AccueilParticipations politiques des peuples autochtones : du côté des pratiques (Amériques et Pacifique)

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Publié le mercredi 15 février 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

En prolongement du mouvement mondial de décolonisation, la question autochtone a connu une visibilité accrue depuis les années soixante-dix en Amérique Latine ou dans les anciennes colonies de peuplement anglophones et francophones. La “ cause indigène ” masque cependant des réalités contrastées : d’un point de vue démographique, les groupes identifiés (et/ou s’identifiant) comme autochtones constituent une part plus ou moins grande de la population des Etats qui les englobent ; d’importantes disparités existent, du point de vue des régimes politiques et des niveaux de vie, entre ces mêmes Etats ; enfin les histoires coloniales ou post-coloniales propres à chaque pays ont engendré des différenciations sociales et statutaires spécifiques.

Annonce

Journée d’études proposée par
le collectif de doctorants de l’EHESS “Peuples autochtones et démocratie”:

Participations politiques des peuples autochtones : du côté des pratiques
(Amériques et Pacifique)

Mardi 4 avril 2006
9h00 – 17h00

Auditorium de la Maison de l’Amérique Latine
217 boulevard Saint-Germain
75007 Paris


Présentation

En prolongement du mouvement mondial de décolonisation, la question autochtone a connu une visibilité accrue depuis les années soixante-dix en Amérique Latine ou dans les anciennes colonies de peuplement anglophones et francophones. La “ cause indigène ” masque cependant des réalités contrastées : d’un point de vue démographique, les groupes identifiés (et/ou s’identifiant) comme autochtones constituent une part plus ou moins grande de la population des Etats qui les englobent ; d’importantes disparités existent, du point de vue des régimes politiques et des niveaux de vie, entre ces mêmes Etats ; enfin les histoires coloniales ou post-coloniales propres à chaque pays ont engendré des différenciations sociales et statutaires spécifiques. Malgré ces écarts, l’émergence des mouvements autochtones s’est traduite par l’entrée dans le champ politique, avec plus ou moins de succès et selon des modalités diverses, de populations qui jusque là en étaient exclues. Au moyen d’actions militantes sur le terrain ou devant les tribunaux, mais aussi par la voie des urnes quand leur poids démographique le permettait, certains de ces groupes ont réussi à obtenir pour leurs représentants une place au sein des institutions de l’Etat, voire une reconnaissance statutaire de leur légitimité indigène (laquelle se fondait bien souvent sur un renversement des anciennes classifications coloniales stigmatisantes).
Partant de ces observations, cette journée d’études porte sur les modalités de la participation politique des autochtones dans des contextes nationaux différents. Elle tente d’appréhender certains aspects de ce phénomène autour de trois axes principaux : le premier se penche sur la diversité des registres de légitimation (électif, “ coutumier ”, militant) utilisés dans le jeu politique municipal ; le second analyse à plusieurs échelles (locale, nationale, internationale) la mobilisation de technologies juridiques autour des revendications indigènes ; enfin le troisième aborde les conditions sociales de l’engagement ou à l’inverse du désengagement des militants autochtones à partir de trajectoires singulières. Les travaux en cours qui sont présentés ici articulent des approches ethnographiques (portant notamment une grande attention aux pratiques dans lesquelles les processus étudiés s’incarnent) et socio-historiques (prenant en compte les histoires coloniales spécifiques de chaque région). Ce faisant, ils proposent des pistes de réflexion originales susceptibles d’intéresser à la fois les anthropologues et les politistes. A l’intérieur de la discipline anthropologique, ils s’inscrivent dans le prolongement des travaux qui accordent une attention particulière à la prise de parole militante et aux actions politiques des “ indigènes ” en les rapportant aux conditions sociales et historiques de leur production, plutôt que d’adopter une posture décontextualisée visant à étudier ces groupes comme des isolats culturels. Réciproquement, l’étude des tentatives d’irruption, échouées ou réussies, des représentants autochtones dans les champs juridique et politique permet de produire un regard renouvelé sur des questions travaillées depuis longtemps par les sciences politiques autour du caractère tendanciellement fermé du monde politique. L’acceptation ou au contraire le rejet par l’Etat de ce personnel “ improbable ” et des revendications qu’il porte produit des innovations juridiques et institutionnelles pouvant déboucher sur des situations sociales inédites. Ce sont certaines de ces configurations que les différentes contributions se proposent ici d’explorer.



Programme


Matin :

9h00-9h15 : Eric Wittersheim (GTMS). Introduction


1er Axe (9h15-10h45):
Légitimités “ coutumières ” dans le jeu politique municipal (Equateur, Nouvelle-Calédonie, Guyane Française)


Les trois contributeurs présentent des cas de mobilisations politiques récentes qui ont mis en scène différents registres de légitimation à l’échelon municipal. Dans le cadre de la gestion communale (Equateur et Nouvelle-Calédonie) ou de la compétition électorale (Guyane), élus municipaux, responsables partisans et autorités “ coutumières ” établissent des stratégies de collaboration ou d’opposition autour d’enjeux particuliers. Nadège Mazars analyse comment un représentant du mouvement autochtone équatorien, maire depuis neuf ans, établit de nouvelles structures de décision de type participatif à partir des formes “ traditionnelles ” d’organisation politique. Autour d’un conflit sur le tracé d’une conduite d’eau entre “ chefs coutumiers ” et conseillers municipaux kanak, Benoît Trépied décrit les oppositions politiques inédites que suscite, dans une commune de Nouvelle-Calédonie, la prise de pouvoir institutionnelle des militants indépendantistes. Enfin Stéphanie Guyon étudie la manière dont une actrice politique guyanaise, au sein d’une même trajectoire, mobilise légitimité “ coutumière ” et légitimité partisane selon une stratégie d’opposition au maire en place. Ces trois exposés tâcheront de montrer comment les acteurs autochtones construisent, se réapproprient, articulent entre eux différents modes de légitimation lorsqu’ils les mettent en pratique à l’aune de stratégies locales.


1) Nadège Mazars (IHEAL-Paris III). De la pratique communautaire à l’expérience de gestion municipale en Equateur : Cotacachi ou la tentative participative.

2) Benoît Trépied (GTMS/ETT-CMH). “ Coutumiers ” kanak contre mairie kanak ? Controverse autour d’une conduite d’eau dans une commune indépendantiste de Nouvelle-Calédonie.

3) Stéphanie Guyon (ETT-CMH). De la cheffe coutumière à la porte-parole des Verts : analyse des modes de légitimation d’une entrée en politique (Guyane française).


Discutant : David Dumoulin (IHEAL)


Pause


2ème Axe (11h00-12h00) :
Les usages sociaux du droit : criminalisation et victimisation des peuples autochtones (Chili, Colombie)


A partir de l’analyse de deux procès récents en Amérique Latine, les deux contributions abordent la question des usages du droit au niveau national et international par les organisations autochtones et les institutions judiciaires. Face aux politiques de judiciarisation des conflits sociaux, tels que les revendications des droits territoriaux des peuples autochtones et le contrôle de leurs ressources naturelles, différents agents (juges, avocats, dirigeants autochtones, représentants des ONG, d’organisations autochtones et d’églises, bailleurs de fonds, entre autres) établissent des stratégies juridiques et politiques de résistance et de dénonciation au Chili ou de concertation et de “ co-gestion ” en Colombie. La chronique d'un procès “ antiterroriste ” contre des dirigeants mapuche à Temuco (Chili), esquissée par Fabien Le Bonniec, montre les divers usages sociaux et politiques auxquels ont recours avocats et acteurs du mouvement mapuche pour faire face à la criminalisation de leurs demandes territoriales. A partir du massacre des peuples autochtones du Haut Naya (Colombie) en 2001 et la dénonciation du cas devant les instances judiciaires nationales et internationales, Angela Santamaria décrit la logique de fonctionnement et le tissu technologique et humain dans lequel s’incarne le discours des droits de l’homme et des peuples autochtones en Colombie. Ces deux présentations s’attacheront à détailler les types d’usages et d’appropriations du droit par divers agents liés aux organisations autochtones dans des contextes de victimisation ou de criminalisation de leurs pratiques politiques.


1) Fabien Le Bonniec (GTMS). Chronique d’un procès antiterroriste contre des dirigeants mapuche. Imposition et usages du droit chez les Mapuche du Chili.

2) Angela Santamaría (CSE). Les investissements politiques des dirigeants autochtones colombiens pour la défense des droits de l’homme.


Discutant : Yves Dezalay (CSE)


Déjeuner

Après-midi


3ème Axe (13h30- 15h00)
Entrer et durer en politique : les spécificités de l’engagement autochtone à la lumière de trajectoires militantes (Australie, Mexique, Panama)



C’est une règle bien connue du champ politique que plus la position sociale occupée par quelqu'un est élevée, plus grandes sont les chances pour cette personne d’exercer un pouvoir politique quelconque. Dans la mesure où les militants et représentants autochtones appartiennent de façon quasi-systématique à des groupes dominés, leur insertion dans le champ politique ne va jamais de soi. Les trois participant-e-s souhaitent aborder cette question à partir de trajectoires personnelles très spécifiques de militants autochtones. Bastien Bosa va poser la question des modalités de l’engagement, à partir de la trajectoire d’Harry Penrith, militant aborigène d’Australie, qui, après avoir été un des rares “ succès ” de la politique d’assimilation, devint, à la fin des années 1960, un de ses plus fervents critiques. Alejandra Aquino se propose, elle, d’aborder la question du désengagement à partir de la trajectoire de Pedro, un militant zapatiste mexicain qui, après près d’une décennie de militantisme, a quitté le mouvement et a émigré aux Etats-Unis. Enfin Monica Martinez va comparer deux trajectoires de représentants kunas (Panama) : celle de Rubén Pérez Kantule, l’un des plus importants “passeurs culturels” kunas de la première moitié du XXème siècle, et celle du directeur d’une importante ONG kuna contemporaine. Ces trois contributions, en détaillant des moments très précis de parcours militants singuliers (l’entrée en politique dans un cas, la sortie dans un autre), ou en retraçant des trajectoires dans leur ensemble, permettent de s’interroger sur les conditions de possibilité d’une insertion durable dans le champ politique.


1) Bastien Bosa (GTMS/ETT-CMH). De “ Harry Penrith ” à “ Burnum Burnum ”, de l’Assimilation au Black-Power en Australie.

2) Alejandra Moreschi Aquino (CADIS). Entre le “ rêve zapatiste ” et le “ rêve américain ” : le déclin de l’engagement militant.

3) Mònica Martínez Mauri (UAB-EHESS). La diplomatie kuna au XXème siècle (Panama) : deux portraits de passeurs culturels


Discutant : Franck Poupeau (CSE)


Pause


Synthèses et débats (15h30-17h00) :

Alban Bensa (GTMS), Yvon Le Bot (CADIS)

Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mardi 04 avril 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Bastien Bosa
    courriel : bastien [dot] bosa [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Bastien Bosa
    courriel : bastien [dot] bosa [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Participations politiques des peuples autochtones : du côté des pratiques (Amériques et Pacifique) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 15 février 2006, http://calenda.org/191161