elles sont accompagnées d’informations sur les auteurs (nom, prénom, statut, rattachement institutionnel et coordonnées) et sont à envoyer sous Word ou rtf à Célia Bense Ferreira Alves (c.bense.alves@wanadoo.fr) et Frédéric Poulard (fred.poulard@wanadoo.fr).

Calendrier :

Envoi des propositions de communications : 15 mars

Réponse aux auteurs : 1er avril

Envoi des communications écrites : 1er juin

Bibliographie sélective :

Becker Howard, 1988, Les Mondes de l’Art, Paris, Flammarion.

Coulangeon Philippe, 1999, Les musiciens de jazz en France, Paris, L’Harmattan.

DiMaggio Paul J., Powell Walter W., 1983, “The iron cage revisited: institutional, isomorphism and collective rationality in organizational fields”, American Sociological Review, 48 (5), pp.147-160.

Glevarec Hervé, 2001, France Culture à l’œuvre. Dynamique des professions et mise en forme radiophonique, Paris, CNRS

Hughes Everett C., 1996, Le regard sociologique. Essais choisis, textes rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, Paris, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Lehmann Bernard, 2002, L’orchestre dans tous ses éclats : ethnographie des formations symphoniques, Paris, La Découverte.

Lyon Eleanor, 1975, Behind the Scenes: the Organization of Theatrical production, Thèse de Doctorat non publiée, Northwestern University, Evanston, Illinois.

Menger Pierre-Michel, 1989, Les laboratoires de la création musicale. Acteurs, organisations et politique de la recherche musicale, Paris, La Documentation française.

Menger Pierre-Michel, 1997, La profession de comédien, Formations, activités et carrière dans la démultiplication de soi, Paris, La Documentation française.

Meyer John W., Scott W. Richard, 1983, Organizational environments. Ritual and rationality, Sage Publications, Inc.

Moulin Raymonde, 1967, Le marché de la peinture en France, Paris, Minuit.

Paradeise Catherine, 1998, Les Comédiens, Profession et marchés du travail, Paris, Presses Universitaires de France.

Pfeffer Jeffrey, Salancik Gerald., 1978, The External Control of Organizations : a Ressource Dependance Perspective, New York, Harper and Row.

Quemin Alain, 1997, Les commissaires-priseurs : les mutations d’une profession, Paris, Anthropos.

Strauss Anselm, 1992, La trame de la négociation. Sociologie qualitative et interactionnisme, Textes réunis et présentés par Isabelle Baszanger, Paris, L’Harmattan.

Urfalino Philippe, 1996, L’invention de la politique culturelle, Paris, La Documentation française.

Catégories

Lieux

  • Vincennes, France

Dates

  • mercredi 15 mars 2006

Contacts

  • Poulard Frédéric
    courriel : fred [dot] poulard [at] wanadoo [dot] fr
  • Celia Bense Ferreira Alves
    courriel : celia [dot] bense [at] univ-paris8 [dot] fr

Source de l'information

  • Frédéric Poulard
    courriel : fred [dot] poulard [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La division du travail comme mode d'appréhension des institutions culturelles », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 30 janvier 2006, http://calenda.org/191080