AccueilLa corporate governance comme nouvelle « religion » d’entreprise

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Publié le jeudi 09 février 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

La gouvernance est un mot nomade et très difficile à définir tant ses acceptions économiques, politiques, sociales, sont variées. Cette ambiguïté révèle que nous n’avons pas affaire à un simple terme technique mais à une formule devenue quasi-religieuse (c’est du moins notre hypothèse de départ) renvoyant à un imaginaire fait de démocratisation, de concertation, de transparence, de qualité, d’évaluation des pratiques, des hommes, des produits, des objectifs.

Annonce

APPEL A CONTRIBUTION

La corporate governance comme nouvelle « religion » d’entreprise

27-28 octobre 2006
Colloque co-organisé par

Jean-François DUBOS, Secrétaire Général de Vivendi-Universal et enseignant à l’IEP d’Aix-en-Provence, et

Raphaël LIOGIER, Directeur de l’Observatoire du religieux et du Master Religion et Société à l’IEP d’Aix-en-Provence.

Problématique générale du colloque :

La gouvernance est un mot nomade et très difficile à définir tant ses acceptions économiques, politiques, sociales, sont variées. Cette ambiguïté révèle que nous n’avons pas affaire à un simple terme technique mais à une formule devenue quasi-religieuse (c’est du moins notre hypothèse de départ) renvoyant à un imaginaire fait de démocratisation, de concertation, de transparence, de qualité, d’évaluation des pratiques, des hommes, des produits, des objectifs. Cette nouvelle institution imaginaire impose des contraintes bien réelles, des procédures, induit de nouveaux réflexes, transforme même la légitimité : certaines actions deviennent légitimes alors qu’elles ne l’étaient pas jadis, d’autres deviennent honteuses, alors qu’elles étaient jadis recommandées. Evaluation ! Certes, mais selon quels critères ? Quelles sont les valeurs de l’évaluation, quelle est la foi sous-jacente (foi, fides, signifiant confiance) de toutes ces nouvelles procédures, de toutes ces sourcilleuses contraintes. Par quoi, au fond, est gouvernée cette gouvernance ?

La corporate governance est l’expression de cette foi dans le monde de l’entreprise. Ce colloque ne s’inscrit pas sur la longue liste des manifestations en tout genre destinées à célébrer la corporate governance, ni sur la liste de celles qui sont destinées à la honnir, mais permettra de décrypter, de comprendre ce langage, cette morale et sa place dans l’évolution du capitalisme, dans l’évolution des valeurs, des croyances et des pratiques hypermodernes. Jadis les entreprises légitimaient nationalement leur activité. Porteuses de l’étendard français, américain, ou autre, elles pouvaient légitimer chrétiennement leur existence, être un relais idéologique du monde chrétien. Elles étaient dirigées par des chefs d’entreprise dont l’idéal était celui du bon père de famille face à des salariés en principe travailleurs et méritants. Mais le capitalisme actuel n’est plus essentiellement enraciné matériellement et symboliquement dans une terre nationale, avec ses traditions, avec ses images telles que celle du bon père de famille du code civil, celle encore de l’austère entrepreneur protestant aux Etats-Unis, ou celle du chef d’industrie catholique ou républicain chez les Français. Les images idéales, chrétiennes, nationales, républicaines se sont brouillées à l’aune de la globalisation du capitalisme, ou plutôt de sa transnationalisation.

La corporate governance incarne-t-elle à l’échelle de l’entreprise l’effritement des systèmes de valeurs nationaux, chrétiens, républicains ? Les entreprises, particulièrement les multinationales dont l’image s’est dégradée depuis une trentaine d’années, tentent-elles dès lors, à travers la corporate governance, de produire leurs propres valeurs de l’intérieur, de constituer une morale, de nouvelles normes auxquelles elles se conformeraient ? Ces normes nous paraissent, en effet, mobiliser les images positives de démocratie, de transparence, de qualité, etc., ayant cours dans l’ensemble de la société. L’entreprise chercherait ainsi de la légitimité en relayant les vues les plus dominantes sur le monde et sur la vie. L’imaginaire positif de la terre nourricière, de l’écosystème, de l’humanité globale, de la participation, de la citoyenneté universelle, qui a remplacé ceux de la Nation indivisible et (ou) de l’Etat Providence, est ainsi mobilisé. De même aussi les images positives du bien-être, du bonheur, de la concertation, de la tolérance, de la transparence, de l’ouverture, du développement personnel, qui se sont progressivement substituées, ou du moins entremêlées, à celles de la sécurité matérielle et de la croissance productive.

Une « belle » entreprise ou un entrepreneur héroïque n’est plus « officiellement » celui qui produit, qui permet d’améliorer la croissance nationale, mais celui qui permet d’améliorer le bien-être individuel et global ; entreprise dont les fonctionnements et entrepreneur dont les décisions se doivent d’être transparents, clairs, sains, propres avant d’être rentables. Tout doit être portée à la vue extérieure, rien ne doit rester opaque. Il s’agit de rendre visibles, clairs et purs l’entreprise, ses dirigeants, ses cadres, ses rouages et même ses « intentions ». Une véritable mystique se déploie : les salariés, les actionnaires, les dirigeants sont des citoyens du monde qui collaborent pour le bien-être de l’humanité. C’est ainsi, peut-être, que la rhétorique de la transparence, de la concertation, de la démocratisation de l’entreprise « restituant » le pouvoir aux actionnaires minoritaires, protégeant la vie privée, assurant le « développement personnel » de ses salariés, et promouvant le bonheur universel à travers des investissements éthiques, peut aussi se comprendre. C’est ainsi, encore, que les procédures permettant de tracer, de vérifier la qualité d’une décision et de ses effets au-delà de ses conséquences quantitatives peuvent être aussi comprises.

La notion de profit devient plus complexe. Celle de rentabilité également. Ces nouvelles régulations, codes de conduite, procédures, transforment l’affectio societatis, la définition même de l’entreprise, les distinctions entre les PME et les multinationales. Dans ce nouveau régime aux frontières mal définies, et devant la désaffection symbolique de l’Etat-Nation comme de l’Etat Providence, se développent d’étranges métiers tels qu’agent de notation, et de nouvelles obligations assorties de sanctions aussi peu claires que les procédures qui les mettent en place. Les objectifs sont brouillés, les discours sont souvent contradictoires, et les effets de modes se succèdent. Cette situation est-elles transitoire - passage d’un système à un autre ! - ou est-elle durable ? Révèle t’elle plus généralement la nouvelle structure du capitalisme ? Ce pointillisme procédural responsabilise-t-il ou au contraire déresponsabilise-t-il ? Est-il économiquement efficace ? Socialement profitable ? Ou assistons-nous à une bureaucratisation sans précédent du capitalisme soutenue par une idéologie quasi-religieuse qui, si elle se construit par petites touches, n’en finit pas moins par imposer une perception totale si ce n’est totalitaire du monde. Quelles sont les différentes orientations envisageables, positives comme négatives, les ajustements comme les dérives possibles de la corporate governance ?




Organisation concrète :

Trois volets répartis en trois jours :

Le premier volet permettra de repérer le langage de la corporate governance, sa structure, son fonctionnement, ses origines, et en quoi il relève d’un imaginaire plus ou moins original, plus ou moins nouveau.

Dans le deuxième volet, les intervenants tenteront de savoir si ce langage, inscrit dans un imaginaire particulier, peut constituer une contrainte morale et même juridique, jusqu’à quel point aujourd’hui et jusqu’à quel point demain. Il faudra examiner l’efficacité normative des préceptes de la corporate governance, leur place dans l’entreprise, s’ils sont respectés, de quelles manières sont-ils ou ne sont-ils pas respectés, constituent-ils un simple décorum ?

Enfin, dans un dernier volet, il s’agira de comprendre la fonction, à la fois idéologique et économique, de la corporate governance. En quoi elle ne semble pas relever d’une évolution singulière de l’entreprise mais d’une transformation du capitalisme lui-même. La corporate governance peut-elle nous aider à mieux cerner ce que devient le capitalisme actuel, ce que devient la société actuelle ? Le statut de l’entreprise change-t-il en même temps que le statut de l’Etat-Nation et de l’Etat Providence ? Efficacité idéologique ? Efficacité économique ? Nouvelle division internationale du travail matériel, financier et symbolique ?

Les intervenants :

Deux types d’intervenants seront appelés à s’exprimer dans les conférences, débats et tables rondes :

- Les témoins et professionnels : syndicalistes, salariés, journalistes, personnels politiques, experts en notation, experts qualité, entrepreneurs, cadres, dirigeants, actionnaires (dirigeants et non-dirigeants),

- Les chercheurs et universitaires : sociologues, anthropologues, politologues, économistes, gestionnaires, psychologues.

Les interventions et les débats :

- L’ensemble du congrès se répartira en 3 journées, chacune répartie en trois demi- journées.

- Chacune des demi-journée sera placée sous la responsabilité d’un président de séance chargé de régler la longueur des interventions (20 minutes maximum), des débats et de gérer le dialogue entre les intervenants et le public.

- Un débat entre les intervenants et le public sera systématiquement engagé après 2 interventions, dont l’une sera chaque fois obligatoirement celle d’un chercheur /universitaire et l’autre d’un témoin / professionnel.

- Les interventions et débats se dérouleront soit en français, soit en anglais.

Plan prévisionnel du colloque

Introduction :

Mot d’accueil par le Directeur de l’IEP, Jean-Claude Ricci

Présentation du colloque par Jean-François Dubos

Exposé de la problématique par Raphaël Liogier

Première journée : Un langage, un imaginaire ?

Essai de définition

La formation de ce langage

La diversité de ce langage

Rhétorique de la corporate governance

Evaluation

Contrôle

Qualité

Contre-pouvoir

Démocratisation

Ethique

Transparence

Information, informer, qu’est-ce que cela signifie ?

Mythes et rites de la corporate governance

Les source mythiques et réelles des nouvelles normes

Deuxième journée : Une morale, une idéologie, un système normatif ?

Une image du bien et du mal

La bonne et la mauvaise entreprise

Responsabilité et déresponsabilisation

Le règne de la procédure, des comités et des agences

Nouvelles valeurs, nouvelles croyances : une « religiosité » sous-jacente ?

La redéfinition entreprenariale de la démocratie

Minorités et majorités

Impositions et sanctions symboliques et (ou) matérielles

Ethique de décision (morale de la forme, de la procédure) et (ou) décision éthique

Troisième journée : Place dans le système capitaliste ?

Individualisme et corporate governance

Globalisation et corporate governance

Petites, moyennes et grandes entreprises : à différentes échelles différentes normes

Les nouvelles disparités nord-sud, riches-pauvres

ONU, ONG, Multinationales : nouvelles bureaucraties transnationales

La fonction subsidiaire de l’Etat ?

La nouvelle division internationale des croyances entreprenariales

Redéfinition hyper-éthique de la rentabilité

Y a-t-il un choc planétaire des éthiques entreprenariales ?

Multilatéralisme ou unilatéralisme des nouvelles normes

Corporate finance et corporate governance

Les propositions devront être envoyées par mail avant le 15 septembre 2006 (attention, date modifiée !) sous forme d'un résumé d'une page à Bertrand Podevin (bertrand.podevin@wanadoo.fr).

Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence – 25 rue Gaston de Saporta

13 625 Aix-en-Provence Cedex 1

Catégories

Lieux

  • Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 31 mars 2006

Contacts

  • Jörg de Felice
    courriel : jorg [dot] defelice [at] iep-aix [dot] fr
  • Bertrand Podevin
    courriel : bertrand [dot] podevin [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Raphaël Liogier
    courriel : r [dot] liogier [at] libertysurf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La corporate governance comme nouvelle « religion » d’entreprise », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 09 février 2006, http://calenda.org/191124